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11/07/2017

Au bistro de la Toile : un Avignonnais loin du Festival.

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- Oh Victor, je te vois plus. Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

- Eh ! Tu sais bien que l'été, quand le soleil-lion écrase la ville de sa chape de plomb, je fous le camp vers les Hautes Terres, bien au frais dans les terres de la Bête du Gévaudan ! Ce qui ne m'empêche pas de te bigophonner pour connaître un peu les nouvelles du pays.

- Ici, Victor, c'est l'effervescence annuelle du Festival. Les cigales doivent avoir soif à force de déclamer leur staccato d'amour dans les toisons vertes des grands platanes.Enfin, de ceux qui restent parce que la plupart tombe sous les tronçonneuses. Parait qu'ils ont le chancre.

- Et sais-tu que ce chancre, on le doit aux Yankees ? Il est venu avec les caisses en bois de platanes des caisses de munitions venant des États-Unis… D'un côté ils nous ont aider à se libérer des Casques à boulon, de l'autre, ils nous ont emboucané nos arbres…

- Il faudra dire à Macron d'écraser un peu plus la pogne de Trump pour lui faire payer les dégâts…Parle-moi plutôt de la ville.

- Ah ! Victor, Avignon, l'été, c'est une somptueuse salope, alanguie au bord du Rhône et cambrée sous les caresses du mistral, qui s'ouvre et qui s'offre pour son grand rut de l'été. C'est comme chaque année, à l'intérieur du collier de pierres blondes des remparts une foule cosmopolite et bigarrée d'artistes et de touristes, d'intellos et de clodos, de saltimbanques et de rêveurs, de poètes et de voleurs, tous attirés comme les éphémères par la flamme vers cette scène planétaire de l'illusion théâtrale, ce grand marché du rêve.

Près de note rade, Victor, Place de l'Horloge, c'est un tourbillon de couleurs et de bruits, un forum grec où la cité festivalière joue, chante, danse, boit à longs gorgeons des nectars odorants et capiteux sous l'ombre bruissante des platanes aux larges poitrails.

- Fatche, Loulle, tu me donnes la nostalgie. Ici, c'est plutôt les vaches qu'on croise, et le soir, on allume de chauffage… Raconte-moi encore.

- Ici, les monuments, les livrées et les tours semblent fumer sous la tremblante réverbération des murs gorgés de lumière. Et puis il y a surtout le Palais des Papes, et sa Cour d'honneur, centre de gravité de la bourrasque festivalière. C'est en ce lieu fermé par les falaises minérales abruptes de la forteresse papale que tremblent et jouissent auteurs, metteurs en scène et acteurs. Là que se font et se défont les réputations. Là que l'aile de la grâce transforme de simples acteurs en monstres sacrés. Là que flotte la présence palpable des glorieux fantômes de Jean Vilar, de Gérard Philippe, de Daniel Sorano. Cette année, Victor, ça joue et sa jacte en Japonais dans la Cour d'honneur ! Mais avec le « Off » le spectacle est partout dans la ville et même aux alentours, comme à Villeneuve-sur-Avignon. On doit le « Off » à notre regretté pote Dédé Benedetto. Depuis qu'il a osé imposer sa troupe, d'autres lui ont emboité le pas et maintenant il y a cent lieux scéniques et plus, mille spectacles et plus. Des acteurs connus, d'illustres inconnus, tous emportés par cette folie démonstratrice, cette cataracte de l'illusion, cet infini du rêve qu'est le Festival. Des milliers d'affiches multicolores accrochées partout, des parades cocasses ou dérangeantes, mais qui font tout pour accrocher ton attention, des musiques partout, tout le temps. Et puis cette foule qu'on dirait la sortie du Stade Vélodrome… Mais enfin, tout ça tu connais Victor.

- Ouais. Évidemment que je connais. Les Avignonnais ont une approche contradictoire de leur festival. Lorsqu'ils sont à l'extérieur de leur ville, ils ne tarissent pas d'éloge sur lui. Et à les entendre pérorer, tous ont bu le pastis avec Vilar, joué aux boules avec Philippe (Gérard, pas Édouard !) où mangé l'aïoli avec Darras. Ils sont fiers de ce monument virtuel même si beaucoup n'y mettent jamais les pieds. Mais pourtant, lorsque juillet annonce le grand chambardement, les avignonnais, en masse, fuient leur ville chérie, l'abandonnant pour une lune entière aux hordes lutéciennes et franchimanes, outre-quiévrines et bataves, albioniennes et tudesques, helvètes et transalpines, ibères et lusitaniennes, africaines et orientales, américaines et nipponnes. Ils retrouveront plus tard leur ville, cette somptueuse salope comblée, apaisée et fécondée par les semences mêlées de ses milliers d'amoureux de l'été.

- Allez, je te laisse Victor, j'ai une équipe de gosiers en pente qui m'appelle. A bientôt.

 

Illustration: merci au regretté Chimulus

 

Commentaires

Évidemment que les avignonnais quittent la ville !
Ils louent leur habitat pour se faire un peu de blé !
Comme ça, ils peuvent rénover leur façade...
Il y en a même qui le transforment en théâtre.
Le tourisme culturel bouffe la ville.
Du coup, au bout du compte, c'est la faute à Vilar !
:D
Aïoli bessoun !!! (...avec un Chardonnay.)

Écrit par : ˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉ | 11/07/2017

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Depuis 2 ans, pendant le festival d'Avignon, on peut y découvrir aussi un groupe peu recommandable, promoteur de la biologie totale (dont le gourou ClaudeSabbah, élève du criminel ex-docteur allemand Hamer ayant décimé147 vitimes en Allemagne dont la première fut sa femme qu'il empêcha d'être soignée pour son cancer du sein(!!!), est actuellement en emprisonné à Montpellier après avoir laissé un malade du cancer mourir chez lui sans aucun soin ni aucune assistance médicale) - dont les adeptes-charlatans font du coaching de santé par téléphone - qui profite du festival pour rabattre les bobos parisiens dans les murs du local "heartfullness" (en fait, c'est celui, bien dissimulé, de la Shri ram Chandra Mission épinglée dans les rapports des députés et sénateurs) devant un spectacle d'inspiration soufie créé par des adeptes. Comme dans tous les groupes dont les responsables pratiquent l'abus de faiblesse et financier, ils ne seront pas rémunérés, devront payer la location de la salle....tandis que le gourou indien, propriétaire de plusieurs pharmacies aux USA et d'immeubles de luxe (à Hyderabad où il pratique avec 3 autres gourous la spéculation immobilière) se présente modestement en France comme un simple "enseignant spécialisé en méditation". Ils ont gommé tout aspect religieux mais recrutent dans les locaux de l'association déguisée en centre de méditation pour tous dès l'âge de 15 ans (!!!) dénoncée depuis1995 pour les dérives en matière de santé et d'assujettissement des enfants.

Écrit par : Woolf | 12/07/2017

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