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18/12/2014

L'écrivain Kamel Daoud a dit la vérité : il doit être assassiné !

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C'est la signification de la « fatwa » (appel au meurtre) assénée par le ci-devant imam Abdelfatah Hamadache Ziraoui qui dirige en Algérie le Front de l’éveil islamique salafiste, à l'encontre de Kamel Daoud, journaliste chroniqueur au « Quotidien d'Oran » mais aussi écrivain de grand renom : il a raté le Goncourt de cette année d'une voix ("Meursault, contre-enquête"). Ce dangereux illuminé considère que Daoud « mène une guerre contre Allah, son prophète, le Coran et les valeurs sacrées de l’islam ». Il le juge coupable du crime d’apostasie, passible de la peine de mort selon la loi coranique. Ce ne sont pas, hélas, des propos en l'air. Des dizaines d'intellectuels algériens ont été assassinés il y a quelques années. Et n'oublions pas Salman Rushdie...

 

Croire, mais surtout ne pas penser ! Tel est le let-motiv de toutes les religions, et particulièrement des plus nuisibles, celle dites "du Livre".

 

Kamel Daoud a répondu à cet appel à la haine, avec dignité, courage et lucidité :

 

« 50 nuances de haine.

 

Question fascinante : d'où vient que certains se sentent menacés dans leur identité, dans leur conviction religieuse, dans leur conception de l'histoire et dans leur mémoire dès que quelqu'un pense autrement qu'eux ? La peur d'être dans l'erreur les poussant donc à imposer l'unanimité et combattre la différence ? De la fragilité des convictions intimes ? De la haine de soi qui passe par la haine de l'Autre ? De toute une histoire d'échecs, de frustrations, d'amour sans issue ? De la chute de Grenade ? De la colonisation ? Labyrinthe. Mais c'est étrange : ceux qui défendent l'islam comme pensée unique le font souvent avec haine et violence. Ceux qui se sentent et se proclament Arabes de souche ont cette tendance à en faire un fanatisme plutôt qu'une identité heureuse ou un choix de racine capable de récoltes. Ceux qui vous parlent de constantes nationales, de nationalisme et de religion sont souvent agressifs, violents, haineux, ternes, infréquentables et myopes : ils ne voient le monde que comme attaques, complots, manipulations et ruses de l'Occident. Le regard tourné vers ce Nord qui les écrase, les fascine, les rend jaunes de jalousie. Le dos tourné à l'Afrique où l'on meurt quand cela ne les concerne pas : Dieu a créé l'Occident et eux comme couple du monde, le reste c'est des déchets. Il y a des cheikhs et des fatwas pour chaque femme en jupe, mais pas un seul pour nourrir la faim en Somalie. L'abbé Pierre n'est pas un emploi de musulman ?

 

Laissons de côté. Gardons l'œil sur la mécanique : de quoi est-elle le sens ? Pourquoi l'identité est morbidité ? Pourquoi la mémoire est un hurlement par un conte paisible ? Pourquoi la foi est méfiance ? Mais que défendent ces gens-là qui vous attaquent chaque fois que vous pensez différemment votre nationalité, votre présent ou vos convictions religieuses ? Pourquoi réagissent-ils comme des propriétaires bafoués, des maquereaux ? Pourquoi se sentent-ils menacés autant par la voix des autres ? Étrange. C'est que le fanatique n'est même pas capable de voir ce qu'il a sous les yeux : un pays faible, un monde «arabe» pauvre et ruiné, une religion réduite à des rites et des fatwas nécrophages après avoir accouché, autrefois, d'Ibn Arabi et un culte de l'identité qui ressemble à de la jaunisse.

 

C'est qu'il ne s'agit même pas de distinctions idéologiques, linguistiques ou religieuses : l'imbécile identitaire peut tout aussi être francophone chez nous, arabophone, croyant ou passant. Un ami expliqua au chroniqueur que la version cheikh Chemssou laïc existe aussi : avec la même bêtise, aigreur, imbécillité et ridicule. L'un parle au nom de Dieu, l'autre au nom des années 70 et de sa conscience politique douloureuse et l'autre au nom de la lutte impérialiste démodée ou du berbérisme exclusif. Passons, revenons à la mécanique : de quoi cela est-il le signe ? Du déni : rues sales, immeubles hideux, dinar à genoux, Président malade, une dizaine de migrants tués dans un bus sur la route du rapatriement, dépendance au pétrole et au prêche, niveau scolaire misérable, armée faiblarde du Golfe à l'océan, délinquances et comités de surveillance du croissant, corruption, viols, émeutes. Rien de tout cela ne gêne. Sauf le genou de la femme, l'avis de Kamel Daoud, le film «l'Oranais», dénoncer la solidarité assise et couchée avec la Palestine, l'Occident en général, le bikini en particulier et l'affirmation que je suis Algérien ou le cas d'Israël comme structure des imaginaires morbides.

 

Pourquoi cela existe ? Pourquoi l'âme algérienne est-elle encerclée par une meute de chiens aigus et des ogres pulpeux ? »

 

Nous avons déjà parlé de Kamel Daoud. Lisez, offrez son livre inspiré de Camus (Meursault, contre-enquête), c'est un souffle d'air pur.

 

Photo X – Droits réservés

 

Commentaires

Ce qui est "amusant" chez ces crétins qui menacent les blasphémateurs, hérétiques et athées, c'est qu'ils abrutis ne se rendent même pas compte qu'en agissant ainsi ils nient l’existence de leur dieu tout-puissant, en démontrant qu'il est incapable de se défendre par lui-même !!!!

Écrit par : Lyonnais | 18/12/2014

Il parait que "dieu" a fait les hommes à son image. Puteng, je ne voudrais pas voir sa gueule...

Écrit par : victor | 18/12/2014

Les commentaires sont fermés.