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26/05/2018

Voluptés près de La Fontaine

sans culottes1.jpg

Éloge de la Volupté 

Ô douce Volupté, sans qui, dès notre enfance,
Le vivre et le mourir nous deviendraient égaux ;
Aimant universel de tous les animaux,
Que tu sais attirer avecque violence !
Par toi tout se meut ici-bas.
C'est pour toi, c'est pour tes appâts,
Que nous courons après la peine :
Il n'est soldat, ni capitaine,
Ni ministre d'État, ni prince, ni sujet,
Qui ne t'ait pour unique objet.
Nous autres nourrissons, si pour fruit de nos veilles
Un bruit délicieux ne charmait nos oreilles,
Si nous ne nous sentions chatouillés de ce son,
Ferions-nous un mot de chanson ?
Ce qu'on appelle gloire en termes magnifiques,
Ce qui servait de prix dans les jeux olympiques,
N'est que toi proprement, divine Volupté.
Et le plaisir des sens n'est-il de rien compté ?
Pour quoi sont faits les dons de Flore,
Le Soleil couchant et l'Aurore,
Pomone et ses mets délicats,
Bacchus, l'âme des bons repas,
Les forêts, les eaux, les prairies,
Mères des douces rêveries ?
Pour quoi tant de beaux arts, qui tous sont tes enfants ?
Mais pour quoi les Chloris aux appâts triomphants,
Que pour maintenir ton commerce ?
J'entends innocemment : sur son propre désir
Quelque rigueur que l'on exerce,
Encore y prend-on du plaisir.
Volupté, Volupté, qui fus jadis maîtresse
Du plus bel esprit de la Grèce,
Ne me dédaigne pas, viens-t'en loger chez moi ;
Tu n'y seras pas sans emploi.
J'aime le jeu, l'amour, les livres, la musique,
La ville et la campagne, enfin tout ; il n'est rien
Qui ne me soit souverain bien,
Jusqu'au sombre plaisir d'un cœur mélancolique.
Viens donc ; et de ce bien, ô douce Volupté,
Veux-tu savoir au vrai la mesure certaine ?
Il m'en faut tout au moins un siècle bien compté ;
Car trente ans, ce n'est pas la peine.

 

Jean de La Fontaine

 

************

Aux fourchettes, citoyens!

Faut-il se plier sous la dictature de la minceur,

la glorification de la maigreur ?

Alors dégustez sans modération le dernier bouquin

que je viens de commettre,

à la gloire du bon vivre, du bien manger,

sans crainte de...

poésie coquine,la fontaine

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23/05/2018

Marseille. La kalach ET le tarpé !

Placide kalach marseille.jpg

Une démonstration de force des narcotrafiquants marseillais à la Busserine. Un véritable commando paramilitaire avec uniforme noir, voitures noires et kalachnikovs tire dans la cité, et n'hésite pas à flinguer les flics qui arrivent. La routine quoi. Comme au Mexique. Encore une fois, Marseille est montrée comme Chicago au joyeux temps de la prohibition. La ville où l’on défouraille comme l’on galèje. La ville où les différents se règlent à la kalash. Par ailleurs, cette ville est souvent citée comme un modèle d’intégration, de vie (presque) harmonieuse parmi les composantes d’une population traditionnellement cosmopolite. Paradoxe mais réalité.

Il n’empêche que les règlements de comptes se multiplient, voire se banalisent. Le moindre différend se règle au calibre et – escalade – à la kalachnikov. Les flics font ce qu’ils peuvent, c’est-à-dire pas grand-chose. Cette ambiance de far-west est sous-tendue par le chômage à haute dose qui sévit dans les quartiers dits sensibles de cette ville pauvre, avec pour conséquence la nécessité d’une économie parallèle, en l’occurrence le trafic de drogues, essentiellement de shit (cannabis).

Ce trafic est parfaitement organisé avec les gros bonnets (n’habitant pas sur place mais de luxueuses demeures au soleil), les pourvoyeurs qui remontent la drogue depuis le Maroc où elle est cultivée, soit en grosses bagnoles, soit planquée dans des cargaisons de poids lourds, les revendeurs (dealers) dans les citées, les « nourrices » qui logent les stocks, les choufs (guetteurs) des minots généralement qui surveillent l’éventuelle venue des flics, les rabatteurs de clients. Tout ça croque plus ou moins selon la place dans la hiérarchie du trafic. Mais la dure loi de la concurrence « libre et non faussée » fait que les conflits de territoires, de parts de marchés, voire de massacres « pour l’exemple » pour maintenir la « rigueur » dans un même réseau sont nombreux. Et se règlent à la kalach…

Comment casser cette spirale de la mort ? Certainement pas avec des gesticulations policières. Les bataillons de CRS de Villeneuve près de Grenoble ou dans les quartiers nord de Marseille ne sont pas inutiles en ce sens qu’ils donnent un coup de pied dans la fourmilière et désorganisent momentanément les réseaux, mais ils ne règlent pas le problème de fond : misère due au manque de boulot et trafic. Le chômage étant ce qu’il est, le boulot n’arrivera pas dans les citées à coups de baguette magique, on n’est pas dans Harry Potter. Reste le trafic de drogue.

J’entendais ce matin Menucci, conseiller municipal et ancien député de Marseille, tirer les conclusions de cet état de fait : légaliser le cannabis afin de couper l’herbe (qui fait rire !) sous les pieds des trafiquants. Il n’est pas le premier, il n’est pas le seul à prendre enfin le chemin du réalisme. Une position vigoureusement combattue à droite comme à gauche par des responsables politiques fermement opposés à toute tentative de légalisation du cannabis ou des drogues dites douces qui conduisent inexorablement, prétendent-ils, à l’usage de drogues de type cocaïne ou ecstasy. Des konneries que réfutent ceux qui connaissent la question, le cannabis étant jugé moins dangereux que l’alcool et moins addictif que le tabac. Les lobbies de l’alcool ne sont peut-être pas étrangers à cette intransigeance que Macron a faite sienne.

 

La France est le pays qui envoie le plus de gens en taule pour possession ou trafic de cannabis. Les prisons sont encombrées et la réponse est de remplacer la zonzon par une prune. Pourquoi pas. Malgré cette répression la France est le pays où on fume le plus en Europe. C’est bien la preuve que cette politique répressive ne mène nulle part, et au contraire permet le financement des réseaux mafieux, car plus c’est illégal, plus c’est rentable.

Le système de légalisation, comme au Colorado et ailleurs aux États-Unis, permettrait : - production en France ou en Europe via des filières contrôlées, - autoproduction pour ceux qui veulent pour leur conso perso, - vente dans les bureaux de tabac, - interdiction évidente pour les mineurs, - et… de juteuses rentrées de fric pour l’État.

Les résultats seraient : - remise des flics sur des tâches utiles, - du boulot pour les agriculteurs notamment en zones de montagnes, - de l’activité pour les buralistes, - la fin des financements des réseaux maffieux, puisqu’ils n’auraient plus rien à y gagner, - une meilleure détection des personnes à la dérive par surconsommation, - une prévention plus aisée, notamment par la suppression de « l’attirance pour l’interdit » chez les ados, - des taxes pour la sécu, - une meilleure qualité, contrôlée, garantie pour les consommateurs, - et pourquoi pas, des « dealers » devenant chef d’entreprise et confrontés alors aux règles de concurrence !

Et donc beaucoup moins d’insécurité dans nos villes, renflouement du trou de la Sécu et prospérité dans certains départements ruraux de montagne.

Et Jupitunet, Tarpet ?

 

Illustration: merci à Placide

 

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22/05/2018

Terrorisme. Le spectre glaçant du poison et de la « bombe sale ».

Ricin.jpg

Pendant qu’on nous enfume avec les niaiseries d’un « royal mariage », on minimise la découverte d’une équipe de terroristes qui préparaient un attentat d’une tout autre ampleur et nature que les coups de couteau de cuisine ou la voiture écraseuse : le poison. Le ministre de l’intérieur a annoncé qu’un attentat à la ricine avait été déjoué. Il était préparé par deux Égyptiens. La ricine, c’est la bombe atomique des poisons. Cette substance extraite de la plante ricin, très commune, y compris dans nos jardins, serait « 6 000 fois plus toxique que le cyanure et 12 000 fois plus que le venin de crotale ». Elle est toxique ingérée mais bien plus dangereuse si elle est inhalée. L’empoisonnement des réservoirs d’eau est donc moins à craindre que la diffusion aérienne du poison. Encore faut-il réussir à le mettre en aérosol.

La découverte de cette nouvelle forme de terrorisme devrait inciter nos dirigeants à chercher d’urgence comment faire face à cette escalade dans l’horreur sournoise. Et en particulier à un attentat "nucléaire". Non, pas directement une bombe A ou H mais ce qu’on appelle une « bombe sale ».

« Bombe sale ». Comme s’il pouvait y avoir des bombes propres… Une bombe, c’est une machine à tuer, à déchiqueter des chairs, à brûler de la viande humaine, à semer la mort et la terreur. Lorsque cette bombe est « atomique », c’est l’apocalypse. Demandez aux survivants de Hiroshima et de Nagasaki. Mais une « bombe sale », c’est quoi ?

La « bombe sale « (également appelée bombe radiologique) est une bombe conventionnelle, entourée de matériaux radioactifs destinés à être répandus en poussière lors de l’explosion. Cette explosion a donc l’intensité thermique et mécanique d’une bombe conventionnelle, mais dissémine autour d’elle des éléments radioactifs qui auront des effets à long terme. Le but principal n’est donc pas de détruire, mais de contaminer une zone géographique et les personnes présentes sur cette zone par des radiations directes (premier effet) et l’ingestion et l’inhalation de matériaux radioactifs. Bombe sale désigne principalement la bombe radiologique, mais elle désigne également tout engin détonant disséminant un ou plusieurs produits chimiquement ou biologiquement toxiques (NRBC pour nucléaire, radiologique, biologique ou chimique). Ces diverses armes, réalisables sans une importante infrastructure industrielle, sont génériquement dénommées Engin explosif improvisé (EEI).

Voilà, on y voit plus clair, si l’on peut dire. La possibilité que des matériaux nucléaires soient employés par des organisations terroristes n’est pas irréaliste.

Si très peu d’experts pensent que les groupes terroristes État Islamiste, Al Qaeda, Boko Haram ou autres puissent un jour se doter d’une vraie bombe atomique, beaucoup craignent qu’ils ne s’emparent d’uranium ou de plutonium pour tenter d’assembler une bombe sale. Un tel engin ne provoquerait pas d’explosion nucléaire, mais la diffusion de radioactivité aurait de terribles conséquences sanitaires, psychologiques et économiques.

D’après des données de l’AIEA, quelque 2 800 incidents relatifs à des trafics, possessions illégales ou pertes de matériaux nucléaires ont été répertoriés dans le monde ces 20 dernières années. Ainsi chez nous, à Cadarache, 39 kg de plutonium ont été « oubliés »…

Faisons un peu de fiction. Effervescence à la préfecture de police de Paris : un courriel signé de l’État Islamiste vient d’arriver prévenant que plusieurs « bombes sales » étaient placées quelques parts dans Paris. Les terroristes donnent 24 heures au gouvernement pour obéir à leurs exigences exorbitantes : libération de tous les « prisonniers politiques musulmans », arrêt des frappes aériennes en Syrie, évacuation des forces françaises des théâtres d’opérations d’Afrique, paiement d’un « dédommagement » de plusieurs milliards d’euros, etc. Faute de quoi ces bombes exploseraient, répandant leurs miasmes radioactifs et rendant les lieux atteints inhabitables pour des années voire des décennies. Imaginez le cauchemar résultant de ce chantage à la « bombe sale »…

Ces « bombes sales » cauchemardesques sont le pendant « terroriste » d’autres saloperies que sont les munitions à uranium appauvri, largement utilisées par les armées des États-Unis lors de la première guerre du Golfe, la guerre d’Afghanistan, la guerre du Kosovo ainsi que lors des premières phases de la guerre d’Irak. Il s’agit essentiellement d’obus antichars. La densité très élevée de l’uranium donne à ces obus flèches une force de pénétration permettant de transpercer les blindages ou les bunkers les plus épais. Avec pour effet secondaire de volatiliser et donc de répandre dans l’atmosphère autour de l’impact des quantités de particules radioactives empoisonnées. Dans les zones les plus touchées, il a été constaté une hausse spectaculaire des malformations ainsi que des cancers.

La saloperie en matière d’engins de mort est sans limite et est présente des deux côtés… Ce qui conforte l’adage d’Einstein : « Il y a deux approches possibles de l’infini : la bêtise humaine et l’expansion de l’univers. Encore que pour l’univers, je ne sois pas sûr… »


Photo X - Droits réservés

21/05/2018

C’est la Féria à Nîmes : osez manger les aliboffis de toro !

taureau de NY couilles.JPG

Les aliboffis, vous connaissez ? En Provence, ce sont les couillons. Pas au figuré, non, les couilles, les testicules si vous préférez le terme politiquement correct. J’ai coutume de dire que « quand elles se vident, c’est le bonheur, tous le monde comprend pourquoi, et quand elles gonflent, c’est la rabia. »

Bon. Après ces petites précisions physiologiques, savez-vous que les aliboffis, c’est excellent à manger ?

Tè ! Je vais vous expliquez comment les faisait mon père (les aliboffis sont un plat que seul un homme peut cuisiner. Les femmes, on préfère qu’elles nous les caressent, bien que parfois elles nous les cassent… C’est dans leur nature, faut faire avec…)

Alors voilà. Respectez évidemment celles de notre frère Bonobo ! Si vous êtes ambitieux, si vous êtes actuellement à Nîmes et si vous ne craignez pas les comparaisons hasardeuses, demandez des aliboffis de taureaux, enfin des « toros » des corridas, demandez à un boucher local. A défaut, chez votre tripier (on en trouve encore), demandez deux belles paires d’aliboffis d’agneau.Trempez-les deux heures dans l’eau froide vinaigrée pour les faire dégorger. Puis blanchissez-les une petite minute à l’eau bouillante salée. Sortez-les avec une écumoire, passez-les rapidement à l’eau froide, puis coupez-les en deux et enlevez la peau.

Dans un faitout, sur feu doux, mettez une cuillère à soupe d’huile d’olive. Lorsqu’elle est chaude, jetez-y quatre belles gousses d’ail pelées et écrasées avec le plat du couteau. Faites revenir juste le temps de boire un canon de rosé. Ajoutez un demi-litre d’eau et un verre de vin blanc, deux cuillères à soupe de concentré de tomate, une cuillère à café de harissa, une cuillère à café de cumin en poudre, autant de paprika, autant de sel et le jus d’un demi citron. Pendant que ça monte à ébullition, coupez les aliboffis en dés grossiers d’environ trois centimètres. Jetez-les dans la préparation précédente lorsqu’elle bout. Couvrez et laissez cuire à feu doux pendant vingt minutes. Après ce temps, si la sauce est trop liquide, faites réduire à feu vif en maniant l’appareil délicatement à la spatule bois pour éviter que ça attache. Goûtez et rectifiez l’assaisonnement qui doit être de haut goût. Servez très chaud en agrémentant la couleur avec du persil plat haché et des tranches de citron. Ce plat s’accompagne de riz blanc de Camargue. Avec un rosé bien frais, vous m’en direz des nouvelles !

Ah ! J’oubliais : prévoyez quelqu’un pour une petite sieste crapuleuse après ce met gaillard !

Vive les aliboffis !

 

aliboffis de bonobos.jpg

Ce Bonobo en a une paire à nous rendre modeste...

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20/05/2018

FOURCHETTE EN MAIN: Le civet de renard de l'oncle Pinet.

 

civet renard.jpg

J'ai déjà vu, petit, Maître Renard en chasse.
Il marche à pas feutrés, nez au vent, la queue basse.
Soudain Goupil se fige, tous les sens en alerte,
Laissant venir la poule, caquetant, vers sa perte.
Panache déployé, il bondit gueule ouverte,
Saisissant par le cou la belle proie offerte.
Pas de bruit, seulement une gerbe de plumes
Laissera, de la poule, une trace posthume.
Respectons le renard, c'est une noble bête
Et que l'on peut aimer jusque dans son assiette!
Bien sûr Renard n'est pas un gibier très courant
Mais ce rusé gourmet régale les gourmands!
C'est mon oncle Pinet, je dois m'en réjouir,
Qui, voilà des années, me l'a fait découvrir.
L'oncle Pin et était un gaillard remarquable,
Un savant, un chercheur des choses de la table.
Casquetté, clope au bec, l'oncle avait belle allure.
Cet humoriste heureux détestait la torture,
Or, "travail" provenant du latin "trepaliare",
Supplice du tri pal, soit dit pour les ignares,
Il avait décidé de n'y jamais toucher.
Je l'ai vu plus souvent bambocher que piocher!
Nous partagions, joyeux, des bouteilles multiples,
Et il a fait de moi, en ce sens, son disciple.
Dédaignant les lazzis des idiots qui ricanent,
Il a fait préparer à la tante Suzanne
Corneilles et corbeaux, écureuils, hérissons,
Pies, geais, blaireaux, mouettes, cigalons, limaçons.
Et la tante mettait son imagination
Culinaire au service de ces préparations.
Chasseurs et gardes-chasse, paysans, braconniers
Venaient vider chez lui leur rebut de carnier,
Et beaucoup, toujours prêts si l'on rit, boit et mange,
Acceptaient de goûter ses cuisines étranges.
À l'ombre de la treille, devant le cabanon,
On mangeait, on chantait, en buvant des canons.
- Il est des personnages avec qui l'on se marre,
- Mais ce renard, Victor, comment tu le prépares?
- L'oncle, sans se salir, dirigeait les travaux.
Ses amis s'escrimaient à enlever la peau
En se faisant larder par les milliers de puces,
De joyeux animaux qui sautent, piquent, sucent.
Puis, les mains dans le sang, ils libéraient les tripes
Chaudes et irisées qui salissaient leurs nippes.
On pendait le renard, écorché, nettoyé,
Dans un lieu frais et sec pour le mortifier
Pendant quatre ou cinq jours en fonction des saisons.
On fait toujours ainsi avec la venaison.
On le coupe en morceaux, on le fait mariner
Trois jours dans du vin rouge puissant, carabiné,
Avec sel, poivre noir, genièvre, oignon et thym.
Alors tante Suzanne prenait les choses en mains!
Égouttés, essuyés, les morceaux de renard
Sont flambés au vieux marc puis, sans aucun retard,
Fait sautés à feu vif dans du saindoux fondu,
On remue et on tourne souvent, bien entendu
Pour bien dorer la viande sur toutes ses faces,
On déglace la poêle au Noilly, une tasse,
Puis on laisse réduire sans attacher au fond.
On blondit des oignons dans un faitout profond
Puis on jette dessus les morceaux de renard,
On flambe à l'eau-de-vie, un verre de soiffard,
Sel, poivre de haut goût, bouquet garni, genièvre,
Enfin, tout ce qu'on met pour faire cuire un lièvre.
On mouille abondamment, pas dans la marinade,
Dans un rouge corsé mis en larges rasades.
On fait cuire quatre heures, à feu doux ou moyen,
Tout dépend si Goupil est jeunôt ou ancien!
Ainsi accommodé, c'est un plat délicieux,
Ceux qui le goûteront feront des envieux.
Une bonne polenta en accompagnement,
Et du vin généreux, beaucoup, évidemment.
Avec des commensaux triés sur le volet,
De solides mangeurs, jamais des gringalets,
L'Oncle Pinet régnait avec cette recette
Sur un aréopage d'amoureux de la Fête.
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire
Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre
De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne!

 


Ingrédients et proportions pour six à huit personnes (ayant bon appétit)

Il va de soi que l'Oncle Pinet ne faisait pas le bec fin sur la taille du renard que lui apportaient ses rabatteurs. Faites comme lui!
Il faut donc:
- Pour la marinade: - un renard mis à mortifier si possible en chambre froide quatre ou cinq jours puis coupé en morceaux, - 5 litres de vin rouge 13 ou 14°, - 5 poignées de gros sel, - 2 cuillerées à soupe de poivre noir concassé, - 20 baies de genièvre, - 5 oignons en quartiers piqués de clous de girofle, - 2 belles touffes de thym.
- Pour le civet: 2 verres d'eau-de-vie pour flamber, - 250 g de saindoux, - 1 verre de Noilly-Prat, - 5 autres oignons émincés, - 2 poignées de gros sel de Camargue, - poivre noir du moulin en abondance, - 1 gros bouquet garni, - 20 nouvelles baies de genièvre, - 3 bouteilles de bon vin rouge AO.C. 14,5°C, - 2 verres d'huile d'olive, - 2 kilos de farine de polenta pour l'accompagnement.

Les vins conseillés:

Ce plat est en lui-même suffisamment puissant, riche en fragrances animales et en goûts musqués. Il y a donc deux écoles pour le choix des vins: - soit on reste dans la tonalité du plat et il faut des vins puissants, épicés, tanniques. En Côtes-du-Rhône: Châteauneuf-du-Pape évidemment, Gigondas, Vacqueyras, Lirac, Cairanne, Rasteau et tous les rouges "Villages" ; en vins du Languedoc et Roussillon: Saint-Chinian, Faugères, Fitou, Collioure; en vins de Provence: Bandol, Pierrefeu, Barjols; - soit on joue l'opposition et l'on prend des vins jeunes, légers, gouleyants, des vins "à boire". En Côtes-du-Rhône: Rochefort, Estézargues, Ste-Cécile-les-Vignes, Côtes du Ventoux, Coteaux du Luberon, Coteaux du Tricastin, Costières-de-Nîmes ; en vins du Languedoc: Saint-Saturnin, Pic-Saint-Loup, Saint-Christol, Saint-Drézery ; en vins de Provence: Côteaux-des-Baux, Saint-Maximin, Varages et Villecroze.

 

Illustration originale Vincent Barbantan

In: GROSSIR (ou pas !) sans peine et sans régime

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19/05/2018

Ils nous gonflent les aliboffis avec leur « royal mariage »…

mariage cochons.jpg

photo X - Droits réservés

 

Avant le mariage

 

Meghane : Salut !

Harry : Ah, depuis le temps que j'attends ça !

Meghane : Tu veux que je parte ?

Harry : NON. Je n'ose même pas y penser

Meghane : Tu m'aimes ?

Harry : Bien sûr ! Enormément !

Meghane : Tu m'as déjà trompée ?

Harry : NON ! Pourquoi demandes-tu ça ?

Meghane : Tu veux m'embrasser ?

Harry : Chaque fois que j'en aurai l'occasion

Meghane : Tu me battras un jour ?

Harry : Tu es folle ? Je ne suis pas comme ça !

Meghane : Je peux te faire confiance ?

Harry : Oui

Meghane : Chéri !

 

Après le mariage

Lire le texte de bas en haut !

 

 

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Avant le mariage

 

Meghane : Salut !

Harry : Ah, depuis le temps que j'attends ça !

Meghane : Tu veux que je parte ?

Harry : NON. Je n'ose même pas y penser

Meghane : Tu m'aimes ?

Harry : Bien sûr ! Enormément !

Meghane : Tu m'as déjà trompée ?

Harry : NON ! Pourquoi demandes-tu ça ?

Meghane : Tu veux m'embrasser ?

Harry : Chaque fois que j'en aurai l'occasion

Meghane : Tu me battras un jour ?

Harry : Tu es folle ? Je ne suis pas comme ça !

Meghane : Je peux te faire confiance ?

Harry : Oui

Meghane : Chéri !

 

Après le mariage

Lire le texte de bas en haut !

 

 

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13/05/2018

Ouiquinde gastronomique: le sac d'os !

 

sac d'os 2.jpg

 

Le sac d’os

 

- Dis-moi, sais-tu, petit, ce que c’est qu’un sac d’os ?

- C’est une jeune fille qu’est pour sûr pas très grosse…

- Ce parallèle-là n’est vraiment pas galant,

Pour la gent féminine, c’est bien désobligeant !

Non, petit, un sac d’os, même si c’est étrange,

C’est un plat délicieux, paysan, que l’on mange

Au fond de nos campagnes lorsqu’on tue le cochon

Et non pas les appâts d’une maigre Fanchon.

Coupe en petits morceaux les os des côtelettes

En laissant de la viande, et pas qu’une lichette,

Coupe aussi tout petit un bon kilo de couennes

Met la queue du cochon, un peu de péritoine,

Dans une grande jatte, mélange tes parcelles

Avec de l’ail pilé, thym, laurier, poivre et sel.

Généreux sur le sel pour conserver le met,

Tu laisses reposer pendant que tu soumets

L’estomac du cochon à quelques tours de mains :

Retourner, bien gratter au couteau et laver

Soigneusement le tout dans de l’eau vinaigrée.

Puis tu remets d’aplomb cet estomac-saquette

Dans lequel tu ensaches couennes et côtelettes.

Tu fermes le sac d’os en cousant les entrées,

Saupoudre de gros sel et conserve aux frais.

Après trois quatre jours tu dessales une nuit

Alors, dans beaucoup d’eau, tu vas le faire cuire

Serre-le dans un linge pour ne pas qu’il éclate

Et à tout petit feu il mijote sans hâte

Trois ou quatre heures au moins pour qu’il s’épanouisse.

En bouche alors, petit, c’est un feu d’artifice !

Cessons pour aujourd’hui ce conte culinaire

Ma tripe est assoiffée, remplis ras bord mon verre

De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône

Et laisse près de moi l coupe et la bonbonne !

 

Illustration X – Droits réservés

 

in: GROSSIR (ou pas !) sans peine et sans régime

 

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Ecoute ! Ecoute !

Une personne âgée demande à son médecin:
- Que 
faut-il faire pour mourir vieux ?
-
Arrêter de fumer, de boire, de faire la fête, de manger trop lourd et de faire l'amour.
- Alors si je me 
prive de tous cela, je deviendrais vieux ?
- Je ne sais pas, mais ce que je vous 
garantis c'est que le temps va vous paraître très très long

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Livre broché ici           Pour tablette

 

12/05/2018

Ouquinde érotique équestre

fille nue à cheval  lady-godiva-john-collier.jpg

Lady Godiva

 

La fille et le cheval


Dans un sentier passe un cheval
Chargé d'un sac et d'une fille ;
J'observe, en passant, le cheval,
Je jette un coup-d'oeil sur la fille ;
Voilà, dis-je, un fort beau cheval ;
Qu'elle est bien faite cette fille !
Mon geste fait peur au cheval,
L'équilibre manque à la fille ;
Le sac glisse en bas du cheval,
Et sa chute entraîne la fille.
J'étais alors près du cheval ;
Le sac tombant avec la fille,
Me renverse auprès du cheval,
Et sur moi se trouve la fille,
Non assise comme à cheval
Se tient d'ordinaire une fille,
Mais comme un garçon à cheval.
En me trémoussant sous la fille,
Je la jette sous le cheval,
La tête en bas. La pauvre fille !
Craignant coup de pied de cheval
Bien moins pour moi que pour la fille,
Je saisis le mors du cheval,
Et soudain je tire la fille
D'entre les jambes du cheval ;
Ce qui fit plaisir à la fille.
Il faudrait être un grand cheval,
Un ours, pour laisser une fille
A la merci de son cheval.
Je voulais remonter la fille ;
Preste, voilà que le cheval
S'enfuit et laisse là la fille.
Elle court après le cheval,
Et moi je cours après la fille.
Il paraît que votre cheval
Est bien fringant pour une fille.
Mais, lui dis-je, au lieu d'un cheval,
Ayez un âne, belle fille ;
Il vous convient mieux qu'un cheval,
C'est la monture d'une fille.
Outre les dangers qu'à cheval
On court en qualité de fille,
On risque, en tombant de cheval,
De montrer par où l'on est fille.

 

 Marquis de Boufflers

 

 

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08/05/2018

L’été arrive et avec lui l’amour, le sexe : drôles de modes d’emploi !

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     L’AMOUR, le Sexe, bref, les saints (seins) plaisirs physiques, nous, les Gaulois grivois, on croit que c’est naturel, que c’est inné, que c’est tellement naturel et tellement bon qu’il n’est nul besoin d’en faire des tonnes, de s’allonger longuement sur le sujet, sauf en littérature, cinéma, peintures, arts. Eh bien non. Ce n’est pas si naturel que ça puisque dans de nombreux pays, ces pratiques sont codés et font surtout l’objet d’interdits multiples et insolites.

     Si nous, nous avons depuis longtemps foutu les curés à la porte de nos chambres à coucher, il n’en est pas de même ailleurs. Par exemple, jusqu’à ce que, en 2003, la Cour suprême des États-Unis les déclare anticonstitutionnelles, certains états du Sud avaient des lois contre la sodomie mais aussi la fellation et le cunnilingus. Elles violent le XIVe amendement de la constitution qui protège la vie privée et la liberté des citoyens américains. Treize États fédérés, situés surtout dans le sud du pays, pratiquaient jusqu’alors des lois contre la sodomie entre adultes consentants, dont quatre condamnaient aussi les fellations : le Texas, le Kansas, l’Oklahoma et le Missouri. Au fait, comment le juge fait pour savoir ?

     Ce n’est pas tout. Ainsi, à Washington D.C, la seule position sexuelle tolérée est le missionnaire. Toutes les autres sont illégales. Qu’est-ce qu’ils doivent s’emmerder dans ces contrées de culs-bénis !

     Il y a plus pittoresque. Au Liban, il est formellement interdit aux hommes d’avoir des rapports sexuels avec des animaux… mâles ! Mais ils peuvent, par contre, en avoir avec des animaux femelles. Si cette loi n’est pas respectée, le coupable risque la peine de mort. Ah ! Les vaches…

     En Indonésie, les femmes doivent être plus petites que leurs maris. Si ce n’est pas le cas, une partie des jambes devra être sectionnée. Toujours dans ce pays, si un homme se fait prendre en train de se masturber, il risque d’être non seulement décalotté mais décapité !

     Quant aux femmes de Hong Kong, elles ont le droit de vengeance grâce à une loi les autorisant à tuer leur mari en cas d’infidélité. Seulement, elles ne peuvent l’achever qu’à mains nues ! Par contre, elle peut faire comme bon lui semble avec la maîtresse de son mari.

     Eh ! Oh ! Femmes et Hommes de nos belles contrées, voilà où mène les faiblesses, les « arrangements raisonnables » avec les tenants d’une « moralité » d’un autre âge.

     Mais il y a pourtant des pays qui font encore rêver. Dans de nombreux pays conservateurs, les hommes exigent que leur future épouse soit encore vierge. Mais sur l’île de Guam, la tradition exige exactement le contraire, puisque les vierges sont explicitement interdites de mariage. Il faut en effet d’abord "être devenu une vraie femme" avant de pouvoir se lier à un homme pour la vie. À Guam, le dépucelage des vierges est même un job à plein temps, les jeunes filles payant grassement des hommes pour leur faire perdre leur virginité !

     Et, comme disent nos frères italiens « Al culo, al culo, e la primavera ! »

     Et en plus, on a gagné la guerre…

 

* * * * * * * * *

 

     VOICI venir le temps des vacances, des corps exposés langoureusement sur les plages. Dans tous les magazines, sur tous les écrans fleurissent des injonctions de maigrir !

     Faut-il, sans réagir, abandonner tout libre arbitre devant cette dictature de la minceur, cette glorification de la maigreur ?

     Au fait, on dit « un bon gros », jamais « un bon maigre » !

     Alors dégustez sans modération le dernier bouquin que je viens de commettre, à la gloire du bon vivre, du bien manger, sans crainte de...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Livre broché ici

 

pour tablette

 

 

 

 

Illustrations: Reiser, Barbantan

 

05/05/2018

Ouiquinde érotique avec Jean Benech De Cantenac

 

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L'occasion perdue recouverte


(...)
Par une secrette avenue,
Il fut dans son appartement,
Et la trouva nonchalamment
Dormant sur son lit étendue :
Mais, dieux ! que devint-il alors ?
En approchant de ce beau corps,
Il eut de mouvements étranges,
Lorsqu'une cuisse à découvert
Lui fit voir le bonheur des Anges
Et le ciel de l'Amour ouvert.

Dans cette agréable surprise
Où Cloris n'avait pas songé,
Elle avait assez mal rangé
Et ses jupes et sa chemise ;
Lisandre aussi, trop curieux,
Vit lors les délices des dieux,
La peine et le plaisir des hommes,
Nôtre tombe et nôtre berceau,
Ce qui nous fait ce que nous sommes
Et ce qui nous brûle dans l'eau.

Aimant de la Nature humaine,
Bijou chatouilleux et cuisant,
Précipice affreux et plaisant,
Cruel repos, aimable peine,
Remède et poison de l'amour,
Bûcher ardent, humide four
Où les hommes se doivent cuire,
Jardin d'épines et de fleurs,
Sombre fanal qui fait reluire
Nos fortunes et nos malheurs ;

Nid branlant qui nous sert de mue,
Asile où l'on est en danger,
Raccourci qui fait allonger
La chose la moins étendue,
Fort qui se donne et qui se prend,
Œil couvert qui rit en pleurant,
Bel or, beau corail, belle ivoire,
Doux canal de vie et de mort
Où, pour acquérir de la gloire,
L'on fait naufrage dans le port.

Petit trésor de la Nature, 
Etroite et charmante prison, 
Doux tyran de nôtre raison, 
Vivifiante sépulture, 
Autel que l'on sert à genoux, 
Dont l'offrande est le sang de tous, 
Sangsue avide et libérale, 
Roi de la honte et de l'honneur, 
Permettez que ma plume étale 
Ce que Lisandre eut de bonheur. 

Beau composé, belle partie,
Je sais bien que, lorsqu'il vous vit,
II n'observa dessus ce lit
Ni l'honneur ni la modestie ;
Mu d'amour et de charité
Il couvrit votre nudité,
Pour faire évaporer sa flamme,
Et savoura tous les plaisirs
Que le corps fait sentir à l'âme
Dans le transport de nos désirs

Ce beau dédale qu'il contemple
Avec des yeux étincelants
Fait naître et couler dans ses sens
Une ardeur qui n'a point d'exemple.
Ce feu qui consume son cœur
Porte partout sa vive ardeur,
Eclate enfin sur son visage.
Et ce lâche de l'autre jour (1),
Se raidissant d'un fier courage,
Ecume le feu de l'amour.

Plein d'ardeur, d'audace et de joie 
De remporter un si beau prix, 
Le galant sauta sur Cloris, 
Comme un faucon dessus sa proie, 
Quand cette belle, ouvrant les yeux, 
Vit Lisandre, victorieux, 
Forçant ses défences secrètes, 
Et, la tenant par les deux bras, 
Entrer, tout fier de ses conquêtes. 
En un lieu qu'on ne nomme pas. 
(...)

 

Jean Benech De Cantenac (1630-1714) 

 

In Poésies nouvelles et autres œuvres galantes (1662) ce poème d’amour fut attribué un temps, par erreur, à Corneille. On ne prête qu’aux riches

 

(1) dans une précédente tentative, Lisandre…resta piteusement en panne !

 

 

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04/05/2018

Accusé Robot, levez-vous !

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Je viens de rencontrer une vieille connaissance. Âgé et ayant récemment été renversé sur un passage protégé, il continue pourtant de conduire. « Pas plus de dix kilomètres. Après ça risque d’être dangereux, pour moi… et pour les autres ! » précise-t-il, réaliste et prudent, ajoutant : « J’attends avec impatience la commercialisation des premières voitures sans chauffeur ».

Tu risques de ne pas attendre longtemps, l’ami Henry : elles arrivent. Une enquête récente souligne que les trois quarts des automobilistes pensent que la voiture 100 % autonome sera une réalité dans un avenir proche. Ainsi, « 81 % des automobilistes espèrent en utiliser une avant 10 ans, 52 % se projettent même d’ici à cinq ans », précise l’étude. Espérons que ces voitures robots sauront t’éviter sur les passages protégés, Henry !

La voiture autonome Uber a renversé et tué une passante en mars dernier, en Arizona, aux États-Unis. Qui sera jugé coupable pour la mort de la jeune femme ? Peut-être le propriétaire de la voiture qui, s’il n’a pas touché le volant - après tout, il s’agit d’une voiture autonome - était bien en train de l’utiliser au moment de l’accident. Il serait à ce moment-là déclaré coupable, pour ne pas avoir su appréhender la réaction de son robot.

On touche là un vrai problème. Qui est responsable dans un cas pareil ? Le conducteur, comme dans la législation actuelle ? Il n’y en a pas. Le propriétaire du véhicule ? C’est évidemment le plus facile à trouver et à éventuellement attaquer juridiquement ? Mais c’est foncièrement injuste. Le marchand du véhicule ? Le constructeur ? Le concepteur du logiciel ? Pas facile tout ça…

Les robots sont maintenant partout. Les feux rouges qui règlent la circulation ? Des robots. Les DAB qui vous délivrent de l’argent ? Des robots. Les machines qui encaissent votre fric à la sortie de l’autoroute ? Des robots. Les machines qui conçoivent et qui fabriquent les voitures et autres engins ? Des robots.

Çà, c’est une première génération de robots. La voiture intelligente, c’est déjà autre chose. Et les robots humanoïdes de plus en plus sophistiqués qui voient le jour, c’est encore autre chose. Ils intègrent de plus en plus d’intelligence artificielle, sont de plus en plus autonomes. Il existe déjà des robots humanoïdes d’aide à la personne au Japon. Bientôt un amant infatigable ou une maîtresse ne prononçant jamais la terrible phrase pourvoyeuse de divorces : « Non pas ce soir, je suis fatiguée… » !

L’intelligence artificielle fait des avancées fulgurantes. Les robots combinent efficacité et économies dans de très nombreux domaines. La production en usine mais aussi le transport, l’agriculture, les soins médicaux, l’éducation. Ils sont aussi les bienvenus dans des opérations de dépollution chimique, radioactive ou autres en évitant d’exposer les humains. Bientôt des robots flics chargés du maintien de l’ordre ? Qui sait. Les robots soldats sortent bien déjà, discrètement, des cartons.

Mais parallèlement, les robots remplacent l’homme, ils mettent les ouvriers à la porte des usines, les paysans à la porte des étables, les vendeuses à la porte de la grande distribution. En d’autres temps, les métiers à tisser ont provoqué la révolte des canuts. Y aura-t-il une révolte des humains contre les robots ? Ou bien, ces modernes esclaves permettront-ils un nouvel âge d’or équivalent à celui des Grecs ? Chez les anciens Hellènes la production était réservée aux seuls esclaves humains. Les citoyens avaient ainsi le temps, la disposition d’eux-mêmes pour se cultiver, réfléchir, développer les arts, la philosophie, voire la guerre, pourvoyeuse… d’esclaves ! Système foncièrement injuste. Système qui s’est prolongé avec le prolétariat : le plus intelligent des esclavagistes n’est-il pas celui qui a commencé à les payer ? Peu, mais assez pour qu’ils puissent vivre mal et rester attachés à leurs maîtres patrons… Mais les robots peuvent remplacer sans problèmes moraux les humains dans la plupart des tâches. Corollaire indispensable sous peine de révoltes graves, il reste à inventer et mettre en place des systèmes de captation et de répartition équitables des bénéfices générés par le travail des esclaves robots. La réflexion est en route avec les divers projets de revenu universel.

Les robots réfléchissent, apprennent, corrigent leurs erreurs. Ils deviennent de plus en plus… humains. Á quand leur prise de conscience de leur propre existence ? Á quand leur possibilité de reproduction ? C’est le progrès. Mouais… Et s’il y avait un bug ? Et si ces robots étaient « hackés », contrôlés à l’insu de leur « propriétaire » par quelqu’un de mal intentionné ? Et s’il leur venait à l’idée de se révolter contre leurs maîtres humains ? Comme Carl 500 (Hal 9 000) dans « L’Odyssée de l’espace » ?

Quant aux robots conçus par et pour les militaires, ils le sont avec des programmations rigoureusement opposés. Leur fonction : tuer…

Il serait peut-être temps de réglementer la construction et l’utilisation de ces drôles mais aussi un peu effrayantes machines, non ? On se bouge dans ce sens en hauts lieux.

Le Parlement européen travaille également sur le sujet. Un rapport sous la direction de Mady Delvaux préconise :

- que la Commission propose une définition européenne commune des différentes catégories de robots autonomes et intelligents, compte étant tenu des caractéristiques suivantes des robots intelligents (acquisition d’autonomie grâce à des capteurs et/ou à l’échange de données avec l’environnement et interconnectivité) ; échange et analyse de données, capacité d’autoapprentissage, présence d’une enveloppe physique, adaptation du comportement et des actes à l’environnement)

- la création d’un registre des robots avancés,

- la mise au point d’un cadre éthique pour la conception, la fabrication et l’utilisation des robots qui complète utilement les recommandations juridiques du présent rapport ainsi que l’acquis national et de l’Union existant ; propose, en annexe à la présente résolution, un tel cadre, sous forme de charte établissant un code de conduite pour les ingénieurs en robotique, une déontologie pour les comités d’éthique de la recherche lorsqu’ils examinent les protocoles de robotique, et un ensemble de licences type pour les concepteurs et les utilisateurs,

- la création d’une agence européenne pour la robotique et l’intelligence artificielle,

- l’adoption d’une approche équilibrée en matière de droits de propriété intellectuelle et l’introduction, en accord avec les principes de nécessité et de proportionnalité, de garanties de protection de la vie privée et des données lors de l’élaboration de toute politique de l’Union en matière de robotique.

Mais encore, la responsabilité civile des robots étant une question cruciale, face à la complexité de l’imputabilité des dommages causés par des robots de plus en plus autonomes, il convient de travailler à la mise en place d’un régime d’assurance obligatoire. Mais également, la création d’un numéro d’immatriculation individuel, inscrit dans un registre spécifique de l’Union, afin de pouvoir toujours associer un robot au fonds dont il dépend ; ce numéro permettrait à toute personne interagissant avec le robot de connaître la nature du fonds, les limites en matière de responsabilité en cas de dommages matériels, les noms et les fonctions des contributeurs et toute autre information pertinente.

Enfin, est évoquée la création d’une personnalité juridique spécifique aux robots, pour qu’au moins les robots autonomes les plus sophistiqués puissent être considérés comme des personnes électroniques dotées de droits et de devoirs bien précis, y compris celui de réparer tout dommage causé à un tiers ; serait considéré comme une personne électronique tout robot qui prend des décisions autonomes de manière intelligente ou qui interagit de manière indépendante avec des tiers.

Une lettre ouverte de plus de 200 juristes et scientifiques a récemment alerté sur la proposition de la Commission européenne visant à accorder une "personnalité juridique" aux robots dotés d’intelligence artificielle. N’est-ce pas une embrouille pour permettre aux constructeurs de ces machines de se dédouaner de leurs responsabilités ? Ainsi l’utilisateur risque d’être tenu pour responsable en cas de dommages causés par son robot, exonérant ainsi le fabricant, pourtant le seul en situation de corriger la conception de la machine.

Mais si on donne une personnalité juridique au bout de fer « intelligent » afin de pouvoir lui attribuer une responsabilité, cela revient à lui reconnaître des droits.

Ceux qui se penchent sur la question devraient s’inspirer d’Isaac Asimov, le maître de la Science-fiction qui y a pensé. Il en a établi plusieurs lois fondamentales :

1 - Un robot ne peut attenter à la sécurité d’un être humain, ni, par inaction, permettre qu’un être humain soit mis en danger.

2 - Un robot doit obéir aux ordres d’un être humain, sauf si ces ordres entrent en conflit avec la première loi.

3 - Un robot doit protéger sa propre existence tant que cela n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi. (Voir I. Asimov, Cercle vicieux (Runaround, 1942)).

Et puis la loi 0 - Un robot ne peut faire de mal à l’humanité, ni, par inaction, permettre que l’humanité soit mise en danger.

Accusé Aspi-Rateur-Robot, levez-vous ! Est-ce utopique ?

 

Sources :

https://www.marianne.net/societe/statut-juridique-des-robots-en-europe-jusqu-ou-peuvent-aller-les-droits-des-machines

https://www.alain-bensoussan.com/wp-content/uploads/2016/10/20161005.pdf

http://www.thierryvallatavocat.com/2016/10/le-regime-juridique-applicable-aux-robots-le-livre-blanc-de-la-symop-devoile-le-25-octobre-2016.html

http://www.usine-digitale.fr/article/quand-le-droit-des-robots-se-construit-a-bruxelles.N446037

http://dailygeekshow.com/robot-ethique-aide-humain/

 

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01/05/2018

1er mai : jouissez de l'art de GLANDER !

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Fainéants de tous les pays, unissez-vous ! Cynique, fainéant et fier de l’être, puis-je me permettre de te donner un petit conseil, Jupiter (disons plutôt Zeus, mieux vaut l’original que la copie) ? Trouve un coin peinard dans ton Olympe et demande à un de tes potes – Dionysos par exemple – de t’initier à ce subtil bonheur : glander ! Marcher avec le temps au lieu de te laisser dévorer par lui. Ecouter ta vie. Réfléchir au lieu de t’agiter.

En ex-Indochine, un proverbe dit : « Les Vietnamiens plantent le riz, les Cambodgiens le regardent pousser, les Laotiens l’écoutent pousser ». Toute une philosophie de vie qui désacralise le « travail ». « Travail » (du latin tripalium, instrument de torture). Ils sont bien plus valorisants les termes « labeurer » ou « labourer » plus spécifique et « œuvrer », accomplir une œuvre.

Le travail implique contrainte, souffrance, malédiction divine. Le sinistre M. Thiers, dans le sein de la Commission sur l’instruction primaire de 1849, disait : « Je veux rendre toute-puissante l’influence du clergé, parce que je compte sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l’homme qu’il est ici-bas pour souffrir et non cette autre philosophie qui dit au contraire à l’homme : "Jouis". » Thiers – fossoyeur de la Commune - formulait la morale de la classe bourgeoise dont il incarna l’égoïsme féroce et l’intelligence étroite. Il a eu cinq longues et sombres années durant un digne successeur en la personne de Sarkozy et de son « travailler plus pour… ».

La paresse, la fainéantise, le glandage sont l’apanage d’une élite. On naît fainéant. C’est une chance immense et une injustice pour les autres. L’art de ne rien faire est difficile et ne semble pas donné à tout le monde. Même les loisirs en prennent un coup : le temps libre est de plus en plus confisqué par la télévision et les industriels des loisirs. Nombreux sont ceux qui redoutent l’inaction et réclament un ordre du jour même pendant leurs vacances. Comme s’ils craignaient de se laisser aller, de se laisser guider par la fantaisie. Peut-être par peur de se retrouver seuls avec eux-mêmes ?

Nous sommes influencés par cette culture où le religieux ("Tu te nourriras à la sueur de ton front !") se mêle à l’économique (travailler plus pour gagner plus) et condamne l’oisif à travailler. Sauf s’il est rentier ou/et actionnaires ! Dans ce cas, c’est son capital qui travaille pour lui, c’est-à-dire vous, moi, les cochons de payants de la France d’en-bas.

Après des siècles de christianisme et avec l’esprit du capitalisme, on n’imagine pas passer sa vie dans l’inactivité, à moins de passer pour un marginal ou un illuminé. Et malheur à vous si vous avez la malchance d’être au chômage ou si vous avez choisi de faire passer votre vie personnelle avant le travail. On aura vite fait de vous soupçonner de paresse, fainéantise ou de manque d’ambition. Et vous perdrez votre vie à la gagner. Et pourtant ! Dans une autre vie, j’ai même été « chef d’entreprise ». Et je n’embauchais que des fainéants avoués. Ils sont les plus fiables, les plus efficaces des collaborateurs : un fainéant œuvre vite pour avoir plus vite fini et bien pour ne pas avoir à y revenir

Il y a dans l’art de ne rien faire le signe d’une conscience vraiment affranchie des multiples contraintes qui, de la naissance à la mort, font de la vie une frénétique production de néant. Niquer ces contraintes est une libération.

Dans le système capitaliste d’exploitation de l’humain, il y a de la malice, assurément, à en faire le moins possible pour un patron, à s’arrêter dès qu’il a le dos tourné, à saboter les cadences et les machines, à pratiquer l’art de l’absence justifiée. La paresse ici sauvegarde la santé et prête à la subversion un caractère plaisant. Elle rompt l’ennui de la servitude, elle brise le mot d’ordre, elle rend la monnaie de sa pièce à ce temps qui vous ôte huit heures de vie et qu’aucun salaire ne vous laissera récupérer. Elle double avec un sauvage acharnement les minutes volées à l’horloge pointeuse, où le décompte de la journée accroît le profit patronal. Voler ainsi un patron, n’est-ce pas de la récupération ?

Pourtant, il plane sur la paresse une telle culpabilité que peu osent la revendiquer comme un temps d’arrêt salutaire, qui permet de se ressaisir et de ne pas aller plus avant dans l’ornière où le vieux monde s’enlise. Encore que ! Certaines entreprises découvrent les bienfaits de la sieste !

Qui, des allocataires sociaux, proclamera qu’il découvre dans l’existence des richesses que la plupart cherchent où elles ne sont pas ? Ils n’ont nul plaisir à ne rien faire, ils ne songent pas à inventer, à créer, à rêver, à imaginer. Ils ont honte le plus souvent d’être privés d’un abrutissement salarié qui les privait d’une paix dont ils disposent maintenant sans oser s’y installer.

La culpabilité dégrade et pervertit la paresse, elle en interdit l’état de grâce, elle la dépouille de son intelligence. Pourtant ils feraient dans la fainéantise d’étonnantes découvertes : un coucher de soleil, le scintillement de la lumière dans les sous-bois, l’odeur des champignons, le goût du pain qu’il a pétri et cuit, le chant des cigales, la conformation troublante de l’orchidée, les rêveries de la terre à l’heure de la rosée, sans oublier les formidables rêves érotiques !

- Oh ! Victor ! Bois un coup, ça te passera !

- Merci !

« Nous aurons bien mérité la retraite » soupirent les travailleurs. Ce qui se mérite, dans la logique de la rentabilité, a déjà été payé dix fois plutôt qu’une !

Si la paresse s’accommodait de la veulerie, de la servitude, de l’obscurantisme, elle ne tarderait pas à entrer dans les programmes d’État qui, prévoyant la liquidation des droits sociaux, mettent en place des organismes caritatifs privés qui y suppléeront : un système de mendicité où s’effaceront les revendications qui, il est vrai, en prennent docilement le chemin si l’on en juge par les dernières supplications publiques sur le leitmotiv « donnez-nous de l’argent ! ». L’affairisme de type mafieux en quoi se reconvertit l’économie en déclin ne saurait coexister qu’avec une oisiveté vidée de toute signification humaine.

La paresse est jouissance de soi ou elle n’est pas. N’espérez pas qu’elle vous soit accordée par vos maîtres ou par leurs dieux. On y vient comme l’enfant par une naturelle inclination à chercher le plaisir et à tourner ce qui le contrarie. C’est une simplicité que l’âge adulte excelle à compliquer.

Que l’on en finisse donc avec la confusion qui allie à la paresse du corps le ramollissement mental appelé paresse de l’esprit - comme si l’esprit n’était pas la forme aliénée de la conscience du corps.

L’intelligence de soi qu’exige la paresse n’est autre que l’intelligence des désirs dont le microcosme corporel a besoin pour s’affranchir du travail qui l’entrave depuis des siècles.

La paresse est un moment de la jouissance de soi, une création, en somme ! Le fainéant est un créateur naturel. Un créateur de bonheur !

Au fait, Jupiter, ne serais-tu pas un peu feignant, toi ? Feignant, pas fainéant. Celui qui feint, qui fait semblant…

 

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