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06/02/2018

Corse : « Ayo président ! Pace e salute ! »

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Les Corses nous ont donné Napoléon, Tino Rossi et Laeticia Casta. Des trois, c’est – et de loin – la troisième que je préfère ! En dehors de cette boutade, beaucoup de Corses ont aussi donné leur vie pour la France, et ça, ça crée des liens indéfectibles.

Pour autant, faut-il céder aux exigences des nationalistes corses ? D’abord quelles sont-elles ?

Ils prétendent inscrire dans la Constitution de la république la « coofficialité » de la « langue corse ». Rigoureusement inacceptable, sinon ce serait la mort du ciment le plus solide d’une nation : sa langue. Car si dans les actes officiels il était possible de donner une version en corse ayant même valeur juridique que la version en français, il n’y a pas de raison de ne pas imposer à la constitution la même « coofficialité » pour l’occitan, de catalan, le breton, voire le ch’ti ou l’arabe ! Bonjour les conflits d’interprétation ! Et puis, sans vouloir choquer les insulaires, la « langue corse » n’existe que parce que la Corse est française ! Parce que ce n’est qu’un patois italien, comme le bergamasque ou le frioulant et qui n’aurait pas plus statut de langue que ces patois très locaux.

Ils prétendent encore inscrire dans la Constitution la notion de « peuple corse ». Cette notion s’appuie sur des critères ethniques, de coutumes, de vie sur un territoire donné, d’ascendance voire de consonance de nom ! À l’exclusion des autres ? Parce que c’est ça que ça veut dire le statut de « résident corse » qui en découle au-delà du prétexte commode de la lutte contre la spéculation. On est loin de la notion de « peuple français » qui, elle, a une vocation universelle et englobe tous ceux qui vivent sur son territoire et en respectent les valeurs et les lois, quelle que soit leur origine, leur couleur de peau, leur religion.

Ils réclament le rapprochement des prisonniers insulaires sur l’île. Pourquoi pas. Mais certainement pas pour le ou les assassins du préfet Erignac.

Maintenant, à toi de jouer, ci-devant président. Mais n’oublie pas que le régionalisme doit rester au niveau du développement économique faute d’ouvrir la porte au détricotage de la « Grande Nation » que des dizaines de rois et de représentants du Peuple français ont mis des siècles à réaliser, parfois dans la douleur, mais qui a fait justement de cette nation quelque chose d’unique au monde parce que fondée sur des valeurs humanistes universelles, pas sur des critères ethniques et tribaux.

Et puis, à la limite, s’il fallait poser la question de l’indépendance de la Corse, il faudrait demander aux Français, à tous les Français, pas seulement à ceux vivant sur l’île. Et là, les « continentaux » ne refermeraient probablement pas les bras pour retenir la Corse à tout prix.

Parce qu’il y a déjà une large, très large autonomie de la Corse. Exemples :

- Les terres agricoles y sont exonérées de la taxe foncière sur le non-bâti.

- Les investissements des PME y sont exonérés, comme les établissements en zone franche, de taxe professionnelle et de contribution foncière des entreprises.

- L’investissement en Corse fait l’objet d’un crédit d’impôt sur le revenu ou sur les sociétés. Notons qu’une niche similaire existe dans le Nord-Pas-de-Calais.

- En cas de décès, les immeubles situés en Corse (en cas de mutation, de sortie d’indivision, de succession ou de licitation) sont exonérés de droit de timbre et d’enregistrement.

- Les trajets maritimes ou aériens à destination de la Corse sont exonérés de TVA.

- Les supercarburants et essences consommées en Corse sont exonérés de TIPP.

Eh ! Il faudra y penser à tout ça, Messieurs les indépendantistes !

Un référendum sur l’indépendance de la Corse n’aurait-il pas un résultat « Oui » sur le continent et « Non » sur l’île ?

Prenons les… paris !

Amis Corses, ne vous laisser pas "catalaniser", ON VOUS AIME !


Photo X - Droits réservés

09:53 Publié dans actualités, humour, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : corse

Commentaires

Vos arguments ont le malheur d’être à la fois excessivement fréquents et vides de sens.

Vos procès d’intentions sont les mêmes que ceux qui n’ont de cesse d’avoir une vision folklorisée, paternaliste et réductrice de la Corse.

En quoi est-ce que la co-officialité de la langue signifie la condamnation « à mort » d’une nation ?

En quoi est-ce qu’une langue constitue, intrinsèquement, universellement et par essence le ciment d’une nation ?

Ailleurs dans le bassin méditerranéen, les libanais ou les syriens, qui parlent, à plus de 90%, voire 95% l’arabe levantin et ses variantes sociogéographiques en tant que langue maternelle (car l’arabe s’est installé jusque dans les foyers kurdes, arméniens, turkmènes ou assyriens), peuvent démontrer que celle-ci ne constitue pas, universellement, intrinsèquement et par essence, un ciment national.

A l’opposé, des états-nations polyglottes peuvent être marqués par l’unité ou la division.

Le postulat selon lequel le corse n’existerait qu’en tant que langue que grâce à l’incorporation de l’île dans l’espace sociopolitique français est également une aberration.

La différence sociale, culturelle et linguistique entre le toscan puis l’italien et la myriade parlers locaux était déjà une réalité pour les corses, et la volonté d’utiliser, de codifier et de faire sortir les parlers régionaux de la sphère privée et populaire ont toujours marqué l’espace sociopolitique italien, et ce dès le moyen âge.

Au mieux, on pourra simplement souligner que la langue corse faisant partie du domaine italique, la cohabitation entre le corse et ses variétés et l’italien aurait été beaucoup plus simple, fluide et fertile, les deux langues faisant partie du même ensemble, et que des variétés intermédiaires existaient : en ‘poésie comme dans les situations solennelle, les corses, comme beaucoup d’autres communautés de l’espace italique, étaient en mesure de produire spontanément une variété libre de langue à mi-chemin entre le parler du canton et le toscan littéraire.

L’unification politique de l’espace italique n’a également pas été un obstacle à ce que des parlers régionaux fassent langue, se codifie, et sortent de la sphère privée, domestique et populaire. Au-delà des parlers italiques, le Slovène à plus de latitude à Trieste que le corse …à Bastia. Et le gouvernement du Val d’Aoste semble avoir plus de latitude avec la langue française que les élus corses avec …le corse.

L’argument, usé, rouillé et détrempé du « eh eh mais si on fait ça avec le corse alors pourquoi pas avec le breton, l’occitan », et bien pourquoi pas ?

Le jacobinisme centralisateur, sous son volet culturel et intellectuel, fonctionne à merveille : il a limité le champ des possibles et les frontières de l’imaginaire en transformant toute situation alternative comme un potentiel cauchemar anarchique et épouvantable, un premier pas vers l’effondrement et l’apocalypse.

L’impossibilité d’aborder toute alternative en des termes sereins, rationnels et modérés montre à quel point, si binarité il y a, elle est entre les partisans d’un ultra-conservatisme monolingue radical et ceux qui pensent que la politique linguistique peut être individualisée, adaptée et réformée en fonction de réalités du temps et de l’espace.

La loi de l’offre et de la demande fera le reste, et on distinguera rapidement les parlers aux locuteurs désintéressés de ceux actifs.

Deuxième grande hystérie franco-française : le statut de résident et la notion de peuple corse seraient racistes, coincées, fermées et archaïsantes.

Sachez que le statut de résident n’est pas centré autour de références ethniques (la condition principale étant la résidence habituelle en Corse au cours des 5 dernières années), et la notion de « peuple corse » est une nation beaucoup plus flexible, organique et ouverte qu’il n’y paraît.

Principal fait ignoré : l’ampleur de l’émigration corse, entre 1850 et 1950, a fait que bien peu de villes ou villages comptent des familles où la généalogie corse soit unique. En Balagne, au Cap Corse, dans la pleine orientale, dans les villes littorales, la mixité généalogique et les liens familiaux avec la Provence, le Pays Niçois et d’autres régions de France continentale (ainsi que, plus généralement, les nationalités d’Europe du Sud très présente en Algérie avec qui les premiers émigrés corses ont eu tendance à se marier avec une très grande fréquence).

Cette mixité et diversité généalogique et familiale n’exclu absolument pas les appartenances multiples : on peut s’identifier comme faisant partie des peuples corses et français, de façon simultanée, non-concurrente et ouverte.

(Re)lisez les écrits de Paoli (entre autres), et vous verrez que l’appartenance à la Corse et à sa communauté de destin n’a jamais été modelée sur un fétichisme ethnicisant.

Fétichisme ethnicisant sûrement attribués aux corses pour brandir l’éternel épouvantail contemporain : le racisme. Si vous cherchez du racisme, allez plutôt voir du côté du PIR ou de l’extrême gauche.

Dernier leitmotiv de comptoir : la Corse ne peut pas se passer de la France mais la France peut se passer de la Corse donc n’en demandez pas trop car si l’on demandait à tous les français de statuer vous seriez dégagés et crouleriez dans vos archaïsmes. Un argumentaire digne du colon envers l’algérien, quelque part dans les années 1950.

A votre liste de courses sur les « avantages » consentis à la Corse, les corses et ceux qui connaissent son histoire vous répondront qu’ils sont bien maigres comparés à toutes les politiques destructrices qui ont été implantées dans le but d’intégrer dans la force l’île dans le giron français. Demandez aux habitants de la Balagne, du Cap Corse et de Bastia ce qu’ils pensent des politiques fiscales et économiques des années 1830-1860, et vous serez bien servi.

Pas besoin, d'ailleurs, d’aller aussi loin, les nombreuses propositions innovantes et rationnelles des élus de la Corse à l’assemblée ont été, depuis le début de la dernière législature, balayée avec un mépris sec, et ce sans aucune justification.

C’est en transformant des demandes de reconnaissance et d’épanouissement du local en bouillonnement intolérant qu’on nourrit la violence et l’incompréhension.

Les corses n’ont pas besoin de vos déclarations d’amour ; ils ont fait un choix : multilinguisme, méditerranéîté, ancrage local, démocratie directe, continuité dans la création. Ces choix n’excluent pas la France, à part si celle-ci n’a comme seule et unique réponse qu’un mépris hautain plein d’incompréhensions.

Écrit par : Le Sudiste | 02/03/2018

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