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11/04/2016

« Glossophobie » ! Halte au « racisme » à l'encontre des minorités audibles !

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Glossophobie. C'est nouveau, ça vient de sortir. C'est la peur, le rejet des accents régionaux. En écrivant ce texte, je les entends baver dans le poste autour de cette cagade. Et bien je suis d'accord. On nous gonfle les aliboffis à longueur d'antennes avec des histoires d'ostracisme, de stigmatisation, de racisme. Pourquoi pas. Alors moi je vais vous en dénoncer un de « racisme », mais qui n'émeut personne. Cest le racisme à l'encontre des minorités visibles. Et pourtant...

 

Le matin, dans ma cambrousse margeridienne de l'été, je me réveille avec le poste local de France-bleue, c'est-à-dire France bleue Gard-Lozère. Le reste de l'année, pareil mais avec radio-bleu Vaucluse ou Provence.

 

Eh bien, je ne me reconnais pas à travers ceux qui « parlent dans le poste », ils ne sont en aucune manière le reflet des « pays » qu'ils sont censés représenter : ils parlent « pointu ».

 

Ils parlent TOUS « pointu » ! C'est comme ça qu'on qualifie, dans le Midi, ceux qui ont l'accent parisien. Disons ceux qui vivent en Provônce et qui pôncent que l'accônt des autochtones ne fait vraimônt pas distingué...

 

J'ai un cousin qui parle dans le poste. Dans la vie « normale », il a comme tout le monde ici un parler qui fleure bon le thym, les cigales et les rabasses. Eh bien dans son métier, c'est le Mickael Jackson de l'élocution: pour se fondre dans la masse « politiquement correcte », il gomme son élocution naturelle pour essayer d'endosser le parler insipide, formaté, sans couleur de l'ethnie dominante. « Mais, me dit-il lorsque je lui en fais gentiment la remarque, on nous oblige à avoir ce parler neutre! Si je veux garder mon boulot, je dois me plier à cette contrainte ». Voilà comment et pourquoi les radios locales, qui devraient être le reflet de leur région, sont toutes formatées sur le même moule. A Avignon, Nîmes ou Perpignan, « on » parle comme à Tours, Arras ou Plougastel.... C'est navrant et même révoltant. Le racisme – que l'on met à toutes les sauces – ne s'expriment-il pas ainsi, aussi ?

 

C'est de l'ostracisme. C'est de la discrimination envers les minorités non pas visibles mais AUDIBLES. Et ce n'est pas un détail futile. Essayez, si vous avez le parler provençal ou si vous votre langue roule comme les cailloux de l'Adour, même si vous en avez largement les capacités, de postuler à la radio ou, pire encore à la télévision... Ou bien dans l'enseignement supérieur, dans la magistrature...Tè! Fumes. On vous regardera avec un sourire amusé et, comme mon cousin, on vous fera clairement savoir qui faudra revenir lorsque « vous parlerez normalement ». Où est la normalité en l'occurrence?

 

Oui mais vous me direz le journaliste Jean-Michel Apathie, le philosophe Michel Serres... Oui. Et après? Vous en connaissez beaucoup d'autres?

 

Alors? Faut-il ne rien dire ? Accepter cette mise à l'écart qui est aussi choquante que celle fondée sur la couleur de peau?

 

Tè, voilà une chanson – sur l'air du Drapeau rouge de Fugain - qui illustre bien cette colère qui gronde sourdement dans le Midi à l'encontre de ce colonialisme de l'intérieur imposé par les descendants des sinistres et sanguinaires barons franchimands qui ont saccagé, il y a quelques siècles, la brillante civilisation des troubadours. Un épisode terrible qui reste dans l'inconscient collectif de tout le Midi :

 

Se vos desenant faire toumba lis iruge

Si tu veux à présent te débarrasser des sangsues

Que te pipon tout toun sang

Qui te pompent tout ton sang

Te faus peravans, sènso cerca lou grabuge

Il te faut d’abord sans chercher la bagarre

Prendre toun astrado en man

Prendre ta destinée en main

Te fau jamai douna ta fianço

Il ne te faut jamais donner ta confiance

Pèr que fagon sempre respeta ti dre

Pour toujours faire respecter tes droits

Qu’a n’aquéli que soun sens doutanço

Qu’a ceux-là qui sont sans aucun doute

De Prouvènçau ni court-ni coustié.

Des Provencaux ni d'un bord ni de l'autre

 

Prouvençau di campagno,  Prouvançau di ciéuta

Provençaux des campagnes, Provençaux des villes.

Petara la castagno se sian pas escouta

Nous nous battrons si nous ne sommes pas écoutés

Faudra pamens lou recounquista

Il faudra pourtant le reconquérir

Tout ço qu’au nostre nous avien rauba

Tout ce qu’aux nôtres ils ont volé

A l’asard Bautezar, se sian pas de bastard

Advienne que pourra si nous ne sommes pas des moins que rien

Fasèn lèu, deman sara trop tard.

Faisons vite,  demain il sera trop tard.

 

 

Illustration X - Droits réservés

Commentaires

Té, là tu me plais...
Un poème de mon pays adoptif :
Rå nô te ahu, nô te ahu
E parau huna i te fare ha'api'ira'a
Te oha tô'u Fenua
Nå råtou taparahi tô'u Fenua
Te reo i tô'u Fenua
Te reo i tô tåua Fenua

Je l'ai traduit à partir de notre belle langue :
Mas perqué, perqué
M'an pas dit a l'escòla
Lo nom de mon Païs?
Qu'aviâ tuat mon Païs
La lenga de mon Païs ?
La lenga de nòstre Païs?

Écrit par : Pierre Carabasse | 12/04/2016

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