Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

20/01/2014

Je paie, tu paies, il pollue, nous payons, vous payez, ils polluent…

réchauffement climatique dessin.jpg

 

Dans le sud, il pleut comme vache qui pisse, avec inondations, glissement de terrain et autres joyeusetés ; en Australie, tout crame ; aux Zétazunis, c’est du moins 40°C et de la neige en veux-tu en voilà.

 

Ben ça a une cause ça Môssieu : le changement climatique. Et quelle est la cause de ce réchauffement climatique ? Les activités humaines qui salopent l’atmosphère en balançant à pleine palanquées des millions de tonnes de gaz carbonique.

Le quotidien en ligne Médiapart vient de publier une enquête particulièrement fouillée sur les principaux pollueurs français, donc sur les premiers responsables hexagonaux de ces dérèglements. Lien 

Le palmarès des plus gros pollueurs climatiques sur le territoire national, d’après Médiapart, est celui-ci : le groupe de métallurgie Arcelor-Mittal et l’énergéticien EDF arrivent loin devant les autres, avec respectivement 19 et 16,5 millions de tonnes de CO2, soit l’équivalent de 18 % et 16 % de l’ensemble, selon nos estimations. Ils sont suivis du pétrolier Total (9 % des émissions totales de CO2), de l’énergéticien allemand E.ON (5 %), du groupe GDF-Suez (4 %), du spécialiste des matériaux de construction Lafarge (4 %), du pétrolier ExxonMobil (4 %). Suivent ensuite le cimentier Italcementi, le producteur de chaux Lhoist et le cimentier Vicat.

EDF arrive à la deuxième place. Bonjour le bourrage de crâne de notre champion de l’électricité nucléaire « propre » ! Mais il est largement battu par les entreprises du sardar Laksmi Mittal. Les sites Arcelor-Mittal de Dunkerque et de Fos-sur-Mer produisent de l’acier liquide, dont la fabrication requiert une consommation massive de charbon afin d’obtenir des températures très élevées. Ils rejettent chacun une quantité colossale de dioxyde de carbone, respectivement 11,2 et 7,1 millions de tonnes. Ils sont de très loin les sites les plus émetteurs du pays. 

Ouais, mais s’il pollue, le sardar Laksmi Mittal, il doit payer en conséquence à travers le marché des « droits à polluer » ( !!!). C’est quoi ce truc ? Pour se conformer en partie au Protocole de Kyoto, sous la pression des lobbies capitalistes, certains pays, dont l’Europe, ont mis en place un « marché carbone » qui fonctionne comme une bourse. Les entreprises polluantes reçoivent gratuitement bien sûr de la C.E., à travers le gouvernement français, des allocations annuelles de « tonnes de carbone » à rejeter. Si l’entreprise recevant cette allocation dépasse son quota, elle doit soit arrêter son activité, soit…acheter sur ce marché des « tonnes de carbone » à d’autres entreprises, plus civiques, qui ont mis en place des processus plus écologiques et donc qui ont des « tonnes de carbone » à vendre. C’est ça le marché de la pollution. Autrement dit on peut se faire beaucoup de thunes en étant civique et écolo.

 

C’est bien non ? Ben voyons… Ce marché donne lieu à de gigantesques magouilles touchant non seulement le carbone mais d’autres saloperies issues de l’industrie chimique lien   Et Mittal, il est champion dans ce domaine de magouille. Comment ? Vous allez comprendre. Les allocations carbone entreprise par entreprise sont allouées par les gouvernements nationaux et sont fixés pour plusieurs années sans tenir compte de l’activité réelle du site. Alors qu’est-ce qu’il fait le sardar Mittal ? Il va voir les gouvernements français, belge, luxembourgeois, espagnol et leur tord les couilles : « vous m’allouez tant de tonnes carbone ou je ferme mes usines chez vous ». Voilà comment le sardar Mittal touché chaque année, pour le seul site de Florange, 4 millions de tonnes de CO2.

 

Bon. Et ça veut dire quoi ?

 

Eh bien lorsqu’une usine est à l’arrêt, Mittal touche quand même ses tonnes carbone. Il les économise donc et peut les revendre sur le marché ! Voilà pourquoi le sardar ferme, puis redémarre des usines. Mettre un haut-fourneau à l’arrêt, c’est que du bonheur pour le sardar Mittal : il thésaurise des « tonnes carbone » et les salariés sont mis au chomdu partiel (http://www.emploi.gouv.fr/dispositif/activite-partielle-longue-dureee-apld) payé par qui ? Par vous, par moi, et très peu par Mittal. A la sortie, ces arrêts de site lui rapportent sans rien faire beaucoup, beaucoup de sous : sur le marché, à la fin de 2012, la tonne s’échangeait à 6,4 euros. Ainsi, rien que pour Florange, Mittal a ainsi encaissé 30,7 millions d’euros ! Mais le sardar fait pareil partout où il a mis ses billes (Arcelor bouffé à l’été 2006 par une OPA hostile, ne l’oublions pas, avec assentiment du gouvernement de l’époque). Sur ses sites européens, à coup d’arrêts partiels, Mittal a ainsi accumulé un bonus de 123 millions de tonnes de carbone. Soit l’équivalent de 1,58 milliards d’euros ! Elle est pas belle la vie ?

 

Comme on arrive au moment de l’attribution des nouvelles allocations carbone pour les 4 ans à venir, et que Mittal ne pourra pas refaire ce coup fabuleux, il ferme définitivement, fout le camp et ouvre ailleurs dans des pays qui n’ont rien à foutre du protocole de Kyoto des aciéries avec le pognon qu’il nous a pris. Et lorsqu’on aura besoin d’acier, il faudra le lui importer !

 

Vous avez suivi ? Qui est-ce qui l’a dans l’oigne ?

 

Nous.

 

Et qui est-ce qui paie la vaseline ?

 

Nous encore.

 

Primidi 1er pluviôse 222

 

Illustration X - Droits réservés

 

Les commentaires sont fermés.