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17/06/2014

Au bistro de la toile : intermittents du spectacle.

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- Oh Loulle ! Il me semble que tu tires la gueule. Ce serait pas par hasard que tu aurais les flubes que le festival d'Avignon soit annulé ?

 

- Y a un peu de ça Victor... Le festival apporte sur la ville, en un mois, une manne de bel et bon pognon venu d'ailleurs. Les festivaleux, les journaleux, ça a soif sous le soleil-lion, et donc ça boit Victor ! Plus que les vieilles carnes comme toi...

 

- Ah ! Loulle. Je retrouve bien là la hauteur de vue de l'amoureux des arts vivants, le digne « fils de Vilar » ! Au fond, le premier festival mondial des arts vivants, tu t'en tamponnes l'oigne Loulle. Mais les lovés que ça fait tomber dans ton tiroir caisse, c'est un deuil plus difficile à porter...

 

- Soyons honnête Victor : y a de ça. Ya de ça... Au fait, je n'y entrave que dalle à leur histoire d'intermittents du spectacle. C'est quoi ce foutoir ? Quelques-uns de mes clients pensent que c'est une bande de feignasses qui vivent grassement sur le dos des autres travailleurs...

 

- Ceux qui pensent ça, Loulle, que ce sont des feignasses et qu'ils abusent, ils n'ont qu'à ne plus aller voir un seul spectacle, un seul événement sportif, un seul concert. Ils peuvent et doivent aussi fermer leur télé et leur poste de radio. Parce qu'aucun de ces événements culturels ne peut exister sans les intermittents dits du spectacle.

 

- Mais qui sont ces intermittents du spectacle ?

 

- Eh bien ce sont toutes les personnes qui marnent de près ou de loin dans le monde du spectacle ou de la culture. Elles ont le droit de bénéficier du statut d’intermittent. Il s’agit des acteurs, des chanteurs, des metteurs en scène mais pas seulement. Il y a aussi beaucoup de techniciens, tous ceux qui équipent les lieux de spectacles : installation de la scène, des gradins, de l'éclairage, de la sonorisation, de la billetterie, etc. Bref toutes les petites mains que l'on ne voit pas mais qui sont indispensables à toute manifestation culturelle.

 

- D'accord. Mais quel est ce statut que le Medef veut balayer et prétextant qu'il coûte un bras et auxquels les intermittents s'accrochent bec et ongles ?

 

- Pour bénéficier des indemnités de chômage versées par l'Assedic, qui est une caisse interprofessionnelle de solidarité, l'intermittent doit justifier un certain nombre d'heures au minimum dans une période donnée. Il faut avoir travaillé 507 heures (soit approximativement trois mois de travail à 8 heures par jour) au cours des 319 derniers jours pour les artistes ou des 304 derniers jours pour les ouvriers ou les techniciens, soit dix mois environ. À titre de comparaison (si la comparaison est possible, dans la mesure où, notamment, certains artistes travaillent à perte sur des périodes parfois importantes et non rémunérées : répétitions, montage de projet et autres démarches autonomes) le régime général pour l'allocation chômage demande 122 jours d'affiliation ou 610 heures de travail au cours des 28 mois qui précédent la fin du contrat de travail pour les moins de 50 ans ou 36 mois pour les 50 ans et plus. Lien

 

- Ah, tout de même. On comprend qu'ils se défendent... et que d'autres gueulent.

 

- Il y a des embrouilles, comme partout, mais ce n'est pas de la tarte Loulle. Un artiste qui se produit pendant un spectacle de deux heures aura « travaillé » 2 heures, mais combien de temps aura-t-il passé pour apprendre son texte, pour répéter son rôle ? Côté technicien, c'est un boulot de galérien. Ma belle-fille, Anne, est dans ce milieu : elle est régisseur de spectacle, c'est-à-dire qu'il lui faut se démerder pour que tout marche (éclairage, son, installations de scène et de salle, etc), et à l'heure ! Imagines un peu Loulle, l'équipement pour le spectacle de la fameuse « carrière Callet », à Boulbon, un des lieux emblématiques des plus grands spectacles du festival d'Avignon. Elle l'a fait ça Anne. Sous un cagnard dément, avec la poussière soulevée par le mistral. De cinq heures du matin à 11 heures du soir. Elle rentrait complètement naze... Tu crois qu'elle vole son pognon ? Eh bien il a fallu qu'elle arrive à l'âge de 39 ans pour avoir, dans ce milieu, et à Avignon pourtant place forte du spectacle, son premier CDI !

 

- Ouais, pas de la tarte effectivement. Mais alors où est le scandale ?

 

- Le scandale vient du fait que certaines boites de production qui marnent pour la télé abusent de ce statut. De même les grands parcs d'attraction comme Disneyland, Puy-du-fou, Astérix, etc. tournent toute l'année avec des personnels permanents mais déclarés « intermittents ». Les chaînes de télévision aussi et surtout usent et abusent de ce statut en multipliant les contrats d'intermittent au détriment des contrats de travail à temps plein. Les standardistes, les secrétaires, les personnels d'entretien, etc. encombrent et parasitent le système. Voilà où est le scandale Loulle.

 

- Alors qu'est-ce qu'il faut faire ?

 

- Ne pas donner satisfaction au Medef dans un premier temps, puis tout remettre à plat et réserver ce statut particulier uniquement à celles et ceux qui travaillent effectivement par intermittence, alternant période de gros boulot et période de chômage.

 

- Je comprends mieux Victor. A la nôtre !

 

Octidi 28 prairial 222

 

Merci à Chimulus

 

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