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05/11/2014

Conquérir les grands projets inutiles : mode d'emploi.

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Le barrage de Sivens (huit millions, un mort) comme l'aéroport de Notre-dame-des-Landes illustrent jusqu'à la caricature cette passion de nos « zélus » et de nos « zélites » pour ces cathédrales modernes : les grands projets inutiles.

 

Les projecteurs sont actuellement braqués sur ce fumeux barrage de Sirvens (au sujet duquel Ségolène a décidé...de ne rien décider ! Il est vrai qu'on ne vit pas impunément des décennies avec François sans que ça déteigne...). Mais il n'est que l'un parmi tant d'autres de ces projets pharaoniques qui ne servent à rien sinon à caresser dans le sens du poil l'ego m'as-tu-vu de quelques potentats locaux. On a daubé sur les Espagnols et leurs aéroports vides, leurs lotissements vides. Mais nous aussi on jette des milliards en l'air (pardon, dans la poche de quelques grands groupes) sans aucun avantage pour la population. Ces « grands projets » sont les fruits empoisonnés de la folie des grandeurs de « décideurs » stupides et pour certains magouillant sans vergogne avec quelques grandes compagnies de travaux publics…

 

Notre-Dame-des-Landes. Á tout seigneur tout honneur. Notre-Dame-des-Landes est l’expression de la mégalomanie de quelques satrapes locaux voulant péter plus haut que leur cul. L'aéroport actuel est loin d'être saturé et la région, en cul-de-sac, accueille déjà douze aéroports ! L’aéroport de Gatwick, à une quarantaine de km de Londres, traite 34 millions de passagers par an, contre 3,5 à Nantes, dix fois plus, et 242.000 mouvements d’avion, avec une piste plus courte, sans être saturé pour autant ! Idem pour celui de Genève. En mépris du rejet par la population, les mégalos locaux viennent de recevoir le soutien de Valls...

 

La « ferme des 1.000 vaches ». Exploitée depuis septembre dans la Somme, avec un premier troupeau de 500 vaches laitières, cette « méga-ferme » se double d’un méthaniseur qui produit de l’électricité à partir des rejets des bestiaux. Une noria de camion chaque jour sur les routes pour évacuer le lait. Réalisation portée par un millionnaire du BTP. Y'a bon les subventions!

 

Le site d’enfouissement nucléaire de Bure. Porté par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), il consiste à enterrer 80.000 m3 de résidus nucléaires à haute activité et à vie longue dans le sous-sol lorrain, à partir de 2025. Une poubelle nucléaire extrêmement aléatoire voire dangereuse qui se heurte depuis dix ans à l’hostilité de militants antinucléaires français et allemands.

 

La ligne à grande vitesse (LGV) Lyon-Turin. Son coût en est évalué à plus de 26 milliards d’euros dont plus de 10 milliards pour le seul tunnel sous les Alpes, long de 57 kilomètres, qui doit permettre de relier les deux métropoles en deux heures environ. Alors que la rentabilité des TGV est sérieusement remise en cause et que le réseau « normal », celui qu'utilisent « les Français d'en-bas » est laissé à l'abandon...

 

Le Grand Stade de Lyon. 640 millions d’euros pour cet équipement sportif, à Décines, en banlieue lyonnaise. Malgré 71 procédures lancés par les opposants, les travaux sont en route...

 

Et il y en a d'autres, partout. Á la lumière de ces « réussites », donnons quelques conseils aux maitres d’œuvre pour réussir au mieux à se remplir les poches avec ces projets inutiles, sur le dos des contribuables.

 

1 – Pour séduire vos interlocuteurs locaux, proposez des projets pharaoniques. La démesure doit être votre crédo. Faites jouer la concurrence entre métropoles. Tous les grands « zélus » rêvent du viaduc de Millau chez eux. Une fois que vous aurez conquis ces grands satrapes locaux, ceux-ci sauront gagner à votre cause les « zélus » secondaires (43 sur 45 conseillers généraux en faveur du barrage de Sirvens). N'oubliez pas de faire valoir de nombreux, de très nombreux emplois à la clé. Si ce n'est pas vrai, vous pourrez toujours arguer de « la crise ».

 

2 – Faites travailler des bureaux d'études sachant compliquer les choses pour rendre des dossiers indéchiffrables. Ça en impose toujours à l'élu de base de ne rien comprendre. Et ça décourage l'emmerdeur un peu trop curieux. Si ces bureaux d'études sont dans la mouvance des « zélus », c'est tout bénef.

 

3 - Mettez-vous dans la poche la presse locale. Ce n'est pas difficile : une visite de la maquette assortie d'un bon gueuleton pour les plumitifs et quelques pages publicitaires vous assureront la docilité d'alliés efficaces, aptes à encenser vos travaux et à démolir l'attitude « rétrograde » des éventuels opposants.

 

4 – Pour financer ces projets à la viabilité économique plus qu'aléatoire, proposez avec persuasion (discrète, bien ciblée, chiffrée) l'extraordinaire pompe à fric du fameux (et fumeux) Partenariat Public Privé (PPP). Á vous dès lors non seulement la construction mais aussi la maintenance, la gestion, l'exploitation de l'infrastructure en question. C'est pour vous une maîtrise complète et les collectivités n'auront plus qu'à casquer en loyers faramineux deux fois, voire trois fois plus que le prix total des travaux !

 

5 – Vous aurez à faire face à des associations d'opposants. Ce sont des amateurs : opposez à leurs arguments de bons rêveurs coupés de la dure réalité économique ceux, rigoureux, de vos spécialistes. Ridiculisez-les, brandissez l'étendard de l'intérêt national face à leur vision passéiste. N'hésitez pas à participer aux concertations publiques pour montrer votre sincérité. Noyez le poisson sous des chiffres et des termes incompréhensibles : l'alliance des « zélus » locaux et de la presse locale (annihilée par vos largesses publicitaires) feront le reste.

 

6 – Il est possible que vous deviez vous heurter à l'occupation du site en question. Á la légitimité revendiquée par les opposants – que vous devez qualifier « d'occupants » -, opposez la légalité institutionnelle. Montrez votre « détermination », assignez les organisations opposantes en justice et n'hésitez pas à faire appel à la force publique. Mais attention, cette option est délicate : des nuages de gaz lacrimo, tant que vous voulez, mais gare au syndrome de Sirvens : un mort peut tout foutre en l'air...

 

7 – Si vous perdez le gâteau, ne vous découragez pas, il y en a d'autres : stades, piscines, infrastructures sportives, centres commerciaux, tours « prestigieuses », centres hospitaliers, quartiers d'affaires, etc...

 

Enfin, n'oubliez pas l'essentiel pour vous : l'inutile, c'est très rentable !

 

Photo X - Droits réservés

 

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