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12/05/2014

Traite négrière : Je, tu, il, nous, vous, ils, ne sommes en aucune façon ni coupable, ni responsable !

traite négrière musulmane.jpg

 

 

Il y a deux jours, on a commémoré l’abolition de l’esclavage. C’est bien, et c’est tout en notre honneur, une des spécificités de la civilisation occidentale étant cette capacité de se mettre en question et de s’autocritiquer. Mais on nous rebat les oreilles avec la « repentance ». Eh ! Oh ! A quoi on joue ? Il ne s’agit pas d’oublier ni d'excuser ces horreurs mais je, tu, il, nous, vous, ils, ne sommes en aucune façon ni coupable, ni responsable de faits et de méfaits commis il y a plusieurs siècles par des gens qui vivaient à cette époque sur le territoire que nous occupons présentement ! On s’est débarrassé des curés qui voulaient nous culpabiliser avec leur konnerie de « péché originel », ce n’est pas pour se laisser culpabiliser par une prétendue responsabilité collective et qui plus est rétroactive ! Moi, toi, lui, nous, vous, eux, sommes-nous responsables des horreurs de la Saint-Barthélémy et des massacres des dragonnades dans les Cévennes ? Puis quoi encore…

 

Moi, Provençal, dois-je tenir pour responsable et culpabiliser les Italiens parce qu’ils ont réduit mes ancêtres en esclavage pour leur faire construire, à coups de triques et au prix de milliers de morts, le pont-du-Gard, les arènes de Nîmes, d’Arles, le théâtre antique d’Orange, les termes de Vaison-la-Romaine ?

 

Moi, Provençal, dois-je tenir pour responsable et culpabiliser les Arabes et les Berbères d’Afrique du Nord qui sont venus pendant des siècles razzier, incendier les cités et villages de la Méditerranée, tuant les hommes, raflant les femmes et les enfants pour les vendre comme putes dans leurs harems-bordels pour les unes, comme esclaves pour les autres ?

 

Puis quoi encore…

 

Les jeunes filles enlevées et vendues par les abrutis de BokoHaram soulèvent un tollé dans le monde. Offusquées ! Indignées ! Qui ? Les bonnes âmes qui font semblant de découvrir que l’esclavage existe toujours, qu’il a été officiellement interdit mais qu’il sévit toujours. Mais cette vérité qui fait mal reste étonnement voilée. Parce que ce crime contre l’humanité se perpétue toujours et uniquement aujourd’hui en terres d’islam.

 

Lisez plutôt ce texte aussi courageux que lucide de Karim Sarroub, psychologue et écrivain. Une pointure :

 

 

« La traite négrière arabo-musulmane

Ibn Khaldoun est un historien, philosophe et homme politique d’Afrique du Nord. Sa façon d’analyser les changements sociaux qu’il a observés dans sa culture lui vaut d’être considéré comme étant à l’avant-garde de la sociologie. Il demeure l’un des penseurs arabes les plus connus et les plus étudiés car il a souvent été présenté comme l’un des pères fondateurs de l’histoire, en tant que discipline intellectuelle, et de la sociologie..
« Les Noirs appartiennent aux peuples à caractère bestial. Ce sont des sous hommes anthropophages et leur place est plus proche du stade animal. Les Noirs sont les seuls peuples adaptés à l’esclavage, en raison d’un degré inférieur à l’humanité. » Ibn Khaldoun.Vincent Monteil indique : « Ibn Khaldoun est fort en avance sur son temps […] Aucun de ses prédécesseurs ou de ses contemporains n’a conçu ou réalisé une œuvre d’une ampleur comparable. »

Bien que peu argumenté, « Le génocide voilé » de Tidiane N’Diaye (1) est une solide et importante enquête historique et un réquisitoire accablant pour les Arabes musulmans qu’il présente comme “d’impitoyables prédateurs” (ce sont ses mots.) Pour lui, il n’y a pas le moindre doute que la traite négrière occidentale, qui a duré quand même quatre siècle, n’est rien par rapport à la “génocidaire traite négrière arabo musulmane” qui a duré environs treize siècles et qui a fait environs dix sept millions de victimes.
Anthropologue, économiste, spécialiste des civilisation négro-africaine, Tidiane N’Diaye ne mâche pas ses mots en détaillant “l’histoire de ses Arabes qui plongèrent les peuples noirs dans les ténèbres du mal absolu”, en évoquant massacres, destruction, déportation, traitement inhumain et castration généralisée. A côté de lui, l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau (qui a essuyé une plainte et a failli se faire lyncher par Le collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais avec son essai “Les Traites négrières, Essai d’histoire globale”), c’est de la belle poésie.


Cette étude traite en profondeur d’un drame passé à peu près inaperçu : la traite des Noirs d’Afrique par le monde arabo-musulman pendant plus de onze siècles. 


Cette traite transsaharienne, qui n’a pas totalement disparu de nos jours, a fait au moins 17 millions de victimes. Les razziés, capturés pour la plupart d’entre eux au Darfour et en Mauritanie, étaient contraints de traverser le désert à pied pour rejoindre le Maghreb, et l’on peut estimer que les trois-quarts d’entre eux ne survivaient pas : encore aujourd’hui, les pistes suivies par les captifs sont jalonnées par une longue ligne d’ossements humains et de débris de tissus… 


Pourtant, cette traite négrière a été minimisée, et continue à l’être, contrairement à la traite occidentale vers l’Amérique. Pourquoi ? Parce que seule la conversion à l’islam permettait d’échapper à l’esclavage, la majeure partie de l’Afrique est devenue musulmane, d’où une forme de fraternité entre le côté « blanc » et le côté « noir » du continent, et une volonté commune de « voiler » ce génocide. 
Historique, documenté, écrit avec une grande sensibilité, « Le génocide voilé » est aussi un livre polémique et très courageux. La personnalité de l’auteur, lui-même noir et musulman, aurait pu l’amener à maintenir le voile ; il a préféré s’en réclamer pour révéler sans détours une vérité qui va forcément déranger.


Cornélius Castoriadis (2) : “Car on est capable en Occident, du moins certains d’entre nous, de dénoncer le totalitarisme, le colonialisme, la traite des Noirs ou l’extermination des Indiens d’Amérique. Mais je n’ai pas vu les descendants des Aztèques, les Hindous ou les Chinois, faire une autocritique analogue, et je vois encore aujourd’hui les Japonais nier les atrocités qu’ils ont commises pendant la Seconde guerre mondiale. Les Arabes dénoncent sans arrêt leur colonisation par les Européens, lui imputant tous les maux dont ils souffrent - la misère, le manque de démocratie, l’arrêt du développement de la culture arabe, etc. Mais la colonisation de certains pays arabes par les Européens a duré, dans le pire des cas, 130 ans: c’est le cas de l’Algérie, de 1830 à 1962. Mais ces mêmes Arabes ont été réduits à l’esclavage et colonisés par les Turcs pendant cinq siècles.


La domination turque sur le Proche et le Moyen-Orient commence au XVème siècle et se termine en 1918. Il se trouve que les Turcs étaient musulmans - donc les Arabes n’en parlent pas. L’épanouissement de la culture arabe s’est arrêté vers le XIème, au plus le XIIème siècle, huit siècles avant qu’il soit question d’une conquête par l’Occident. Et cette même culture arabe s’était bâtie sur la conquête, l’extermination et/ou la conversion plus ou moins forcée des populations conquises. En Egypte, en 550 de notre ère, il n’y avait pas d’Arabes - pas plus qu’en Libye, en Algérie, au Maroc ou en Irak. Ils sont là comme des descendants des conquérants venus coloniser ces pays et convertir, de gré ou de force, les populations locales. Mais je ne vois aucune critique de ces faits dans le cercle civilisationnel arabe.


De même, on parle de la traite des Noirs par les Européens à partir du XVIème siècle, mais on ne dit jamais que la traite et la réduction systématique des Noirs en esclavage a été introduite en Afrique par les marchands arabes à partir des XI-XIIème siècles (avec, comme toujours, la participation complice des rois et chefs de tribus noirs), que l’esclavage n’a jamais été aboli spontanément en pays islamique et qu’il subsiste toujours dans certains d’entre eux. Je ne dis pas que tout cela efface les crimes commis par les Occidentaux, je dis seulement ceci: que la spécificité de la civilisation occidentale est cette capacité de se mettre en question et de s’autocritiquer. Il y a dans l’histoire occidentale, comme dans toutes les autres, des atrocités et des horreurs, mais il n’y a que l’Occident qui a créé cette capacité de contestation interne, de mise en cause de ses propres institutions et de ses propres idées, au nom d’une discussion raisonnable entre être humains qui reste indéfiniment ouverte et ne connaît pas de dogme ultime.”

(tiré du blog de Karim Sarroub, écrivain et psychologue, du 07 décembre 2009) 


(1) Tidiane N’Diaye Tidiane N'Diaye est anthropologue, économiste et écrivain franco-sénégalais. Il est Chargé d'études à l'INSEE et Directeur de recherche à Sup de Co Caraïbes. Chercheur reconnu, il a publié plusieurs essais sur l'histoire des civilisations négro-africaines et de leurs diasporas (africaine-américaine et afro-antillaise.) Il est également l'auteur de nombreuses études économiques et sociales de l'INSEE sur les Départements français d'Amérique (DFA).Tidiane N'Diaye est le premier chercheur africain, dont les travaux (Traite négrière arabo-musulmane - Le génocide voilé - Gallimard - Les Falachas, nègres errants du peuple juif, Gallimard), ont été nommés au Prix Renaudot Essai en 2008.

(2) Cornélius Castoriadis (2) (Κορνήλιος Καστοριάδης) (11 mars 1922 à Constantinople - 26 décembre 1997 à Paris) est un philosophe, économiste et psychanalyste français d'origine grecque, défenseur du concept d'« autonomie politique ». En 1949, il fonde avec Claude Lefort le groupe Socialisme ou barbarie, d'où sort la revue du même nom et qui est dissous au printemps 1967.

 

Tridi 23 floréal 222

 

Illustration X – Droits réservés

 

 

Commentaires

Merci, merci, je partage totalement cet excellent texte . Encore une fois merci

Écrit par : Pascal Ulrich | 12/05/2014

Si ça pouvait ouvrir quelques yeux...

Écrit par : victor | 12/05/2014

primo...la gravure montre des "arabe" en djellaba et avec la chéchia rouge et armé de fusil...je pense qu'ils faisait le "job" pour l'armée française...un de mes oncle à assisté à ce genre de "razzia" vers 1930 au Maroc...on choisissait, les plus costaud pour alimenter les "tirailleurs"..il avait justement "HONTE" de cet état de faits !.....Ensuite dans votre article qui comporte beaucoup de vérité...le plus triste c'est que continu le "PILLAGE" systématique de ce Continent Africain...gaz, pétrole, uranium, phosphates,bois précieux; diamants; or, main d'oeuvre corvéable à souhaits !...à 64 ans je connais "mon monde"...et je tient compte de tout ce que m'ont raconté "mes" anciens en qui j'ai plus confiance que les livres "d'histoire" !

Écrit par : louirette | 13/05/2014

Bien d'accord avec vous sur le pillage systématique des ressources de l'Afrique. Mais c'est un autre sujet. On en reparlera.

Écrit par : victor | 14/05/2014

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