Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

13/05/2016

Avant le temps des cerises, c'est celui des fraises. Oui, mais lesquelles ?

fraises ciflorette.jpeg

 

J'ai sous le nez deux barquettes de superbes fraises « ciflorette ». Elles viennent de chez mon neveu qui les fait pousser dans son jardin, près de Bédarrides, dans le Vaucluse. Hum ! C'est son voisin – un petit producteur - qui lui appris comment les faire pousser, en pleine terre. Celui-ci, en ayant ras le cul de se faire exploiter par les grandes surfaces, les vends à un prix très correct – 7 euros la barquette d’un kilo - au cul de sa camionnette. Et les clients ne s’y trompent pas ! Ça change de ces putains de « fraises » espagnoles qu’on trouve aux supermarchés ! T’as l’impression de croquer dans un bout de caoutchouc dur qui aurait un vague gout de tomates transgénique… Dégueulasse. Et les mecs, ils vendent ça en belles barquettes d'un demi-kilo, autour de 2 ou 3 € pièce. Comme ça ne paraît pas cher, les bons kons achètent. En fait, ils paient autant que chez mon petit jardinier provençal. Seulement voilà, ces saloperies sont le nec plus ultra de la merde.

 

Elles arrivent du sud de l’Espagne et ont donc parcourues au bas mot 1.500 à 2.000 bornes en camions crachant leur gazole à la tonne. Près de 90.000 tonnes chaque année ! À dix tonnes en moyenne par véhicule, ils sont 16.000 par an à faire un parcours valant son pesant de fraises en CO2 et autres gaz d'échappement. Car la quasi totalité de ces merdes poussent dans le sud de l'Andalousie, sur les limites du parc national de Doñana, près du delta du Guadalquivir, l'une des plus fabuleuses réserves d'oiseaux migrateurs et nicheurs d'Europe. Cette agriculture couvre près de six mille hectares, dont une bonne centaine empiète déjà en toute illégalité (tolérée) sur le parc national. Officiellement, 60% de ces cultures seulement sont autorisées; les autres sont des extensions «sauvages» sur lesquelles le pouvoir régional ferme les yeux en dépit des protestations des écologistes.

 

Les fraisiers destinés à cette production, bien qu'il s'agisse d'une plante vivace productive plusieurs années, sont détruits chaque année. Pour donner des fraises hors saison, les plants produits in vitro sont placés en plein été dans des frigos qui simulent l'hiver, pour avancer leur production. À l'automne, la terre sableuse est nettoyée et stérilisée, et la micro faune détruite avec du bromure de méthyle et de la chloropicrine. Le premier est un poison violent interdit par le protocole de Montréal sur les gaz attaquant la couche d'ozone, signé en 1987 (dernier délai en 2005… ! ! !); le second, composé de chlore et d'ammoniaque, est aussi un poison dangereux: il bloque les alvéoles pulmonaires.

 

Qui s'en soucie? La plupart des producteurs de fraises andalouses emploient une main d'œuvre marocaine, des saisonniers ou des sans papiers sous payés et logés dans des conditions précaires, qui se réchauffent le soir en brûlant les résidus des serres en plastique recouvrant les fraisiers au cœur de l'hiver. Mais c’est qu’en plus ils polluent ces cons d’esclaves mon brave, en plus d’avoir les poumons pourris par les merdes qu’ils respirent et la peau vérolées par les pesticides !

 

Les plants poussent sur un plastique noir et reçoivent une irrigation qui intègre des engrais, des pesticides et des fongicides. Les cultures sont alimentées en eau par des forages dont la moitié ont été installés de façon illégale. Ce qui transforme en savane sèche une partie de cette région d'Andalousie, entraîne l'exode des oiseaux migrateurs et la disparition des derniers lynx pardel, petits carnivores dont il ne reste plus qu'une trentaine dans la région, leur seule nourriture, les lapins, étant en voie de disparition. Comme la forêt, dont 2.000 hectares ont été rasées pour faire place aux fraisiers.

 

La saison est terminée au début du mois de juin. Les cinq mille tonnes de plastique sont soit emportées par le vent, soit enfouies n'importe où, soit brûlées sur place.

 

Quant aux esclaves, ils sont priés de se barrer, retourner chez eux ou s'exiler ailleurs en Espagne. Remarquez: ils ont le droit de se faire soigner - à leurs frais puisque la plupart de son pas déclarés ! - au cas ou les produits nocifs qu'ils ont respirés...

 

La production et l'exportation de la fraise espagnole - l'essentiel étant vendu dès avant la fin de l'hiver et jusqu'en avril - représente ce qu'il y a de moins durable comme agriculture, et bouleverse ce qui demeure dans l'esprit du public comme notion de saison. Quand la région sera ravagée et la production trop onéreuse, elle sera transférée au Maroc, où les industriels espagnols de la fraise commencent à s'installer. Avant de venir de Chine, d'où sont déjà importées des pommes encore plus traitées que les pommes françaises…

 

Mangez cinq fruits et légumes par jour qu’ils nous bassinent… Vous crèverez plus tôt, ça soulagera la sécu !

 

 

 

Illustration X – Droits réservés

Les commentaires sont fermés.