Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

07/10/2015

On a survécu !

gosses dessin.GIF

 

Hier, je suis allé boire quelques canons avec mon Président ! Non, pas François, ça c’est du président de consommation courante, d’entrée de gamme. Non, mon pote Roger, président du Club des Fainéants, qui fêtait ses 90 vendanges ! Et j’ai pu ainsi rencontrer quelques solides « survivants ». Avec lesquels nous avons fait les "anciens combattants".

 

Survivants de quoi ? Ben, d’une vie considérée comme terriblement dangereuse à l’aune de notre monde régit par le « principe de précaution » et ayant peur de son ombre.

 

Nous avons d’abord survécu à l’accouchement à domicile, sorti du ventre créateur par une sage-femme aussi rassurante qu’efficace. Et – comble de l’horreur – nos mères buvaient des canons et parfois fumaient pendant leurs grossesses. Leurs médicaments, c’était un cachet d’aspirine « usine du Rhône ». Et elles mangeaient gras, sucré, sans se soucier de diabète ou de cholestérol.

 

Après ce traumatisme, on s'endormait n'importe où, on nous couchait sur le ventre dans des lits faits de paillasses de feuilles de maïs dans des chambres sans serrures, décorées à la peinture au plomb. On a survécu !

 

Plus tard, fallait voir nos bicyclettes ! Des cranques de quinze kilos, sans dérailleur. Et - comble de l’imprudence coupable – nous n’avions même pas de casques de protection, simplement un béret basque ou une casquette. On a survécu !

 

Nous passions des journées à construire nos « traineaux à roulements ». Les roulements étaient des objets précieux que nous allions demander avec déférence, le cœur battant, à Bébert, le mécano. Et nous descendions les côtes, sans autres freins que nos galoches à semelles de bois frottant sur la route. On en a pris des gamelles ! On en a eu des genoux et des coudes ensanglantés, soignés au mercurochrome rouge. Après avoir foncé dans les buissons une paire de fois, nous avons appris à gérer les problèmes. On a survécu !

 

Nous avons appris à nager au « trou bleu », un endroit creusé par les tourbillons du Rhône qui était encore un fleuve fougueux, sauvage, magique. Un Rhône que nous traversions à la nage à 12 ans. On a survécu !

 

Nous partions en expéditions, à vélo, nous gaver de cerises bien rouges, de melons juteux, de pêches savoureuses dans les vergers du pays, dans « le jardin de màon oncle ! Bravant les coups de pieds au cul et risquant la cartouche de gros sel. On a survécu.

 

Nous buvions l’eau des pompes et des fontaines, dont les canalisations étaient au plomb. On a survécu !

 

Nous allions à l’école à pied ou à vélo, puis nous jouions dans la rue, avec nos traineaux, nos cerceaux faits d’une vieille jante. Nous mangions des gâteaux secs, du pain rassis, du vrai beurre, du saindoux, du lard. Nous buvions du chocolat avec du vrai sucre. On goûtait chez l’un ou chez l’autre, sans besoin d’invitation. Et nous n'étions pas obèses parce qu’on se bougeait le cul du matin au soir. Et nous rentrions à la nuit, sans que nos parents ne pensent à l’enlèvement. On a survécu !

 

Nous avions plein d’amis. Des ennemis aussi avec lesquels on se peignaient la gueule « sous les cloitres », lieu planqué derrière l’église où se réglaient à coups de poings les questions d’honneur. On grimpait aux arbres, on tombait aussi. On se cassait un bras, une jambe, des dents. Les propriétaires de nos terrains de jeu ou le maire du village ne risquaient pas de poursuites judiciaires pour çà. On a survécu !

 

Nous fabriquions nos lance-pierres avec des fourches de micocoulier et des morceaux de chambre à air. Nous fabriquions aussi des arcs et des flèches avec des tiges de frêne. Au plus « riches » on offrait des carabines à plomb. Et nous nous tirions dessus. On a survécu !

 

Lorsque nous avions des poux, on nous couvrait abondamment la tête de poudre DDT. Nous allions à l’école en culottes courtes par tous les temps. Nous sautions et plongions des souches d'arbres dans le Rhône. Nous bricolions avec toutes sortes d'outils réputés dangereux des ateliers de nos parents – scies, marteaux, gouges, poinçons, couteaux. Nous jouions avec des pétards à mèches et même des tablettes de poudre trouvées dans de vieux dépôts de munitions de la guerre. Nous fabriquions des explosifs avec du chlorate, du sucre et du charbon de bois. On a survécu !

 

Nous sucions toute la journée des boites de coco qui nous niquaient les dents comme dit Renaud. L’hiver, les rares jours de neige étaient des jours de fête. Nous dévalions les rues enneigées, sur des traineaux en bois fabriqués le jour même avec de vieilles planches et des cerclages métalliques d'emballages sous les patins. Nous étions sans gants et avions les mains violettes. On a survécu !

 

Nous n’avions même pas de nintendo, nos tablettes étaient de chocolats et si le maitre d’école nous mettait une tarte, nos parents ne portaient pas plainte mais doublaient la mise !

 

Allez ! Assez de nostalgie. Et à tes bientôt cent ans, Président des Fainéants, mon frère !

 

Illustration X - Droits réservés.

 

Commentaires

HEY TOTOR
C'est exactement ça, nait à la maison, après j'ai tout fait pareil. Un super livre a offrir à nos jeunes " AVANT LA TELE " de Yvan Pommaux.
Cordialement, le DOC.

Écrit par : DOC FOFO | 07/10/2015

Les commentaires sont fermés.