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31/07/2012

Europe. Et si les Anglais filaient « à l’anglaise » !

 

banquier anglais exilés fiscaux.jpg

 

François, goguenard, a renvoyé la balle à Cameron en le remerciant d’avoir déroulé le tapis rouge aux athlètes français qui ramassent quelques breloques alors que les sujets de sa « gracieuse majesté » font encore ceinture ! Une bonne partie des dits « sujets » en ont d’ailleurs ras les aliboffis de ces « Jeux » qui, à côté du fait qu’ils sont un gouffre financier, leur compliquent la vie et les énervent par les contraintes et passe-droits : installation de missiles sur leurs toits, surveillance policière massive, couloirs de circulation réservés aux « vip » dans les rues de leur capitale, main mise des margoulins des marques commerciales qui « sponsorisent » l’évènement, milliards jetés par les fenêtres (30 millions pour la seule cérémonie d’ouverture dégoulinant de nationalisme) pour des installations sportives éphémères, etc.

 

Cameron, représentant des ruffians de la « city » comme avant lui Blair et Thatcher, nous donne pourtant quelques solides espoirs en voulant organiser outre-manche un référendum sur la possible sortie du Royaume Uni de l’Union européenne. L’opinion publique britannique étant majoritairement hostile à l’Europe, voilà une perspective qui serait fort réjouissante. Encore que… Le résultat d’un référendum, on sait ce qu’en a fait Sarko en France !

 

La construction européenne, les Anglais n’y ont jamais adhéré. Ce peuple de boutiquier égoïste et vindicatif, lorsqu’il s’introduit dans une institution, c’est soit pour la dominer, soit pour la casser. Ne pouvant évidemment pas dominer la construction européenne, ils ont tout fait pour la casser. Et on peut dire qu’ils ont réussi. Ce qui les intéresse c'est uniquement ce qui peut leur profiter. Pour ce faire, le Royaume-Uni a misé sur la finance, ses banques, la spéculation, la City avec la « révolution » ultralibérale thatchérienne et les pressions pour l’ouverture tous azimuts de l’Union qui en a fait une énorme méduse informe, sans squelette, bouffie et impuissante, simple zone de libre-échange sous les oukases d’une Commission quasi totalitaire. Une Europe – hélas ! - qu’exècrent les Européens…

 

La « perfide Albion » est la première coupable de cette l’Europe des marchands, sans règles sociales, dérégulée à outrance afin de favoriser la spéculation incontrôlable où excellent les requins de la « city », favorisant la concurrence entre états sur la base du moins disant social là où il faudrait de la solidarité.

 

Maintenant qu’il n’y a plus grand-chose à grappiller du côté de l’Europe, il serait logique que les britanniques – dont les divers gouvernements sont, répétons-le, totalement inféodés aux ruffians de la finance  et cinquième colonne des Etats-Unis en Europe – dégagent de cette Europe exsangue en partie par leur faute.

 

On les verrait filer « à l’anglaise » avec plaisir et soulagement !



Quartidi 14 Thermidor 220


Illustration - Merci à Goutal

 

29/07/2012

Gastronomie dominicale: Le catigot d’anguilles d’Alexis

catigot d'anguille pour blog.jpg


Le métier d'Alexis: facteur, mais en Camargue.
La passion d'Alexis: les taureaux que l'on nargue
En courant la cocarde, le dimanche aux arènes
Pour les yeux de velours d'une belle Arlésienne.
En ces temps difficiles de guerre et de malheur,
Alexis, à vélo, pratiquait son labeur.
Pour livrer dans les mas les colis et les lettres,
Il roulait, chaque jour plus de cent kilomètres.
Il n'hésitait donc pas, pour prendre un raccourci,
À traverser les champs où paissaient les taureaux,
Son vélo à la main, sans beaucoup de soucis,
Car il "sentait" les bioù tout comme un torero.
Or donc voilà qu'un jour, sautant la barricade,
Notre Alexis marchait à travers la manade.
Il venait de quitter les animaux grégaires
Lorsque, venant de loin, un taureau solitaire,
Étalon portugais ombrageux et sournois, -
Chargea notre facteur, son vélo et ses lettres!
Alexis, razeteur, par un écart adroit,
Évite les poignards meurtriers de la bête.
Le vélo vole en l'air ainsi que la sacoche.
Le taureau la reprend et sa corne l'embroche.
Alors notre Alexis fait son plus beau combat.
Il cite le taureau par le haut, par le bas,
Il virevolte autour des cornes de la bête,
Puis, en un geste sûr, enfin sa main crochète
La musette de cuir de l'Administration.
Le fauve, dépité, a baissé pavillon
Pour se fondre à nouveau parmi ses congénères
Et se faire moquer parmi la gent vachère...
C'est à pieds, son vélo démoli sur l'épaule
Qu'Alexis a fini sa tournée un peu folle...
Il ramenait toujours des fermes et des mas
Quelques lapins de champs, des anguilles bien grasses
Que dans tous les canaux on attrape à gogo.
Le plat qu'il préférait: l'anguille en catigot.
- Dis donc, ton Alexis, c'était un homme fort!
Mais comment on les fait ces anguilles Victor?


- Tu prends deux, trois anguilles, pas trop grosses, vivantes,
Que tu vas estourbir de manière décente.
N'enlève pas la peau, mais au papier journal
Enlève le mucus du gluant animal.
Les anguilles trop grosses, pèle, ça va de soi.
Vide-les, coupe-les en bouts de quatre doigts
Que tu farineras et mettras à raidir
Dix petites minutes dans un large faitout.
Puis tu sors les morceaux, sales et poivres le tout
Et tu mets de côté sans laisser refroidir.
Dans de l'huile d'olive tu mets à colorer
Deux oignons émincés et deux blancs de poireaux,
Ne laisse pas roussir, tu fais juste dorer.
Mouille d'une bouteille de rouge de Pujaut,
Incorpore girofles, céleri, thym, laurier,
Gousses d'ail écrasées, tomates concassées,
Sel, poivre du moulin, une écorce d'orange
Sommités de fenouil. Et tu cuis ton mélange
Demi-heure à feu doux. Dans une autre sauteuse,
Avec un peu de beurre, dore des champignons
De couches émincés et des petits oignons.
Tu arrêtes, et réserves quand l'odeur est flatteuse.
Quand ta sauce est bien cuite, tu vas éliminer
Thym, écorce d'orange, le fenouil, le laurier,
Puis au moulin légumes il te faut la passer,
Avec la grille fine, qu'elle soit bien lissée.
Range dans le faitout poisson, légume et sauce,
Tu mijotes un quart d'heure pour que les goûts s'exhaussent,
Puis tu sers, décoré de persil vert et gai,
Avec du riz pilaf, mais du riz Camarguais.
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire,
Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre
De ce divin nectar de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne !



Ingrédients et proportions pour six personnes:
- 3 ou 4 anguilles de taille moyenne, - 1 verre d'huile d'olive, - 2 cuille-rées à café de sel fin de Camargue, - poivre du moulin, - 2 oignons, - 2 blancs de poireau, - 1 bouteille de vin rouge, - 1 branche de céleri épluchée et hachée, côte et vert, - 4 gousses d'ail, - 4 tomates concas-sées, - sommités de trois branches de fenouil, - thym- laurier, - écorce d'orange séchée, - 1 noix de beurre, - 3 hectos de champignons de cou-che, - 1 demi kilo de petits oignons, - 1 branche de persil, - 1 demi kilo de riz long de Camargue.

Les vins conseillés:
Ce plat typique des mas de Camargue s'accorde tout naturellement avec des vins rouges frais tels, en vallée du Rhône: Costières-de-Nîmes, Domazan, Comps, Estézargues, Fournès, Montfrin, Remoulins, Saze, Saint- Hilaire-d' Ozilhan.
En vins du Languedoc: Saint-Saturnin, Cabrières, Cazevieille, Saint-Gély-du-Fesc, Valflaunès.
En vins de Provence: Coteaux des Baux, Coteaux d'Aix, Coteaux varois de Sainte-Zacharie, Saint-Maximin, Barjols, Sainte-Anastasie.


Duodi 12 Thermidor 220


Illustration originale Vincent Barbantan





27/07/2012

Au bistro de la toile : merde aux J.O. !

chimulus bistro copie.jpg

 

 

- Oh ! Victor, je te croyais à London pour les jeux olympiques !

 

- A London ? Allons donc. Putaing, ils me gonflent les médias avec leurs conneries de jeux olympiques. On n’entend que ça. Bourrage de crânes à outrance. Abrutissement des foules.

La plus grande escroquerie mentale, c’est de faire croire que les « J.O. » sont une fête de la jeunesse, un instant de paix mondiale.

Les J.O., sont nés dans la cervelle d’un baron aux idées plus que douteuses, admirateur d’Hitler, méprisant au plus haut point les femmes. Le C.I.O., multinationale bourrée de thunes, domicilié évidemment en Suisse, ne payant pas d’impôts, a été dirigé pendant des années par Samaranch, fruit délicat du franquisme à qui l’on doit la forme moderne, c’est-à-dire totalement dévolu au fric roi, des J.O., avec les droits télé et les partenariats.

Les J.O. représentent l’embrigadement, le nationalisme le plus chauvin, une compétition sous-tendue par les drogues fournies par les grands laboratoires pharmaceutiques mondiaux et grassement commissionnés (notez, j’ai pas dit sponsorisés !) par les marchands de merde mondiaux. Les villages olympiques sont des ghettos où des robots humains programmés ne se rencontrent jamais, ne se côtoient pas, ne se parlent pas. Surveillés qu’ils sont par des « entraineurs  kapos ».

 

- Et les sportifs là-dedans ? Parce qu’il y en a qui y croient, qui se décarcassent pour le rêve d’une médaille…

 

- Ils sont des marionnettes. On les prend pour des cons. On les traite comme des sous merdes. Dictateurs et « sponsors » les élèvent, les entraînent à des rythmes de fous, les engraissent aux hormones de croissance et autres saloperies bien connues des « sportifs », les fanatisent pour qu’ils se surpassent et écrasent leurs adversaires. Ce sont des champions élevés en batterie, c’est pas du nourri sous la mère ! Tu les fais pisser par terre, ça fait un trou ! Et cerise sur le gâteau, cette année, on va avoir des « sportives islamiques » revêtues…de la burqa de compétition. A hurler de connerie.

 Les J.O. sont de droite, et même d’extrême droite. Le ci-devant Coubertin (Baron Pierre de…), il était pas mal dans le genre facho, raciste et machiste. Il se proclamait lui-même comme un « colonialiste fanatique ». Il prônait la pratique sportive et physique comme un moyen de redressement de l’esprit. Allez, court coco, et ne réfléchit surtout pas ! Les Jeux Olympiques sont une organisation d’extrême droite, destinée à faire du fric et à aveugler les pauvres cons. « Donnez au peuple du pain et des jeux » ! Il a avait tout compris le César. 30.000 flics et troufions, des batteries de missiles sur les toits, un flicage outrancier et…inefficace comme vient de la démontrer un merdeux flamboyant de 11 ans qui a traversé en sifflotant tous les contrôles aériens !

 

- Ça changera un peu les idées, ça fera un peu oublier le chômage, la crise qui s’éternise, les guerres qui nous cernent…

 

- C’est fait pour ça : mettre des œillères au bon peuple… Tu sais combien ces jeux à la con vont coûter à l’Angleterre, pays en récession ? 30 milliards d’euros (officiellement 13 alors que c'étair 5 au départ mais en passant partout on arrive à 30). Pour 16 jours !!! La Grèce, en son temps, a gaspillé 13 milliards et ne s’en est pas relevée. Il parait qu'Albertville, en Savoie, continue de payer pour des jeux d’hiver. Et il ne faut surtout pas croire que les « Jeux » profitent à la ville, à la région, au pays qui les organisent. Pour ceux-ci - c’est-à-dire pour le cochon de payant final, le contribuable – ce sont des emprunts à rembourser pour un demi-siècle. Ceux qui s’engraissent, ce sont les marques qui ont la haute main sur ce cirque.

 

- Allez, Victor, si on créait une nouvelle discipline olympique ? L’apérobic !

 

- Bonne idée. A la nôtre !

 

 

 Décadi 20 Thermidor 220


Illustration. Merci à Chimulus

 

26/07/2012

Avignon. Allez, un dernier tour dans l’intimité de la belle !

fort saint andré vue de loin.jpg

 

 

 

On continue la visite ? Allez, zoù !


Gagnons la porte Saint-Lazare en longeant les remparts par l’intérieur. En franchissant cette porte, nous voici sur un terre-plein ombragé, fief des boulistes Asseyons-nous à la terrasse du bistrot, devant un petit blanc des Côtes-du-Rhône bien frais, et regardons, et écoutons, et savourons :

 

 

- Oh ! putaing ! Y s'est pas narré ! Sa boule, elle tête le garri, ça leur en fait trois et y finissent. Coquin de sort Loulle, tire volontiers ou on est foutu !

 

- Oh, fatche ! Si j'avais pas ce rhumatisme qui me mange le bras... Ça me prend au poignet, ça me monte au coude et ca m'estransigne l'épaule.

 

- Ca serait pas plutôt la paoule de baiser Fannie qui te mange le bras ?

 

Et Loulle, souverain, sans relever le lazzi lourd de menace pour son honneur de boulomane, essuie son intégrale, se concentre et rapidement son bras se déploie, la boule part, monte et... s'abat en un claquement de triomphe sur la boule adverse qu'elle chasse, prenant exactement sa place. Le carreau parfait qui douche l'enthousiasme de ses adversaires et fait sauter de joie, bras au ciel, ses partenaires.

 

- Un rhumatisme comme ça, si tu veux me le vendre, je suis preneur... 

 

La pétanque, c'est la scène ombragée où les provençaux, sans se forcer, expriment leur talent inné, naturel pour le théâtre, la geste, la répartie cinglante, l'humour ravageur. Bref, pour l'estrambord.

 

Quand reviennent les beaux jours, comme dit la chanson, va les voir ces fameux boulomanes à Saint-Lazare ou aux Allées de l'Oulle. Mais fais-toi petit, ne gênes pas : il y a des réputations en jeu... et parfois même du pognon, beaucoup de pognon. Un régal !

 

 

Fanny4.jpg

 

La mine réjouie, retournons à l’intérieur des remparts par la porte de l’ancien hôpital Sainte-Marthe, fondé au XIVe siècle. L’édifice actuel date des XVIIe  et XVIIIe siècles. Il fallut beaucoup d’écus, de nombreuses années et plusieurs grands architectes et sculpteurs dont Borde, Delbène, Péru, Pierre Mignard, Franque père et fils pour achever l’établissement dont la superbe façade mesure 175 mètres ! Les services hospitaliers, regroupés hors murs, ont laissé place à l’Université. Un peu plus loin, après la porte Thiers, voici la rue des Teinturiers et ses grandes roues à aubes qui tournent au courant d’une des nombreuses Sorgues. C’était le fief des “ indienneurs ” d’Avignon, fabricants de ces délicats tissus imprimés originaires de Madras. Ils étaient cinq cents à laver, teindre et sécher leurs tissus multicolores dans les eaux de la Sorgue. Leur industrie fut ruinée par un concordat entre le Saint-Siège et le Royaume sur plainte des Fermiers généraux français sous prétexte…de contrebande. 

 

Par la rue des Lices, qui marque l’enceinte du XIIe siècle, voici l’Aumônerie générale, encore appelée « caserne des passagers ». Ce grand et bel édifice a été fondé par le Conseil de Ville de 1546 à 1557. Il était destiné à recueillir les pauvres, les vieillards, les mendiants. C’était les restos du cœur de l’époque. Ce qui nous donne une bonne leçon à distance de siècles…

 

L’ombre des démolisseurs a longtemps plané sur cet harmonieux bâtiment de trois étages ouvert de larges baies et d’arcades élégantes. Fort heureusement, il a enfin été réhabilité. Toute proche, la place des Corps Saints. Elle fut cimetière à l’époque romaine, puis porte de l’ancienne enceinte du XIIIe, aboutissement de ruelles chaudes où des dames à la cuisse hospitalière accueillaient les tracassés de l’asperge du temps des garnisons. C’est actuellement le centre actif, agréable et ombragé d’un véritable village dans la ville. En flânant dans les rues adjacentes, le soir, tu peux trouver quelques accortes personnes court vêtues et au sourire forcé qui s’enquerront : « J’te plais mon loup ! »

 

Tu ne peux pas connaître Avignon sans voir sa ville sœur et concurrente : Villeneuve. Allez, zou ! On retraverse le Rhône. Te voici à Villeneuve, la cité qui, côté « Riaum » - côté royaume de France – a, de tous temps, été la rivale complémentaire d’Avignon. Tout comme celle-ci, elle fut fondée sur un rocher, le Mont-Andaon, où des moines bénédictins élevèrent le monastère de Saint-André au Xe siècle. Pour s’affranchir de la tutelle des Avignonnais, les bénédictins conclurent un traité de paréage avec le roi Louis VIII, puis avec Philippe-le-Bel et Jean-le-Bon. C’est ce dernier qui fit construire l’enceinte du Fort Saint-André pour lutter contre les Grandes Compagnies qui semaient la terreur. Admire-le ce fort Saint-André qui fait de Villeneuve une sorte de Jérusalem provençale avec son enceinte crénelée et ses tours jumelles puissantes et majestueuses. La tour Philippe-le-Bel, qui se reflète dans les eaux fraîches du Rhône, est le dernier vestige d’une puissante forteresse militaire qui commandait le débouché du pont Saint-Bénezet. La ville neuve s’est construite autour de son église collégiale entre le Fort et la Tour. Flâne sous les arcades de la rue qui fait face à la collégiale et à son puissant clocher carré. Puis par la rue de la République et ses coquets commerces, gagne la Chartreuse du Val de Bénédiction. Elle fut la plus grande de France et possède des trésors architecturaux. Réhabilitée, elle abrite une institution culturelle importante qui accueille de nombreux écrivains de théâtre.Les villeneuvois, malicieusement, appellent leur cité Villeneuve-sur-Avignon pour bien marquer leur indépendance par rapport à la ville papale, estimant qu'Avignon n'est qu'une banlieue de Villeneuve !

 

La journée s’achève, le soleil descend vers les collines de l’Ouest. C’est la meilleure heure pour retourner vers Avignon par le pont Daladier. La lumière chaude du soleil couchant peint d’ocres roses et blondes les remparts, le Pont, les églises et les vertiges de pierre du Palais des Papes. C’est du grand spectacle.

 

Voilà, ami. La boucle est bouclée. Au gré de tes flâneries dans la ville et ses environs, tu as vu se dessiner cette âme provençale faite des strates des civilisations qui la génère : la finesse et la culture grecque, la fougue gauloise, la ruse ligure, la rigueur romaine, la faconde levantine, la passion mauresque, la rudesse franque, la gaieté italienne, le goût du mystère ibère. Et toujours le sens naturel de la palabre. Bienvenu ! Ami venu d’ailleurs. La ville est à toi !


VictorAyoli


Nonidi 9 Thermidor 220


Illustrations X - Droits réservés

 

25/07/2012

Dans les secrets d'Avignon-la-belle

avignon rue rép milieu m benoit.jpg

 

 

Tout autour de la place de l’Horloge, centre vital du festival de théâtre le plus célèbre du monde, tu découvriras, si tu lèves le nez, des peintures en trompe-l’œil qui permettent, toute l’année, une complicité amicale avec Jean Vilar, Gérard Philippe, Georges Wilson, Daniel Yvernel, Maria Casarès…

 

Au débouché Sud de la Place de l’Horloge, la rue de la République est la seule véritable avenue de l’Avignon intra-muros. Percée sous le second Empire sur l’emplacement de l’ancienne rue Saint-Marc, elle s’appela d’abord rue Bonaparte. C’est l’artère commerçante par excellence. On y trouve quelques belles boutiques de mode, mais malheureusement beaucoup de ces vitrines opulentes qui faisaient d’Avignon un petit Paris ont plié bagages devant l’invasion des franchises stéréotypées et des vendeurs de mal-bouffe… Il reste quelques belles terrasses de cafés, deux cinémas.  Les jeunes et jolies avignonnaises viennent toujours y parader devant une gent masculine qui apprécie.

 

Un coup d’œil, à droite, vers deux superbes hôtels particuliers qui se font face, l’Hôtel de Forbin, qui abrite à présent la Préfecture et l’Hôtel Desmarets de Montdevergues, siège du Conseil Général de Vaucluse.

 

Les immeubles haussmaniens qui bordent cette avenue sont cossus, ornés avec une opulence un peu m’a-tu-vu très second Empire. En descendant, à main gauche, voici un immeuble superbe, avec en façade d’inspiration corinthienne, un fronton supérieur triangulaire orné de l’écusson de la Compagnie de Jésus. Cette ancienne Chapelle des Jésuites, construite au XVIIe siècle, abrite maintenant un très riche musée lapidaire qui recèle des sculptures dont les plus anciennes sont celto-ligures.

 

Tiens, revoilà les platanes ! Et l’avenue change de nom, devenant le cours Jean-Jaurès. D’un côté, le Syndicat d’Initiatives, abrité dans l’immeuble de l’ancienne Poste et qui jouxte un Temple protestant. De l’autre le cinéma Palace qui résiste (encore un peu, l'été...) et demeure un centre de vie nocturne avec brasseries et restaurants accueillant les chalands. Les rues chaudes qui lui faisaient face – rue de la Bourse et rue Agricol Perdiguier – se sont refroidies et n’abritent plus que quelques sex-shop… Au bout du cours, la cité administrative, ancienne caserne Hautpoul et en face la Chambre de commerce ainsi que la Poste centrale. Par la percée des remparts flanquée de deux tours signées Viollet-le-Duc, voici la gare d’Avignon-ville. L’autre, Avignon-TGV, est à quelques kilomètres au Sud-ouest, en zone industrielle de Courtine.

 

Allez ! On remonte. Par des petites rues, on atteint la place Saint-Didier. Cette charmante place fut autrefois le lieu des exécutions capitales, en concurrence avec la place du Palais. Un bourreau maladroit y fut lynché par la foule et le supplicié, un peu amoché tout de même par quelques coups de haches mal placés, fut gracié par le vice-légat ! C’est maintenant un  parking incongru. Regarde l’église, érigée sous le pontificat d’Innocent VI, et son étonnant clocher octogonal à pignons dépassants. Prend la petite rue de la Masse et admire deux des plus beaux hôtels particuliers d’Avignon : l’hôtel de Crillon, modèle d’architecture italienne et l’hôtel Fortia-de-Montréal qui lui fait face. Regarde ces deux maisons superbes, très italiennes avec leurs frontons, leurs médaillons, leur décoration luxuriante, leurs puissantes corniches. Malheureusement, les ans et la pollution urbaine font des ravages sur leurs pierres…

 

Par d’étroites rue commerçantes et piétonnières, nous voici place Pie où se trouvent les halles centrales, haut lieu gamélistique de la ville. Il faut y venir le matin, se laisser guider d’échoppes en échoppes par les fragrances, les couleurs, le brouhaha joyeux et imagés des marchands et des clients commerçant à la méditerranéenne : avec la tchatche, la faconde et l’accent. L’élégante façade est tombée sous les coups des bull-dozer pour faire place à un parking en étages…mais très heureusement caché derrière un remarquable mur végétal.

 

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Tiens ! buvons un coup à la terrasse de l’un des nombreux bars et restaurants qui jouxtent la place. Regarde, là en face, cette tour. C’est la Tour-Saint-Jean, dernier vestige de la Commanderie des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, superbe ensemble de bâtiments jetés bas au nom du “ progrès ” par le redoutable Pourquery-de-Boisserin… Oui, le massacreur de la porte de l’Oulle et de la porte Limbert.

 

Tout autour de cette place, flâne de bar en bar, parcourt les rues marchandes et piétonnières, savoure la faconde des habitants qui s’interpellent d’une boutique à l’autre, laisse-toi imprégner de l’âme avignonnaise.

 

Nos pas nous mènent vers la place Carnot. Tout à côté, rue des Marchands, voici l’hôtel Gilles-de-Ribas, une superbe bâtisse moyenâgeuse, avec ses étages décalées en saillie sur la rue. Puis c’est l’église Saint-Pierre, dont la façade est la plus ornée de toutes les églises d’Avignon. Elle marie harmonieusement la rigueur du gothique et la flamboyance du style Renaissance.

 

Par la rue Carnot et ses boutiques bien achalandées, nous voici à la place du Portail-Matheron, limite de la ville romaine et gardant encore le nom d’une porte de l’enceinte du XIIIe siècle. Descendons la rue Carreterie qui, aux temps jadis, était hors de la première enceinte. Elle mène vers les extérieurs Est de la ville. En passant, à gauche, la place des Carmes. C’était autrefois la halle aux grains de la ville, avec une élégante charpente métallique genre Baltard. Fracassée pour laisser place à un parking… Elle reprend vie pourtant la samedi matin avec le marché aux fleurs et le dimanche matin avec le marché aux puces. En face, l’église Saint-Augustin, contemporaine de celle de Saint-Didier, possède un superbe clocher qui, comme la Tour de Pise, penche ! Mais il tient toujours, depuis le XIVe siècle !

 

A la rencontre de la rue Carreterie et de la rue des Infirmières – autrefois le quartier des immigrés italiens – se trouvait une superbe croix couverte. Victime du vandalisme, elle a disparu. La façade s’agrémente à présent d’un agréable dessin en trompe-l’œil.

Perdons-nous dans le dédale de petites rues coupe-vent qui remontent vers le Rhône, à l’Ouest. Rue Banasterie, voilà un bâtiment qu’il vaut mieux voir de l’extérieur que de l’intérieur, c’est ce qui fut la prison Sainte-Anne, l’une des plus insalubres de France mais à présent remplacée par une taule flambant neuve au milieu de la zone commerciale du Pontet, à l’Est de la ville. D’en haut du Rocher des Doms, une esplanade domine ce qui était la prison. Et tous les jours, des dialogues pathétiques se nouaient entre les taulards et leurs familles ou leurs amis, juchés sur les rochers. « Roger ! Roger ! Oh ! Roger ! Tu m’entends ? J’ai vu ton bavard. Ça devrait bien s’arranger. Dis à Rachid que sa femme a fait le petit. C’est un beau garçon. Courage, Roger. Je te papouille tendrement. A demain. » Tout ça en gueulant et multiplié par dix, quinze conversations…Ça mettait de la vie pathétique sur ce cloaque de souffrance.

 

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Un peu plus loin, adossé aux remparts, regarde la très élégante façade de la chapelle des Pénitents Noirs, due à l’architecte Thomas Lainée. Elle contraste par sa flamboyance avec la rigueur de l’ordre qui l’a faite construire. Cette confrérie avait le privilège de pouvoir délivrer un condamné à mort au cours d’une cérémonie redoutable. Ceux qui allaient passer au barbecue ou se faire raccourcir traversaient la ville enchaînés, vêtus et cagoulés de noirs, précédés par les moines pénitents qui chantaient des psaumes de mort en les menant assister à leur messe de requiem avant le supplice. Sympa les ratichons… Et l’un d’eux, choisi au hasard, était sauvé au dernier moment ! Ouarf ! Le suspense macabre… C’est vrai que les tonsurés de l’époque étaient aussi ouverts que les talibans actuels…

 

Allez ! allons boire une romaine sous les ombrages de la terrasses du cinéma Utopia. On continuera demain.

 

 

Photos Michel Benoit

 

 

 

24/07/2012

ALLEZ ! SUIS-MOI ET DECOUVRONS AVIGNON-LA-BELLE.

avignon palais des papes.jpg

 

Salut ! Ami venu d’ailleurs ! Tu veux connaître Avignon ? Alors suis pas à pas un vieil épicurien qui, si tu le veux bien, va t’ouvrir la piste.

 

Avignon, la ville sonnante aux vingt clochers et aux cent madones. Avignon la Florentine. Avignon qui n’a jamais su oublier qu’elle a été pour un siècle la capitale du monde chrétien.

C’est par la rive gardoise qu’il te faut la découvrir. Toutes les autres entrées ont été salopées – comme toutes les villes française d’ailleurs – par d’impersonnelles zones commerciales où les mêmes enseignes surmontant les mêmes bâtiments, les mêmes parkings de grandes surfaces, partout, gâchent les abords des villes.

 

Te voilà donc sur le pont Daladier qui franchit le Rhône entre Gard et Vaucluse. Retourne-toi pour un dernier coup d’œil vers les riches coteaux arborés du Gard  parsemés de villas cossues, puis ouvre grands les yeux : l’un des plus somptueux paysages urbains du monde va s’offrir à toi.

 

Avant de pénétrer la belle, retiens-toi un peu, fais durer les prémisses. Arrête-toi sur la Barthelasse – plus grande île fluviale de France – et, assis à l’ombre des grands peupliers blancs, écoute parler le fleuve et chanter le mistral. Ecoute-les te raconter, de leurs paroles d’eau et de vent, le destin de cette cité choisie.

 

Médite devant la puissance et l’harmonie de ce rêve de pierres, de ciel et d’eau. De cette cité que l’Histoire a marquée de son sceau indélébile. De cette ville de Provence qui a été le centre politique et spirituel du monde.

 

Le voici ce fameux pont que les enfants du monde entier chantent en leurs tendres années. Ce pont qui unissait Empi – les terres du Saint Empire Romain Germanique – et Riaum – celles du Royaume de France, mais sur lequel on n’a pas toujours dansé, comme en témoignent la Tour de Garde, côté avignonnais et la puissante Tour Philippe-le-Bel, côté villeneuvois. Il a un petit côté surréaliste ce pont qui débouche…sur de l’eau  au lieu de l’enjamber ! Il faut dire qu’il a été maintes fois cassé,  reconstruit, ravagé de nouveau par la furie destructrice des soudards et du fleuve en colère.

 

Un fleuve qui imprègne la vie de la ville. Il en est source de vie et bourreau terrifiant. Lorsqu’il était le Fleuve Dieu, sauvage, redoutable, impétueux, les avignonnais rejoignaient la grande île par une ingénieuse barque à traille qui, accrochée à un câble transversal, utilisait le courant pour sa propulsion ! Au même endroit existe maintenant un vaste et confortable bateau électrique qui transporte, l’été,  gratuitement promeneurs et touristes de la rive avignonnaise à la rive orientale de l’île.

 

Le Rhône, avant digues et barrages, au temps de sa puissance, aimait tellement Avignon qu’il l’investissait de ses eaux ! Des plaques commémoratives, sur les murs des remparts, indiquent les niveaux effrayants qu’il atteignait. Mais le fleuve a aussi fait la richesse de la cité lorsque débarquaient le long de ses quais les marchandises transitant entre Méditerranée et Europe du nord. Les berges grouillaient d’une vie laborieuse, rythmée par les palabres interminables et gouailleuses qui sont un des charmes de la joie de vivre provençale. Un port de plaisance occupe à présent les quais, mais l’animation n’est plus la même.

 

Avant de laisser tes pas te conduire à la découverte de la Cité des Papes, approche-là, courtise-là en longeant ses remparts, les plus longs du monde après la Muraille de Chine ! Tant de l’intérieur que de l’extérieur, apprécie la largeur des fondations, la multiplicité des tourelles de défense, la puissance de la muraille crêtée de mâchicoulis et de créneaux que prolongeaient des fossés remplis d’eau, aujourd’hui comblés. Plusieurs fois menacés, plus par un modernisme pas toujours heureux que par guerres et inondations, les remparts, incomparable parure de pierres blondes de la ville, ont été souvent restaurés, notamment par Viollet-le-Duc. Un esprit moderniste brillant avait même projeté d’y faire courir…la voie ferrée ! De nombreuses constructions inesthétiques s’y adossaient. Elles ont heureusement été enlevées. L’un des édiles avignonnais, Pourquery de Boisserin, fit venir en son temps les soldats du Génie pour abattre, de nuit, la Porte de l’Oulle, celle qui est en face du pont Daladier… Le même avait déjà sévit en détruisant la Porte Limbert. Une rue porte tout de même son nom : les avignonnais sont magnanimes !

 

Pénètre enfin cette ville aux airs de capitale par la Porte de l’Oulle. Te voilà sur l’harmonieuse place Crillon. Admire les chaudes couleurs des pierres de Fontvieille du fronton de la Comédie, avec sa superbe tête d’Apollon radiée. Au nord de la place, l’Hôtel d’Europe – reconnu comme l’un des plus beaux établissements du monde – propose son luxe feutré aux voyageurs fortunés. Tu peux te rafraîchir ou te restaurer aux nombreuses terrasses de la place.

 

La rue du Limas, toute proche, doit son nom aux limons du Rhône, à l’époque où elle était hors la première enceinte. Car Avignon a eu trois enceintes concentriques. Cette rue conduisait vers un quartier chaud de la ville, la Balance, où de belles ou moins belles hétaïres peinturlurées proposaient leurs charmes tarifés. Maintenant réhabilité avec plus ou moins de bonheur, ce quartier fait la liaison avec le Palais des Papes.

 

Par la ruelle de la Pente Rapide, traverse un quartier qui, à l’époque pontificale, abritait les juifs d’Avignon. Elle débouche sur la Place du Palais avec, à gauche, la façade du Petit Palais qui fut un collège avant d’abriter le Musée Campana et ses inestimables collections de primitifs italiens.

 

Et le voici ce Palais des Papes, la demeure fortifiée la plus puissante du monde, faite de façades abruptes, de tours puissantes, d’arcatures élégantes. La masse, la force, la verticalité, l’harmonie donnent un choc à qui découvre pour la première fois ce témoignage de la volonté des Papes de s’installer à demeure sur les rives du Rhône.

 

La cathédrale Notre-Dame-des-Doms – domo episcopali – a connu bien des vicissitudes depuis la première basilique du IVe siècle. Elle reste un chef d’œuvre de l’art roman provençal. Le clocher actuel, reconstruit au XVe siècle, fut surmonté de la vierge en fonte – fort controversée lorsqu’elle fut érigée en 1859 – mais qui fait maintenant partie du paysage. Et elle brille la luronne ! On la voit de loin : elle a été redorée à la feuille d’or véritable il y a quelques années !

 

Gravis les larges rampes ombragées qui te conduiront au Rocher des Doms, berceau de la ville, où se trouvait le castrum romain, puis le fort Saint-Martin qui, transformé en poudrière, explosa en 1650. Sacré feu d’artifice ! Le superbe jardin actuel, agrémenté de pièces d’eau et de statues fort sexy, date du XIXe siècle. On y découvre un paysage grandiose sur Villeneuve, la vallée du Rhône, le Ventoux, les Alpilles, le Luberon, avec, en premier plan, la ville à ses pieds.

 

Face au Palais des Papes, voici l’hôtel des Monnaies : façade du XVIIe, très italienne avec des ornements disproportionnés représentant les armoiries du Pape Paul V. Il a longtemps abrité le conservatoire de musique.

 

A l’angle sud du Palais des Papes, dans le prolongement de l’arc-boutant, la Vice gérance – habitation du Légat du Pape – est devenue une des grandes tables de la ville, où officie le maître queux Christian Etienne.

 

Voici enfin la place de l’Horloge avec le très harmonieux théâtre à l’italienne, l’Hôtel de ville surmonté de la tour avec son célèbre Jacquemart qui bat sa femme toutes les heures ! S’il ne sait pas pourquoi, il prétend qu’elle le sait… Il y avait sur ce forum célèbre, à la place du carrousel, un grand monument plein de lions et de belles callipyges, érigé à l’occasion du centenaire du rattachement de la ville à la France. Il a été exilé…aux allées de l’Oulle.

 

Lorsque le soleil cru ne permet plus que le mouvement des langues dans les bouches, assied-toi à l’abri délicieux de ces grands platanes aux larges poitrines, dont les bras jamais taillés dressent jusque dans les hauteurs du ciel des toisons miraculeuses d’ombres vertes qui sentent l’anis, bruissantes de la symphonie lancinante des cigales et cigalons. Sur cette agora, en buvant le pastis, la tomate ou la mauresque, tu peux savourer les trésors que t’offre Avignon-la-Belle, t’enivrer de la vie qui l’enfièvre, essayer de découvrir l’âme de la Provence à travers les avignonnais, leur art de vivre, leurs légendes, leur cuisine, leurs vins, leurs divertissements, leurs festivals. Avec en prime ce sens innée, naturel, de la palabre, du geste, de la “ tchatche ”, propre à tous les peuples de la Mare Nostrum.

 

Savoure, regarde la comedia del arte de la place. Demain, je t’amènerais ailleurs.

 

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VictorAyoli

 

 

Septidi 7 Thermidor 220

 

 

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Pour savourer des images originales de cette ville, faites un saut ici chez mon "bessoun": http://avignon.midiblogs.com/



 

23/07/2012

Eh ! ami festivalier, tu la connais Avignon-la-Sensuelle ?

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Quand le soleil-lion de juillet écrase la ville de sa chape incandescente, quand les lancinantes stridulations des cigales font vibrer les vertes toisons aériennes des grands platanes, quand les monuments, les livrées et les tours semblent fumer sous la tremblante réverbération des murs gorgés de lumière, Avignon-la-Sensuelle, alanguie au bord du Rhône et cambrée sous les caresses du mistral, s'ouvre et à s'offre pour son grand rut de l'été. Une lune durant la belle va se donner sans retenue, de tous ses pores de pierres, de toutes ses ruelles, de tous ses cloîtres, de toutes ses places, de tous ses patios mystérieux, de tous ses forums, de tous ses lieux scéniques à son dévorant amour estival : le Festival.

Alors si veux bien, ami festivalier, je vais essayer de te présenter l’écrin de ces spectacles qui t’enchantent : ma ville, notre ville. Commençons par un peu d’histoire.

 

Avignon serait née… à Villeneuve ! Elle serait née quelque part dans une grotte de la rive gardoise du Rhône, il y a quinze millénaires, des épousailles d’un chasseur d’aurochs venu de l’Est, nommé Haavig, avec la fille du chef d’un clan de chasseurs d’esturgeons, la belle Higghnon.

 

Lors de la fête nuptiale, les membres de la tribu, enthousiastes, scandaient les noms des jeunes époux.

- “Haavig !

- Higghnon !

- Haavighnon !

- Haavignon !

- Havignon !

- Avignon ! ”

 

Ainsi fût prononcé, pour la première fois, le nom qui sera bientôt celui de l’une des capitales du monde… Comme disait Pagnol, « ce n’est peut-être pas vrai, mais ça pourrait l’être ! Alors c’est pareil. »

 

Plus tard, bien plus tard, les celto-ligures établis sur le Rocher des Doms reprirent le nom d’Avenio. Puis grecs, massaliotes et romains en firent une fière et opulente cité marchande entre Arles et Lyon.

 

Les grecs de Massalia y avaient des comptoirs commerciaux fortifiés. Les romains à leur apogée en firent une place stratégique de plus de vingt mille habitants, commandant la vallée du Rhône et celle de la Durance. C'était alors une place forte accrochée à son rocher et protégée par le fleuve qui l'entourait au deux tiers.

 

La période glorieuse de la Provence gréco-romaine s'acheva sous les coups des barbares de tous poils. Avignon, arc-boutée à son rocher forteresse, résista longtemps puis fut prise par les Goths dont elle devint une redoutable place forte. Trois ans après leur raclée de Poitiers, les Arabes envahirent la Provence, faisant d'Avignon une de leurs plus redoutables positions. Charles Martel lui-même en fit le siège, prit la ville, la perdit, la reprit et massacra tout le monde, laissant la ville en ruine. Pas de détail. Adieu les beaux monuments romains... La population, massacrée par les soudards et anéantie par la peste, se releva pourtant et résista victorieusement à d'autres envahisseurs : les Normands. Puis la ville, réunie au Royaume d'Arles, fut rattachée à l'Empire. Au douzième siècle, Avignon fut politiquement érigée en Commune indépendante. Le pouvoir appartenait alors à huit consuls nommés chaque année par un collège électoral et assistés par un Conseil Général de la cité et par le peuple d'Avignon convoqué en Parlement public. Presque de la démocratie. La commune battit monnaie, légiféra, eût une armée, posséda des terres et des fiefs sur toute la région. Une sacrée puissance !

 

Stratégiquement placée, Avignon a toujours eu vocation à jeter des ponts. Ainsi fût édifié, au XIIe siècle le fameux pont Saint-Bénézet.  Un pont né de la foi d'un petit berger du Vivarais et de la reconnaissance d'amour d'un grand du Royaume de France pour la belle Flamenca... Il était alors le seul pont depuis la mer. La ville devint un incontournable carrefour. C'était aussi une redoutable cité guerrière, avec ses remparts, ses hautes murailles, ses tours crénelées, son rocher escarpé. Une ville cosmopolite de commerce, de passage, d'industries. La ville était opulente, arrogante, cultivée, redoutée, jalousée...

 

Puis vint le temps noir de l'intolérance religieuse et de la « Croisade contre les Albigeois ». Avignon, alliée du Comte de Toulouse, se crut assez forte pour résister au Roi de France… Réduite après un siège de trois mois, elle perdit sa belle indépendance, ses fortifications, ses palais et subit le joug politique du représentant de l'église. Même son fameux pont fut au trois-quarts détruit. Elle se releva une fois encore et s'étendit considérablement. Sous l'autorité du Comte de Provence, Avignon recouvra une opulence paisible, prélude à une extraordinaire période de faste et de puissance : celle de la venue des papes.

 

Philippe-le-Bel - celui de la tour de Villeneuve ! - n'était pas un tendre et était en lutte ouverte avec le pape Boniface VII. Un de ses porte-rapière, Guillaume de Nogaret, avait gratifié le souverain pontife d'une cinglante « bouffe » en pleine tiare ! Et c'est un français, Bertrand de Got qui fut élu et couronné à Lyon à la demande musclée de Philippe-le-Bel, sous le nom de Clément V. Il gagna Avignon en 1309.

 

Son successeur fut élu après deux ans de sanglantes empoignades sous le nom de Jean XXII. Un rugueux vieillard qui établit sa puissance en s'appuyant sur la sordide Inquisition, les intégristes sanguinaires et bornés de l’époque. Les «barbecues » pontificaux firent allègrement griller au nom de la foi les Vaudois, les Cathares, les Fraticelles et tout ce que la rumeur qualifiait de sorciers...

 

Lui succéda Jacques Fournier, un solide ariégeois, milodioù !, élu sous le nom de Benoît XII. C'est lui qui fit bâtir une bonne moitié du Palais des Papes, la demeure fortifiée la plus puissante du monde.

 

Puis vînt Clément VI. Un fastueux celui-là qui bâtit les plus belles parties du palais et fit d'Avignon - qu'il acheta à la flamboyante pétroleuse qu'était le Reine Jeanne - l'une des cours les plus brillantes de la chrétienté.  Sous Clément VI, la ville comptait 120.000 habitants, dont 100.000 étrangers. Italiens surtout, français du sud-ouest, catalans et aragonais, allemands, anglais, scandinaves, grecs, levantins, juifs. Une cité extrêmement cosmopolite qui se transforma. Chaque dignitaire construisit sa « livrée » avec une tour, symbole de puissance. Les cardinaux et les ordres mendiants élevèrent des églises. Les laïcs fortunés bâtirent de somptueuses demeures. Une très riche vie intellectuelle, universitaire et artistique, appuyée sur un mécénat généreux draina vers la Cité des Papes les meilleures élites européennes : des lettrés, des artistes, des savants, mais aussi des banquiers et des commerçants. Pour résister aux convoitises, Avignon s'entoura de sa couronne de remparts.

 

Mais la peste noire ravagea la chrétienté, faisant quarante millions de victimes en Europe, dont 62.000 - la moitié de la population - dans la seule ville d'Avignon ! On ne bricolait pas à l'époque !

 

Innocent VI, un limousin âgé et maladif, était un triste qui ne prenait son pied qu’en voyant brûler ceux qui s’opposaient à lui. Les temps devinrent durs avec les Grandes compagnies qui ravageaient le pays pour leur compte. Du Guesclin vint camper à Villeneuve, à la tête d'une armée de rufians. Il fit cracher le Pape au bassinet avant d'aller mourir en Lozère... en buvant de l'eau ! Boire de l’eau… Quelle idée saugrenue ! Surtout pour un Breton... Urbain V, un bénédictin marseillais, voulait faire retourner  la cour pontificale à Rome... Ce qui ne plaisait pas du tout au Roi de France ! Peine perdue : le pape quitta Avignon. Il resta trois ans à Rome mais c’était là-bas un tel foutoir qu’il se résigna à revenir à Avignon. Son successeur, Grégoire XI voulait lui aussi retourner à Rome. Ce qu'il fit en 1376, malgré les larmes et les cris des malheureux avignonnais laissés orphelins...

 

Et c'est donc au Vatican que son successeur, Urbain VI, un italien, fut élu sous la pression de l'émeute. Les cardinaux, divisés en deux clans, élirent quelques mois après un autre pape à Avignon, Robert de Genève, sous le nom de Clément VI. Une belle galère ! Un pape à Rome, un autre à Avignon ! Un brillant, un fringant ce jeunot Clément VI,  trente six ans lors de son élection. Il renoua avec les fastes de la cour avignonnaise.

 

Enfin le catalan Pedro de Luna fut le dernier pape avignonnais sous le nom de Benoît XIII, en cette époque de schisme. Les cardinaux l'ayant laissé tomber, il s'enferma dans son redoutable palais forteresse qui, malgré tous les assauts, demeura inexpugnable. Il restera reclus pendant cinq ans puis réussira à s'enfuir, vivant maintes aventures rocambolesques.

 

Avec le retour des papes en Italie, Avignon perdit son rang de capitale... Mais son prestige survécut quelques temps car la ville gardait l'espoir du retour de la papauté. Restant terre papale, elle reçut un vice-légat avec une grande autonomie politique. L'essor commercial de la ville, dû à sa situation géographique, continua avec les banquiers et les grands commerçants florentins. Le temps de la gloire était passé, mais pas celui de la richesse. Avignon demeura terre papale jusqu'à la Révolution française. La population avignonnaise expulsa alors le représentant du pape et demanda la réunion de la ville à la France. Chose qui fut faite le 14 septembre 1791...

 

La ville entra alors dans le rang, devenant préfecture d'un des plus petits départements de France… Grandeur et décadence ? Bof…

 

Mais regardez-la se pavaner voluptueusement au soleil, triomphante et sûre de son charme avec ses airs de reine ! Elle n’a pas oublié qu’elle fut un jour une des capitales du monde. Et elle a encore de bien beaux restes la mâtine !

 

Si vous voulez, demain, je vous prends par la main pour vous en dévoiler les secrets.

 

 

VictorAyoli


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Sextidi 6 Thermidor 220

 

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22/07/2012

Ouiquinde érotico gastronomique : la lotte au safran

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Charlotte

 

Lorsque l’air surchauffé tremble au soleil lion

Qui calcine la plaine au feu de ses rayons,

En émergeant de l’ombre, Charlotte vient au puit

Et plonge son amphore dans l’eau fraîche qui luit.

 

Cambrée, les bras au ciel, elle ôte sa chemise

D’un geste coutumier mais d’une grâce exquise.

Voluptueusement elle fait couler l’eau

Qui caresse ses seins, et ses reins, et son dos.

 

Pâmée, les yeux mi-clos, secouant sa crinière

Elle crée une aura de perles de lumières.

Arquée comme une harpe elle s’offre à Phoebus.

 

Tapi dans un fourré, mon cœur, mes sens s’enflamment,

Fascinés de désir pour la fleur de lotus

Qui orne la vallée qui fait d’elle une femme.

 

 

 

- Au lieu de te planquer pour mater la Charlotte

Pourquoi pas l’inviter, Victor ? C’était plus franc !

Ce qu’il te fallait faire, c’est une queue de lotte

Que tu lui cuisinais à l’ail et au safran.

Pour séduire Charlotte en un repas intime

Il faut, évidemment, lui faire un peu de frime.

Sur le bord de son puit, pose un bouquet de fleurs !

Chante-lui une aubade ! Montre-toi enjôleur !

Met-toi à ses genoux ! Mieux encor, fais la rire,

C’est souvent le moyen le plus sûr pour séduire.

- Oh ! Lâche-moi la grappe, car pour le baratin

J’en remontrerais même à un Napolitain !

Dis-moi plutôt comment je fais cette baudroie,

C’est le nom de la lotte, ici, dans nos endroits.

- Prend une queue de lotte d’une livre et demi

Faut être généreux, fais pas d’économies.

Demande au poissonnier d’enlever l’os central,

Il n’y a pas d’arêtes dans ce drôle d’animal.

Au mortier tu écrases un ail et du persil

Quelques grains de cumin, du safran en pistil

Allonge l’appareil d’un peu d’huile d’olives

C’est la plus parfumée et la plus digestive.

Tu en met à chauffer aussi dans ta cocotte.

Sur ton plan de travail, étend tes demi lottes

Tu garnis l’intérieur de ta préparation

Sale légèrement, reforme le poisson

Enfin, avec du fil, tu le brides serré

Tu le mets en cocotte et tu le fais dorer.

Puis tu baisses le feu et fais cuire à feu doux

Tu le tournes et surveilles, vingt-cinq minutes en tout.

Puis tu réserves au chaud sur le plat de service.

Déglace ta cocotte au Beaumes-de-Venise

Rajoute du safran en pistil ou en poudre

Puis un jet de Cognac, mais pas un dé à coudre,

Un peu de crème fraîche pour donner du liant

Tu nappes ton poisson et sert ce plat friand.

Tu verras pétiller dans les yeux de ta belle

Des promesses de joie, d’amour et de dentelles.

A nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

A la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

 

JVJ

 

 

 

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in: Le bonheur grâce à la cuisine de l'amour

 

 

Quintidi 5 thermidor 220

 

 

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21/07/2012

FEMMES! FEMMES! FEMMES!

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Femme maîtresse
Ouverte, offerte sous les caresses
Femme mère
Créatrice de la vie sur terre
Femme putain
Désir de soie et de satin

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Femme dirigeante
Intuitive et compétente
Femme politique
Courageuse et démocratique
Femme enfant
Que l’on protège et l’on défend
Femme salope
Qui fait jouir et rend myope
Femme avide
Calculatrice, sans cœur et cupide
Femme sorcière
Envoûtante, sournoise, incendiaire

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Femme lesbienne
Délicate et altière clitoridienne
Femmes battues
Femmes vendues
Victime des stupides couillus
Femmes voilées
Femmes enfermées
Femmes niées
Femmes lapidées
Femmes brûlées
Femmes massacrées
Au nom d’un obscurantisme borné

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Femme, femmes FEMMES !
Vous êtes des Humains pour le meilleur et pour le pire
Je vous respecte, je vous adore et je vous aime !


VictorAyoli


Quartidi 4 Thermidor 220


Photos X - Droits réservés


20/07/2012

Salut à toi, ami Fainéant, mon frère !

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Salut à toi, ami estivalier qui, le temps de quelques semaines, va t’initier à ce subtil bonheur : glander ! Marcher avec le temps au lieu de te laisser dévorer par lui. Ecouter ta vie. En ex-Indochine, un proverbe dit : « Les Vietnamiens plantent le riz, les Cambodgiens le regardent pousser, les Laotiens l’écoutent pousser ». Toute une philosophie de vie qui désacralise le « travail ». « Travail » (du latin tripalium, instrument de torture). Ils sont bien plus valorisant les termes « labeurer » ou « labourer » plus spécifique et « œuvrer », accomplir une œuvre.

 

Le travail implique contrainte, souffrance, malédiction divine. Le sinistre M. Thiers, dans le sein de la Commission sur l'instruction primaire de 1849, disait: «Je veux rendre toute-puissante l'influence du clergé, parce que je compte sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l'homme qu'il est ici-bas pour souffrir et non cette autre philosophie qui dit au contraire à l'homme: "Jouis".» Thiers formulait la morale de la classe bourgeoise dont il incarna l'égoïsme féroce et l'intelligence étroite. Il a eu cinq longues et sombres années durant un digne successeur en la personne de Sarkozy et de son « travailler plus pour… ».

 

La paresse, la fainéantise, le glandage sont l’apanage d’une sorte d’élite. On naît fainéant. C’est une chance immense et une injustice pour les autres. L’art de ne rien faire est difficile et ne semble pas donné à tout le monde. Même les loisirs en prennent un coup : le temps libre est de plus en plus confisqué par la télévision et les industriels des loisirs. Nombreux sont ceux qui redoutent l’inaction et réclament un ordre du jour même pendant leurs vacances. Comme s’ils craignaient de se laisser aller, de se laisser guider par la fantaisie. Peut-être par peur de se retrouver seuls avec eux-mêmes ?

 

Nous sommes influencés par cette culture où le religieux  ( "Tu te nourriras à la sueur de ton front !") se mêle à l’économique (travailler plus pour gagner plus) et condamne l’oisif à travailler. Sauf s’il est rentier ou/et actionnaire ! Dans ce cas, c’est son capital qui travaille pour lui, c’est-à-dire vous, moi, les cochons de payants de la France d’en-bas.

 

Après des siècles de christianisme et avec l’esprit du capitalisme, on n’imagine pas passer sa vie dans l’inactivité, à moins de passer pour un marginal ou un illuminé. Et malheur à vous si vous avez la malchance d’être au chômage ou si vous avez choisi de faire passer votre vie personnelle avant le travail. On aura vite fait de vous soupçonner de paresse, fainéantise ou de manque d’ambition. Et vous perdrez votre vie à la gagner. Et pourtant ! Dans une autre vie, j’ai même été « chef d’entreprise ». Et je n’embauchais que des fainéants avoués. Ils sont les plus fiables, les plus efficaces des collaborateurs : un fainéant œuvre vite pour avoir plus vite fini et bien pour ne pas avoir à y revenir !

 

Il y a dans l’art de ne rien faire le signe d’une conscience vraiment affranchie des multiples contraintes qui, de la naissance à la mort, font de la vie une frénétique production de néant. Niquer ces contraintes est une libération.

 

Dans le système capitaliste d’exploitation de l’humain, il y a de la malice, assurément, à en faire le moins possible pour un patron, à s’arrêter dès qu’il a le dos tourné, à saboter les cadences et les machines, à pratiquer l’art de l’absence justifiée. La paresse ici sauvegarde la santé et prête à la subversion un caractère plaisamment roboratif. Elle rompt l’ennui de la servitude, elle brise le mot d’ordre, elle rend la monnaie de sa pièce à ce temps qui vous ôte huit heures de vie et qu’aucun salaire ne vous laissera récupérer. Elle double avec un sauvage acharnement les minutes volées à l’horloge pointeuse, où le décompte de la journée accroît le profit patronal. Voler ainsi un patron, ce n’est que de la récupération !

 

Pourtant, il plane sur la paresse une telle culpabilité que peu osent la revendiquer comme un temps d’arrêt salutaire, qui permet de se ressaisir et de ne pas aller plus avant dans l’ornière où le vieux monde s’enlise. Encore que ! Certains entreprise découvrent les bienfaits de la sieste !

 

Qui, des allocataires sociaux, proclamera qu’il découvre dans l’existence des richesses que la plupart cherchent où elles ne sont pas ? Ils n’ont nul plaisir à ne rien faire, ils ne songent pas à inventer, à créer, à rêver, à imaginer. Ils ont honte le plus souvent d’être privés d’un abrutissement salarié, qui les privait d’une paix dont ils disposent maintenant sans oser s’y installer. La culpabilité dégrade et pervertit la paresse, elle en interdit l’état de grâce, elle la dépouille de son intelligence. Pourtant ils feraient dans la fainéantise d’étonnantes découvertes : un coucher de soleil, le scintillement de la lumière dans les sous-bois, l’odeur des champignons, le goût du pain qu’il a pétri et cuit, le chant des cigales, la conformation troublante de l’orchidée, les rêveries de la terre à l’heure de la rosée, sans oublier les formidables rêves érotiques !

 

- Oh ! Victor ! Bois un coup, ça te passera !

 

- Merci !

 

Nous aurons bien mérité la retraite, soupirent les travailleurs. Ce qui se mérite, dans la logique de la rentabilité, a déjà été payé dix fois plutôt qu’une !

 

Si la paresse s’accommodait de la veulerie, de la servitude, de l’obscurantisme, elle ne tarderait pas à entrer dans les programmes d’État qui, prévoyant la liquidation des droits sociaux, mettent en place des organismes caritatifs privés qui y suppléeront : un système de mendicité où s’effaceront les revendications qui, il est vrai, en prennent docilement le chemin si l’on en juge par les dernières supplications publiques sur le leitmotiv « donnez-nous de l’argent ! ». L’affairisme de type mafieux en quoi se reconvertit l’économie en déclin ne saurait coexister qu’avec une oisiveté vidée de toute signification humaine.

 

La paresse est jouissance de soi ou elle n’est pas. N’espérez pas qu’elle vous soit accordée par vos maîtres ou par leurs dieux. On y vient comme l’enfant par une naturelle inclination à chercher le plaisir et à tourner ce qui le contrarie. C’est une simplicité que l’âge adulte excelle à compliquer.

 

Que l’on en finisse donc avec la confusion qui allie à la paresse du corps le ramollissement mental appelé paresse de l’esprit - comme si l’esprit n’était pas la forme aliénée de la conscience du corps.

 

L’intelligence de soi qu’exige la paresse n’est autre que l’intelligence des désirs dont le microcosme corporel a besoin pour s’affranchir du travail qui l’entrave depuis des siècles.

 

La paresse est un moment de la jouissance de soi, une création, en somme ! Le fainéant est un créateur naturel. Un créateur de bonheur !

 

 

Victor Mammifère omnivore ampélophile - Maître siestologue – Vice-président du Club des Fainéants de Villeneuve – Fondateur de l’Académie des Amoureux de l’Aïoli – Fondateur des Bistrots du Cœur – Fondateur de Buveurs sans Frontières – Fondateur de la Chorale des Bois-sans-soif.

 

 

Tridi 3 Thermidor

 

Illustration : merci à Franquin


P.S.: Ce soir, sur France Inter, à partir de 20 heures, on pourra écouter: "Eloge de la paresse", de Lafargue, gendre de...Karl Marx !

 

 

19/07/2012

Pour se laver les boyaux de la tête : salade de mots d’été.

 

 

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Sur le collier du chien que tu laisses au mois d'août

Sur la vulgarité de tes concours de pets

Sur l'étendard nazi et sur le drapeau rouge

Sur la rosette au coin du vieillard officiel

Sur les blousons kaki, sur les képis dorés

Sur le cul blanc des féministes

Sur le mandrin des misogynes

Sur le béret obtus des chauvins aveuglés

Sur la croix des cathos, le croâ des athées

Sur tous les bulletins et sur toutes les urnes

Où les crétins votants vont se faire entuber

Sur l'espoir en la gauche

Sur la gourmette en or de mon coiffeur de droite

Sur la couenne des connes aplaties sur les plages

Sur l'asphalte encombré de cercueils à roulettes

Sur les flancs blancs d'acier des bombes à neutron

Que tu t'offres à prix d'or sur tes impôts forcés

Sur la sébile humiliante et dérisoire

Qu'il faut tendre pourtant à tous les carrefours

Pour aider à freiner l'ardeur des métastases

Sur le mur de la honte et sur les barbelés

Sur les fronts dégarnis des commémorateurs

Pleurant au cimetière qu'ils ont eux-mêmes empli

Sur le petit écran qui bave encore plus blanc

Sur l'encéphalogramme éternellement plat

Des musclés, des Miss France et des publicitaires

Sur l'étendard vainqueur de la médiocrité

Qui flotte sur les ondes hélas abandonnées

Aux moins méritants des handicapés mentaux

Sur la Bible et sur Mein Kampf

Sur le Coran frénétique

Sur le missel des marxistes

Sur les choux-fleurs en trop balancés aux ordures

Quand les enfants d'Afrique écartelés de faim

Savent que tu t'empiffres à mourir éclaté

Sur le nuage

Sur la lune

Sur le soleil atomique

Sur le cahier d'écolier de mes enfants irradiés

J'écris ton nom

HOMME.

 

Victor Chabert

remarquable pastiche de la poésie "Liberté" de Paul Éluard, 1942


Duodi 2 Thermidor 220


Photo X - Droits réservés

 


 

18/07/2012

Défendons ces pauvres riches, morbleu !

riches et pauvres.jpg

 

 

 Je viens d’entendre ce matin l’ultralibéral de service de France-Inter, le ci-devant Seux Dominique essayer de nous faire pleurer sur ces pauvres riches qui vont être confronté à ce cruel dilemme : participer au prorata de leurs moyens au développement de leur pays, la France, en payant leurs impôts ou connaître les affres de l’exil en Suisse, en Belgique ou dans d’autres paradis fiscaux…

 

Le montant global de l'évasion fiscale est estimé à 50 milliards d'euros par an par la commission d'enquête sénatoriale La totalité des avoirs fiscaux français dissimulés dans les paradis fiscaux sont estimés à pas moins de 600 milliards d'euros.

 

Allez, on va balancer un peu. Voici une liste non exhaustive de ces pauvres malheureux qui circule depuis quelques mois sur la toile :

 

Les grandes familles "industrielles et commerciales"

- Jacques Badin (Carrefour) réside à Bruxelles en Belgique 
- Thomas Bata (marque de chaussures Bata) réside en Suisse 
- Famille Baud (dont Jean Baud), (marques Franprix et Leader Price, 2 à 3 milliards de CHF), résident en Suisse 
- Lotfi Belhassine, président d’Air Liberté, réside en Belgique. Il a fui la France car l’ISF représentait 93% de ses revenus 
- Claude Berda, AB Groupe, réside à Cologny en Suisse 
- Des membres de la famille Bich (Groupe Bic) résident en Suisse 
 - Michèle Bleustein Blanchet, une des héritières de Publicis, réside à Cologny en Suisse 
 - Corinne Bouygues, réside à Genève en Suisse 
 - Pierre Castel, PDG du groupe Castel Frères propriétaire des eaux Cristalline, Vichy Célestins et Saint-Yorre, réside prês du Lac Léman en Suisse 
 - Des membres de la famille Mulliez (propriétaire de Auchan, Décathlon, Mondial Moquette, Norauto et Kiabi), résident en Belgique 
 - Georges Cohen, informatique et armement, réside en Suisse 
 - Bernard Darty, fondateur de Darty, réside en Belgique 
 - Jean-Louis David, fondateur des salons de coiffure éponyme, réside en Suisse 
 - Des membres de la famille Defforey, à l’origine de la société Carrefour, résident en Belgique 
 - Des membres de la famille Despature (dont Paul-Georges Despature), propriétaire des marques Damart et Somfy, résident en Suisse et en Belgique. 
 - Paul Dubrulle, co-créateur du Groupe Accor et ancien sénateur-maire de Fontainebleau, réside à Cologny en Suisse 
 - Des membres de la famille Ducros résident à Cologny en Suisse 
 - Pierre-François Grimaldi (iBazar), réside en Belgique 
 - Eric Guerlain réside en Grande-Bretagne 
 - Daniel Hechter, créateur réside en Suisse 
 - Philippe Hersant, groupe Hersant réside en Belgique 
 - Philippe Jaffré, ancien président d’Elf 
 - Robert Louis-Dreyfus réside à Zurich en Suisse. 
 - Des membres de la famille Mimram (dontJean-Claude Mimram), résident à Gstaad en Suisse. 
 - Des membres de la famille Nonancourt, propriétaire des champagnes Laurent-Perrier, résident en Suisse. 
 - Denis Payre, fondateur de Business Objects, réside en Belgique ou il a démarré une nouvelle société, Kiala, qui a embauché 100 personnes 
 - Des membres de la famille Peugeot (entre 5 et 6 milliards de CHF), résident en Suisse. 
 - Jean Pigozzi, héritier des voitures Simca, réside en Suisse. 
 - Michel Reybier, ancien PDG de Justin Bridou, réside en Suisse 
 - Jacques Tajan, ancien premier commissaire-priseur de France, réside en Belgique 
 - Des membres de la famille Wertheimer, héritiers de Chanel, résident à Cologny en Suisse 
 - Antoine Zacharias, ancien PDG de Vinci, réside à Genève en Suisse 
  Roger Zannier, à la tête de Kookaï ou Absorba, réside à Cologny en Suisse 
 - Alain Ducasse, cuisinier, a troqué sa nationalité française pour rejoindre Monaco

 Les Sportifs 
  
 - Jean Alesi, réside en Suisse 
 - Marion Bartoli, réside en Suisse 
 - Julien Benneteau, réside en Suisse 
- Arnaud Boetsch, réside en Suisse 
 - Arnaud Clement, réside en Suisse 
 - Nicolas Escudé, réside en Suisse 
 - Guy Forget, réside en Suisse 
 - Richard Gasquet, réside en Suisse 
 - Jean-Claude Killy, réside en Suisse 
 - Henri Leconte, réside en Suisse 
 - Sébastien Loeb, réside en Suisse 
 - Paul-Henri Mathieu, réside en Suisse 
 - Gaël Monfils, réside en Suisse 
 - Christophe Moreau, réside en Suisse 
 - Amélie Mauresmo, réside à Genêve en Suisse 
 - Stéphane Peterhansel, réside en Suisse 
 - Cédric Pioline, réside en Suisse 
 - Alain Prost, réside en Suisse 
 - Fabrice Santoro, réside en Suisse 
 - Florent Serra, réside en Suisse 
 - Gilles Simon, réside en Suisse 
 - Jo-Wilfried Tsonga, réside en Suisse 
 - Vincent Rives, réside en Irlande 
 - Jean-Philippe Gatien , réside au Delaware aux Etats Unis 
  
 Les chanteurs 
 
 - Charles Aznavour, réside en Suisse 
 - David Hallyday, réside en Suisse 
 - Johnny Hallyday, réside à Gstaad en Suisse 
 - Patricia Kaas, réside en Suisse 
 - Florent Pagny, réside en Patagonie (Argentine) 
 - Michel Polnareff, réside aux Etats-Unis 
 - Marie Laforêt, résidente et citoyenne suisse 
  
 Les acteurs 
  
 - Daniel Auteuil, réside en Belgique 
 - Emmanuelle Béart réside en Belgique 
 - Laetitia Casta, réside au Royaume-Uni 
 - José Garcia, réside en Belgique 
 - David Habibi, réside au Canada 
 - Alain Delon, résident et citoyen Suisse 
  
 Les auteurs 
 
 - Christian Jacq, réside en Suisse 
 - Marc Levy, réside au Royaume-Uni 
 - Michel Houellebecq, réside en Espagne (en Irlande auparavant)


 

exil fiscal

 


Sources : http://danactu-resistance.over-blog.com/article-les-noms-...

http://www.bilan.ch/articles/listes-300/la-liste-des-300-...

 

 Primidi 1er Thermidor 220


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17/07/2012

Au bistro de la toile : sport !

chimulus bistro copie.jpg

 

 

- Oh ! Victor, t’es en survêtement, tu t’es mis au sport ?

 

- En quelque sorte : par patriotisme économique, j’ai ressorti le Peugeot Frères !

 

- …taing ! Tu t’es remis au vélo ?

 

- Non : je mouds le café à la main, dans le bon vieux moulin à café Peugeot Frères. Et, je change de main pour ne pas attraper le « moulin à café elbow » !

 

- En parlant de sport, le PSG vient d’acheter un pèlerin dont le salaire sera entre 10 et 13 millions d’euros par an ! …taing ! François va se régaler avec sa tranche d’impôts de 75% pour tous revenus au-delà du premier million !

 

- Mouais… Ne nous emballons pas. D’abord, la mesure n’est pas intégrée au collectif budgétaire et est donc repoussé à… qui sait ? De plus Cahuzac, ministre du budget, estime que cette mesure demande une « vraie réflexion », notamment sur l’assiette de cette imposition. Ce qui, en français intelligible, veut dire distinguer les revenus provenant d’un contrat de travail et ceux exceptionnels et aléatoires, comme ceux des sportifs, des artistes, chanteurs, acteurs, etc. Autrement dit les tapeurs dans le ballon, les pousseurs de cansonetta et les grimaciers seront probablement exemptés de cette taxe !

 

- Ouf ! On doit respirer chez nos brillants footballeurs et chez nos exilés fiscaux… Eh ! Les Jiho débutent dans dix jours, il parait, chez les Rosbifs ! Pourvu qu’il pleuve ! Tè ! Je lis dans le canard une bulle poilante : un athlète australien renaude parce qu’on l’empêche de coucher avec sa meuf, elle aussi athlète sélectionnée aux jeux. Il dit qu’il y a plein d’athlètes gays et lesbiennes qui, eux et elles, couchent dans la même chambre que leur partenaire sexuel, et le mec gueule ainsi contre une discrimination anti hétérosexuelle !

 

- Il a raison le mec. Ça restera dans les anales…

 

- Et le Tour de France. Dégueulasse cette histoire de clous de tapissier jetés sur la route. Il y a des spectateurs qui ont de sacrés fromages moisis dans la tronche…

 

- Qui te dit que ça vient des spectateurs ? Réfléchis un peu. Les clous ont été jetés en deux endroits. D’abord à quelques centaines de mètres du haut du fameux « mur », ensuite quelques kilomètres plus loin, dans la descente. Et ils ont été jetés après le passage des échappés. Tu crois, avec le monde qu'il y a sur les bords de route, qu’un pélucre aurait pu - sans se faire remarquer, attraper et lyncher par la foule - balancer ses semences ? Tu crois qu’il aurait pu – s’il ne s’était pas fait choper - trouver le moyen d’aller en balancer plusieurs kilomètres plus loin dans la descente ? Donc si ce n’est pas un fada, ce serait un complot organisé?! Et pourquoi ce ne serait pas une voiture suiveuse entre les échappés et leurs poursuivants ? Et pourquoi ce ne serait pas un coureur...échappé ? A réfléchir…

 

- C’est pas con. Tiens ! Buvons un coup ! Ça ne crèvera pas nos boyaux !



Décadi 30 Messidor 220


Merci à Chimulus

16/07/2012

Les couleuvres de PSA

 

Peugeot logo lion.jpg

PSA, en virant 8.000 salariés, donc en jetant dans la détresse 8.000 familles, et le triple en tenant compte des emplois induits, va « économiser » 240 millions d’euros. (Coût d’un emploi autour du smic : 30.000 euros/an multiplié par 8.000). Ce n’est pas rien, mais c’est à rapprocher des dividendes versés en 2011 aux actionnaires : 250 millions d’euros ! A rapprocher encore du pognon gaspillé en rachat de ses propres actions pour maintenir artificiellement le cours de l’action cher aux actionnaires au lieu de l’investir dans l’entreprise : 200 millions. A rapprocher aussi des 4 milliards (milliards, pas millions) prêtés par l’Etat sous Sarko, et remboursé bien trop tôt pour avoir les mains libres, c’est-à-dires’assoir allègrement sur les promesses assorties à cet énorme prêt : ne pas fermer de sites en France.

 

Les dirigeants de PSA seraient donc de sinistres et cyniques manipulateurs ? Bof, seulement de bons petits soldats de l’ultralibéralisme, bras armé du capitalisme financier qui saccage le monde. Philippe Varin ne déclare-t-il pas avec cynisme : « Pour restaurer nos marges, il y a une marge de flexibilité sur le coût du travail. Nous avons le coût du travail le plus cher en Europe et nous produisons 44% de notre production en France, donc il faut baisser les charges qui pèsent sur le travail de manière massive».  Ce qui est une antienne récurrente du patronat est pourtant une connerie. Comment calcule-t-on le coût du travail ? Le plus souvent, on utilise le coût horaire du travail. Cet indicateur additionne le salaire (y compris primes, épargne salariale etc.) et les cotisations sociales acquittées par l'employeur, et on les divise ensuite par le nombre d'heures travaillées. Dans l’industrie automobile, le coût horaire allemand est le plus élevé d’Europe. Il est en particulier supérieur de 29 % à celui observé en France : 43,14 euros contre 33,38 euros !

 

Donc l’argument du coût du travail ne tient pas. Alors pourquoi PSA se trouve-t-elle dans une telle situation ? Parce que ses dirigeants ont fait preuve d’une incompétence crasse. Parce que leurs choix ont été faux. Leur choix de modèles s’est avéré inadapté : voitures moyennes certes belles, bourrés de gadgets électroniques mais…trop chères et trop sophistiquées pour la clientèle courante qui se tourne vers les véhicules plus simples et bien plus abordables, ce qui fait le succès de Dacia-Renault (je roule en Logan et je m’en félicite !) ; pas de voitures véritablement haut de gamme capables de concurrencer les allemandes Mercédès, BMW et Audi. De plus, Peugeot gavant ses actionnaires n’a pas assez investi dans la recherche, malgré les tombereaux de pognon versés par l’état, c’est-à-dire nous… Seule véritable innovation, une hybride diesel-essence restée confidentielle. Communication nulle alors que le renom obtenu par la domination sans partage des voitures Citroën dans les courses de rallye aurait dû placer cette marque au sommet pour les véhicules haut de gamme. Bides à l’export : Peugeot s’est implanté en Chine en même temps que Volkswagen, mais lorsque l’entreprise allemande vend 1,7 millions de véhicules, Peugeot n’en écoule que 380.000. Cherchez l’erreur : gamme inadapté, approche commerciale foireuse, etc.

 

Autre argument de Varin et de ses complices du Medef : il faut délocaliser la production au plus près du marché. Argument battu en brèche par les Allemands, qui vendent dans le monde entier des véhicules dont l’assemblage final se fait en Allemagne. Argument battu en brèche par Nissan, qui produit en Angleterre des petits 4x4 qu’elle exporte dans le monde entier. Argument battu en brèche par Toyota, qui agrandit ses unités de production pour fabrique en France les véhicules destinés aux marchés européens et américains !

 

Bref, PSA veut faire payer aux lampistes les erreurs de ses dirigeants.


Faut-il pour autant s’arcbouter sur la fabrication de voitures automobiles ? Le débat est ouvert.

 

 

Nonidi 29 Messidor 220


Illustration X - Droits réservés


15/07/2012

Ouiquinde érotico-gastronomique sur l'Aubrac

randonneuse souriante.jpg

 

Vanessa

 

La brune Vanessa chemine sur l’Aubrac.

Pressée par la nature, elle pose son sac

Et, discrète, s’épanche derrière une murette.

Soudain elle bondit en hurlant, la pauvrette…

 

Une vipère avait planté ses crocs pointus

Dans la partie charnue de son individu !

Foin de toute pudeur ! La malheureuse appelle,

Et je me précipite au secours de la belle.

 

Agenouillé près de ses trésors féminins,

Je mord, suce, aspire et crache le venin.

Pour sauver Vanessa, sans ménager ma peine,

 

Je presse à pleines mains la jolie lune pleine.

Pour me remercier de ce vaillant combat,

La belle offre à ma bouche son sourire d’en bas…

 

 

 

- Afin de rassurer ta charmante marcheuse

Qui, d’après tes écrits ne semblaient pas bêcheuse,

Tu aurais pu l’amener dans un buron d’Aubrac,

C’est ainsi qu’on appelle les sortes de barraques

En pierres de granit qui servent aux bouviers

De solides refuges ainsi que d’ateliers

Où ils mettent au point les somptueux fromages

Dont la réputation à traversé les âges :

Tommes de lait de vaches d’Aveyron et Lozère

De Laguiole, d’Aubrac et de la Fau de Peyre.

Elle aurait pu manger, avec toi, l’aligot,

Compagnon idéal d’un bon plat d’escargots.

Tu ramasses, en marchant, quelques gastéropodes

Si nombreux sur l’Aubrac après une pluie chaude.

Comptes-en deux douzaines pour chacun des mangeurs.

Surtout si tes convives ont l’appétit majeur.

au vinaigre et au sel tu les fait dégorger,

Pendant deux heures au moins puis rince les rejets

Et met-les à bouillir dedans un court-bouillon

Avec laurier, fenouil, sel, poivre, thym, oignons.

Deux heures après tu vas, à l’aide d’une aiguille,

Sortir tes escargots, chacun, de leur coquille,

Puis tu vas supprimer carrément les entrailles

C’est, au bout de la chair, une noire tripaille.

Pendant cette cuisson, tu prépares ta sauce :

Des oignons rissolés avec du lard des Causses,

De la chair à saucisses, quelques anchois pilées,

Epinard, vert de blettes, oseille acidulée.

Jette les escargots dedans ta cassolette,

Poivre, sel, noix muscade et piment d’Espelette,

Mouille si nécessaire d’un peu de court-bouillon

Mijoter vingt minutes mais sans ébullition.

Tu sers ta gargoulade avec de l’aligot,

En buvant du vin rouge de derrière les fagots.

A nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

A la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

Octidi 28 Messidor 220


Photo X - Droits réservés

14/07/2012

Sourire du 14 juillet

villesoule été 2010 009.JPG

 

Célébration du 14 juillet dans la forêt.

Qu'il est joyeux aujourd'hui
Le chêne aux rameaux sans nombre,
Mystérieux point d'appui
De toute la forêt sombre !

Comme quand nous triomphons,
Il frémit, l'arbre civique ;
Il répand à plis profonds
Sa grande ombre magnifique.

D'où lui vient cette gaieté ?
D'où vient qu'il vibre et se dresse,
Et semble faire à l'été
Une plus fière caresse ?

C'est le quatorze juillet.
À pareil jour, sur la terre
La liberté s'éveillait
Et riait dans le tonnerre.

Peuple, à pareil jour râlait
Le passé, ce noir pirate ;
Paris prenait au collet
La Bastille scélérate.

À pareil jour, un décret
Chassait la nuit de la France,
Et l'infini s'éclairait
Du côté de l'espérance.

Tous les ans, à pareil jour,
Le chêne au Dieu qui nous crée
Envoie un frisson d'amour,
Et rit à l'aube sacrée.

Il se souvient, tout joyeux,
Comme on lui prenait ses branches !
L'âme humaine dans les cieux,
Fière, ouvrait ses ailes blanches.

Car le vieux chêne est gaulois :
Il hait la nuit et le cloître ;
Il ne sait pas d'autres lois
Que d'être grand et de croître.

Il est grec, il est romain ;
Sa cime monte, âpre et noire,
Au-dessus du genre humain
Dans une lueur de gloire.

Sa feuille, chère aux soldats,
Va, sans peur et sans reproche,
Du front d'Epaminondas
À l'uniforme de Hoche.

Il est le vieillard des bois ;
Il a, richesse de l'âge,
Dans sa racine Autrefois,
Et Demain dans son feuillage.

Les rayons, les vents, les eaux,
Tremblent dans toutes ses fibres ;
Comme il a besoin d'oiseaux,
Il aime les peuples libres.

C'est son jour. Il est content.
C'est l'immense anniversaire.
Paris était haletant.
La lumière était sincère.

Au loin roulait le tambour...?
Jour béni ! jour populaire,
Où l'on vit un chant d'amour
Sortir d'un cri de colère !

Il tressaille, aux vents bercé,
Colosse où dans l'ombre austère
L'avenir et le passé
Mêlent leur double mystère.

Les éclipses, s'il en est,
Ce vieux naïf les ignore.
Il sait que tout ce qui naît,
L'oeuf muet, le vent sonore,

Le nid rempli de bonheur,
La fleur sortant des décombres,
Est la parole d'honneur
Que Dieu donne aux vivants sombres.

Il sait, calme et souriant,
Sérénité formidable !
Qu'un peuple est un orient,
Et que l'astre est imperdable.

Il me salue en passant,
L'arbre auguste et centenaire ;
Et dans le bois innocent
Qui chante et que je vénère,

Étalant mille couleurs,
Autour du chêne superbe
Toutes les petites fleurs
Font leur toilette dans l'herbe.

L'aurore aux pavots dormants
Verse sa coupe enchantée ;
Le lys met ses diamants ;
La rose est décolletée.

Aux chenilles de velours
Le jasmin tend ses aiguières ;
L'arum conte ses amours,
Et la garance ses guerres.

Le moineau-franc, gai, taquin,
Dans le houx qui se pavoise,
D'un refrain républicain
Orne sa chanson grivoise.

L'ajonc rit près du chemin ;
Tous les buissons des ravines
Ont leur bouquet à la main ;
L'air est plein de voix divines.

Et ce doux monde charmant,
Heureux sous le ciel prospère,
Épanoui, dit gaiement :
C'est la fête du grand-père.


Victor Hugo


Septidi 27 Messidor 220

13/07/2012

Un peu de lumière dans toute cette grisaille.

 

Un anticyclone obstinément bloqué, absolument pas adepte de la mobilité, des « plans sociaux » gardés sous le coude sur les injonctions des sarko-trafiquants et qui resurgissent juste après les élections avec une brutalité ravageuse, jetant sur le pavé des dizaines de milliers de « Français-d’en-bas », de Français « qui se lèvent tôt », d’ouvriers « qui travaillent plus pour gagner plus ». Mais des actionnaires de Peugeot qui  reçoivent tout de même 250 millions de dividendes, une direction qui rachète ses propres actions à hauteur de 190 millions d’euros pour tenir le cours de l’action plutôt que pour investir et moderniser son outil de travail… Une direction gavée de thunes brillant dont les choix stratégiques attestent de son incompétence. 

 

Bof… Tè, pour vous donner un peu de soleil dans cette grisaille, admirez donc cet extraordinaire Kaléidoscope :

http://inoyan.narod.ru/kaleidoskop.swf


Sextidi 26 Messidor 220

 

12/07/2012

Marisol Touraine à l’assaut de la forteresse des toubibs. Bon courage madame la ministre !

médecin stétoscope.jpeg

 

 

La ministre de la santé semble décidée a – enfin – secouer le cocotier de l’organisation de la médecine sur le territoire de la république et promet de s’attaquer réellement au scandale des dépassements d’honoraires. Tiens, en voilà une nouvelle qu’elle est bonne !


Au village où j’accroche chaque année mon hamac pour mes quartiers d’été, quelque part à près de 1300 mètres, dans le Gévaudan, depuis plus d’un an maintenant que nous avons de nouveau un toubib. Fort compétent et sympathique. Il est…Espagnol.


Avant lui, il était venu une docteure roumaine. Bien reçue car la municipalité a bien fait les choses : l’ancienne boulangerie, sur la place, face au bistrot, a été rachetée et transformée en cabinet médical bien conçu et bien équipé. Avec un coquet appartement de fonction juste au dessus. Malgré cela, il a fallu des mois pour que ce cabinet médical trouve son toubib, et la belle Roumaine n’y a pas fait de vieux os ! Le village est resté plus d’un an sans médecin… Vaut mieux être en acier trempé ! Par contre, le reste de l’année que je passe en Provence, il y a l’embarras du choix…


Chez nous, les toubibs, dont les études ont été payées par la collectivité, donc par vos et mes impôts, rechignent à s’isoler dans les cambrousses. Il est plus facile de gagner du pognon en expédiant 40 clients (on ne peut plus dire patients…) par jour dans les villes du sud ou en région parigote que de se farcir les scrofules purulentes qu’il faut aller nettoyer souvent dans la gadoue, le brouillard, les merdes de vaches et parfois même la méfiance de populations isolées. Là, le 4x4 a une raison d’être…


La situation des toubibs en France est tout ce qu'il y a d'ambigüe: elle est d'organisation et de philosophie libérale (liberté totale d'implantation) mais elle est payée de façon sociale (par la Sécu). Il est aberrant que l'Etat (ou la Sécu) n'est pas son mot à dire concernant l'implantation - au moins partielle - des toubibs dans le temps et l'espace national. Toute réforme se heurte évidemment au lobby de la profession médicale, très puissant, surreprésenté tant à l'Assemblée nationale qu'au Sénat.


La question de la rémunération des praticiens est aussi à dépoussiérer. Il va de soi que le toubib qui accepte de pratiquer son art en cambrousse ou en banlieue remuante devrait être payé à un tarif supérieur à son collègue parisien ou du midi de la France. Il est normal de récompenser le volontarisme, voire l’abnégation de ces héros des temps modernes que sont les toubibs de campagne.


Quant au scandale des « professeurs » qui posent sans vergogne la facture du bakchich (dépassement d’honoraire) de leur prestation sur la table de nuit du malade encore dans les vapes après une opération, il conviendrait de sabrer sans pitié. D’autant plus que ces abus sévissent souvent avec la complicité des hôpitaux publics…


Bon courage Madame la ministre !

 


Quintidi 25 Messidor 220


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11/07/2012

Eh ! Ça ne gaze pas, ces gaziers qui augmentent rétroactivement le prix du gaz !

GDF dessin Fanch.jpg

 

 

Gaz de France, c’était une entreprise nationale. Appartenant aux citoyens. C’était une entreprise qui marchait bien et qui était juteuse. Trop juteuse aux yeux de la droite alors au pouvoir. Trop « française » aux yeux des talibans libéraux de Bruxelles. Hummm ! Y a bon le gâteau que se disaient les financiers de Suez !

A l’époque, Sarko sévissait à Bercy et proclamait : « C’est clair, c’est simple et c’est net : il n’y aura pas de privatisation de GDF. » Ben voyons…

On a donc inventé une « menace »  de ENEL, entreprise italienne, sur Suez. Patriotisme économique ! Ah non mais ! On ne va pas se laisser bouffer par ces chanteurs de bel canto ! Villepin, alors premier ministre, pour « sauver » Suez, préconise le rapprochement avec Gaz de France. Ce qui implique alors la privatisation de la compagnie nationale. Les syndicats se mobilisent, le conseil constitutionnel met l’opération en veilleuse jusqu’à ce que… Sarko relance l’affaire ! Il faut dire que les résultats de l’entreprise publique, dopés par le relèvement des tarifs à l’échelle européenne, à l’époque, étaient fort brillants ! Fallait en faire profiter les amis…

Après avoir pris l’engagement « solennel » de ne jamais abaisser la participation de l’Etat dans le capital de GDF en dessous de 70 %, le gouvernement de Dominique de Villepin a ensuite accepté, que la part de l’Etat ne soit plus que de 36,5%...

Tout ça, bien sûr, dans « l’intérêt » du consommateur qui devait bénéficier de cette privatisation grâce à la sainte « concurrence libre et non faussée ». On sait ce qu’il en est : rafales constantes d’augmentation des tarifs du gaz par une entreprise privée en situation de monopole. GDF était une entreprise qui marchait très bien pour le plus grand profit des clients-contribuables-propriétaires… Ceux-ci sont maintenant cocus et les énormes bénefs vont non pas au pays, mais dans la poche des actionnaires, en grande partie étrangers…

Et voilà que les « Sages » Conseil d’Etat retoque une des rares mesures positives de Fillon et…demande aux cochons de payants d’usagers de retourner leurs poches à titre rétroactifs à cause d’un mode de tarification ésotérique sortie des têtes d’œufs de la compagnie… Alors que le prix du gaz au niveau mondial diminue!

Eh ! Ayrault. On fait quoi là ?

 

Quartidi 24 Messidor 220

 

Merci à Fanch

 

10/07/2012

Au bistro de la toile : éthylotests.

chimulus bistro copie.jpg

 

- Oh ! Victor, tu les a tes éthylotests ? Parait qu’il en faut deux. Je suppose que c’est un pour le souffleur et un pour qui le fait souffler ?

 

- Il y a plus de cinq ans que j’ai un éthylotest à la maison. Un vrai. Equivalent à celui des flics. Un cher. Electronique. Acheté en pharmacie. Et je m’en sers. Lorsque moi je dois conduire et aussi lorsque des amis viennent chez moi faire une petite bringue. Et bien des gens sont étonnés… On est vite dans le rouge ! Donc, personnellement, je trouve que l’idée est bonne. Elle serait surtout meilleure en rendant obligatoire des systèmes d’anti-démarrage de la bagnole ou…du camion ! Maintenant, sur les motivations de ce décret le rendant obligatoire, il y a à dire…

 

- Eh bien dis-le !


- Il y a un an, en  juillet dernier, une association, "I-Test" se crée pour militer en faveur d'éthylotests obligatoires dans toutes les voitures. Ils interpellent le Ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, et hop quelques mois plus tard le décret sort, vite fait, bien fait. La nouvelle infraction est créée, avec une amende de 17 euros à la clef.  Mais, là où le bât blesse c’est quand on se penche sur la question de savoir à qui va bénéficier ce juteux marché ? Et là, surprise ! C’est ce qu’explique un article publié sur le site Internet lequipement.fr (http://www.lequipement.fr/) , et intitulé « Éthylotest obligatoire : Jackpot pour Contralco ». Il s’agit d’une société, basée dans l’Hérault, en situation de quasi-monopole avec 90 % du marché français et leader européen. Ainsi, l’Hexagone représente 36 millions d’automobilistes et 1 à 2 millions de deux-roues. Selon les calculs du site, sur une base de deux éthylotests par usagers de la route ce sont 72 millions d’unités à fournir. Basée dans l'Hérault, cette société de 61 employés est la seule entreprise française à produire et vendre des éthylotests, électroniques ou à usage unique. En 2008, la vente de 13 millions d'éthylotests a permis à Contralco d'afficher un chiffre d'affaires de près de 5 700 000 €. Fournisseur officiel de la Police et de la Gendarmerie, Contralco précise que les Forces de l'Ordre ne représentent que 35 % de son activité quand le grand public plafonne à seulement 25 %. Bonne nouvelle, le nouveau Code de la Route va changer ça, en multipliant les ventes par plus de 5.

 

- …taing ! Il doit avoir les bras long le patron…

 

 

- Probablement. Mais là où ça devient « pittoresque », c’est lorsqu’on voit qui sont les membres de cette association"philanthropique" I-Test : ils sont très, très, très proches…des fabricants de ces éthylotests ! Tiens, en voilà la liste :

Association I-Tests, la liste des membres


Liste des adhérents, membres actifs et suppléants :

Sources : http://www.lequipement.fr/info/493/ethylotest-obligatoire-Jackpot-pour-Contralco#association-liste-membres



Tridi 23 Messidor 220


Merci à Chimulus


Une précision que m'envoie un lecteur:

Au chapitre des caractéristiques de l'éthylotest sur lesquelles peu de personnes s'étendent, il y a son "principe actif". La substance qui entre en réaction avec l'éthanol exhalé par le délinquant en puissance s'appelle le dichromate de potassium (K2Cr2O7). Et cette substance présente quelque inconvénients, elle aussi :

1) C'est une substance hautement toxique, et en particulier un allergène (en particulier : allergie au chrome, très fréquente) et à l'origine d'eczéma (pathologies cutanées).

2) C'est un produit explicitement cancérigène (fortement oxydant et corrosif).

Pourtant, nulle filière de recyclage spécifique qui ait été envisagée, aucune précaution de stockage ou d'emploi où que ce soit. En d'autres termes, on va bientôt en retrouver un peu partout dans la nature.