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03/02/2016

Manifestations paysannes : les pathétiques jacqueries des cocus de la terre.

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L'agriculture française se meurt. Les agriculteurs français crient au secours. Certains manifestent bruyamment, voire brutalement. D'autres se pendent... Alors qu'il y a quelques années, allez, plusieurs décennies, cette agriculture était une des premières du monde. Et la première en Europe. Pourquoi ? Qu'a-t-elle manquée ? Qui l'a poussée dans le mur ?

 

La mutation de l'agriculture est une chose ancienne. Après les carnages de 14-18 les paysans ont quitté les pays pour devenir ouvriers, agents de lycée, gendarmes...ou chômeurs. Le salaire plutôt que le grand air. La sécurité plutôt que la liberté.Ceux qui restaient sont devenus des « agriculteurs ». Puis, sous les injonctions des chambres d'agriculture et du crédit agricole, ils sont devenus des « exploitants agricoles ».

 

Plus gros mais pas assez. Mieux équipés, mais pas assez. Ils ont tout de même pu grandir et prospérer sous le parapluie de la Politique agricole commune (PAC) mis en place par l'Europe à travers le marché commun puis l'Union européenne. Puis est arrivé la « mondialisation », c'est-à-dire en ce qui les concerne l'abandon de la noble fonction de nourrir les hommes aux rapaces de la finance mondiale. Nouveaux objectifs : la REN-TA-BI-LI-TÉ ! À tout prix. Et surtout au prix de la qualité.

 

Pas rentables les fermes d'élevages avec 80 bêtes heureuses de paître dans des champs. Pas rentables les élevages de porcs de quelques dizaines d'animaux courant sous les chênes. Pas rentables les élevages de volailles taquinant le ver de terre. Pas rentables les maraîchers faisant pousser leurs tomates locales sur la terre. Pas rentables les arboriculteurs osant proposer des pommes avec quelques tavelures. Les Paysans ont donc obéi à leurs instances professionnelles, elles-mêmes sous le feu des diktats de la grande distribution.

 

« Paysans » ? Méritent-ils encore ce beau vocable ? Certainement pas. Ils sont devenus des « exploitants agricoles » qui ont perdu leur culture. Les jeunes générations sont obnubilées, sous la poussée de leurs instances professionnelles (FNSEA, chambres d'agriculture, crédit agricole), par le culte du rendement à tout prix, du progrès technique, du machinisme démesuré. Ils ont l'obsession de cette nature dans ils vivent, où ils vivent, mais qu'ils saccagent à coups d'engrais chimiques et de pesticides tant elle leur est devenu étrangère. L'enquête présenté par Élise Lucet sur la deuxième chaîne télé est effrayante. Elle montre la main-mise cynique voire criminelle des multinationales de l'agro-industrie sur l'agriculture et les redoutables dangers pour la santé de consommer les produits de la terre ! Un comble.

 

Les paysans devenus exploitants(tés) agricoles ont perdu leur fameux « bon sens paysan » mais pas que...

 

Ils ont perdu leurs savoirs ancestraux, leurs techniques, la connaissance de leur terroir, du temps mais aussi et surtout de leurs semences puisqu'ils sont les clients forcés, obligés des grandes sociétés semencières (Monsanto entre autres), des fabricants d'aliments pour animaux auprès desquels ils sont lourdement endettés, des marchands de pesticides et d'engrais chimiques.

 

Ils ont perdu leurs représentations professionnelles et notamment les coopératives – ces superbes organisations, au départ ! - qui sont devenus des monstres d'aliénation au service de l'agriculture industrielle ultra productiviste. Le premier groupe coopératif français « Invivo » a un chiffre d'affaires de 5,7 milliards, emploie 8.000 personnes dans 28 pays. On fera croire à qui qu'une telle structure – profitant des avantages fiscaux, entre autres, de la coopération – s'occupe encore des intérêts des paysans ?

 

Ils ont perdu la maîtrise de leur destin, de leur avenir et sont devenus l'un des bataillons des exploités de l'économie financière globalisée, nourrissant de leur sueur avant tout les banques (Crédit agricole !) auprès desquelles ils sont endettés jusqu'au cou.

 

Ils ont perdu leurs instances représentatives, leur principal syndicat – la FNSEA – se servant d'eux comme chair à canon et jouant un jeu plus qu'ambigu : la FNSEA sert l'agro-industrie productiviste tout en faisant semblant de défendre les « petits paysans ».

 

Parlons-en de la FNSEA. C'est le loup chargé de garder les brebis ! Son grand patron, le ci-devant Belin Xavier – qui vient d'être reçu par François Hollande - est un homme d'affaires aux multiples casquettes. Il est président du syndicat majoritaire mais aussi : PDG de la société Avril-Sofiprotéol, multinationale aux multiples activités, vice-président du Copa-Cogeca, structure qui rassemble des syndicats et organisations agricoles au niveau européen, particulièrement favorable à la signature du  traité TAFTA, président du port de commerce de La Rochelle, deuxième port français pour l’exportation de céréales, propriétaire dans le Loiret d'une exploitation de 500 hectares de blé, orge, colza, tournesol, maïs et pois protéagineux, etc. Quel homme pour s'occuper de tant de choses !

 

Quant à Sofiprotéol, rebaptisé Avril – ça fait plus printanier ! - c'est un mastodonte de 7 milliards de chiffre d'affaires, qui regroupe plus de 150 sociétés, présent dans 22 pays, notamment au Maghreb. L'objectif de cette pieuvre : assurer un maximum de débouchés à la filière des huiles et des protéines végétales (tournesol, colza, etc.)

 

Sofiprotéol-Avril, ce sont les huiles Lesieur et Puget, les œufs Mâtines, c'est des porcs, de la volaille, du bétail avec Glon Sanders, n°1 de l'alimentation animale. On la retrouve aussi dans la santé et la génétique animale, dans l'oléochimie (cosmétiques, peintures, mousse polyuréthane), dans les carburants (Diester industrie, n°1 européen du bio-diesel). On la rencontre encore dans le financement de l'agriculture industrielle, dans l'huile de palme, dans les semences, dans les additifs alimentaires, dans... les OGM (par Biogemma), et même dans la presse agricole !

 

Et c'est le patron de cette énorme multinationale qui prétend défendre la petite paysannerie française ? Alors que son propre intérêt est de faire grandir toujours plus les troupeaux de telle sorte qu'il soit difficile de nourrir toutes ces vaches à l'herbe, dans des prairies ! Il pourra ainsi leur vendre ses tourteaux de soja, ses aliments tout faits, ses additifs alimentaires, voire ses médicaments... Il n'y a pas là un conflit d'intérêt ? MDR !

 

Les paysans français sont cornaqués par un syndicat qui se fout de leur gueule. Sous les coups de boutoirs complices de l'Union Européenne, du ministère de l'agriculture et le bras armé de la FNSEA, la fin des paysans est programmé depuis 50 ans. Les paysans disparaissent, laissant la place à des entrepreneurs « indépendants » mais sous contrat, simples ouvriers spécialisés prenant les responsabilités et laissant les bénéfices aux grosses structures qui les exploitent.

 

La FNSEA les a conduit vers une production intensive de produits de bas de gamme. Où ils se heurtent aux productions allemandes et espagnoles moins chères du fait d'entreprises toujours plus grosses, toujours plus industrielles et exploitants sans vergogne une main-d’œuvre étrangère à la limite de l'esclavagisme. Sur ce terrain ils sont battus.

 

Alors qu'ils auraient dû surfer sur l'image extrêmement positive de la France en matière d'excellence, voire de luxe. Et se diriger vers des productions de qualité, de haut de gamme, à des prix rémunérateurs. Ce que réussissent des entreprises restant à l'échelle humaine et ayant choisi cette voie.

Ceux qui ne jouent pas la carte de la qualité sont destinées à disparaître. La FNSEA, à sa manière, y veille.

 

On n'a que les syndicats que l'on mérite...

 

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