Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

14/12/2011

Joseph Stiglitz, prix Nobel : « Restructurer la dette au lieu de la rigueur »

 stiglitz.jpg

Sous la plume de Javier Lewkowicz le site de la diaspora latino-américaine « El correo » aborde le problème de la dette grecque à la lumière de l’exemple argentin. 

 

« L’Europe a beaucoup à apprendre de l’Argentine ».

« L’Argentine a démontré qu’il y a une vie après la mort. Cela veut dire que dès que la dette extérieure est restructurée, le pays croît et même peut choisir de revenir sur les marchés. L’Europe a beaucoup à apprendre de l’exemple de l’Argentine », a souligné le Prix Nobel Joseph Stiglitz. L’économiste a participé hier (7 décembre 2011 – NDLR) au séminaire « La vacuité dans l’architecture financière internationale : restructuration de la dette souveraine », organisé par le Ministère de l’Économie argentin avec la Banque Mondiale. Stiglitz a aussi salué le fait qu’en 2005 l’Argentine a fait aux créanciers une offre de « bons attachés au produit national brut » (PIB). « Une innovation importante qui pose la nécessité de répartir le risque entre les parties », a-t-il défini. A la suite d’une enquête, l’économiste a évoqué l’inflation en Argentine, bien que sans faire explicitement référence à la situation locale, mais en recourant à une explication plus orthodoxe. « L’inflation, a-t-il dit, va de paire avec un excès de la demande qui générerait un goulot d’étranglement que le Gouvernement essaie de dépasser ».

 

La négociation réussie de la dette extérieure en cessation de paiement qu’a mené, en 2005, l’ex-président Nestor Kirchner est, dans le contexte de crise de la dette de l’Eurozone, une référence qui chaque fois prend plus d’importance. L’importance de l’expérience argentine répond à la similitude du point de départ avec, par exemple, de l’économie grecque, comme l’endettement excessif et l’échec des recettes de rigueur, et les résultats atteints par l’Argentine une fois la charge de la dette substantiellement réduite. Stiglitz est l’un des économistes qui avec la plus grande ferveur recommandent de diminuer le poids de la dette, de répartir ses coûts entre les débiteurs et les créanciers et d’éviter l’ajustement fiscal comme sortie de crise.

 

« La Grèce ne peut plus attendre. Ella devrait étudier ses options et avancer rapidement, parce que l’incendie devient plus grand et davantage de maisons brûlent. Mener une restructuration a son coût, mais ne pas le faire est encore plus grave », a indiqué le professeur de l’Université de Columbia. L’un des tabous au sujet des processus ambitieux de restructuration que Stiglitz a cherché à faire tomber est le « châtiment divin » qui tomberait sur les pays hérétiques. « Les marchés de créance voudraient que quand un pays restructure sa dette, il soit puni à jamais. Cependant, les marchés compétitifs n’imposent pas de façon collective un châtiment. Ils ne sont pas aussi efficients qu’ils aimeraient l’être. La réalité est que, après avoir réduit la charge de la dette, les pays progressent et recommencent à avoir la possibilité d’accéder aux marchés. C’est une vérité dérangeante que l’on veut cacher aux grecs. En tout cas, les pays ne devraient pas demander des prêts à l’extérieur, parce que cela génère beaucoup de problèmes », a-t-il indiqué.

 

« Supposons que la Grèce soit en cessation de paiements contre la Banque Centrale Européenne. Quelles conséquences réelles y aurait-il ? Est-ce que cela aurait des effets négatifs pour le reste d’Europe ? » se demande Stiglitz. « Les banques disent que si les gouvernements ne sauvent pas les créanciers et les actionnaires, le système économique s’effondre. Je crois que leurs richesses s’effondreraient oui, mais pas le système », a-t-il affirmé.

 

Le Nobel a aussi glissé quelques critiques envers le FMI, bien que nuancées. « Le Fond a la mentalité des créanciers. En tout cas, Dominique Strauss-Kahn – l’ex-titulaire de l’organisme – a fait quelques changements. Maintenant le FMI reconnaît l’importance d’appliquer un contrôle sur les flux de capitaux. Il serait souhaitable d’avoir un cadre de refonte plus efficient, une organisation internationale qui fonctionne comme tribunal de faillites et qui ait une représentation de débiteurs et de créanciers. La Grèce et les autres pays en situation de risque ne peuvent pas attendre », a-t-il dit. Il a pris comme exemple la situation de l’Italie, où la dette représente 120 % du PIB. « Ils vont dépenser 10 % par an de leur produit pour le paiement de la dette. Il n’y a pas de manière de faire cela sans affecter l’économie et les services publics. En revanche, si on restructurait la dette, peut-être n’y aurait-il pas d’entrée de capitaux mais on paierait moins. Ces fonds pourraient êtres injectés dans l’économie pour réduire le chômage », a-t-il indiqué.

 

Dans l’Argentine des années 90 les traités bilatéraux d’investissement ont été très utilisés. Ces accords fixes d’étroites limites pour la politique économique quand il s’agit d’affecter les intérêts des multinationales. « L’Argentine sait qu’il faut faire très attention au sujet des contrats d’investissement, parce qu’ils finissent par lier les pays pieds et poings. Si les économies en développement peuvent sortir de ces schémas, qu’elles en sortent. De plus, les traités n’améliorent pas l’investissement  », a critiqué Stiglitz.

 

L’économiste a aussi remarqué que la renégociation de la dette argentine incluait dans l’offre aux créanciers des bons attachés au rendement de l’économie. « C’était une innovation importante parce que cela permet de répartir le risque. Les marchés ont beaucoup résisté à cette nouveauté », s’est-il souvenu.

 

Sources : El Correo  

Quartidi 24 Frimaire 220

Commentaires

Ces informations-là percent difficilement en Europe... De même un autre pays d'Amérique latine, l'Equateur, a aussi fait le tri entre dette légitime (à rembourser) et dette illégitime (celle qui engraisse les spéculateurs sur le dos des peuples); laquelle dette illégitime a été renvoyée aux poubelles de l'histoire et le FMI avec... Au point que des experts équatoriens sont aux côtés d'associations ou syndicats grecs pour contribuer à faire progresser cette démarche salutaire pour les citoyens...

Écrit par : Jicé | 14/12/2011

Exact. Mais ces exemples sont soigneusement occultés...

Écrit par : victor | 15/12/2011

Les commentaires sont fermés.