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14/02/2006

Valentinade gastronomique

Charlotte

Lorsque l’air surchauffé tremble au soleil lion
Qui calcine la plaine au feu de ses rayons,
En émergeant de l’ombre, Charlotte vient au puit
Et plonge son amphore dans l’eau fraîche qui luit.

Cambrée, les bras au ciel, elle ôte sa chemise
D’un geste coutumier mais d’une grâce exquise.
Voluptueusement elle fait couler l’eau
Qui caresse ses seins, et ses reins, et son dos.

Pâmée, les yeux mi-clos, secouant sa crinière
Elle crée une aura de perles de lumières.
Arquée comme une harpe elle s’offre à Phoebus.

Tapi dans un fourré, mon cœur, mes sens s’enflamment,
Fascinés de désir pour la fleur de lotus
Qui orne la vallée qui fait d’elle une femme.



- Au lieu de te planquer pour mater la Charlotte
Pourquoi pas l’inviter, Victor ? C’était plus franc !
Ce qu’il te fallait faire, c’est une queue de lotte
Que tu lui cuisinais à l’ail et au safran.
Pour séduire Charlotte en un repas intime
Il faut, évidemment, lui faire un peu de frime.
Sur le bord de son puit, pose un bouquet de fleurs !
Chante-lui une aubade ! Montre-toi enjôleur !
Met-toi à ses genoux ! Mieux encor, fais la rire,
C’est souvent le moyen le plus sûr pour séduire.
- Oh ! Lâche-moi la grappe, car pour le baratin
J’en remontrerais même à un Napolitain !
Dis-moi plutôt comment je fais cette baudroie,
C’est le nom de la lotte, ici, dans nos endroits.
- Prend une queue de lotte d’une livre et demi
Faut être généreux, fais pas d’économies.
Demande au poissonnier d’enlever l’os central,
Il n’y a pas d’arêtes dans ce drôle d’animal.
Au mortier tu écrases un ail et du persil
Quelques grains de cumin, du safran en pistil
Allonge l’appareil d’un peu d’huile d’olives
C’est la plus parfumée et la plus digestive.
Tu en mets à chauffer aussi dans ta cocotte.
Sur ton plan de travail, étend tes demi lottes
Tu garnis l’intérieur de ta préparation
Sale légèrement, reforme le poisson
Enfin, avec du fil, tu le brides serré
Tu le mets en cocotte et tu le fais dorer.
Puis tu baisses le feu et fais cuire à feu doux,
Tu le tournes et surveilles, vingt-cinq minutes en tout.
Puis tu réserves au chaud sur le plat de service.
Déglace ta cocotte au Beaumes-de-Venise
Rajoute du safran en pistil ou en poudre
Puis un jet de Cognac, mais pas un dé à coudre,
Un peu de crème fraîche pour donner du liant
Tu nappes ton poisson et sert ce plat friand.
Tu verras pétiller dans les yeux de ta belle
Des promesses de joie, d’amour et de dentelles.
A nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.
Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.
Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour
A la beauté des femmes, au vin et à l’amour !


(extrait d'un des bouquins que j'ai commis: "Le bonheur grâce à la cuisine de l'amour")

10/02/2006

Voltaire, au secours !

Voltaire, Descartes, au secours ! Nom de Dieu !

« La volonté, c’est de ne pas être d’accord, de ne pas se soumettre. »

Ces évidences sont du plus célèbre condamné à mort du monde, Salman Rushdie. Souvenez-vous, il a été condamné à mort il y a maintenant bien des années par un bourreau que nous avons nous-même engraissé. Par un schizophrène qui brandissait son coran saignant comme une guillotine par delà les frontières. C’était le sinistre Khomeiny.
Et voilà que ça recommence avec l’hystérie schizo qui se déchaîne en terres d’Islam contre quelques caricatures parues dans un journal danois ! On croit rêver, mais en fait on cauchemarde…
Peut-on se laissez aller à de telles extrémités pour ça ? Pour des choses si futiles ?
Les religions ont été inventées par l'Homme lorsqu'au sortir d'une mutation, un grand singe a pris conscience de sa mort ! Et qu'est-ce qu'une religion sinon une secte qui a réussi ?
Que l’Homme soit l'infime parcelle consciente d'un Tout éternel qui englobe tout l'univers est une évidence. Qu'on appelle ça Dieu, pourquoi pas. Libre à chacun de nous se chercher sa voie. Mais les religions, et en premier lieu les monothéistes, portent en elles le germe de l'oppression puisqu'elles se réfèrent de manière aveugle à un Livre, donc à une compilation humaine de préceptes soit disant révélés. Qui n'est pas d'accord est mécréant. Qui est mécréant doit se convertir ou mourir. Les grands inquisiteurs, les as du barbecue d'où monte le bon fumet de tous les hérétiques et cathares que l'on grillât allègrement pour la Gloire de Dieu, sont toujours là, tapis sous leur calotte ou planqués derrière leur barbe, attendant le moment propice pour resurgir, bible ou coran d'une main et lance-flammes de l'autre!
Facilité, paresse intellectuelle que de se référer, pour tous les actes de la vie, face à tous les problèmes de l'existence à un mode d'emploi soi-disant d'essence divine - bible, coran, tora, upanihads.
L'Homme Libre reconnaît le droit d'exister, de penser, de prêcher à ceux qui se réfugient dans le cocon confortable d'une religion ou d'une idéologie - cette religion laïque - face à leur angoisse existentielle. Et il se battra pour faire respecter ces droits. Mais il revendique haut et fort son droit à la différence, son droit à la Raison. Il a le droit de penser qu'au sortir de cette brève existence il ne sera que charogne putride, ossements blanchis au soleil. Il a le droit de penser qu'il a quinze milliards d'années et l'éternité devant lui car les milliards de molécules, d'atomes et de quarks qui le constituent ne disparaissent pas avec lui. Ils continuent d'être et se reforment en structures simples qui évolueront peut-être de nouveau vers la complexité biologique et la conscience.
Pas besoin de ratichons pour çà !
Je respecte la liberté de conscience des autres. Je respecte toutes les fables, élucubrations, inventions souvent poétiques qui fleurissent sur les religions. Marie vierge et mère? Pourquoi pas. Jésus ressuscité? Pourquoi pas. La Mer Rouge qui s'ouvre devant Moïse? Pourquoi pas. La barbe du Prophète? Pourquoi pas. Les vaches sacrées? Pourquoi pas. La pomme d'Eve ? Pourquoi pas. Mais je revendique le droit de douter. Et d'exprimer mes doutes. Et je refuse à quiconque le droit de m'interdire de critiquer ce que les dogmatiques appellent vérité révélée.
La liberté implique la remise en cause de tout. Je revendique donc le droit au blasphème. Toute loi qui réprime le blasphème tue la Liberté. Toute idéologie qui réprime le sacrilège et le blasphème est totalitaire.
Au secours Voltaire! Au secours Descartes ! Au secours Omar Kayham ! L'obscurantisme est de retour.
En cette année du centenaire de la loi sur la laïcité, faut-il rappeler que la Liberté n'a pu naître que parce que des esprits éclairés, bravant au péril de leur vie les interdits "sacrés" ont su renvoyer dans leurs sacristies les ayatollahs ensoutannés de leur époque ! Faut-il rappeler que cette Liberté à vocation universelle est née chez nous! Qu'elle a apporté à l'humanité en deux siècles plus de progrès, plus d'égalité, plus de bonheur, qu'elle a généré plus de connaissances, qu'elle a ouvert plus d'espoirs que la chape de plomb des dogmatismes de tous poils en vingt siècles!
« Le vingt-et-unième siècle sera mystique, disait Malraux, ou il ne sera pas... » Un mysticisme déformé qui ressuscite le spectre des guerres de religions. On va revenir des siècles en arrière. Nos enfants et petits enfants risquent de s'étriper joyeusement au nom de superstitions d'un autre âge...
Sur un plan plus prosaïque, les vociférations haineuses, les appels au meurtre de quelques centaines de fanatiques, combinés au laxisme tremblotant de nos institutions risquent de réduire à néant tous les efforts d'intégration des communautés musulmanes. Khomeiny, Ben Laden, Le Pen, même combat! L'amalgame est trop facile pour qu'il ne soit pas exploité : maghrébin = musulman = fanatique...
Mais c'est aux musulmans modérés de balayer devant leur porte. C'est à eux de mettre au pas les chiens enragés du fanatisme. A eux de faire comprendre à leur communauté d'accueil qu'ils adhèrent aux principes de liberté, de respect et de tolérance qui sont les fondements de notre culture. Faute de quoi on va revenir trente ans en arrière.
Omar Khayam, ce grand poète persan, en pleine période du mahométisme triomphant avait le courage de dire: « Si je fais le Mal, Dieu me fait le Mal pour me punir. Entre Lui et Moi, où est la différence? »