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15/12/2015

Le vent du boulet...

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"Avoir pour objectif, au premier tour de la présidentielle, d'être le deuxième derrière Marine Le Pen ! C'est à dégueuler !" C'est pourtant l'ambition de chiotte qui anime les états-majors politique des deux partis dits « de gouvernement ». Ont-ils vraiment rien compris ? Les cadors de ces partis, oui. Mais derrière, les choses changent.

 

Et ce changement vient d'où on ne l'attendait pas. Xavier Bertrand et Christian Estrosi remerciant sans barguigner les électeurs de gauche qui leur ont permis de battre le FN, c'est nouveau. Bertrand abandonnant tous ses mandats, et même sa candidature à la primaire à droite, pour se consacrer uniquement à la Région, ce n'est pas habituel. De même Estrosi rencontrant immédiatement son prédécesseur Vauzelles et exprimant sa volonté de travailler avec les élus du camp adverse qui l'a fait roi, ce n'est pas habituel non plus.

 

Ce fameux « changement » dont on nous bassine depuis des années verra-t-il le jour sous la pression marinienne ? Et pour quoi faire ? Quel est l'état des forces à la sortie de cette élection séisme ?

 

L'abstention, « premier parti de France ». Près de la moitié des électeurs ne s'est pas déplacée au premier tour, un peu moins au second. Qui sont ces abstentionnistes ? Les classes laborieuses et les jeunes. 60 % des ouvriers boudent les urnes, 70 % des jeunes de 18 à 24 ans font de même. Á l'inverse, 70 % des plus de 65 ans vont voter. Autrement dit les jeunes laissent les décisions qui concerneront leur vie à ceux qui sont en fin de parcours ! Le changement, ce serait de donner à ces classes désabusées quelques bonnes raisons d'exercer leur droit – et devoir – de voter.

 

Le F.N. Il est le battu-vainqueur de ce scrutin. Battu parce qu'il n'a gagné aucune région. Vainqueur parce qu'il a regroupé sur son nom autour de 7 millions de voix dans un scrutin pourtant boudé par presque la moitié des électeurs. C'est beaucoup. Mais pas suffisant. Le F.N. - il faut bien se reconnaître – mobilise ses électeurs plus que les autres partis. Il est sur une dynamique gagnante et la servilité des médias qui lui passe les plats lui permet de diffuser ses idées. Des idées piquées à droite et à gauche sans aucune cohérence ni fiabilité, mais qui attirent le gogo. Á côté de leur vieux fond fachisto-cul-béni, ils ont piqué le programme social du Front de gauche, la sortie de l'euro, le rejet de l'Europe des souverainistes, etc. Mais leur « programme » ne résisterait pas à la réalité du pouvoir. Ils ne franchiront jamais la dernière marche. Marine Le Pen ne sera jamais présidente de la république. Sauf si...

 

La droite. Elle est en pleine bagarre. La ligne « buissonnière » de Sarko – coller au plus près au FN pour lui siphonner son électorat – est ouvertement mise en cause par les cadors du parti. Avec 7 régions sur 12, elle a gagné. Mais deux de ses victoires sont dues...aux électeurs de gauche qui, eux, n'ont pas hésité à se salir les pognes en votant pour l'adversaire afin de l'aider à vaincre l'ennemi. Ni Bertrand, ni Estrosi, ni Pécresse n'accepteront de rester au rang de godillot au service des ambitions personnelles du grand homme à talonnettes... Et que dire de Juppé, Kossiusko-Morizet, Raffarin, Lemaire, Wauquiez ? Fini l'homme providentiel et le petit doigt sur la couture du pantalon. Un courant du parti, à trop vouloir coller au FN, sera absorbé par lui. L'autre retrouvera-t-il ses racines gaullistes en s'ouvrant à la « droite de la gauche » pour former une grande alliance d'union nationale à l'allemande ?

 

Le parti socialiste. Il n'a plus de socialiste que le nom. Son électorat n'est plus, depuis longtemps, celui des « masses laborieuses » mais celui des fonctionnaires, enseignants, classes moyennes. Plus d'ouvriers, quelques employés, plus de paysans, beaucoup de retraités, presque pas de jeunes. Ses gens « de gauche », de Montebourg à Aubry, soit ont quitté le navire, soit n'ont pas eu les couilles d'affronter la Marine ! Un parti de ramollis et de notables concernés avant tout par la conservation de leurs petits avantages. Un parti qui voit son avenir dans...Macron, le grand ami du Medef... Bonjour la dynamique « de gôôche ». Ses forces les plus à droite pourraient retrouver la « gauche » de la droite pour cette fameuse (ou fumeuse) grande alliance nationale.

 

La gauche de la gauche. Inaudible dans cette campagne. Inexistante dans les urnes. Aucune campagne commune, aucun drapeau unitaire. Mélenchon, lucide et abattu, en tire lui-même l'amer bilan : « en additionnant toutes les variétés de listes contenant tout ou partie de Front de Gauche, on arrive péniblement à 1,4 million de voix. C’est l’étiage du Front de Gauche depuis sa création. Très loin des 4 millions d’électeurs que nous avons réunis à la présidentielle en 2012. (.../...) Un tiers des électeurs du Front de Gauche qui s’était quand même déplacé aux européennes n’est plus venu voter cette fois-ci ! Là encore, c’est le taux le plus fort parmi les différents électorats. » Les écolos ne valent pas mieux, tiraillés dans des querelles d'ego et d'ambitions personnelles. Un seul de cette mouvance tire son épingle, c'est Onesta qui à la tête d'une liste d'union des gauches, a réuni 10 % des voix en Languedoc-Midi et permis à la gauche de gagner en fusionnant sa liste avec celle du parti socialiste.

 

Alors, la prochaine échéance sera-t-elle la bonne pour Marine Le Pen – et la catastrophe pour la France ? Á mon humble avis, NON ! Parce que les Français ont montré qu'ils ne voulaient pas que le FN « brise le plafond de verre » (c'est nouveau, ça vient de sortir dans la nov'langue politico-médiatique) des 50 %.

 

Sauf si les partis « de gouvernement » montrent qu'encore une fois, malgré leurs belles paroles la main sur le cœur, ils n'ont rien compris et que rien de change.

 

Et si face à la patronne du F.N. – que tout le monde semble accepter de voir arriver en tête du premier tour ! – on retrouve les duettistes les plus rejetés par les Français et qui ont fait la preuve de leur nullité : Sarkozy et Hollande.

 

 Illustration X - Droits réservés

 

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