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09/08/2014

Ouiquinde érotique : enfin Malherbe vînt...

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J'aime beaucoup Malherbe. C'est lui qui a fixé notre langue pour en faire un joyau. Mais c'était aussi un sacré luron, le François ! Voici quelques sonnets gaillards de ce fort galant homme :

 

 

J'avais passé quinze ans les premiers de ma vie,
Sans avoir jamais su quel était cet effort,
Où le branle du cul fait que l'âme s'endort,
Quand l'homme a dans un con son ardeur assouvie.

Ce n'était pas pourtant qu'une éternelle envie,
Ne me fît désirer une si douce mort.
Mais le vit que j'avais n'était pas assez fort,
Pour rendre comme il faut une dame servie.

J'ai travaillé depuis et de jour et de nuit,
A regagner ma perte, et le temps qui s'enfuit,
Mais déjà l'Occident menace mes journées,

Ô Dieu je vous appelle, aidez à ma vertu,
Pour un acte si doux allongez mes années,
Ou me rendez le temps que je n'ai pas foutu.

 

* * * * * * * * * * * *

 

Là ! Là ! pour le dessert, troussez-moi cette cotte,
Vite, chemise et tout, qu'il n'y demeure rien
Qui me puisse empêcher de reconnaître vien
Du plus haut du nombril jusqu'au bas de la motte.

Là, sans vous renfrogner, venez que je vous frotte,
Et me laissez à part tout ce grave maintien :
Suis-je pas votre cœur ? estes vous pas le mien ?
C'est bien avec moi qu'il faut faire la sotte !

- Mon cœur, il est bien vrai, mais vous en faites trop :
Remettez-vous au pas et quittez ce galop.
- Ma belle, baisez-moi, c'est à vous de vous taire.

- Ma foi, cela vous gâte au milieu du repas...
- Belle, vous dites vrai, mais se pourrait-il faire
De voir un si beau con et ne le foutre pas ?

 

* * * * * * * * * * * * *

 

Sitôt que le sommeil, au matin, m'a quitté,
Le premier souvenir est du con de Nérée,
De qui la motte ferme et la barbe dorée
Égale ma fortune à l'immortalité.

Mon vit, dont le plaisir est la félicité,
S'allonge incontinent à si douce curée,
Et d'une échine roide, au combat préparée,
Montre que sa colère est à l'extrémité.

La douleur que j'en ai montre sa patience,
Car de me le mener, c'est cas de conscience ;
Ne me le mener point, ce sont mille trépas.

Je le pense flatter afin qu'il me contienne,
Mais en l'entretenant je ne m'aperçois pas
Qu'il me crache en la main sa fureur et la mienne.

 

François de Malherbe

 

Primidi 21 thermidor 222

 

Illustration: le baiser de Rodin - photo X – Droits réservés

 

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