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01/03/2007

AIRBUS : Le cri d’alarme de l’ancien Président

Aux commandes d'Airbus de 1985 à 1998, Jean Pierson, qui a largement participé au succès de l'avionneur européen, au point d'en faire le grand rival de l'américain Boeing, faisant passer la part de marché de 17 % à 40 % et élargissant la gamme de la famille, donne un point de vue sans complaisance sur la crise qui secoue le groupe franco-allemand, maison mère d'Airbus.

Êtes-vous surpris par le blocage des Allemands sur la répartition des tâches pour l'Airbus A350 et le lancement du plan de restructuration « Power 8 » ?
Non, parce que chaque fois qu'il y a eu dans l'histoire d'Airbus le lancement d'un avion ou le partage de difficultés, les Allemands ont toujours saisi ces occasions pour négocier afin d'augmenter leurs parts de travail que cela soit au plan quantitatif et surtout qualitatif. Je ne connais pas le plan de réduction des dépenses actuel mais je connais Louis Gallois. Je ne doute pas que ce plan soit à la fois sérieux et raisonnable au plan industriel et social et qu'il est également équilibré. Mais que les Allemands profitent de cette négociation pour remettre en cause les choses comme dans le passé et arracher des avantages nouveaux ne me surprend pas.
J'ai connu le lancement de l'A320, en 1984-1985, un appareil qui reprenait le partage du travail des modèles précédents (A300, A310) c'est-à-dire les voilures pour la Grande-Bretagne, les empennages pour l'Espagne, le tronçon central pour Saint-Nazaire et Nantes, le cockpit et la chaîne à Toulouse et l'aménagement commercial et les morceaux de fuselage en Allemagne. A l'époque, les Allemands ont réclamé en plus les commandes de vol électriques dans lesquels ils n'avaient aucune compétence alors que l'Aerospatiale en avait démarré l'expérimentation sur le Concorde ! J'ai dû m'y opposer vigoureusement et pour sortir de l'impasse, car ils refusaient le lancement de l'avion dont ils n'étaient pas demandeurs parce que la Lufthansa n'en voulait pas (on voit ce qu'il est advenu du succès commercial de l'appareil), il a fallu leur concéder l'équipement des cases de trains principales fabriquées jusque-là à Saint-Nazaire. Ils ont par la suite obtenu l'assemblage de l'A321 à Hambourg alors que la cadence de production de l'A320, de l'ordre de 6 appareils par mois, ne nécessitait pas une seconde chaîne en faisant monter le dossier au niveau politique du président français et du chancelier de l'époque. Finalement, nous avons reçu l'ordre d'en haut d'accepter ces exigences. Cela ne finira jamais ! A chaque rendez-vous, les Allemands continuent la même tactique.

Là, Airbus n'a jamais connu une telle crise...
Les règles de fonctionnement n'ont plus rien à voir depuis la « privatisation » de l'Aerospatiale dans le giron Lagardère en 1998 et la création d'EADS, société à 50-50 entre les Français et les Allemands, ce qui ne reflète pas au passage la valeur technique et économique des deux sociétés qui aurait dû plutôt être à 60-40 en faveur des Français. A partir du moment où on enfante une entité industrielle déséquilibrée avec parité industrielle et cogouvernance, on récolte ce que l'on a aujourd'hui. A l'époque du groupement d'intérêt économique (GIE), il y avait certes des discussions byzantines mais, in fine, un partenaire, indépendamment de ses parts d'actionnaire, quand il était seul et isolé dans le cas des Allemands face aux Anglais, aux Espagnols et aux Français autour de la même table, il ne tenait pas longtemps. Aujourd'hui, on est dans un face- à-face malsain. C'est toute l'équation de l'avenir d'EADS qui fait rire tout le monde industriel aéronautique.
J'ajoute que l'affaire du retard de deux ans de l'A380 ne serait jamais arrivée dans le cadre du GIE car il y avait une gouvernance et des compétences tant au niveau des partenaires que d'Airbus Industrie qui ne sont plus là aujourd'hui. En plus, si les Allemands s'étaient obstinés après les alertes qu'ils auraient reçues du système sur leurs retards dans les câblages, ils auraient eu une punition financière. Car le système prévoyait que celui qui mettait en retard un programme payait 80 % des débours financiers qu'il créait. Les Britanniques l'ont d'ailleurs expérimenté, dans le passé, lors d'une grève qui a touché leurs usines.
Dans le système actuel, il n'y a plus d'incitation. Tout va dans la poubelle que l'on partage à 50-50. Actuellement, il y a à Toulouse entre 1.000 et 1.500 Allemands sur la chaîne A380 qui sont là pour rattraper les erreurs commises à Hambourg. Tous ces frais sont partagés ! Dans le cadre du GIE, cela aurait été à la seule charge des Allemands.

Comment voyez-vous la suite des événements ?
Ce système ne peut pas perdurer. EADS est une société qui est dans le mur. Je ne vois pas qui va accepter de faire des concessions. On ne peut pas rester dans cette rivalité franco-allemande, cette ambiance délétère et ce système ingouvernable ! Il y a deux solutions possibles. La première consiste à revenir en arrière, où chacun reprend ses billes. Les Allemands et les Français recréent leurs sociétés respectives et on travaille comme avant sur la base de coopérations comme cela existait avant, que ce soit dans les hélicoptères, les missiles, etc., tantôt avec les Britanniques, tantôt avec les Allemands, les Espagnols, les Italiens au gré des choix des sociétés. Cette voie suscite beaucoup de questions et de difficultés.
La seconde solution, celle par laquelle il faut commencer, passe par la dilution de l'actionnariat actuel pour permettre la sortie de Lagardère et de Daimler-Chrysler qui n'ont plus rien à faire dans l'aéronautique et la recherche de partenaires financiers nationaux ou internationaux de façon à tendre vers une société où la gouvernance serait normale comme chez Boeing ou BAE Systems. Il n'y a pas d'autres solutions. La situation actuelle est vouée à l'échec. Les clients vont d'abord perdre patience puis confiance. Qui, dans le monde, sauf à vouloir tirer des avantages technologiques, va vouloir travailler avec EADS en coopération avec un tel système de décision ? Certainement pas les Américains qui sont pourtant les numéros un dans le monde. On s'est mis dans un face-à-face avec des Allemands qui n'ont aucune politique en matière de Défense et dans un système où personne ne capitulera pour lâcher la gouvernance. Les Allemands n'acceptent pas que chez Airbus il y ait une moindre parcelle de plus, côté français, à la fois sur le plan humain, financier, industriel et technologique.

(*) Les Echos 22/02/2007

26/02/2007

PAS DE TOLÉRANCE POUR LA BARBARIE

(D'après l'AFP Lyon 20. 02. 2007)
La Cour de cassation a rejeté le 6 février 2007 le pourvoi de l'ancien imam de Vénissieux (Rhône), Abdelkader Bouziane, qui avait été condamné par la Cour d'appel de Lyon le 14 octobre 2005, à six mois de prison ave sursis pour ses propos justifiant le châtiment corporel des épouses infidèles.
L'imam salafiste, polygame et père de 16 enfants, avait été poursuivi pour ses propos au cours d'un entretien avec le mensuel Lyon Mag, publiés par le magazine en avril 2004.
Au cours de cet entretien il a déclaré qu'il approuvait les violences faites aux femmes, car "battre sa femme était aurorisé par le Coran, mais dans certaines conditions. Notamment si la femme trompe son mari. Mais attention, avait-il précisé, l'homme n'a pas le droit de frapper n'importe où. Il ne doit pas frapper au visage mais viser le bas, les jambes ou le ventre. Et il peut frapper fort pour faire peur à sa femme, afin qu'elle ne recommence plus".
Pour l'association lyonnaise Regards de femmes, la confirmation de la décision de la cour d'appel de Lyon est extrêmement importante. Le droit à la dignité, au respect et à l'intégrité de son corps concerne toutes les femmes vivant sur le territoire national à quelque religion qu'elles appartiennent. À l'avenir il ne sera plus possible de légitimer des violences envers les femmes sous un prétexte religieux.
NDLR: Alors que certains invoquent la tolérance à tout propos jusqu'à vider ce mot de sa signification, la Cour de Cassation vient de rendre un arrêt qui remet les pendules à l'heure, et qui nous rappelle qu'il ne peut pas y avoir de tolérance pour la barbarie.
Merci à mes potes de l'excellent blog des athées des Pyrénées orientales

23/02/2007

Les « succés » des privatisations

En 1999, sous la présidence de Chirac, Jospin premier ministre et Gayssot ministre (communiste) des transports, signaient la privatisation d'Airbus. La structure ancienne, fruit spectaculairent réussi d'une saine collaboration économique ET politique franco-allemande (Anglais et Espagnols sont venus après), reflétait la réalité tant industrielle que financière et politique d'Airbus: 60% pour la France, 40% essentiellement pour l'Allemagne et à bien moindre titre l'Angleterre et l'Espagne (dixit Pierson, l'ancien patron à l'époque d'Airbus triomphant).
La privatisation s'est faite à 50/50 entre porteurs d'actions français et allemands, créant donc un face à face antagoniste entre les deux partenaires là où, du tant de la nationalisation, il y avait collaboration et complémentarité. Avec en plus un cadeau chiraquien à son pote et bailleur de fonds Lagardère qui, avec 10% des actions devenait le patron de cet « enfant mal formé » qu'est EADS. Donc, Lagardère côté français, Daimler côté allemand prenant systématiquement des décisions opposées. Une profusion de « comités de coordination » franco-allemands à chaque niveau, alourdissant considérablement la structure décisionnaire, chacun « marquant l'autre à la culotte » (dixit Pierson) et paralysant toutes décisions. Résultats, cette entreprise qui avait ravi à Boeing la première place mondiale au temps de la nationalisation est devenu un monstre ingouvernable qui se déchire en discussions bizantines en regardant, impuissant, passer le train (si j'ose dire!) Boeing depuis la privatisation.
Seule solution, continue Jean Pierson, re-na-tio-na-li-ser! CQFD.

Deuxième « succés » des privatisations, EDF. Depuis que l'opérateur national a « ouvert son capital », doux euphémisme pour dire que EDF privilégie maintenant le profit à verser à ses actionnaires à l'investissement et même à l'entretien de ses installations. Résultat, il paraît que la plupart des barrages dépendant d'EDF sont dans un état vétuste et pour certains sont carrément dangereux. J'étais tout jeune étudiant quand le barrage de Malpasset à pété et à tué près d'un millier de personnes à Fréjus... Et cela risque de se reproduire en plusieurs sites... Vive la privatisation, vive le pognon sorti de la poche des clients EDF pour que des rentiers parasites puissent de tapisser la tripe de sauces chaudes et onctueuses!
Solution: re-na-tio-na-li-ser!
Eh! Ségo, t'aura du boulot!

22/02/2007

Les bienfaits de l’Islam

« Croyants, attention, la campagne de vaccination contre la polio que fait chez nous, au Pakistan, l’OMS et l’ONU est une campagne organisé par les Américains pour stériliser les enfants musulmans. » Voilà en substance le message que font passer les mosquées et les dignitaires islamistes de ce pays. Fin décembre dernier, un imam a même lancé une fatwa appelant à tuer les fonctionnaires de l’OMS et de l’ONU chargés de cette vaccination.
Résultat des courses, vingt cinq mille gosses n’ont pas été vacciné dans le nord du Pakistan et sont en grand danger. Mais Allah est grand…

19/02/2007

AÏE ! AÏE ! AÏE !

PUTENG AIDEZ-MOI, MERDE !

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17/02/2007

L'insondable duplicité des sondages

Comment accorder une crédibilité sans nuance à certains sondages comme ceux de l’Ifop dont la présidente n’est autre que Laurence Parisot, également présidente du Medef et proche du candidat UMP Nicolas Sarkozy ?
Alors les sondages sont-ils un outil pour servir certains candidats ? Et en particulier (uniquement ?), celui de l’UMP ?
On peut légitimement se poser la question. En ce sens, soulignons l’étrange manœuvre ayant eu lieu autour du discours de Mme Royal, le dimanche 11 février 2007 à Villepinte :
- Tout d’abord, l’ensemble des médias a focalisé la population sur cette intervention en affirmant qu’il s’agissait d’une étape essentielle voire « vitale » pour la campagne de la candidate socialiste.
- Le discours ayant été particulièrement bien reçu par l’ensemble des présents et des commentateurs, on a assisté à un réajustement du positionnement des médias qui se sont montrés plus impartiaux pour nombre d’entre eux.
- Pour autant, très vite, alors que l’ensemble des médias appelait à plus de propositions la veille du discours, ce contenu a été tout simplement ignoré, bien que très abondamment traité par la candidate pendant près de deux heures.
- Dès le lendemain, été rendu public et relayé un sondage donnant une nouvelle fois Ségolène Royal perdante, alors même qu’il était tout à fait obsolète et ne prenait pas en compte la prestation de cette dernière.
- Le même jour et comme chacun s’en doutait, nous avons assisté à une médiatisation abusive sur le financement des mesures, alors même que cela n’avait jamais été demandé à Nicolas Sarkozy, sous-entendant, - ce qui a bien entendu été infirmé depuis, mais trop tard - que le programme de Mme Royal était un « gouffre financier irresponsable ».
- Etrangement, le mardi 13 février, la population prend connaissance d’un sondage réalisé par l’Ifop, dont la présidente Laurence Parisot est proche du candidat UMP.
- Précisément, ce sondage donne une avance encore plus large de M. Sarkozy sur Mme Royal que précédemment au discours de cette dernière. Le rapport est alors de 54 % contre 46 % au second tour.

On saisit alors aisément la volonté de « casser » la dynamique de Ségolène Royal suite à son discours reconnu comme de très haute tenue. Volonté de l’UMP relayée par un institut de sondage « ami ».
Il faut préciser que ce sondage a été commandé par Paris Match, propriété d’Arnaud Lagardère, ami intime du président de l’UMP.
Il a été effectué le lundi 12 février 2007 auprès de seulement 879 personnes et alors que la population n’avait pas eu le temps de prendre en compte le discours prononcé la veille par Mme Royal. Mais aucune nuance n’est apportée au sondage de l’Ifop et il est bien précisé : « sondage réalisé après le discours de Ségolène Royal ».
Mais sur ce point, Jean-Christophe Cambadélis a justement réagit. Il s’est ainsi plaint d’une enquête « sauvage car trop rapide ». « Combien de Français ont vu le discours (à la télévision) ? Combien ont eu le programme entre les mains ? », s’est-il demandé. « En moins de 24 heures, vous voudriez que l’ensemble de la France soit au courant des propositions ! ». « Laissez infuser le discours de Ségolène Royal, et laissez-nous (le) diffuser », a-t-il lancé. « Quand les Français verront réellement les propositions et feront la comparaison avec le programme de Nicolas Sarkozy, je n’ai aucune crainte ». Enfin, il a estimé qu’ « Il y [avait] un vrai souci : la rapidité de l’espace médiatique qui ne correspond pas à la manière dont nos concitoyens abordent le débat politique ».
Résumons : celui qui commande, celui qui paye et qui fait publier peut faire dire ce qu’il veut aux sondages. Ceux qui commandent, qui payent, qui publient sont tous ou presque des proches du candidat UMP...
Nous ne savons pas ce qui va se passer dans les prochaines semaines mais espérons que nous nous souviendrons une bonne fois pour toutes que les sondages se trompent toujours et que parfois, comme nous l’avons vécu en 2002, ce qui sort des urnes est l’expression malade d’une manipulation médiatique qui dégénère.

07/02/2007

Pour la défense de la liberté d’expression, soutenons Charlie Hebdo

Le procès qui s'ouvre au tribunal de grande instance de Paris du 7 au février 2007 est d'une extrême importance. ''Charlie Hebdo'' est poursuivi pour avoir republié les dessins danois du ''Jyllands Posten'' sur Mahomet.
Dans un contexte où des intégristes menaçaient de mort quiconque osait soutenir les journaux et pays pris pour cibles, ce journal a choisi de rester fidèle à sa tradition de liberté de ton et d'expression envers toutes les religions et tous leurs symboles: le pape comme Jésus ou Mahomet.
Il l'a fait en mettant ces douze dessins à la disposition du grand public, afin qu'il se fasse une opinion par lui-même. Par solidarité avec Jacques Lefranc, rédacteur en chef de ''France Soir'', qui venait d'être licencié pour avoir eu ce courage. Parce que si tous les journaux d'Europe avaient fait de même, l'intimidation des extrémistes aurait échoué. Parce que si tous les journaux d'Europe s'étaient pliés à cette injonction, leur silence aurait signé la victoire des extrémistes.
Malgré ce climat, des organisations musulmanes traditionnelles (la Mosquée de Paris), intégristes (l'UOIF) et même l'un des bailleurs de fonds de l'islam extrémiste wahhabite en provenance d'Arabie Saoudite (la Ligue islamique mondiale) ont choisi d'ajouter à l'intimidation une menace judiciaire en intentant à ''Charlie Hebdo'', au titre des lois antiracistes, un procès pour «injures publiques à l'égard d'un groupe de personnes à raison de leur religion».
Deux dessins sont visés: celui montrant Mahomet avec une bombe dans son turban, mais aussi celui où Mahomet freine un groupe de kamikazes par cette annonce: «Stop, on n'a plus de vierges en stock.» La couverture du numéro, où Cabu représente un Mahomet «débordé par les intégristes» et qui les désavoue ( «C'est dur d'être aimé par des cons») est également poursuivie pour «injures», alors qu'elle visait justement à montrer un Mahomet se désolidarisant des intégristes.
C'est dire la confusion entretenue par cette plainte contre un journal qui combat depuis toujours à la fois le racisme et l'intégrisme. Nous refusons cet amalgame, facilité par l'utilisation abusive du mot «islamophobie», consistant à confondre la critique légitime de l'extrémisme et du terrorisme instrumentalisant les symboles de l'islam avec du racisme à l'encontre des individus de religion musulmane.
Certains nous disent aujourd'hui que le contexte géopolitique devrait inciter à la prudence, voire au silence. C'est tout le contraire. La liberté d'expression et la laïcité ont besoin d'être réaffirmées comme rarement. Ceux qui résistent à l'intégrisme n'ont que la plume et le crayon pour faire face aux menaces. Des démocrates du monde entier, notamment musulmans, espèrent trouver en Europe, et tout particulièrement en France, un havre laïque où leur parole n'est entravée ni par la dictature ni par l'intégrisme.
Si ''Charlie Hebdo'' venait à être condamné, si l'autocensure généralisée devait faire jurisprudence, nous perdrions tous cet espace commun de résistance et de liberté. Pour ces raisons, nous soutenons Charlie Hebdo et le droit de continuer à critiquer toutes les religions sans exception.

Premiers signataires: Taslima Nasrin (écrivaine), Elisabeth Badinter (philosophe), Nasser Khader (député du Danemark), Ibrahim Ramadan (secrétaire générale de l'Association des musulmans démocrates danois), Irshad Manji (écrivaine), Albert Memmi (écrivain), Claude Lanzmann et le comité de rédaction des Temps modernes, Chris Marker (réalisateur), René Pétillon (dessinateur), Angelo Rinaldi (écrivain, membre de l'Académie française), Elisabeth Roudinesco (historienne), Mohammed Sifaoui (journaliste réalisateur), Leïla Babès (sociologue), Elisabeth de Fontenay (philosophe), Abdelwahab Meddeb (écrivain), Bernard-Henri Lévy (philosophe), Fethi Benslama (psychanalyste), Chahla Chafiq (sociologue, écrivaine), Wassyla Tamzali (écrivaine), Farouk Mansouri (écrivain journaliste), Françoise Seligmann (présidente d'honneur de la Ligue des droits de l'homme), Antoine Spire (journaliste), Michel del Castillo (écrivain), Yves Pouliquen (membre de l'Académie française et de l'Académie des sciences), Jean-Claude Pecker (professeur honoraire au Collège de France, membre de l'Académie des sciences), Frédéric Vitoux (écrivain, membre de l'Académie française), Jeanne Favret-Saada (directeur EPHE, section sciences religieuses), Pascal Bruckner (écrivain), Dominique Sopo (président de Sos Racisme), Jean-Michel Quillardet (grand maître du GODF), Gilles Perrault (écrivain), Patrick Gaubert (président de la Licra), Luce Perrot (présidente de l'association Lire la politique), Alain Girard (premier secrétaire général du SNJ), Bernard Teper (président de l'UFAL), Michel Zaoui (avocat), Alain Seksig (enseignant), Benjamin Abtan (président de l'UEJF), Nadja Ringart (sociologue), Ahmed Meguini (journaliste militant), Samia Messaoudi (journaliste Beur FM), Loubna Méliane (militante antiraciste), Nadia Amiri (infirmière), Jean-Marie Matisson (président du comité Laïcité République), Olivier Bétourné (éditeur), Christophe Girard (adjoint au maire de Paris chargé de la culture), Didier Idjadi (maire adjoint Verts à Bagnolet), Roland Castro (architecte, candidat à la présidentielle), Corinne Lepage (avocate, candidate à la présidentielle), Dominique Voynet (sénatrice, candidate à la présidentielle).
Associations signataires: SOS Racisme, LICRA, Grand Orient de France, Union des familles laïques (UFAL), Comité Laïcité République, Syndicat national des journalistes (SNJ).
Texte paru dans Libération le 5 février

03/02/2007

Merci collègue.

Où en est l'"islam de France" ?
par Caroline Fourest

Dans un récent communiqué, le Conseil français du culte musulman (CFCM), censé s'occuper uniquement des questions liées au culte, semble refuser aux partis politiques français le droit de faire sa critique et même de traiter la question de l'islam de France en vue de la présidentielle. Et ce sous prétexte de dénoncer la "tournure politicienne" prise par ce débat. De qui se moque-t-on ?
On comprend que ni le CFCM ni son créateur, Nicolas Sarkozy, n'aient apprécié qu'un homme politique comme Eric Besson (secrétaire national du Parti socialiste) fasse enfin le bilan de ce mariage forcé malheureux entre l'islam traditionnel et l'islam intégriste au sein d'un Conseil ni vraiment élu ni vraiment représentatif, mais plutôt symptomatique du désir d'instrumentaliser l'islam de France à des fins de pragmatisme politique.
Le résultat est là. Ce pari a échoué. Non seulement, l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) - qui compte seulement quelques dizaines de milliers de sympathisants - peut se targuer de représenter un tiers de l'islam de France (alors que 73 % des musulmans sont attachés au principe de laïcité et que l'écrasante majorité d'entre eux ne se reconnaît pas dans l'islamisme), mais cette organisation n'a, en échange, rien perdu de sa radicalité. Elle est toujours inféodée à la pensée des Frères musulmans, et toujours sous influence de Hani Ramadan et de Youssef Al-Qaradhawi (le prédicateur d'Al-Jazira ayant récemment désigné Robert Redeker comme un ennemi de l'islam).
De son côté, la Mosquée de Paris se montre modérément tolérante depuis qu'elle doit composer avec ces radicaux au sein du CFCM. Ne portent-ils pas plainte conjointement contre Charlie Hebdo ?
Les 7 et 8 février, au tribunal de grande instance de Paris, Charlie Hebdo sera jugé pour avoir republié deux des dessins danois, mais aussi pour avoir publié un dessin de Cabu selon lequel Mahomet désavoue les intégristes ! Puisque le sous-titre disait "Mahomet débordé par les intégristes" et qu'il s'exclamait : "C'est dur d'être aimé par des cons !" Ce qui semble prouver que le seul fait de faire parler Mahomet, pour ou contre les intégristes, pose désormais problème à ceux qui voudraient restreindre la liberté d'expression dès lors qu'il s'agit de religion.
"CHARLIE HEBDO"
La Mosquée de Paris, défendue par maître Szpiner, ainsi que l'UOIF portent plainte pour "injures envers un groupe de personnes en raison de leur appartenance religieuse". La Ligue islamique mondiale (la fondation saoudienne finançant la diffusion du wahhabisme) s'est jointe à eux. S'il devait être négatif, ce jugement pourrait confirmer une jurisprudence visant à confondre la critique libre de la religion et même de l'intégrisme avec une forme d'injure au titre des lois antiracistes. C'est donc un enjeu politique.
Or la présence symbolique de deux hommes politiques de droite et de gauche, François Hollande et François Bayrou, venus soutenir Charlie Hebdo et le droit à continuer de critiquer les religions, a été dénoncée comme de l'"ingérence" par le CFCM. Mais qui, décidément, fait de l'ingérence ? Des politiques qui, pour une fois, prennent des positions claires sur ces questions dites sensibles mais essentielles, ou les membres du CFCM qui portent plainte contre le droit de caricaturer et maintenant voudraient aussi nous interdire de débattre ?
Pourquoi ne les entend-on pas dénoncer avec autant d'émotion l'"ingérence" de Nicolas Sarkozy lorsque ce dernier n'hésite pas à mettre en avant la question de l'islam de France pour mieux réclamer la suppression de l'article 2 de la loi de 1905, afin de permettre à l'Etat de financer directement le culte ? Ce qui revient à tuer la laïcité à la française.
Toutes ces questions - celle de la laïcité mais aussi celle de la liberté d'expression, l'action du CFCM, ou la question de savoir s'il faut ou non financer des lieux de culte - doivent bien évidemment être abordées, sans angélisme ni tabous, en vue de la présidentielle. N'esquivons pas ces sujets sous prétexte qu'ils fâchent. Mais débattons-en sérieusement. En cessant de confondre systématiquement la critique de la religion avec du racisme ou le débat sur la laïcité et la citoyenneté avec un débat sur l'immigration et la sécurité. Au risque d'alimenter un choc des préjugés, sécuritaires contre victimaires, dont ne sortiront vainqueurs que les extrêmes.

Caroline Fourest, essayiste, est enseignante à Sciences Po.
Article paru dans Le Monde du 31 janvier 2007

02/02/2007

Les élus au SMIC !

En voilà une idée qu’elle est bonne !
Le facteur, Olivier Besancenot, a fait savoir qu’il ne payait pas l’impôt sur la fortune, contrairement à d’autres de ses concurrents à la grand course à l’échalote. Fort de la liberté de parole que lui autorise plus qu’à d’autre sa situation financière - ce n’est effectivement pas avec un salaire de facteur qu’on s’engraisse - il a fait une proposition fort intéressante : le salaire de tous les élus devrait être égal au SMIC. Ainsi ajoute-t-il avec une ironie pleine de bon sens : « …ils auraient tous intérêt à l’augmenter, ce SMIC ! ».
C’est-y pas frappé au coin du bon sens, ça ? !

01/02/2007

A rejetter: nuisible.

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Si vous le voyez, surtout n'ouvrez pas!

31/01/2007

Union des Morues et des Proxos

Il s’appelle Alain Agostini et, avec sa première monture, il mettaient au turf une dizaine de belle hétaïres vauclusiennes et gardoises (hétaïre, c’est un mot distingué pour dire pute). Tout ça en famille : on commence petit, avec sa femme et sa belle mère, puis on se lance, on prend du personnel. Il faisait tapiner – pardon masser – ses protégées directement chez lui, dans sa villa de Sorgues. Moyennant un pourcentage de 50%. Faut ce qu’il faut, on a des frais dans le métier. Il mettait des annonces ans les journaux régionaux. Bref, « Ma petite entreprise ne connaît pas la crise… » comme chante l’autre.
Mais voilà-t-y pas que les bourres, avec leurs gros sabots, sont venus saccager ce bel ordonnancement… Patatras, tout fout le camp… Pauvre Agostini.
Ah ! Un petit détail savoureux : Agostini est un respectable élu de la bonne ville d’Orange (oui, ce territoire occupé avec, à la Kommendantur Herr Bompart, Front national reconverti chez Villiers). Mais un élu d’opposition. Un élu U.M.P ! ! !

22/01/2007

Hommage d'un Mécréant à un Croyant

Tiens l'abbé, je te dédis cette chanson:

Et si un jour...
(Paroles de Jean-Victor Joubert
Musique de Jean Nubel)


Et si un jour je quitt' la terre
Pour m'en aller vers l'infini
Et si un jour je quitt' la terre
Je partirais dans l'harmonie
Et si un jour je quitte la terre
Pour m'en aller vers le soleil
Et si un jour je quitte la terre
Je partirais vers mon Éveil

Les tracas
Les fracas
Les soucis
Les ennuis
De la vie
Pour moi pour moi seront finis

Lorsque je franchirais la porte
Qui nous conduit vers l'inconnu
Je voudrais avoir pour escorte
Tous les amis que j'ai connu
Je laisserai en héritage
Amour, amitié, harmonie
Gaieté, tolérance et courage
Joués comme une symphonie

Version finale gai :
(Récitant)
Parents, enfants et amis
Autour de moi réunis
Plein de ferveur et d'amour
Et si je vous jouais un tour !

J'ai pas envie d'quitter la Terre
Je préfèr' rester au Soleil
Et vivre libre comme l'air
En buvant du bon vin vermeil !
Je suis si bien sur cette Terre
A festoyer, rire et chanter
Mon paradis il est sur Terre
J'y rest'rais pour l'éternité !

Version finale mélancolique :
(Récitant)
Parents, enfants et amis
Autour de moi réunis
Plein de ferveur et d'amour
On se retrouvera un jour !

Et si un jour je quitt' la terre
Pour m'en aller vers l'infini
Et si un jour je quitt' la terre
Je partirais dans l'harmonie
Et si un jour je quitte la terre
Pour m'en aller vers le soleil
Et si un jour je quitte la terre
Je partirais vers mon Éveil

20/01/2007

Copinage: Sortie du "Choc des Préjugés" par Caroline Fourest

Le Choc des préjugés ou l'impasse des postures sécuritaires et victimaires

De part et d'autre des périphériques et des rocades, deux France s'invectivent.
La France qui a peur ne veut voir dans celle des cités que délinquants, islamistes et graines de terroristes insolubles dans la République. En face, cette France qui fait peur, trop souvent laissée pour compte, crie à la discrimination, au racisme et à l'"islamophobie".
Dans cette cacophonie de lieux communs, personne ne s'entend, car personne n'écoute, chacun se contentant de projeter sur l'autre ses fantasmes et ses préjugés, ses angoisses et ses frustrations. Résultat : le contrat social qui a fait de la France un pays de mélanges et de rencontres bat sérieusement de l'aile.
Pour éviter qu'il ne finisse en miettes, Caroline Fourest propose une remise à plat radicale des idées reçues qui prospèrent de part et d'autre. Systématiquement, avec rigueur et impartialité, elle les recense, les décortique et les analyse :
- La France est-elle victime de l'islamisation ?
- la polygamie est-elle responsable des émeutes de novembre 2005 ?
- La presse est-elle "islamophobe" ?
- La France est-elle raciste ?
- La justice est-elle laxiste ?
- Deux poids, deux mesures ?
- Le modèle anglo-saxon fonctionne-t-il mieux ?
Sans fantasmes ni angélisme, Caroline Fourest répond aux questions des Français. De tous les Français. Ceux qui risquent de céder aux amalgames. Et ceux qui risquent de répondre aux amalgames par d'autres amalgames.
Chez Calmann-Lévy

17/01/2007

Lu dans Midi Libre ce jour

TUEURS - L'Inde se passionne pour la pire série de meurtres de son histoire, dont l'un des auteurs a avoué avoir assassiné, violé et tenté de manger une quinzaine d'enfants mais dont le nombre de victimes dépasserait les 40. Les policiers découvrent de plus en plus de restes humains dans la banlieue de New Delhi, dans lé jardin d'un entrepreneur de travaux publics. Son cuisinier et complice a reconnu avoir eu des relations sexuelles avec les cadavres et avoir essayé d'ingérer certains organes.
Voilà où mène la faim au pays des Indes galantes !

CAFE - Géants de l'agroalimentaire, Kraft ou Nestlé vendraient du café récolté de façon illégale dans un parc national indonésien refuge pour des espèces animales menacées d'extinction, accuse le Fonds mondial pour la nature (WWF)
Demandez aux Perrier de Vergèze : les méthodes crapuleuses de Nestlé, ils connaissent !

STATUE - Le quartier chaud d'Amsterdam, haut lieu de la prostitution, aura bientôt sa statue de bronze en hommage aux prostituées du monde entier;, signée par le sculpteur Els Rijerse.
Ben voilà une nouvelle qu’elle est bonne !

13/01/2007

Baguenaudage de ouiquende

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Eh! Ulysse, tu as bien dû t'y allonger dessous, iu dessus, au coyrs de tes pérégrinations.
Moi je suis allé pêcher la girelle à Port camargue:

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05/01/2007

Ségo arrive à pieds par la Chine.

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La voici en pleine explication entre les droits de l'homme et les affaires. Elle nous dévoile des perspectives interessantes.

02/01/2007

Europe 2007 : bienvenue au club

L’Europe accueille deux nouveau membres. Bienvenue au club ! L’Europe est la plus belle idée du siècle passé. Elle a bercé nos rêves, suscité beaucoup d’espoirs. Elle est aussi – hélas – une grande déception car cette belle idée a été dévoyée. Au lieu de bâtir une Europe des solidarité, les technocrates — non élus et mis en place par les lobby financiers multinationaux — ont établi une Europe de la concurrence sauvage non seulement entre les nations mais surtout entre les peuples qui la constituent.
Il n’est pas inutile de revenir à ce qui a été la véritable volonté des Pères Fondateurs : la paix et la réconciliation entre l’Allemagne et la France. Ce but — ô combien difficile à seulement envisager à cette époque — est atteint au delà de toute espérance. Dès lors, faut-il que ces deux grands pays se diluent dans une construction complexe, sans ambition ni frontières, qui les met au même niveau que Malte, Chypre ou la Lituanie ? Certainement pas. Le Non — en cassant cette marche vers la simple zone de libre échange appelée de leurs vœux par les Anglais — incite France et Allemagne à avancer dans le sens d’une intégration politique, militaire et diplomatique réelle sous peine d’être reléguées au rang de la Hongrie ou du Portugal.
Dans quelques mois, ce seront vraisemblablement deux femmes qui présideront aux destinées de nos deux pays ; on peut légitimement espérer que leur réalisme, leur pragmatisme de femmes les conduiront à ce mariage de raison. Cette Françallemagne, englobant évidemment la Belgique, cohérente géographiquement, atteindrait la taille critique tant en matière démographique (autant que la Russie) qu’économique (autant que le Japon). Elle constituerait une entité stratégique réelle capable de parler d’autant plus haut et fort qu’elle pourrait s’appuyer sur une puissance militaire conséquente, restant à bâtir (faut pas être angélique). Dès lors le siège de la France — de la Françallemagne — au Conseil de sécurité de l’Onu ne pourrait plus être contesté. Et le reste de l’Europe aurait un noyau fort autour duquel se constituer politiquement. En oubliant tout de même les Anglais, bien sûr !

30/12/2006

Bonnes fêtes mais...

Ne te cuite pas
(de Jean-Victor Joubert, se chante sur un air célèbre de tonton Brel)

Ne te cuite pas,
Ne te cuite pas,
Fais gaffe à ton foie
Ne te cuite pas,
Ne te cuite pas
Comm’ la dernièr’ fois

Tu étais rentré bourré de Tavel
A six heur’ du mat’ comme un infidèle
Tu te trimbalais une tel’ biture
Que t’arrivais pas à trouver la serrure
Tu as renversé les quatre fauteuils
Si j’étais descendu, j’te dit pas l’accueil
Ne te cuite pas
Ne te cuite pas
Ne te cuite pas

Ne te cuite pas,
C’est pas rigolo,
Espèce de soûlot,
Ne te cuite pas
Je suis tracassée
Quand t’es fracassé

Et quand t’as voulu aller au pissoir
Bé, tu as ouvert la porte de l’armoire
Tu as pissé sur mes piles de draps
Dans la penderie
Sur mes beaux habits
Quand tu as voulu venir dans mon lit
Je t’ai repoussé dans ton dégueulis
Ne te cuite pas
Ne te cuite pas
Ne te cuite pas

Et puis y’a moins drôle
Prend pas ta bagnole
Imbibé de gnole
Ne te cuite pas
Ne te cuite pas
Ne te cuite pas
Tu peux te tuer
Tu peux me tuer
Tu peux massacrer
Et verser le sang
De gens innocents
Ne te cuite pas (ter)

24/12/2006

Joyeux Noio Hel (c'est Noël en Gaulois !

Le nougat du Bon Dieu

Le dur mistral d’hiver ronfle et mugit dans les larges poitrines des grands platanes de la place Jean-Jaurès. Marcel, le pâtissier de Villeneuve, regarde sa femme et ses quatre chers petits, main dans la main, partir dans le froid, emmitouflés dans de grands manteaux, la tête couverte de châles de laine. Ils ne vont pas très loin : seulement chez “ Marraine ” où se tient traditionnellement la veillée calendale de la famille. Marraine, c’est l’aïeule, la maîtresse respectée de la ferme dont les bâtiments s’étagent au pied des redoutables murailles du fort Saint-André.
Marcel, cette fois encore, ne sera pas de la fête : il est pâtissier et son métier l’oblige à travailler pour préparer le plaisir des autres… Un court moment de tendre mélancolie, puis il redescend vite au laboratoire. Les bûches sont roulées, les chocolats sont coulés, mais il reste un travail difficile à réussir : le nougat noir…
Dans le grand “ cul-de-poule ” de cuivre, Marcel a mis à cuire le miel et les amandes. C’est très délicat le nougat noir. Trop de cuisson : le nougat sera cassant, avec un goût de brûlé. Pas assez : il sera collant aux doigts. Il faut tourner doucement, cuire à feu doux et s’arrêter à la minute près. Pour connaître ce seuil, Marcel n’hésite pas à sucer son doigt puis à le tremper rapidement dans le sucre en fusion. Le nougat noir est tout un art. C’est une question de coup d’œil, d’odeur, d’intuition, de compétence.
A la ferme, chez Marraine, les femmes ont disposé, sur les trois nappes blanches, les services de fêtes, les verres du dimanche. Dans l’âtre qui flamboie, l’aïeule et le “ caga-nis ” — chez nous, on nomme ainsi le plus jeune des enfants — apportent une bûche d’arbre fruitier bien sec.
D’un verre de vin cuit versé avec respect, Marraine — en l’absence de son mari, tombé sous les balles de la grande guerre — bénit la bûche puis, d’un ton solennel prononce à belle voix la formule rituelle des Provençaux :
“ Alègre ! Alègre !
Mi bèus enfant, Dièu nous alègre !
Emé Calèndo tout bèn vèn…
Dièu nous fague la gràci de vèire l’an que vèn,
E se noun sian pas mai, que noun fuguen pas mens ! ”
La famille s’installe alors à table, réservant une place, pas très loin de la porte, pour le pauvre transi que le sort accable. Cette nuit, s’il vient, il aura l’amour, le couvert et le gîte.
Et les femmes, dès lors, servent le Gros Souper : les petits escargots à la “ suçarelle ” que l’on aspire d’un coup, les cardons à l’anchois, la raïto de merlusso, le muge aux olives, le gratin de brandade, et, pour laver la bouche l ‘àpi à la pebrado.
On arrose ces mets aux grands vins de la Coste-du-Rhône.
Enfin voici venu le moment où l’on sert, avec cérémonie, tous les treize desserts : les amandes, les noix et les noisettes, les figues sèches, les dattes, les mandarines, les oranges, les pommes, les poires, les raisins que l’on garde depuis septembre suspendus par leur branche dans le grenier, voici le nougat blanc, voici enfin le nougat noir…
Le nougat noir ! Marcel, seul dans son laboratoire se bat avec son nougat noir… Il a laissé son esprit vagabonder quelques minutes vers sa chère famille réunie pas très loin. Cette minute de spleen a été fatale : le nougat est trop cuit !
Marcel sent en lui la morsure sournoise du désespoir. Sa cuisson est fichue ! Il ne pourra pas honorer les commandes de ses clients. C’est le déshonneur…
Il y a pourtant encore une solution : prendre sa bicyclette, atteler la remorque — nous sommes au sortir de la guerre — traverser dans le froid le pont suspendu, aller à Avignon chez Perrier, son maître es pâtisserie et lui demander — toute honte bue — de lui fournir un peu de ce fameux nougat noir !
C’est Noël, les clients de Marcel lui font confiance, il doit les satisfaire quitte à s’asseoir sur son orgueil. Il accepte donc l’humiliation.
Soudain, la lumière s’éteint dans le laboratoire. Une étrange lueur diaphane scintille, semblant irradier les formes de bois dans lesquelles Marcel devait couler son nougat noir. Un étrange parfum, délicat, suave, remplace la désagréable odeur de la cuisson brûlée. Les oreilles de Marcel résonnent d’une musique inconnue, envoûtante, céleste. L’étrange lueur s’estompe et revient la lumière. Dans les formes, Marcel, incrédule, découvre des plaques du nougat le plus fin, le plus délicat, le plus succulent qui se puisse rêver. Un nougat divin !
Marcel — tout mécréant qu’il soit, souvent en délicatesse avec les choses de la religion, n’hésitant pas, lors de tonitruantes colères à qualifier le bon dieu d’épithètes forts sonnantes, assurant qu’il lui facilite le transit intestinal et émettant avec véhémence des doutes sur la vertu de la Vierge — Marcel se laisse tomber à genoux. Les mains jointes, il goûte un morceau de ce nougat venu d’ailleurs…
Chez Marraine, on apporte enfin la pompe à l’huile, symbole de l’espoir !
On mange, on boit, on chante, on est tout à sa joie. Puis minuit sonne. On se lève de table, on s’emmitouffle dans les manteaux, les pélerines, les châles et les fichus. On lutte contre le vent glacial sous le goulet et on va tous à la messe…
Marcel, lui aussi, a entendu les douze coups sonner au clocher de la collégiale. Le visage transcendé de bonheur, il met sa canadienne dont il emplit les poches de morceaux de nougat. Puis il descend la rue pour se rendre à l’église. Lorsqu’il arrive, Brunel, le baryton, accompagné à l’orgue, chante à pleine voix le “ Minuit chrétien ” de Capeau et Adam.
Marcel rejoint discrètement sa famille. Il donne à chacun de ses quatre enfants un morceau de nougat :
— “ Tenez les petits, prenez et mangez : c’est le nougat du Bon Dieu ”.

Jean-Victor Joubert.

19/12/2006

Tè! Voilà une chanson de bouffe pour les baffrades noêlliennes.

Ca se chante sur l'air des Paupiettes (Nicole, c'est ma meuf!)

Nicooooole
Nicooooole
La bouff’ c’est pas de la bricooole
Notre amour atteint de hauts niveaux
Surtout quand tu me fais la têêêtee
Mais la têtee de veau.

J’aime manger les langoustines
Le foie gras et le cassoulet
J’adore aussi les aubergines
Pourtant je n’oublierai jamais…

Nicooooole
Nicooooole
La bouff’ c’est pas de la bricooole
Notre amour atteint de hauts niveaux
Surtout quand tu me fais la têêêtee
Mais la têtee de veau.

Quand tu me fais de la blanquette
De la daube ou de l’aligot
J’ai le cœur et la tripe en fête
Oui mais ce qui me rend dingo…

Nicooooole
Nicooooole
La bouff’ c’est pas de la bricooole
Notre amour atteint de hauts niveaux
Surtout quand tu me fais la têêêtee
Mais la têtee de veau.

Un week-end d’amour à Venise
A Jonquières ou à Pujaut
Procurent des heures exquises
Mais moi ce qui me rend barjo…

Nicooooole
Nicooooole
La bouff’ c’est pas de la bricooole
Notre amour atteint de hauts niveaux
Surtout quand tu me fais la têêêtee
Mais la têtee de veau.