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16/10/2013

Au bistro de la toile : Gagner sa vie en travaillant ? Une idée dépassée…

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- …taing ! Victor, je crois que je vais bazarder mon rade et émigrer en Suisse !

 

- Comme Johnny, comme Aznavour, comme la plupart des tennissistes et autres parasites qui ne veulent pas payer leur quote-part d’impôts dans le pays qui les a élevés, qui leur fait gagner leur flouze, qui les soigne le cas échéant… T’as beaucoup de pognon à planquer Loulle ?

 

- T’as rien compris Victor. Si je veux aller en Suisse, ce n’est pas pour une question d’impôts, c’est pour vivre enfin sans travailler !

 

- Avec tes rentes ?

 

- Non, mais avec le pognon – 2500 francs suisse, soit 2000 euros – que le gouvernement de ce pays un peu moins kon que les autres versera peut-être, dans deux ans, à tous les résidents en Suisse, y compris les immigrés, et sans condition ni contrepartie. Une pétition militant en faveur du RBI (revenu de base inconditionnel) a obtenu les 100.000 signatures nécessaires à l’organisation d’un référendum. Donc cette votation viendra devant les citoyens dans un délai de deux ans ! C’est pas chouette ça Victor !

 

- C’est plus que chouette Loulle, c’est une simple question de bon sens. Inspiré des utopies fouriéristes, voire plus anciennes, le revenu de base inconditionnel (aussi appelé allocation universelle) veut remplacer le « filet social » actuel et sa bureaucratie par un droit inscrit dans la Constitution, permettant à chacun de « mener une existence modeste mais digne »,

 

- Quand même Victor. Qui aura envie de marner dans ces conditions ? C’est une prime à la fainéantise, non ?

 

- Pas du tout, c’est enfin être réaliste. Le travail salarié est une manière de répartir au plus grand nombre des moyens, plus ou moins généreux, de partager le gâteau national afin que la machine économique – production – consommation – puisse tourner. Mais il faut se rendre à l’évidence : il n’y a pas– et il n’y aura plus - de travail pour tous. On aura beau faire ce qu’on voudra, relocaliser, fermer les frontières, revenir au franc ( ?!), imposer des boulots de merde payés 1 euros de l’heure comme en Allemagne, rien n’y fera : il n’y aura jamais plus de boulot pour tous. Il faut donc mettre au point un système qui permette de donner à tous un revenu de base permettant de vivre petit bras peut-être, mais de vivre à tous. Et donc de faire tourner la machine consommation-production.

 

- Mais qui fera tourner la machine s’il n’y a plus personne pour marner ?

 

- Et que font les retraités ? Ils ont des activités choisies, souvent altruistes (resto du cœur, banque alimentaire, aide aux devoirs des gosses, etc.), qui s’avèrent indispensables à la bonne marche de la société. On peut parier qu’un individu préférera toujours cumuler ce revenu de base à un autre salaire, surtout quand ce salaire correspondra à un travail qu’il aura plus librement choisi. Le besoin de s’occuper et d’être utile demeure, les gens continueront de travailler pour compléter leur revenu de base, mais différemment d’aujourd’hui. Ils auront plus de temps pour des activités nécessaires au bon fonctionnement de la société qui s’en trouvera mieux.

 

- Et d’où sortira le pognon Victor ?

 

- Les Suisses parlent de 2000 euros ce qui correspond – compte tenu du différentiel de coût de la vie – à 1000 euros chez nous. Des « zéconomistes distingués » ont creusé la question. Ce revenu de base coûterait autour de 200 milliards par an. Ce qui n’est pas insurmontable. Les pistes ne manquent pas : fusion de l’aide sociale, du système de chômage et du système de retraite ; redistribution de la rente pétrolière ; un impôt sur le patrimoine, etc. mais avant tout récupération de la fraude fiscale (80 milliards par an) ; ajoutons les près de 20 milliards de la fraude à la TVA, les 15 milliards de la fraude sociale, les 8 milliards du RSA, les 1,5 milliards du Pôle emploi devenu inutile, etc. Les moyens de financement ne manquent pas.

 

- Merde, mais ce n’est pas si utopique que ça ce truc Victor !

 

- Et il faut regarder les conséquences positives d’une telle mesure : elle amènerait logiquement la disparition du chômage ainsi qu’une forte relance de la consommation, permettant aux entreprises d’embaucher éventuellement. Dans ce cas-là, les patrons qui voudraient garder ou embaucher de bons collaborateurs seraient plus attentifs aux besoins des salariés, favorisant aussi une hausse des salaires et une amélioration des conditions de travail.

 

- Ouais mais, Victor, il y a des activités qui ne sont pas très bandantes et qu’il faut pourtant faire : ramasser les poubelles, laver le cul des vieux, etc. Qui les fera ?

 

- N’oublie pas que ce système va complètement changer les rapports de force entre patronat et salariat. Actuellement, ces boulots peu valorisants sont, en plus, mal payés, mais les volontaires, dans ce système, seraient rares, donc recherchés, donc bien payés !

 

- Wouarf ! Je rêve Victor. Le glandage enfin reconnu, apprécié et rémunéré ! Lafargue, l’apologue de la Paresse, doit se pisser dessus de bonheur dans sa tombe

 

- C’est une mentalité complète à changer Loulle. Nous sommes influencés par cette culture où le religieux  ( "Tu te nourriras à la sueur de ton front !") se mêle à l’économique (travailler plus pour gagner plus) et condamne l’oisif à travailler. Sauf s’il est rentier… Après des siècles de christianisme et avec l’esprit du capitalisme, on n’imagine pas passer sa vie dans l’inactivité ou l’activité choisie et gratuite, à moins de passer pour un marginal ou un illuminé. Et malheur à vous si vous avez la malchance d’être au chômage ou si vous avez choisi de faire passer votre vie personnelle avant le travail. On aura vite fait de vous soupçonner de paresse, fainéantise ou de manque d’ambition. Et vous perdrez votre vie à la gagner.

 

- A la nôtre Victor. Et vive les Suisses !

 

Sources : lien 

 

Quintidi 25 vendémiaire 222

 

Merci à Chimulus

 

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