Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

22/05/2018

Terrorisme. Le spectre glaçant du poison et de la « bombe sale ».

Ricin.jpg

Pendant qu’on nous enfume avec les niaiseries d’un « royal mariage », on minimise la découverte d’une équipe de terroristes qui préparaient un attentat d’une tout autre ampleur et nature que les coups de couteau de cuisine ou la voiture écraseuse : le poison. Le ministre de l’intérieur a annoncé qu’un attentat à la ricine avait été déjoué. Il était préparé par deux Égyptiens. La ricine, c’est la bombe atomique des poisons. Cette substance extraite de la plante ricin, très commune, y compris dans nos jardins, serait « 6 000 fois plus toxique que le cyanure et 12 000 fois plus que le venin de crotale ». Elle est toxique ingérée mais bien plus dangereuse si elle est inhalée. L’empoisonnement des réservoirs d’eau est donc moins à craindre que la diffusion aérienne du poison. Encore faut-il réussir à le mettre en aérosol.

La découverte de cette nouvelle forme de terrorisme devrait inciter nos dirigeants à chercher d’urgence comment faire face à cette escalade dans l’horreur sournoise. Et en particulier à un attentat "nucléaire". Non, pas directement une bombe A ou H mais ce qu’on appelle une « bombe sale ».

« Bombe sale ». Comme s’il pouvait y avoir des bombes propres… Une bombe, c’est une machine à tuer, à déchiqueter des chairs, à brûler de la viande humaine, à semer la mort et la terreur. Lorsque cette bombe est « atomique », c’est l’apocalypse. Demandez aux survivants de Hiroshima et de Nagasaki. Mais une « bombe sale », c’est quoi ?

La « bombe sale « (également appelée bombe radiologique) est une bombe conventionnelle, entourée de matériaux radioactifs destinés à être répandus en poussière lors de l’explosion. Cette explosion a donc l’intensité thermique et mécanique d’une bombe conventionnelle, mais dissémine autour d’elle des éléments radioactifs qui auront des effets à long terme. Le but principal n’est donc pas de détruire, mais de contaminer une zone géographique et les personnes présentes sur cette zone par des radiations directes (premier effet) et l’ingestion et l’inhalation de matériaux radioactifs. Bombe sale désigne principalement la bombe radiologique, mais elle désigne également tout engin détonant disséminant un ou plusieurs produits chimiquement ou biologiquement toxiques (NRBC pour nucléaire, radiologique, biologique ou chimique). Ces diverses armes, réalisables sans une importante infrastructure industrielle, sont génériquement dénommées Engin explosif improvisé (EEI).

Voilà, on y voit plus clair, si l’on peut dire. La possibilité que des matériaux nucléaires soient employés par des organisations terroristes n’est pas irréaliste.

Si très peu d’experts pensent que les groupes terroristes État Islamiste, Al Qaeda, Boko Haram ou autres puissent un jour se doter d’une vraie bombe atomique, beaucoup craignent qu’ils ne s’emparent d’uranium ou de plutonium pour tenter d’assembler une bombe sale. Un tel engin ne provoquerait pas d’explosion nucléaire, mais la diffusion de radioactivité aurait de terribles conséquences sanitaires, psychologiques et économiques.

D’après des données de l’AIEA, quelque 2 800 incidents relatifs à des trafics, possessions illégales ou pertes de matériaux nucléaires ont été répertoriés dans le monde ces 20 dernières années. Ainsi chez nous, à Cadarache, 39 kg de plutonium ont été « oubliés »…

Faisons un peu de fiction. Effervescence à la préfecture de police de Paris : un courriel signé de l’État Islamiste vient d’arriver prévenant que plusieurs « bombes sales » étaient placées quelques parts dans Paris. Les terroristes donnent 24 heures au gouvernement pour obéir à leurs exigences exorbitantes : libération de tous les « prisonniers politiques musulmans », arrêt des frappes aériennes en Syrie, évacuation des forces françaises des théâtres d’opérations d’Afrique, paiement d’un « dédommagement » de plusieurs milliards d’euros, etc. Faute de quoi ces bombes exploseraient, répandant leurs miasmes radioactifs et rendant les lieux atteints inhabitables pour des années voire des décennies. Imaginez le cauchemar résultant de ce chantage à la « bombe sale »…

Ces « bombes sales » cauchemardesques sont le pendant « terroriste » d’autres saloperies que sont les munitions à uranium appauvri, largement utilisées par les armées des États-Unis lors de la première guerre du Golfe, la guerre d’Afghanistan, la guerre du Kosovo ainsi que lors des premières phases de la guerre d’Irak. Il s’agit essentiellement d’obus antichars. La densité très élevée de l’uranium donne à ces obus flèches une force de pénétration permettant de transpercer les blindages ou les bunkers les plus épais. Avec pour effet secondaire de volatiliser et donc de répandre dans l’atmosphère autour de l’impact des quantités de particules radioactives empoisonnées. Dans les zones les plus touchées, il a été constaté une hausse spectaculaire des malformations ainsi que des cancers.

La saloperie en matière d’engins de mort est sans limite et est présente des deux côtés… Ce qui conforte l’adage d’Einstein : « Il y a deux approches possibles de l’infini : la bêtise humaine et l’expansion de l’univers. Encore que pour l’univers, je ne sois pas sûr… »


Photo X - Droits réservés

Écrire un commentaire