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22/12/2014

Question « sociétale » : que vaut-il mieux légaliser : l'assassinat légal ou le tarpé ?

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- T'as vu Victor, on parle de plus en plus de légaliser le tarpé. Serait-ce un cadeau de Noël que not'bon président nous prépare ?

 

- Faut pas rêver Loulle. Not'bon président et son homme de mains sont des pères-la-pudeur en la matière. Pourtant, en ces périodes de vaches maigres, ça rapporterait, selon Terra-Nova, près de 2 milliards à l’État. Mais, sauf à se comporter en margoulins, on ne peut pas réduire ce fait de société à une simple question de gros sous. Mais c’est un tabou. Il y a une grande hypocrisie dans la société française. Nous sommes pourtant les premiers consommateurs mondiaux de psychotropes. La classe politique ne veut pas aborder certaines questions de société qui font peur. On n’aborde pas le problème franchement. Mais ça bouge : Vaillant, Colignon, Gatignon, Peillon, Boutih, Duflaux ont déjà secoué le cocotier.

 

- Pourtant, c'est beaucoup de gros sous que ce trafic rapporte à tous ces réseaux mafieux qui font leur beurre sur cette prohibition...

 

- Exact Loulle. Ce trafic rapporte beaucoup. Il est parfaitement organisé avec les gros bonnets qui organisent la filière depuis le Maroc (production dans le Rif bénéficiant de très, très hautes protections locales), les pourvoyeurs qui remontent la drogue depuis ce pays, soit en grosses bagnoles (go fast), soit planquée dans des cargaisons de poids lourds, les revendeurs (dealers) dans les citées, les « nourrices » qui logent les stocks, les guetteurs qui surveillent l’éventuelle venue des flics, les rabatteurs de clients. Tout ça croque plus ou moins selon la place dans la hiérarchie du trafic. Mais la dure loi de la concurrence « libre et non faussée » fait que les conflits de territoires, de parts de marchés sont nombreux. Et se règlent à la kalach… Comme aux temps de la prohibition de l'alcool au Etats-Unis.

 

- Il faut reconnaître que la lutte contre ce trafic n'est pas une réussite étincelante...

 

- C'est même un échec très onéreux. 568 millions d’euros sont, chaque année, consacrés à la lutte contre le cannabis, dont 300 millions rien que pour les interpellations. Or la prohibition n’atteint pas son but : la part d’usagers en France est une des plus élevées d’Europe. La prévalence y atteint 8,4% chez les 15-64 ans, contre 4,5% en Allemagne, 7% aux Pays-Bas, 2,7% au Portugal, deux pays beaucoup plus tolérants. La consommation de cannabis atteint maintenant une masse de 2,6 à 4 millions de consommateurs (selon les estimations). 40% des ados de 17 ans ont testé le cannabis, ce qui démontre l’échec d’une politique de prévention plutôt absente.

 

- Qu'est-ce qu'ils proposent les « thinktankeurs » de terra Nova ?

 

- Ils envisagent trois possibilités :

* La dépénalisation de l'usage. Ce qui est le principe adopté au Portugal, en Espagne et aux Pays-Bas. Ça réduit évidemment le coût de la répression du fumeur de tarpé, mais je pense que c'est une konnerie. En effet, ceci autoriserait les consommateurs à fumer leurs tarpés sans risquer de se faire embastiller mais ils devraient se fournir…auprès des mêmes dealers ! Confortant ainsi le système !

* La légalisation dans un cadre concurrentiel. Autrement dit laisser le « marché » réguler ce nouvau commerce devenu licite. C'est ce qui progresse aux États-Unis, une vingtaine d'Etats ont légalisé la consommation de cannabis en facilitant à des degrés variés son usage thérapeutique. Deux États (le Colorado et l’État de Washington) ont franchi une étape supplémentaire en autorisant son usage récréatif, c’est-à-dire hors de l'hypocrisie de toute justification médicale. Il y aurait là, selon les auteurs, baisse des prix et augmentation de consommation. Recettes fiscales estimées : 1,7 milliard.

* La légalisation de la vente dans un monopole public. C'est le processus choisi par l'Uruguay. Ce serait la meilleure solution. Le cannabis est devenu en quelques années une consommation de masse. Il y a en France 4.000.000 de consommateurs plus ou moins réguliers, 1.200.000 qui fument au moins une fois par semaine, et environ 600.000 qui fument tous les jours. Le chichon Loulle, c'est comme toutes les bonnes choses que tu nous vends à longueur d'année : extra « avec modération » comme ils disent, dégueulasse, dépravant et dangereux si l'on abuse. On a appris à boire, avec des Maîtres comme toi, mastroquet de mon cœur, faudra apprendre à fumer le tarpé, ou le chiloum...

 

- Tu crois que ça casserait le trafic ?

 

- Si le cannabis de l’État est vraiment plus cher que celui du trafic, celui-ci continuera. Mais si c'est le même prix, le marché illégal s’asséchera. Merde, faut regarder les choses en face. Ce trafic est mortifère pour le pays. La France est le pays qui envoie le plus de gens en taule pour possession ou trafic de cannabis : 10.000 personnes embastillées en ce moment, parfois pour des quantités ridicules. Et la France est le pays où on fume le plus (4 millions de consommateurs, 30% des jeunes, 12% des adultes). C'est bien la preuve que cette politique répressive ne mène nulle part, et au contraire permet le financement des réseaux mafieux, car plus c'est illégal, plus c'est rentable. Et plus les luttes pour mettre la main sur ce trafic juteux sont meurtrières.

 

- Alors comment casser cette spirale de la mort ?

 

- Certainement pas avec des gesticulations policières. Les bataillons de CRS dans les quartiers Nord de Marseille ou à Villeneuve près de Grenoble ne sont pas inutiles en ce sens qu’ils donnent un coup de pied dans la fourmilière et désorganisent momentanément les réseaux, mais ils ne règlent pas le problème de fond : misère due au manque de boulot et trafic. Le chômage étant ce qu’il est, le boulot n’arrivera pas dans les citées à coup de baguette magique, on n’est pas dans Harry Potter. Reste le trafic... C'est l'ennemi.

Ce qu’il faut avoir le courage de faire, c’est légaliser ce produit, certes toxique comme sont toxiques le tabac et l’alcool ! Le système de légalisation permettrait : - production en France ou en Europe via des filières contrôlées, - autoproduction pour ceux qui veulent pour leur conso perso, - vente dans des « coffees-shop » bien contrôlés ou dans les bureaux de tabacs, - interdiction évidente pour les mineurs. 

Les résultats seraient : - remise des flics sur des taches utiles, donc moins d’insécurité dans les villes, - du boulot pour les agriculteurs notamment en zones de montagnes, - de l’activité pour les buralistes et les « coffees shop », - la fin des financements des réseaux mafieux, puisqu'ils n’auraient plus rien à y gagner, - une meilleure détection des personnes à la dérive par surconsommation, - une prévention plus aisée, notamment par la suppression de « l'attirance pour l'interdit » chez les ados, - des taxes pour la sécu, -  une meilleure qualité, contrôlée, garantie pour les consommateurs, - et pourquoi pas, des « dealers » devenant chef d’entreprises et confrontés alors aux règles de concurrence !

Et puis, moins de jeunes en taule pour quelques grammes de shit, au contact de vrais voyous et des prêcheurs fanatiques salafistes qui récupèrent et canalisent leur haine de la société, cela ferait moins de risques de voir se multiplier de très dangereux réseaux terroristes sur notre sol.

 

- Eh ! Les flics ne sont pas tellement partant pour cette légalisation.

 

- C'est vrai que la lutte contre ce trafic justifie leur emploi ! Mais ils auraient à s'employer ailleurs. Et plus efficacement pour la Société.

 

- Allez, je te dis pas « tarpé » ou « chiloum » Victor, mais « Á la nôtre ! »

 

 

illustration : merci à Chimulus.

 

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