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24/07/2012

ALLEZ ! SUIS-MOI ET DECOUVRONS AVIGNON-LA-BELLE.

avignon palais des papes.jpg

 

Salut ! Ami venu d’ailleurs ! Tu veux connaître Avignon ? Alors suis pas à pas un vieil épicurien qui, si tu le veux bien, va t’ouvrir la piste.

 

Avignon, la ville sonnante aux vingt clochers et aux cent madones. Avignon la Florentine. Avignon qui n’a jamais su oublier qu’elle a été pour un siècle la capitale du monde chrétien.

C’est par la rive gardoise qu’il te faut la découvrir. Toutes les autres entrées ont été salopées – comme toutes les villes française d’ailleurs – par d’impersonnelles zones commerciales où les mêmes enseignes surmontant les mêmes bâtiments, les mêmes parkings de grandes surfaces, partout, gâchent les abords des villes.

 

Te voilà donc sur le pont Daladier qui franchit le Rhône entre Gard et Vaucluse. Retourne-toi pour un dernier coup d’œil vers les riches coteaux arborés du Gard  parsemés de villas cossues, puis ouvre grands les yeux : l’un des plus somptueux paysages urbains du monde va s’offrir à toi.

 

Avant de pénétrer la belle, retiens-toi un peu, fais durer les prémisses. Arrête-toi sur la Barthelasse – plus grande île fluviale de France – et, assis à l’ombre des grands peupliers blancs, écoute parler le fleuve et chanter le mistral. Ecoute-les te raconter, de leurs paroles d’eau et de vent, le destin de cette cité choisie.

 

Médite devant la puissance et l’harmonie de ce rêve de pierres, de ciel et d’eau. De cette cité que l’Histoire a marquée de son sceau indélébile. De cette ville de Provence qui a été le centre politique et spirituel du monde.

 

Le voici ce fameux pont que les enfants du monde entier chantent en leurs tendres années. Ce pont qui unissait Empi – les terres du Saint Empire Romain Germanique – et Riaum – celles du Royaume de France, mais sur lequel on n’a pas toujours dansé, comme en témoignent la Tour de Garde, côté avignonnais et la puissante Tour Philippe-le-Bel, côté villeneuvois. Il a un petit côté surréaliste ce pont qui débouche…sur de l’eau  au lieu de l’enjamber ! Il faut dire qu’il a été maintes fois cassé,  reconstruit, ravagé de nouveau par la furie destructrice des soudards et du fleuve en colère.

 

Un fleuve qui imprègne la vie de la ville. Il en est source de vie et bourreau terrifiant. Lorsqu’il était le Fleuve Dieu, sauvage, redoutable, impétueux, les avignonnais rejoignaient la grande île par une ingénieuse barque à traille qui, accrochée à un câble transversal, utilisait le courant pour sa propulsion ! Au même endroit existe maintenant un vaste et confortable bateau électrique qui transporte, l’été,  gratuitement promeneurs et touristes de la rive avignonnaise à la rive orientale de l’île.

 

Le Rhône, avant digues et barrages, au temps de sa puissance, aimait tellement Avignon qu’il l’investissait de ses eaux ! Des plaques commémoratives, sur les murs des remparts, indiquent les niveaux effrayants qu’il atteignait. Mais le fleuve a aussi fait la richesse de la cité lorsque débarquaient le long de ses quais les marchandises transitant entre Méditerranée et Europe du nord. Les berges grouillaient d’une vie laborieuse, rythmée par les palabres interminables et gouailleuses qui sont un des charmes de la joie de vivre provençale. Un port de plaisance occupe à présent les quais, mais l’animation n’est plus la même.

 

Avant de laisser tes pas te conduire à la découverte de la Cité des Papes, approche-là, courtise-là en longeant ses remparts, les plus longs du monde après la Muraille de Chine ! Tant de l’intérieur que de l’extérieur, apprécie la largeur des fondations, la multiplicité des tourelles de défense, la puissance de la muraille crêtée de mâchicoulis et de créneaux que prolongeaient des fossés remplis d’eau, aujourd’hui comblés. Plusieurs fois menacés, plus par un modernisme pas toujours heureux que par guerres et inondations, les remparts, incomparable parure de pierres blondes de la ville, ont été souvent restaurés, notamment par Viollet-le-Duc. Un esprit moderniste brillant avait même projeté d’y faire courir…la voie ferrée ! De nombreuses constructions inesthétiques s’y adossaient. Elles ont heureusement été enlevées. L’un des édiles avignonnais, Pourquery de Boisserin, fit venir en son temps les soldats du Génie pour abattre, de nuit, la Porte de l’Oulle, celle qui est en face du pont Daladier… Le même avait déjà sévit en détruisant la Porte Limbert. Une rue porte tout de même son nom : les avignonnais sont magnanimes !

 

Pénètre enfin cette ville aux airs de capitale par la Porte de l’Oulle. Te voilà sur l’harmonieuse place Crillon. Admire les chaudes couleurs des pierres de Fontvieille du fronton de la Comédie, avec sa superbe tête d’Apollon radiée. Au nord de la place, l’Hôtel d’Europe – reconnu comme l’un des plus beaux établissements du monde – propose son luxe feutré aux voyageurs fortunés. Tu peux te rafraîchir ou te restaurer aux nombreuses terrasses de la place.

 

La rue du Limas, toute proche, doit son nom aux limons du Rhône, à l’époque où elle était hors la première enceinte. Car Avignon a eu trois enceintes concentriques. Cette rue conduisait vers un quartier chaud de la ville, la Balance, où de belles ou moins belles hétaïres peinturlurées proposaient leurs charmes tarifés. Maintenant réhabilité avec plus ou moins de bonheur, ce quartier fait la liaison avec le Palais des Papes.

 

Par la ruelle de la Pente Rapide, traverse un quartier qui, à l’époque pontificale, abritait les juifs d’Avignon. Elle débouche sur la Place du Palais avec, à gauche, la façade du Petit Palais qui fut un collège avant d’abriter le Musée Campana et ses inestimables collections de primitifs italiens.

 

Et le voici ce Palais des Papes, la demeure fortifiée la plus puissante du monde, faite de façades abruptes, de tours puissantes, d’arcatures élégantes. La masse, la force, la verticalité, l’harmonie donnent un choc à qui découvre pour la première fois ce témoignage de la volonté des Papes de s’installer à demeure sur les rives du Rhône.

 

La cathédrale Notre-Dame-des-Doms – domo episcopali – a connu bien des vicissitudes depuis la première basilique du IVe siècle. Elle reste un chef d’œuvre de l’art roman provençal. Le clocher actuel, reconstruit au XVe siècle, fut surmonté de la vierge en fonte – fort controversée lorsqu’elle fut érigée en 1859 – mais qui fait maintenant partie du paysage. Et elle brille la luronne ! On la voit de loin : elle a été redorée à la feuille d’or véritable il y a quelques années !

 

Gravis les larges rampes ombragées qui te conduiront au Rocher des Doms, berceau de la ville, où se trouvait le castrum romain, puis le fort Saint-Martin qui, transformé en poudrière, explosa en 1650. Sacré feu d’artifice ! Le superbe jardin actuel, agrémenté de pièces d’eau et de statues fort sexy, date du XIXe siècle. On y découvre un paysage grandiose sur Villeneuve, la vallée du Rhône, le Ventoux, les Alpilles, le Luberon, avec, en premier plan, la ville à ses pieds.

 

Face au Palais des Papes, voici l’hôtel des Monnaies : façade du XVIIe, très italienne avec des ornements disproportionnés représentant les armoiries du Pape Paul V. Il a longtemps abrité le conservatoire de musique.

 

A l’angle sud du Palais des Papes, dans le prolongement de l’arc-boutant, la Vice gérance – habitation du Légat du Pape – est devenue une des grandes tables de la ville, où officie le maître queux Christian Etienne.

 

Voici enfin la place de l’Horloge avec le très harmonieux théâtre à l’italienne, l’Hôtel de ville surmonté de la tour avec son célèbre Jacquemart qui bat sa femme toutes les heures ! S’il ne sait pas pourquoi, il prétend qu’elle le sait… Il y avait sur ce forum célèbre, à la place du carrousel, un grand monument plein de lions et de belles callipyges, érigé à l’occasion du centenaire du rattachement de la ville à la France. Il a été exilé…aux allées de l’Oulle.

 

Lorsque le soleil cru ne permet plus que le mouvement des langues dans les bouches, assied-toi à l’abri délicieux de ces grands platanes aux larges poitrines, dont les bras jamais taillés dressent jusque dans les hauteurs du ciel des toisons miraculeuses d’ombres vertes qui sentent l’anis, bruissantes de la symphonie lancinante des cigales et cigalons. Sur cette agora, en buvant le pastis, la tomate ou la mauresque, tu peux savourer les trésors que t’offre Avignon-la-Belle, t’enivrer de la vie qui l’enfièvre, essayer de découvrir l’âme de la Provence à travers les avignonnais, leur art de vivre, leurs légendes, leur cuisine, leurs vins, leurs divertissements, leurs festivals. Avec en prime ce sens innée, naturel, de la palabre, du geste, de la “ tchatche ”, propre à tous les peuples de la Mare Nostrum.

 

Savoure, regarde la comedia del arte de la place. Demain, je t’amènerais ailleurs.

 

avignon petit palais campana.jpg

VictorAyoli

 

 

Septidi 7 Thermidor 220

 

 

Photos X – Droits réservés


Pour savourer des images originales de cette ville, faites un saut ici chez mon "bessoun": http://avignon.midiblogs.com/



 

Commentaires

Présentation on ne peu plus lyrique de la belle !
Il ne me manquait qu'un plan en main. Enfin je ne me suis pas perdu et reviendrait avec le plan.

Écrit par : jeandler | 24/07/2012

À demain, ungibus et rostro !

Écrit par : Michel Benoit | 24/07/2012

Les commentaires sont fermés.