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08/04/2015

Ça y est : la grande guerre de religion du 21ème siècle a probablement commencé.

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Au Yémen. Entre les deux puissances dominantes de cette poudrière qu'est le Moyen-Orient : l'Arabie saoudite et l'Iran. Et derrière cette dimension religieuse de confrontation entre deux des principales branches de l'Islam – sunnites contre chiites – on retrouve l'antagonisme millénaire, ancestral entre Arabes et Perses. Ceux-ci, depuis 2500 ans, sont la puissance dominante de la région. Et comptent bien le redevenir. Pour ce faire, le rapprochement avec le monde occidental est indispensable, d'où la souplesse stratégique dans les négociations sur le nucléaire de Genève.

 

L'Iran, c'est un territoire énorme de 1 648 195 km2, soit plus de trois fois la France, s'étendant de la Turquie et de l'Irak à l'Ouest au Pakistan et à l'Afghanistan à l'Est, de la Caspienne et la Russie au Nord à la mer d'Oman au Sud. Près de 80 millions d'habitants, éduqués, et parmi les toutes premières ressources pétrolières et gazières du monde. Les forces armées iraniennes ont un effectif total de 755 000 militaires auxquels doivent s'ajouter les Pasdarans (gardiens de la révolutions) au nombre de 230.000... Ce sont 1.600 véhicules blindés, 300 avions, 3 sous-marins, etc. Du rugueux comme l'a montré dans les années 80, la terrible guerre contre l'Irak de Saddam Hussain.

 

En face, l'Arabie saoudite, avec une superficie autour de 2 millions de km2 pour une population de 30 millions d'habitants dont près du tiers d'étrangers. C'est un pays féodal rétrograde, fanatique, où règne la loi obscurantiste de la charia, où l'on décapite, lapide, ampute en public. C'est aussi le premier ays exportateur de pétrole et – à ce titre - « l'ami », l'allié des États-Unis et des Occidentaux, pas très regardant sur la morale et s'asseyant allègrement sur les Droits de l'Homme dès qu'il y a du pognon et du pétrole en jeu. Son armée (environ 300.000 hommes) est une des mieux équipée du monde : des milliers de blindées parmi les plus modernes, 400 pièces d'artillerie, des sites de missiles, des milliers d'armes guidées, 600 avions de combats, mais encore une marine conséquente avec des corvettes modernes, des frégates, des patrouilleurs, transports de troupes, etc. Un arsenal impressionnant, mais encore faut-il avoir le personnel qualifié et...motivé pour le mettre en œuvre. Mais cette armée, conçue pour des combats frontaux, type dernière guerre mondiale, n'est pas adaptée aux actions de guérilla dans laquelle elle se trouve aux prises au Yemen.

 

Cette guerre a été déclenchée par le dernier avatar des roitelets féodaux au pouvoir à Riad, le dénommé Mohammed ben Salmane al-Saoud, récemment arrivé. Il a voulu « faire le beau » en se mêlant des querelles internes yéménites, il en paiera vraisemblablement très cher le prix !

 

Né de la fusion difficile du Yémen du Nord et du Sud, le Yémen est une terre de bordel permanent, avec un pouvoir faible toujours contesté, des mouvements rebelles, des rivalités tribales, des tentations sécessionnistes et le territoire de naissance d'Al Qaïda qui y est solidement implanté et s'empare de territoires entiers où elle forme les tueurs qu'elle exporte dans le monde entier (les assassins de Charlie, les frères Kouachi s'y étaient entraînés). Ceci sur fond de rivalité religieuse entre sunnites (deux tiers de la population de 30 millions d'habitants) et chiites.

 

Actuellement, le président en titre, le dénommé Mansour Hadi, après avoir démissionné, puis fuit en Arabie saoudite, serait revenu sur sa démission dans les fourgons de l'armée saoudienne (150.000 hommes sur place). Bref, le foutoir. En face de la coalition menée par Riad (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Bahreïn, Koweït, Qatar, Jordanie, Soudan, et le Maroc, soit huit pays du Machrek et du Maghreb, plus le Pakistan), les rebelles Houthis, partisans, comme leur nom l'indique, de Abdel Malik Al-Houthi, un leader basé dans la province de Saada (nord), de confession zaïdite, une branche de l'islam chiite. Ils bénéficient naturellement de l'aide de l'Iran chiite

 

Et l'Iran dans ce foutoir ? Le président Hassan Rohani a "condamné toute intervention militaire dans les affaires intérieures des pays indépendants", en appelant "les pays de la région à éviter toute action qui accentue la crise" au Yémen. Téhéran, traditionnel rival de Ryad au Moyen-Orient, a mis en garde contre une propagation du conflit yéménite à d'autres pays. L'opération menée par l'Arabie saoudite va "créer plus de tensions dans la région", a averti son ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif.

 

Et les Occidentaux dans ce bordel ? Les USA, chroniquement à côté de la plaque, soutiennent la coalition menée par l'Arabie saoudite (bombardement par drones, armements).

 

C'est Daech qui doit se frotter les mains : en effet, suite au chaos qui suivra immanquablement une confrontation Iran Pays Arabes, il se proposera en recours pour établir son « califat », avec la complicité agissante de la Turquie qui rêve d'un retour à l'Empire ottoman.

 

Quant à la France, une de nos ressortissantes a été enlevée fin février au Yémen, ce qui rend nos diplomates prudents et circonspects... Pourvu que ça dure. Et ne nous réjouissons pas trop en pensant cyniquement « tant qu'ils se battent entre eux, chez eux, ils nous foutent la paix ». Parce que ce chaos va immanquablement accentuer encore la fuite de population de ces lieux de guerre. Et elles viendront où chercher refuge ? Devinez.

 

Photo X Droits réservés

 

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