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06/08/2013

La fainéantise pour les nuls : le Pénéqué.

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Hier, nous avons approché la philosophie de la fainéantise telle que l’avait codifiée ce maître fainéant qu’était Paul Lafargue, par ailleurs gendre du grand Karl. Aujourd’hui, si la fatigue (pardon : la sainte flemme) ne vous terrasse (de bistro) pas trop, je vais vous proposer quelques travaux pratiques dont une variante provençale de la sieste : le Pénéqué.

 

Pénéqué…

 

Rien que le mot, en étirant la bouche sur une voyelle modulée, appelle le bâillement jouissif. Pas le vulgaire bâillement de fatigue, mais l’opulente ouverture de bouche travaillée qui gonfle la gorge et baigne délicatement les yeux de petites larmes de bonheur.

 

Regardez-le, l’athlète du hamac, le champion du carré d’herbe sous le ciel bleu, le gymnaste du fauteuil, bref, l’adepte du Pénéqué ! Après un dernier ballon de rouge ou de rosé bien frais venant parfaire la volupté gastronomique d’un grand aïoli ou autre repas fortement aillé, son abdominal tressaute délicatement tandis qu’il s’étire voluptueusement puis que ses muscles se relâchent comme ceux des félins. Il émet, avec une discrétion de bon aloi, un dégazage buccal qui le fait baigner dans une aura odorante assurant sa tranquillité en éloignant les mouches et les fâcheux. Sa nuque s’alourdit et bascule vers l’arrière. Sa mâchoire pointe vers le bas, arrondissant sa bouche en cul de poule. Ses paupières s’alourdissent et se ferment, ses moustaches tressaillent et ses narines palpent l’air par petits coups savants. Comme l’avare touche son portefeuille dans sa veste pour se rassurer, sa main palpe précautionneusement, à l’entresol, ce qu’il a de plus précieux. Dès lors, apaisé, il est sur la rampe de lancement, prêt pour le grand départ vers le Pénéqué !

 

Le signal de l’embarquement pour Cythère est donné par quelques petits grognements de plaisir, préludes à un ronflement soyeux, raffiné comme les basses à l’orgue d’une fugue de Bach. Ça y est, l’esprit du bienheureux  a pris son essor. Il est seul même au milieu d’une foule, même au milieu du bruit et de l’agitation. Il vole. Non, pas comme un banquier, comme un oiseau ! Il fend l’azur de son corps gracieux, taquine la mouette mutine, rivalise de prouesses avec l’hirondelle, règne comme l’aigle sur le pauvre monde des rampants.

 

 Heu-reux ! Il est heu-reux !

 

Puis son esprit atteint les rivages de Cythère et il sacrifie avec volupté au culte de la belle Aphrodite. Les expressions changeantes de son visage, aux tons rehaussés de la pourpre cardinalice, reflètent parfaitement l’état de béatitude de son esprit. Il entame alors les rêves roses les plus fous, les plus somptueux. Il partage avec les dieux un repas d’amour. Ceux-ci sont évidemment des dieux aimables, et surtout les déesses plantureuses, souriantes, accueillantes, largement dénudées, fleurant bon l’huile d’olive et le patchouli du panthéon grec. Et notre adepte du Pénéqué  passe des bras voluptueux d’Aphrodite à ceux Junon, de Déméter à Koré, d’Athéna à Circé, de Diane à Pénélope et même, pourquoi pas, d’Adonis à Apollon.

 

Puis, observez-le, il se réveille doucement avec un long grognement de jouissance. Il s’étire, vérifie les proportions avantageuses de son antenne à bonheur, se lève et… va boire le café !

 

Dix minutes de Pénéqué : une éternité de bonheur renouvelé.

 

VictorAyoli

 

Nonidi 19 Thermidor 221

 

Illustration: merci à ©Chtipanneaux.com

 

Ecoutez plutôt:  http://www.youtube.com/watch?v=cG-JJlFIPVA

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