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14/04/2017

Les vautours, Élise, Élise et nous !

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Élisez-moi clament tous les candidats.

Élise, elle, met les mains dans le cambouis. Pire encore, dans la fiente nauséabonde de « l’adversaire » de Flamby : LA FINANCE.

Courageuse, pugnace Élise Lucet, honneur de la profession de journaliste. Cette fois, elle a démonté les mécanismes du capitalisme financier qui s’engraisse sur la ruine des entreprises et la détresse des ouvriers et employés. Elle et son équipe ont enquêté, malgré les barrages, l’omerta et les menaces sur le dépeçage de ce qui était un des fleurons de l’habillement grand public français : « Vivarte », holding qui possède notamment les marques André, Caroll, Chevignon, Kookaï, La Halle, Minelli, Naf Naf et Pataugas. Douze à treize mille personnes jetées à la rue par l’avidité des fonds de pensions étasuniens et britanniques. Elle nous fait toucher du doigt le cynisme révoltant de ces dirigeants voyous et de leurs complices banksters. Son enquête nous montre aussi le désespoir des « gens de peu », des prolos, des « sans-dents » victimes de ces fonds vautours. Mais attention : le désespoir crée les « desesperados », ceux qui n’ont plus rien à perdre et peuvent succomber à la tentation de faire en sorte que la peur change de camp.

Comment ? Vous n’avez pas d’idée ? Vous n’avez pas d’imagination ? Je vais en avoir pour vous.

 

L’inquiétude commence à faire sournoisement son chemin dans les têtes des membres du conseil d’administration de Beechtree, ce fonds de pension anglo-étasunien propriétaire, après une juteuse L.B.O., du groupe d’habillement Mortarte. Patrick Welle n’a pas donné de nouvelle depuis trois jours. Il n’a pas assisté à la dernière réunion restreinte du fonds consacré aux résultats des « plans sociaux » qu’il a réalisé et qui donne toute satisfaction aux actionnaires. Patrick Welle, ce n’est pas n’importe qui. Dans le milieu, on l’appelle le « grave digger », le fossoyeur. C’est lui qu’on met à la tête des entreprises piratées par le moyen des LBO, avec pour mission de tailler dans la viande : prendre le gras pour les actionnaires et jeter le reste. Le reste, ce sont les usines, les ateliers, les magasins qui ferment, ce sont les ouvriers et les employés mis au chômage, c’est du malheur et du désespoir. Mais ça, Patrick Welle n’en a rien à foutre. S’il faut lourder, il lourde. Sans état d’âme. Au sabre ! Bien des salariés de marques françaises en ont subi les ravages. Mais bien des actionnaires ont bénéficié du résultat de ses coups de sabre.

Mais voilà que Patrick Welle a disparu. Et, à partir du quatrième jour, l’inquiétude tourne à l’anxiété voire à l’angoisse chez les vautours…

Les vautours, Sébastien Laurent les observe. Il arpente, l'œil aux aguets, les vastes plateaux calcaires qui s’effondrent en gigantesques chaos minéraux pour former les gorges du Tarn et de la Jonte, dans le sud de sa Lozère natale. Il a longtemps été chasseur. C’est une tradition familiale. Pas un viandard, plutôt un amoureux de la nature. Et depuis quelques années il a troqué son Verney-Caron pour un Nikon.

Le soleil se lève et la brume monte en filets diaphanes depuis les eaux cristallines de la Jonte qui va bientôt mêler ses eaux à celles du Tarn, au confluent des deux gorges. L’endroit est particulièrement beau. D’une beauté sauvage. La Jonte, dévalant depuis les pentes Nord de l’Aigoual, a creusé sa gorge à travers une montagne aride, sauvage, avec une pauvre végétation rabougrie et plaintive essayant de subsister parmi les escarpements verticaux. C’est la splendeur de la roche rongée par l’opiniâtreté de l’eau, clivée et emportée par les glaces millénaires, avec cet émiettement, cette grandeur dévorée, cette immensité de trous et d’escarpements, cette ruine fondamentale qu’est la montagne. De gigantesques falaises de pierres couleur d’ivoire tombent par des à-pics vertigineux vers les cascades du torrent qui gronde et écume de colère entre les parois resserrées. C’est un endroit qui glace de terreur les plus courageux quand la tempête se déchaîne, que les éclairs strient la gorge de lueurs blêmes et que l’énorme fracas du tonnerre explose et roule entre les murailles de rocs tandis que toute l’eau du ciel s’abat en cataractes. La légende dit d’ailleurs que le diable les habite parfois… C’est là aussi que les grands vautours fauves ont élu domicile.

Les vautours, Sébastien les voient tourner, haut dans l’azur. Puis ils plongent tous en piqué et disparaissent derrière le bord de la falaise. Sébastien approche lentement de la cassure minérale et il les voit, regroupés sur une vire calcaire. Ils ont dû trouver la carcasse d’une chèvre tombée là, pense l’homme. Voilà de belles photos à faire ! Seb retrouve ses instincts de chasseur et, se confondant avec la roche, s’approche du bord du plateau, à moins de cent mètres du redan rocheux où les vautours se disputent les restes de ce qui fut une vie. Il sort ses petites jumelles et regarde. Les vautours plongent leur cou pelé dans l’intérieur de la carcasse pour en extraire les viscères, les parties les plus savoureuses pour eux. Ils en sortent les tripes qui pendent le long de la falaise en guirlandes irisées sous le soleil. Ils se querellent, étendent leurs grandes ailes, sautillent sur place, arrachent un morceau de viande et s’écartent pour le manger à l’aise, laissant ainsi la place à d’autres. Seb est fasciné par ce spectacle sauvage. Il fixe un long téléobjectif à son Nikon, met l’œil dans son viseur et se lève brutalement, comme piqué par un taon.

Ce qu’il vient de voir change du tout au tout son programme. Au bout de son viseur il a vu, non pas une carcasse de chèvre mais un cadavre humain. Nu. Déchiqueté sans ménagement par les serres et les becs acérés des vautours avides.

Il s’approche sans plus de précaution, faisant fuir les grands oiseaux, toujours farouches et craintifs devant le prédateur suprême. Et il voit les restes d’un cadavre humain. Nu. Aucun vêtement autour. Ce n’est donc pas un accident. Sébastien ne touche à rien, son son iPhone et appelle la gendarmerie…

À Paris, au siège français du fonds de pension Beechtree un livreur vient de remettre un paquet adressé à M.Patrick Welle. Les deux membres du C.A. présents au siège ouvrent le colis et restent saisis de stupeur.

Dans le carton, ils trouvent les vêtements de Patrick Welle ainsi que son portefeuille.

Dans les gorges de la Jonte, les gendarmes de Meyruès trouveront, enfoncé dans la gorge du cadavre, une carte bancaire « Premium » au nom de Patrick Welle.

Dans le milieu sans merci des banksters, la peur va commencer à changer de camp…


Photo X - Droits réservés

 

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