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07/07/2016

Avignon, l'espace d'un Festival.

festival-d-avignon cour honneur.jpg

 

Quand le soleil-lion de juillet écrase la ville de sa chape incandescente, quand les lancinantes stridulations des cigales font vibrer les vertes toisons aériennes des grands platanes, quand les monuments, les livrées et les tours semblent fumer sous la tremblante réverbération des murs gorgés de lumière, Avignon-la-Sensuelle, alanguie au bord du Rhône et cambrée sous les caresses du mistral, s'apprête à s'ouvrir et à s'offrir pour son grand rut de l'été. Une lune durant la belle va se donner sans retenue, de toutes ses pores de pierres, de toutes ses ruelles, de tous ses cloîtres, de toutes ses places, de tous ses patios mystérieux, de tous ses forums, de tous ses lieux scéniques à son dévorant amour estival : le Festival.

 

Troisième monument historique de la cité papale, après le célèbre Palais et le non moins fameux Pont-Saint-Bénézet, le Festival de théâtre - premier d'Europe - draine vers l'intérieur du collier de pierres blondes des remparts une foule cosmopolite et bigarrée d'artistes et de touristes, d'intellos et de clodos, de saltimbanques et de rêveurs, de poètes et de voleurs, tous attirés comme les éphémères par la flamme vers cette scène planétaire de l'illusion théâtrale, ce grand marché du rêve.

 

Acteurs et publics mêlés, le spectacle est partout. Avignon fait la fête, Avignon est la Fête.

 

Voici la Cour d'honneur, centre de gravité de la bourrasque festivalière. C'est en ce lieu fermé par les falaises minérales abruptes de la forteresse papale que tremblent et jouissent auteurs, metteurs en scène et acteurs. Là que se font et se défont les réputations. Là que l'aile de la grâce transforme de simples acteurs en monstres sacrés. Là que flotte la présence palpable des glorieux fantômes de Jean Vilar, de Gérard Philippe, de Daniel Sorano.

 

Voilà la Place de l'Horloge, tourbillon de couleurs et de bruits, forum grec où la cité festivalière joue, chante, danse, boit à longs traits des nectars odorants et capiteux sous l'ombre bruissante des platanes aux larges poitrails.

 

Enfin voici la ville entière dans toutes ses rues, ses places, ses venelles étroites, ses placettes. La cité est une énorme caisse de résonance où s'entrechoquent les musiques et les cultures, le drame et la comédie, le rire et les pleurs.

 

Les avignonnais ont une approche contradictoire de leur festival. Lorsqu'ils sont à l'extérieur de leur ville, ils ne tarissent pas d'éloge sur lui. Et à les entendre pérorer, tous ont bu le pastis avec Vilar, joué aux boules avec Philippe où mangé l'aïoli avec Darras. Ils sont fiers de ce monument virtuel même si beaucoup n'y mettent jamais les pieds. Mais pourtant, lorsque juillet annonce le grand chambardement, les avignonnais, en masse, fuient leur ville chérie, l'abandonnant pour une lune entière aux hordes lutéciennes et franchimanes, outre-quiévrines et bataves, albioniennes et tudesques, helvètes et transalpines, ibères et lusitaniennes, africaines et orientales, américaines et nipponnes. Ils retrouveront plus tard leur ville, cette somptueuse salope comblée, apaisée et fécondée par les semences mêlées de ses milliers d'amoureux de l'été.

 

Avignon, ma ville, aura, pour un temps, retrouvée son rang naturel de capitale.

 

L'espace d'un Festival.

 

Photo X - Droits réservés

Commentaires

Bonjour Victor et merci pour ce texte sur Avignon.
Je n'y ai vécu que près de 2 ans, de septembre 1961 à juin 1963, au 7ème régiment du génie, caserne Broche (si mes souvenirs sont exacts). J'en ai gardé que de bons souvenirs (ah, la rue de la Bourse !!!). Et puis après direction Tahiti, que peut-on souhaiter de plus ?

Écrit par : Pierre Carabasse | 07/07/2016

Salut à toi.

Le célèbre rue de la Bourse est maintenant une rue banale, avec de petits meublés à la place de ces temples du plaisir qui avaient nom le Lotus, L'Île de beauté, etc...

Nostalgie...

Reste à Tahiti!

Écrit par : victor | 07/07/2016

Et puis, pour le cinéma, même à Tahiti, t'as E.T.

Écrit par : ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ | 07/07/2016

Il n'est de plus belle narration que la vôtre sur ce lieu mythique. Ecouter, dessiner, mimer, photographier, philosopher, ripailler, boire et reboire encore chez Roger au 'Bistrot' des Angles.

Écrit par : Claude Papillault | 08/07/2016

Quelle plume ! quelle fortune d'esprit ! Ce texte, d'une rare beauté me fait revivre tous ces mois de juillet où je me délectais de voir, d'écouter, de photographier, de philosopher, de manger, de boire et boire encore chez Roger au 'Bistrot' des Angles.
Merci Victor c'est un délice de vous lire.

Écrit par : Claude Papillault | 08/07/2016

Arrête! Tu vas me faire rougir.
Merci d'aimer ma ville. En fait j' suis aux Angles!, rive droite du Rhône.

Écrit par : victor | 08/07/2016

Oh Victor, rougi, aux Angles... mais t'es un angliche en fait !

Écrit par : ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ | 08/07/2016

Disons plutôt un Anguleux.
Je suis dans les Hautes Terres où il fait frais. Bon courage.

Écrit par : victor | 09/07/2016

Dis moi où qu't'es (clodelaval@orange.fr) qu'on aille chez Loulle pour trinquer avec lui.
En général, je traîne par là entre le 10 et le 25 Août. A bientôt peut être. Bonne semaine.

Écrit par : ClaudePapillault | 11/07/2016

Les commentaires sont fermés.