Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

26/09/2016

Au bistro de la toile: A boire, tavernier! A la mémoire de Chimulus.

chimulus bistro copie.jpg

 

 

- Oh ! Loule, ton rouge, après t’avoir caressé le clapoir, il te glisse délicieusement vers le cimetière à andouillettes en te réchauffant les tuyaux que c’en est un bonheur.

- Côtes-du-Rhône Victor ! Côtes-du-Rhône !

- Seulement, en sortant de ton merveilleux antre de perdition après deux canons, je risque – si je conduis et me fais contrôler par les lollis – d’y laisser le permis…

- Tu risques pas grand-chose : tout ce que tu conduis, ce sont tes panards qui marchent en canard ! Tè ! À la tienne !

- Ce que je reproche à mes potes vignerons, c’est de faire des vins trop forts en alcool. Le moindre Côtes-du-Rhône titre 14°. Trop lourd.

- Moi, je préférerais proposer des vins à 11 ou 12°. Mais ça se trouve de moins en moins, et jamais en A.O.C. Il y a vingt ans, seuls les Châteauneuf-du-pape et les Gigondas titraient 14°. Maintenant, c’est la majorité des vins. Je vends ce que j’ai…

- Bientôt, Loule, tu pourras vendre des vins scandinaves, belges ou anglais !

- Dieu – enfin, Bacchus ! - me garde, Victor ! Ne profère pas des insanités pareilles.

- Pas du tout Loule. Des études sérieuses, notamment par l’INRA, ont prouvé que la précocité des vendanges - et la teneur à l’alcool qui en résulte - est liée au réchauffement climatique, un phénomène susceptible de bouleverser la viticulture traditionnelle qui pourrait aller jusqu’au "grand chambardement".

- Qué chambardement ?

- La date des vendanges est liée aux températures d’avril à septembre. Les études agronomiques mais également historiques le confirment : été chaud signifie vendanges précoces. L’avancée actuelle est liée en quasi-totalité au réchauffement climatique. Dans le temps, lors des années froides, c’était la catastrophe, il fallait mettre du sucre dans le vin qui n’était pas suffisamment alcoolisé ; c’était la « chaptalisation ». Mais depuis dix ans, on constate une augmentation du degré alcoolique des vins, c’est très net, partout. Ce qui était du 11 degrés avant, c’est du 13 degrés maintenant. Et chez nous, c’est même du 14 et 15°. Ça pose problème… En Provence, en Côtes-du-Rhône, en Languedoc, le manque d’eau est de plus en plus flagrant. Au point que l’irrigation au goutte-à-goutte commence à entrer dans les mœurs.

-… taing ! Finalement, les vignerons, ils font comme Jésus…

- ? ? ? ? ! ! ! ! ! !

- Eh ! oui. Ils changent l’eau en vin ! Mais c’est vrai que la trop forte teneur en alcool des vins actuels est un problème. Vé ! Même les gens qui ont le gosier en pente, comme toi, lèvent moins facilement le coude à l’heure de l’apérobic. Pauvre de moi…

- Rigole… Mais les vignerons qui font un peu travailler les boyaux de leur tête commencent à se faire du mouron. Dans un premier temps, un léger réchauffement climatique c’est plutôt positif pour le vin. Jusqu’à 1 ou 2 degrés Celsius de plus, on peut penser qu’en modifiant les conditions de conduite de la vigne, on pourrait garder les productions traditionnelles et leurs valeurs de terroir. Mais au-delà c’est le grand chambardement. Pour les politiques, l’objectif est de limiter le réchauffement à deux degrés, seuil à partir duquel les impacts commenceraient à devenir dangereux pour les activités humaines. Pour la vigne, deux degrés, c’est le moment où cela commencerait à basculer. Si le réchauffement atteignait 5 ou 6 degrés en moyenne mondiale - ce qui se produira si les tendances actuelles se poursuivent - on pourrait trouver de la vigne dans le sud de la Suède, comme les vignobles qu’on commence à avoir en Angleterre, en Belgique, aux Pays-Bas. Et ici, on plantera des palmiers à huile…

- Tè ! Victor, l’année prochaine, je te servirai du véritable Knock-le-Zout-Village, du Manchester Grand Cru classé ou des Premières Côtes de Stockholm !

- Eh ! Eh ! Les Champenois prospectent des terroirs dans le sud de l’Angleterre où on trouve déjà plus de vignobles que ce qu’on pense !

- À la tienne !

 

Illustration: merci à Chimulus, ce formidable humoriste qui vient de mourir le feutre à la main. Respect et trinquons à sa mémoire.

Commentaires

bah, moi qui vous cause et qui ne fait vraiment pas honneur aux picrates de tous bords, j'ai fait les vendanges à Québec, au Canada !
Oui monsieur !
Enfin ils doivent y mettre pas mal de sirop d'érable dedans pour l'adoucir je suppose ☺

Écrit par : Pat | 26/09/2016

Répondre à ce commentaire

C'est vrai qu'il y a des vignes au Québec. L'hiver, ils buttent entièrement les ceps avec de la neige, qui fait office d'isolant et protège la vigne.
Çà doit faire du vin bien frais!

Écrit par : victor | 27/09/2016

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire