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24/12/2011

Hommage d’un mécréant à son père : Magie de Noio Hel.

 

nougat noir.jpg 

 

Le dur mistral d’hiver ronfle et mugit dans les larges poitrines des grands platanes de la place Jean-Jaurès. Marcel, le pâtissier de Villeneuve, regarde sa femme et ses quatre chers petits, main dans la main, partir dans le froid, emmitouflés dans de grands manteaux, la tête couverte de châles de laine. Ils ne vont pas très loin : seulement chez “ Marraine ” où se tient traditionnellement la veillée calendale de la famille. Marraine, c’est l’aïeule, la maîtresse respectée de la ferme dont les bâtiments s’étagent au pied des  redoutables murailles du fort Saint-André.

 

Marcel, cette fois encore, ne sera pas de la fête : il est pâtissier et son métier l’oblige à travailler pour préparer le plaisir des autres… Un court moment de tendre mélancolie, puis il redescend vite au laboratoire. Les bûches sont roulées, les chocolats sont coulés, mais il reste un travail difficile à réussir : le nougat noir…

 

Dans le grand “ cul-de-poule ” de cuivre, Marcel a mis à cuire le miel et les amandes. C’est très délicat le nougat noir. Trop de cuisson : le nougat sera cassant, avec un goût de brûlé. Pas assez : il sera collant aux doigts. Il faut tourner doucement, cuire à feu doux et s’arrêter à la minute près. Pour connaître ce seuil, Marcel n’hésite pas à sucer son doigt puis à le tremper rapidement dans le sucre en fusion. Le nougat noir est tout un art. C’est une question de coup d’œil, d’odeur, d’intuition, de compétence.

 

A la ferme, chez Marraine, les femmes ont disposé, sur les trois nappes blanches, les services de fêtes, les verres du dimanche. Dans l’âtre qui flamboie, l’aïeule et le “ caga-nis ” — chez nous, on nomme ainsi le plus jeune des enfants — apportent une bûche d’arbre fruitier bien sec.

 

D’un verre de vin cuit versé avec respect, Marraine — en l’absence de son mari, tombé sous les balles de la grande guerre — bénit la bûche puis, d’un ton solennel prononce à belle voix la formule rituelle des Provençaux :

 

“ Alègre ! Alègre !

Mi bèus enfant, Dièu nous alègre !

Emé Calèndo tout bèn vèn…

Dièu nous fague la gràci de vèire l’an que vèn,

E se noun sian pas mai, que noun fuguen pas mens ! ”

 

La famille s’installe alors à table, réservant une place, pas très loin de la porte, pour le pauvre transi que le sort accable. Cette nuit, s’il vient, il aura l’amour, le couvert et le gîte.

 

Et les femmes, dès lors, servent le Gros Souper : les petits escargots à la “ suçarelle ” que l’on aspire d’un coup, les cardons à l’anchois, la raïto de merlusso, le muge aux olives, le gratin de brandade, et, pour laver la bouche l’àpi à la pebrado.

 

On arrose ces mets aux grands vins de la Coste-du-Rhône.

 

Enfin voici venu le moment où l’on sert, avec cérémonie, les treize desserts : les amandes, les noix et les noisettes, les figues sèches, les dattes, les mandarines, les oranges, les pommes, les poires, les raisins que l’on garde depuis septembre suspendus par leur branche dans le grenier, puis voici le nougat blanc, voici enfin le nougat noir…

 

Le nougat noir ! Marcel, seul dans son laboratoire se bat avec son nougat noir… Il a laissé son esprit vagabonder quelques minutes vers sa chère famille réunie pas très loin. Cette minute de spleen a été fatale : le nougat est trop cuit !

 

Marcel sent en lui la morsure sournoise du désespoir. Sa cuisson est fichue ! Il ne pourra pas honorer les commandes de ses clients. C’est le déshonneur…

 

Il y a pourtant encore une solution : prendre sa bicyclette, atteler la remorque — nous sommes au sortir de la guerre — traverser dans le froid le pont suspendu, aller à Avignon chez Perrier, son maître es pâtisserie et lui demander — toute honte bue — de lui fournir un peu de ce fameux nougat noir !

 

C’est Noël, les clients de Marcel lui font confiance, il doit les satisfaire quitte à s’asseoir sur son orgueil. Il accepte donc l’humiliation.

 

Soudain, la lumière s’éteint dans le laboratoire. Une étrange lueur diaphane scintille, semblant irradier les formes de bois dans lesquelles Marcel devait couler son nougat noir. Un étrange parfum, délicat, suave, remplace la désagréable odeur de la cuisson brûlée. Les oreilles de Marcel résonnent d’une musique inconnue, envoûtante, céleste. L’étrange lueur s’estompe et revient la lumière. Dans les formes, Marcel, incrédule, découvre des plaques du nougat le plus fin, le plus délicat, le plus succulent qui se puisse rêver. Un nougat divin !

 

Marcel — tout mécréant qu’il soit, souvent en délicatesse avec les choses de la religion, n’hésitant pas, lors de tonitruantes colères à qualifier le bon dieu d’épithètes forts sonnantes, assurant qu’il lui facilite le transit intestinal et émettant avec véhémence des doutes sur la vertu de la Vierge — Marcel se laisse tomber à genoux. Les mains jointes, il goûte un morceau de ce nougat venu d’ailleurs…

 

Chez Marraine, on apporte enfin la pompe à l’huile, symbole de l’espoir ! On mange, on boit, on chante, on est tout à sa joie. Puis sonne minuit. On se lève de table, on s’emmitoufle dans les manteaux, les pèlerines, les châles et les fichus. On lutte contre le vent glacial sous le goulet étroit et venté qui relie la ferme au village et on va tous à la messe…

 

Marcel, lui aussi, a entendu les douze coups sonner au clocher de la collégiale. Le visage transcendé de bonheur, il met sa canadienne dont il emplit les poches de morceaux de nougat. Puis il descend la rue pour se rendre à l’église. Lorsqu’il arrive, Brunel, le baryton, accompagné à l’orgue, chante à pleine voix le “ Minuit chrétien ” de Capeau et Adam.

 

Marcel rejoint discrètement sa famille. Il donne à chacun de ses quatre enfants un morceau de nougat :

  “ Tenez les petits, prenez et mangez : c’est le nougat du Bon Dieu ”.

 

VictorAyoli

 

 

Quartidi 4 Nivose 220

 

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23/12/2011

Réveillon : bouffez du patron !

 

père noel dinde.jpg

 

Prenez un patron bien gras et dodu. La meilleure race, c’est la Cacarente. Le nec plus ultra, le Bresse de ces volailles restant tout de même le Patrondebanque. Evitez les patrons Depéhèmeux, ils sont trop petits, ils triment souvent autant que vous et sont trop dur à cuire. Sinon bouffez le père Noël, c’est leur représentant.

Plumez-le autant qu’il vous a plumé. A vif autant que possible : ça crée une production d’endorphine qui donnera à la viande un fumet particulier qui vous rappellera le jour où il vous a convoqué pour vous lourder.

Flambez-le, si possible sur les ruines fumantes de son bureau ou de son usine. Puis égorgez-le en gardant le sang, il est fait de celui qu’il vous a fait suer.

Videz-le de ses tripes qu’il a toute sa vie copieusement tapissées de sauces chaudes et onctueuses avec le pognon qu’il vous a volé. Jetez-les, de toute façon un patron de  Cacarente n’a rien dans les tripes, et beaucoup de merde dans la tête.

Coupez-le en morceaux, au hachoir ou à la tronçonneuse selon affinités. Faites macérer les morceaux dans une marinade faites de moitié bile, aussi amère que celle qu’il vous a faite faire, moitié merde diarrhéique, c’est ce qui convient le mieux.

Après deux jours de marinade, faites revenir les morceaux dans de l’huile de vidange. Puis mettre à cuire à l’étouffé avec la marinade passée au chinois, comme ceux chez qui il a délocalisé votre usine.

Enfin, comme c’est immangeable, foutez le tout au chiotte, c’est la place de ce genre de patrons !

 Tridi  3 Nivose 220

 

Merci à Soulas

21/12/2011

M’ame Michu et M’ame Chazotte : « C’est Noël, on va au resto ! »

Les Vamps web.jpg

 

- Alors, M’ame Chazotte, avec les fêtes de fin d’année, on va pouvoir aller au restaurant dépenser notre petite cagnotte ! Hum ! Moi, j’ai envie d’un os à moelle pour commencer, puis d’un pintadeau farci, après, on verra… Depuis la baisse de la TVA, on va pourvoir manger plus pour le même prix !

 

- Ah ! Ah ! Ah ! Impayable M’ame Michu ! V’z’êtes impayable ! La baisse de la TVA, elle passe directement de la poche des con-tribuables – vous, moi - dans les fouilles des gargotiers ! Depuis ce cadeau de Sarko, ils peuvent changer leur 4x4 avec nos sous ! M’enfin, ils votent Sarko, quand ce n’est pas Le Pen. Le hold-up de 3 milliards d’euros par an (l’équivalent chaque année de 100.000 emplois largement au dessus du smic, vous les avez vu ces emplois ?), c’est pour empocher des voix. Et en plus ils nous font manger de la merde…

 

- Oh ! Comme vous parlez vous alors…

 

- A quelques exceptions près, M’ame Michu, v’savez ce que c’est la manière normale de cuisiner en France ? Faut être moderne ! Faut être moderne ! Sachez que la majorité, l’énorme majorité des cent vingt mille restos de France pratique cette méthode qui consiste à réchauffer, au micro-onde ou, au mieux au bain-marie, des préparations culinaires industrielles achetées à bas prix chez Métro ou autre distributeur équivalent. Et vendues à des prix aberrants. Ils appellent ça la « cuisine d’assemblage », portée aux nues par presque tous les gargotiers de France et de Navarre. Ils ont même réussi à imposer aux écoles hôtelières françaises ce type de « formation »… Enfin, une loi devrait bientôt obliger les gargotiers à marquer sur leur carte si le plat est « fait maison » ou non. On verra…

 

- Moi j’en mange des fois des surgelés. Des pizzas surtout.

 

- Ben vous êtes par bégueule… Chez vous, pourquoi pas, mais au resto ! Où est l’authenticité de la cuisine françouaiiise ? Faut dire qu’ils risquent pas grands choses les gargotiers : l’inénarrable Christine Lagarde, lorsqu’elle sévissait en temps que ministre de l’économie, a signé une « Charte des droits des entreprises du secteur des cafés, hôtels et restaurants ». Objectif de ce torchon chaleureusement applaudit par les dits gargotiers : faire en sorte que les contrôles des agents de la répression des fraudes « se déroulent dans les meilleures conditions possibles ». Autrement dit, les contrôleurs doivent prévenir les contrôlés, ils ne peuvent plus divulguer les résultats de leur travail, un « médiateur » - désigné par la profession ! ! ! - veille, dans chaque département à « tenter une conciliation » avant toute sanction, enfin, chaque année un comité départemental noyauté par la profession évalue les contrôleurs et donne des bons et des mauvais points.

 

- Ben ça alors ! Ouais mais les restaurateurs ont bien augmenté les salaires de leurs employés ?

 

- Ben voyons ! Si, suite à d'âpres négociations, une prime annuelle maximum de 500 euros est versée à certains salariés et que le Smic dans ce secteur est supérieur de quelques centimes d'euros bruts au Smic général, la branche de la restauration rapide, qui profite pleinement de la baisse de la TVA, n'a rien voulu octroyer à ses salariés qui restent pourtant les plus mal lotis de tout le secteur.

 

- Justement, la baisse de la TVA, qu’il dit le mari de Carla, c’était pour que la restauration traditionnelle soit alignée sur la restauration rapide…

 

- Baratin. La restauration rapide ne bénéficiait pas d'un taux de TVA différent de celui de la restauration traditionnelle, que l'on aille chez McDonald ou Bocuse, le « sur place » était facturé à 19,6% et le « à emporter » à 5,5%. Seulement les marchands de merde de la restauration rapide ne faisaient aucune distinction entre le « sur place » et le « à emporter ». Ce qu’il aurait fallu faire, pour équilibrer la concurrence, c’était mettre tout à 19,6%, que ce soit à emporter ou à manger sur place.

 

- Ouais mais, les restaurateurs ont embauché…

 

- Tè ! Fumes ! En réalité, c’est autour de 20.000 emplois net ont été créés depuis cette loi pour l'ensemble des CHR, soit un coût de 150.000 euros par poste ! Ils nous coûtent cher ces emplois M’ame Michu….

 

- Ben alors qu’est-ce qu’il faut faire M’ame Chazotte ?

 

- Mangez le patapon de votre chat…

 

Primidi 1er Nivose 220

 

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20/12/2011

C’est la trêve des confiseurs. Eh ! Tu la connais celle-là ?

 

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Le châtiment de Paris

 

Jacques Chirac, Dominique Strauss-Kahn et Nicolas Sarkozy meurent dans un accident. Ils arrivent devant Saint-Pierre qui les accueille par ces mots :

- « Vous ne pouvez pas encore entrer ici sans passer par le Jugement Dernier : vous voyez les portes là-bas, chacun de vous devra entrer par la porte qui lui est assignée, et vous trouverez votre châtiment derrière. »

Chirac ouvre la porte à son nom et ......... AAAAHHHHHH !!! Il y a une femme, enfin si on peut appeler ça une femme... Plutôt une créature ignoble, vieille, hideuse, puante, offrant un spectacle à vomir...

Une voix sépulcrale s’élève et dit alors : « JACQUES CHIRAC, TU AS PÉCHÉ TOUTE TA VIE, VOICI TON CHÂTIMENT : TU ES CONDAMNÉ À COPULER AVEC CE MACCHABÉE POUR L’ÉTERNITÉ... ». Et la porte se referme sur un Chirac hurlant d’horreur...

 

D.S.K. ouvre la sienne, pas rassuré, et il trouve une chose encore plus immonde, plus moche, plus puante ...

Une voix s’élève et dit : « DOMINIQUE STRAUSS-KHAN, TU AS PÉCHÉ TOUTE TA VIE, VOICI TON CHÂTIMENT : TU ES CONDAMNÉ À COPULER AVEC CE MACCHABÉE POUR L’ÉTERNITÉ... ». Et la porte claque derrière un Dominique Strauss-Kahn hurlant de terreur...

 

Encore moins rassuré, Nicolas Sarkozy ouvre sa porte et voit Paris Hilton, nue, plus belle que jamais... Nicolas Sarkozy se dit : « Wahoooo, c’est ça mon châtiment ? ». Et soudain une voix s’élève : « PARIS HILTON, TU AS PÉCHÉ TOUTE TA VIE, VOICI TON CHÂTIMENT... »

 

blague,sarko,dsk

 

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Décadi 30 Frimaire 220

 

19/12/2011

Noïo Hel, pas joyeux pour tous...

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Il me souvient, il y a quelques années d’une situation équivalente à celle ici illustrée par Chimulus.


Nous appréciions – ou subissions - en famille, les traditionnelles agapes de la soirée de Noël, avec force nourritures riches et libations. Dehors, un mistral glacé et glacial vidait les rues. Sur la place centrale répondant au beau nom de Jean-Jaurès, roulé en boule dans une cabine téléphonique, il y avait Jacques, un superbe clochard à l’ancienne, artiste doreur sur bois ayant choisi la liberté suprême mais difficile du glandage intégral. Engoncé sous sa barbe et son manteau, sa nuit de Noël n’était pas des plus festives… On le voyait depuis la fenêtre…


En Provence, la tradition veut – enfin, dit ! – qu’il y ait toujours une assiette mise au repas de Noël pour le pauvre qui viendrait à passer. J’ai donc proposé d’aller chercher le Jacques. Mouais… Proposition pas tellement plébiscitée. Je suis donc descendu avec une demi bouteille de champagne et une belle portion de buche de Noël. Et Jacques m’a fait l’honneur de me remercier, atténuant un peu ma honte…


Noël nous gonfle un peu (beaucoup !) les aliboffis, avec son cortège de contes religieux à prendre avec beaucoup de recul (et pour moi de cynisme) et surtout de pressions commerciales ahurissantes.


Mais ne nous laissons pas abuser par les curés et leur « petit Jésus » ni par les marchands avec leurs gros débile en rouge, symbole de cacacola chez les Zétazuniens.


Beaucoup ignorent que le mot « Noël » est un terme païen bien antérieur au christianisme. L'origine la plus vraisemblable du mot Noël ne serait pas le latin natalis dies (jour de naissance) mais le gaulois noio hel signifiant « nouveau soleil ».


L'interprétation latine traditionnelle de l'origine du mot Noël viserait à occulter les origines pré-chrétiennes de la fête qui trouve sa source dans le culte de Mithra (dieu du «soleil invaincu») chez les Romains et dans les autres fêtes de solstice des pays nordiques.


Avant la réforme du calendrier par Jules César, le solstice d'hiver correspondait au 25 décembre du calendrier romain et les festivités ont continué de se tenir à cette date même après que le solstice eut correspondu au 21 décembre du calendrier julien.


Étymologiquement parlant, les laïques, les libres penseurs et les athées auraient donc toutes les raisons du monde de se souhaiter Joyeux Noël, et ce faisant ils n'empruntent rien à la religion chrétienne !


 Nonidi 29 Frimaire 220


Merci à Chimulus

 

18/12/2011

Gastronomie dominicale. Vous aimez les enfants ? Reprenez-en…

 

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L’écrivain Jonathan Swift, pour protester contre l’effroyable misère qui sévissait alors en Irlande sous domination anglaise, a écrit en 1729 un pamphlet aussi féroce que désespéré. L’Europe et la mondialisation ultra libérale donnent une nouvelle jeunesse à ce texte. En temps de Noël de crise, à lire et à méditer ce petit chef-d’œuvre de second degré et d’ironie sarcastique:

 

(…) Un Américain très avisé que j’ai connu à Londres m’a assuré qu’un jeune enfant en bonne santé et bien nourri constitue à l’âge d’un an un mets délicieux, nutritif et sain, qu’il soit cuit en daube, au pot, rôti à la broche ou au four, et j’ai tout lieu de croire qu’il s’accommode aussi bien en fricassée ou en ragoût.

 

(…) Je porte donc humblement à l’attention du public cette proposition : sur ce chiffre estimé de cent vingt mille enfants, on en garderait vingt mille pour la reproduction, dont un quart seulement de mâles - ce qui est plus que nous n’en accordons aux moutons, aux bovins et aux porcs -, la raison en étant que ces enfants sont rarement les fruits du mariage, formalité peu prisée de nos sauvages, et qu’en conséquence un seul mâle suffira à servir quatre femelles.

 

On mettrait en vente les cent mille autres à l’âge d’un an, pour les proposer aux personnes de bien et de qualité à travers le royaume, non sans recommander à la mère de les laisser téter à satiété pendant le dernier mois, de manière à les rendre dodus et gras à souhait pour une bonne table. Si l’on reçoit, on pourra faire deux plats d’un enfant, et si l’on dîne en famille, on pourra se contenter d’un quartier, épaule ou gigot, qui, assaisonné d’un peu de sel et de poivre, sera excellent cuit au pot le quatrième jour, particulièrement en hiver.

 

J’ai calculé qu’un nouveau-né pèse en moyenne douze livres et qu’il peut, en une année solaire, s’il est convenablement nourri, atteindre vingt-huit livres.

Je reconnais que ce comestible se révélera quelque peu onéreux, en quoi il conviendra parfaitement aux propriétaires terriens qui, ayant déjà sucé la moelle des pères, semblent les mieux qualifiés pour manger la chair des enfants.

 

(…) Ainsi que je l’ai précisé plus haut, subvenir aux besoins d’un enfant de mendiant (catégorie dans laquelle j’inclus les métayers, les journaliers et les quatre cinquièmes des fermiers) revient à deux shillings par an, haillons inclus, et je crois que pas un gentleman ne rechignera à débourser dix shillings pour un nourrisson de boucherie engraissé à point, qui, je le répète, fournira quatre plats d’une viande excellente et nourrissante, que l’on traite un ami ou que l’on dîne en famille. Ainsi, les hobereaux apprendront à être de bons propriétaires et verront leur popularité croître parmi leurs métayers, les mères feront un bénéfice net de huit shillings et seront aptes au travail jusqu’à ce qu’elles produisent un autre enfant.

 

Ceux qui sont économes (ce que réclame, je dois bien l’avouer, notre époque) pourront écorcher la pièce avant de la dépecer ; la peau, traitée comme il convient, fera d’admirables gants pour dames et des bottes d’été pour messieurs raffinés.

 

Quant à notre ville de Dublin, on pourrait y aménager des abattoirs, dans les quartiers les plus appropriés, et qu’on en soit assuré, les bouchers ne manqueront pas, bien que je recommande d’acheter plutôt les nourrissons vivants et de les préparer « au sang » comme les cochons à rôtir. (...)

 

(…) Nul doute que cet aliment attirerait de nombreux clients dans les auberges dont les patrons ne manqueraient pas de mettre au point les meilleures recettes pour le préparer à la perfection, et leurs établissements seraient ainsi fréquentés par les gentilshommes les plus distingués qui s’enorgueillissent à juste titre de leur science gastronomique ; un cuisinier habile, sachant obliger ses hôtes, trouvera la façon de l’accommoder en plats aussi fastueux qu’ils les affectionnent. (…)

 

(…)Nous devrions voir naître une saine émulation chez les femmes mariées - à celle qui apportera au marché le bébé le plus gras -, les hommes deviendraient aussi attentionnés envers leurs épouses, durant le temps de leur grossesse, qu’ils le sont aujourd’hui envers leurs juments ou leurs vaches pleines, envers leur truie prête à mettre bas, et la crainte d’une fausse couche les empêcherait de distribuer (ainsi qu’ils le font trop fréquemment) coups de poing ou de pied. (…)

 

(…)Je conjure les hommes d’Etat qui sont opposés à ma proposition, et assez hardis peut-être pour tenter d’apporter une autre réponse, d’aller auparavant demander aux parents de ces mortels s’ils ne regarderaient pas aujourd’hui comme un grand bonheur d’avoir été vendus comme viande de boucherie à l’âge d’un an, de la manière que je prescris, et d’avoir évité ainsi toute la série d’infortunes par lesquelles ils ont passé jusqu’ici, l’oppression des propriétaires, l’impossibilité de régler leurs termes sans argent ni travail, les privations de toutes sortes, sans toit ni vêtement pour les protéger des rigueurs de l’hiver, et la perspective inévitable de léguer pareille misère, ou pis encore, à leur progéniture, génération après génération. (…)

 

 

Jonathan SWIFT - 1729

 

 

cannibale goya saturne dévorant ses enfants.jpg

 

 

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Octidi 28 Frimaire 220

 

17/12/2011

Ouiquinde érotique avec Voltaire

On n'est pas habitué à trouver le très sérieux Voltaire au rang des auteurs polissons. Et pourtant...


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Voltaire: Polissonnerie


Je cherche un petit bois touffu,
Que vous portez, Aminthe,
Qui couvre, s'il n'est pas tondu
Un gentil labyrinthe.
Tous les mois, on voit quelques fleurs
Colorer le rivage ;
Laissez-moi verser quelques pleurs
Dans ce joli bocage.



- Allez, monsieur, porter vos pleurs
Sur un autre rivage ;
Vous pourriez bien gâter les fleurs
De mon joli bocage ;
Car, si vous pleuriez tout de bon,
Des pleurs comme les vôtres
Pourraient, dans une autre saison,
M'en faire verser d'autres.



- Quoi ! vous craignez l'évènement
De l'amoureux mystère ;
Vous ne savez donc pas comment
On agit à Cythère ;
L'amant, modérant sa raison,
Dans cette aimable guerre,
Sait bien arroser la gazon
Sans imbiber la terre.



- Je voudrais bien, mon cher amant,
Hasarder pour vous plaire ;
Mais dans ce fortuné moment
On ne se connait guère.
L'amour maîtrisant vos désirs,
Vous ne seriez plus maître
De retrancher de nos plaisirs
Ce qui vous donna l'être.



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Septidi 27 Frimaire 220

12/12/2011

Je n’achète plus d’huitres…

 

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Vous vous en foutez et vous avez bien raison. Pourtant j’en mangerai sur la tête d’un banquier mort ! Seulement à deux euros l’huitre ! Plus de treize de nos vieux francs pour une belle de Cancale, d’Arcachon ou de Bouzigues (c’est les nôtres, en bas !), ce n’est plus dans mes cordes.

 

 Ils ne se foutraient pas un peu de notre gueule les marchands de ces délicieux cailloux ? Ben, non ! Parce que des huitres, il y en a beaucoup moins… C’est qu’elle se fait désirer la belle salope !

 

Ah ! Les amours des huitres ! Extraordinaire ! Ça fait rêver. Figurez-vous madame Huitre, aguicheuse. Elle s’ouvre largement comme une starlette en quête de contrat, dévoile ses dedans gracieux, montre même subrepticement quelques portions de nacre délicatement irisé, les plus salopes dévoilent même impudiquement une jolie perle… Et voilà qu’arrive monsieur Huitre. Excité comme un jeune abbé dans un couvent de jeune fille ou un kamize pensant, avant d’appuyer sur le bouton, aux soixante et douze vierges qui l’attendent les cuisses écartées, le string à la main ! Monsieur huitre, il en peut plus. Il prend son pied et balance la fumée dans une extase marine. Madame Huitre, ouverte et offerte, se gave du nuage de jus intime de monsieur Huitre et connait enfin la grande secousse et le fameux petit frisson.

 

Heureuse, elle va couver sa progéniture avec sa belle chair laiteuse des mois sans R. Puis qu’est-ce qu’elle fait quand elle a chié ses lardons madame Huitre ? Qu’est-ce qu’elle fait ? Je vais vous le dire. Je vais vous le dire. Eh ! Oh ! Calmos. Faut pas s’exciter comme ça. Bon. Madame Huitre elle change de sexe ! Elle devient monsieur huitre ! Et monsieur Huitre, qu’est-ce qu’il fait après avoir pris son panard ? Ben, il va pisser, il boit un coup, fume une clope puis il rentre chez sa femme. Comme tout le monde, quoi. Eh bien non ! Monsieur l’huitre, après avoir tiré son coup, il change de sexe ! Putaing ! Le pied les mecs et les meufs, non ? Connaître les deux plaisirs ! Le rêve de tout jouisseur hédoniste…

 

Mais je m’égare. Oui et non. Pas étonnant qu’avec des mœurs pareilles, ces huitres-là se ramassent toutes les maladies honteuses qui passent. C’est comme ça que, jadis, les huitres plates ont chopé une ch’touille qui les a presque toutes flinguées, puis que leurs remplaçantes, les portugaises, ont subit le même sort, remplacées par les japonaises. Et celle-ci sont en train de crever d’une saleté d’herpès ! C’est la nature quoi…

 

Mouais… Sauf que.

 

Sauf que les producteurs d’huitres, ça les emmerdait les huitres laiteuses des mois d’été. Les clients n’aiment pas trop. Hors ils sont nombreux l’été au bord de la mer. Alors Ifremer, organisme de recherche et de régulation des produits de la mer, a fait travailler ses ingénieurs en blouses blanches, payés avec nos sous. Ces braves gens n’ont pas fait de manips génétiques, non. Huitre OGM, ça fait un peu trop craignos… Ils ont travaillé non pas sur les gènes, mais sur les chromosomes. http://www.infogm.org/spip.php?article3767 Ils font niquer une huitre normale « diploïde », à 2n chromosomes avec une huitre anormale « tétraploïdes » à 4n chromosomes, ce qui donne une huitre à 3n chromosomes dite « triploïde ». Et cette « merveille », stérile,  se développe dans n’importe quelle eau, grossit plus vite puisque n’ayant pas à se reproduire, et donc n’a pas la laitance qui n’est pas très vendeuse, est commercialisable toute l’année. La poule aux œufs d’or ! Elles occupent actuellement le tiers du marché.  Les males triploïdes ne sont pas aussi veinards que leurs compères diploïdes normaux : ils sont tués dès qu’ils ont balancé la fumée dans les écloseries !

 

Résultats, pas de brassages génétiques. Toutes les huitres françaises descendent de quelques centaines de géniteurs. Ces huitres débiles n’ont évidemment pas la résistance des sauvages face aux attaques du milieu marin et des virus et germes des côtes. Elles chopent toutes les maladies honteuses… Et les refilent aux autres, les normales, les diploïdes. Voilà pourquoi les huitres « graines » - le naissain – crèvent à 90% ! Et que les huitres atteignent des prix extravagants.

 

Et accessoirement pourquoi je n’achète plus d’huitres après avoir chopé une cagagne…qui m’a permis de me cultiver !

 

 

Duodi 22 Frimaire 220

 

11/12/2011

Ouiquinde gastronomique: la testo de vedeù!

 

tête de veau copie internet.jpg

 

La tête de veau.

 

Quand revient chaque année le temps du vin nouveau

Je convie mes amis pour la Tête de Veau.

C'est un plat collectif, festif, essentiel;

C'est un repas royal ou... présidentiel!

Me méfiant des veaux qui ont "la vache folle",

Je vais chercher les miens en terres cévenoles.

Pour avoir du bon veau, et pas de la charogne,

Je commande la tête au boucher de Langogne.

Et je vais la chercher moi-même, par le train

Qui, de Nîmes, hardiment, gravit avec entrain

Les mille et un lacets, les soixante tunnels,

Les trente viaducs suspendus en plein ciel

Reliant les splendeurs de la cité romaine

Aux sauvages attraits des terres lozériennes.

Heureux, le nez au vent, ma glacière à la main,

J'en prend plein les mirettes, je hume le terrain

Qui défile et s'enfuit, lentement, pas pressé.

Cités mélancoliques de mines délaissées,

Juvéniles chahuts, rires à chaque arrêt,

À-pics vertigineux, oppressantes forêts,

Rivières et torrents, petits lacs de barrages

Viennent et disparaissent après chaque virage.

Paisibles bovidés paissant dans les prairies,

Spectacle interrompue par chaque galerie,

Le voyage est trop beau, le voyage et trop court...

- Oh ! Victor, bois un coup, arrête tes discours,

Si maïses coume aco, la testa de vedeù

Bouto, la manjaren beleù a l' an nouveù ! (l)

- C'est bien vrai. Sers-moi donc un primeur agréable

- Qui chatouille si bien mon gosier insondable.

Zou ! Trinquons et buvons, et ne fais pas la bête,

Je vais te raconter comment on fait la tête.

Lorsque j'arrive avec mon chef en bandoulière,

La Lionne a déjà sorti la gazinière

Des grandes occasions. Ce qui se fait de mieux:

Un feu sur doubles rampes se croisant au milieu.

Dans une oulo (2) profonde, voire une lessiveuse

On met à dégorger la tête voyageuse

Dans de l'eau claire et froide pendant une heure ou deux.

La laisser une nuit pourrait être hasardeux.

On la sort, on la met sur un large torchon,

On noue les quatre coins tout comme un baluchon.

Ainsi enveloppée, au fond de la bassine

On place, dans l'eau chaude, la caboche bovine.

Trois oignons giroflées, trois poignées de sel gros

Du thym et du laurier, du persil, mais pas trop.

Quand ça bout on écume avec application,

Puis on baisse le feu à tout petit bouillon.

On laisse cuire ainsi entre trois et quatre heures

Cette lenteur voulue rend la cuisson meilleure.

Pour la vérifier, je plante une fourchette:

Quand ça rentre tout seul, on chauffe les assiettes.

Soulevant le torchon, je sors alors la tête

Que je fais égoutter, coiffée d'une serviette

Pour bien tenir au chaud la viande qui tremblote.

Alors ma femme attaque la sauce ravigote :

Pour une tête entière, donc pour dix gros mangeurs,

Gourmands tant que gourmets, solides bambocheurs,

Elle écrase au mortier persil et estragon,

Cerfeuil et ciboulette, câpres et cornichons,

Tout cela manié dans trois hectos de beurre,

Elle s'en servira dans sa phase ultérieure.

Elle met à réduire huit ou dix échalotes

Dans un verre de vinaigre, au fond d'une cocotte,

Lorsque c'est bien réduit, trois cuillers de farine

Dans du beurre fondu (pas de la margarine)

Puis elle mouille avec cinq verres de bouillon,

Le jaune de cinq œufs, sale avec précaution.

Tournant au bain-marie, elle incorpore alors

Deux bons hectos de beurre, du demi-sel d'Armor.

Lorsque la sauce prend certaine consistance

Elle y met 1'appareil préparé par avance

Et manie bien le tout à la cuillère en bois.

La sauce est enfin prête pour un repas de choix.

C'est alors que j'apporte, avec solennité

La tête décorée avec habileté

Par du persil frisé, dans le nez, les oreilles.

L'assemblée s' esbaudit devant cette merveille.

Les manches retroussées, armé du Laguiole,

Je découpe en public la brûlante bestiole

Les joues souples et grasses qui fument et tressautent,

Le dedans du palais, puis la langue et la glotte,

Les viandes délicates, mousseuses du cou,

Les oreilles craquantes, les muscles des bajoues,

Enfin, le dernier bout, le bonheur des gourmets:

La pointe du museau, avec les trous du nez.

Nicole distribue: chacun son bout de veau,

Moi, je remplis les verres avec du vin nouveau.

Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire

Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre

De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône

Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.

 

 

 

Ingrédients et proportions pour huit personnes:

Une tête de veau, même sans la cervelle (depuis la vache folle les bou­chers la vende écervelée), ça pèse autour de dix kilos et plus. Mais il reste beaucoup moins de viande mangeable !

 

Pour la tête: - 1 tête sans la cervelle (dommage...), - 3 ou 4 gros oignons piqués de clous de girofle, - 2 poignées de gros sel de Camargue, - 6 feuilles de laurier, - 3 branches de persil plat, - eau à la demande (la tête doit toujours cuire entièrement immergée, au besoin mettez un poids dessus).

 

Pour la sauce ravigotte : - 3 branches de persil plat, - 3 branches d'estra­gon, - quelques tiges de cerfeuil, - autant de ciboulette, - 1 cuillerée à café de câpres, - 2 cornichons. Tous ces ingrédients, pilés au mortier, seront maniés dans un hecto de beurre.

- 5 échalottes, - 1 verre de vinaigre, - 2 cuillerées de farine. - 3 verres de bouillon, - 3 jaunes d'œuf, - 2 hectos de beurre demi-sel.

- persil pour décorer les oreilles et les trous de nez.

 

Les vins conseillés:

La tête de veau s'accompagne idéalement avec des vins primeurs, des vins de soif, gouleyants, joyeux et sans chichis: Tulette, Sainte-Cécile-­les-Vignes, Rochegude, Gaugeac, Saze.

Ventoux de : Mormoiron, Caromb, Bédoin. Tricastin.

Coteaux du Languedoc.

Côtes de Provence.

Et même, en cas de pénurie de Côtes-du-Rhône, Bordeaux légers et Vins de Loire.

­

 

(1) Si tu parles comme ça, la tête de veau, on la mangera peut-être, mais l’an prochain !

 

(2) oulo : grand récipient profond destiné à la cuisson des aliments, soit suspendu à la crémaillère d’une cheminée, soit posé sur un trépied.

Primidi 21 Frimaire 220

 

Illustration originale Vincent Barbantan

 

In: Le bonheur est dans l'assiette et dans les ver(re)s

 

20/11/2011

Ouiquinde érotico gastronomique blasphématoire

 

diablesse sexy 1.jpg

 

 

Lucie

 

Je retrouvais Lucie avec grande émotion

Lorsqu’elle s’échappait de sa triste pension

Nous prenions rendez-vous, souvent, dans une église

Communiant corps et âme dans son ombre propice

 

Nous nous sommes aimés serrés sur un prie-dieu

Et, comblé de bonheur, j’ai cru entendre Dieu

Disant à Lucifer : “ Laisse-moi ces deux-là.

Un amour aussi beau, c’est un apostolat ”

 

Depuis ce jour l’encens envoûtant des chapelles

A pour moi la saveur troublante des dentelles.

Dois-je, pour ces pensées, faire mea-culpa ?

 

Quand vers l’un de ces temples se dirigent mes pas

Je pénètre en ces lieux dévolus au Messie,

Mais, pour l’amour de Dieu ou celui de Lucie ?

 

 

 Les pieds de cochons “ comme chez Lucifer ”.

 

- Ben mon cochon, Victor ! Ça alors, faut le faire !

Mais c’est bien innocent pour te valoir l’enfer.

Ces lieux sont dévolus parait-il à l’Amour,

Des dieux ou du prochain, c’est de l’amour toujours.

- D’autant plus que l’enfer, c’est dans le cœur des Hommes

Qu’il se loge et non pas dans les élans de mômes

Qui découvrent la vie et se sucent la poire,

Fusse dans les lieux saints qui cachent le ciboire.

- Tu parles d’or, Victor ! Vive la vie, bon sang,

Et trinquons sans tarder à ces jeux innocents,

Puis je vais te donner une étrange recette

Qui correspond, je crois, à ta belle amourette.

Bon marché, délicieux, très faciles à faire,

C’est les pieds de cochons “ comme chez Lucifer ”.

Tu prends chez ton boucher quatre pieds de pourceaux

Ou plus selon le nombre de tes commensaux,

Tu vas les faire cuire dans un bon court-bouillon

Parfumé au safran, ail, sel poivre et oignon.

Cuis à tout petit feu pour deux tours de tocante

Afin de parfumer et d’attendrir la viande.

Pendant ce temps tu ne va pas rester inerte :

Il te faut préparer ta bonne sauce verte.

Tu piles au mortier persil, thym, vert de blette,

Oseille, basilic, estragon et sarriette,

Ail, poivre vert, cannelle et gingembre râpé,

Mouille au vinaigre fort mais garde assez épais.

Réserve et fais confire quelques oignons hachés

Dans de l’huile d’olive, sans laisser attacher,

Met un peu de moutarde et le jus d’un citron,

Puis pense un peu à toi et débouche un litron.

Bois un canon ou deux et quand tu es à l’aise,

Au barbecue ou l’âtre, prépare de la braise.

Sors les pieds du bouillon, sèche-les, coupe-les

Puis sur ton gril ardent, il te faut les hâler,

Les faire bien dorer sans pourtant qu’ils ne grillent,

Leur odeur va déjà t’exciter les papilles !

Dans un plat de service, met tes oignons en lit

Dispose par dessus tes pieds forts embellis,

Entoure l’appareil avec ta sauce verte.

Au moment de servir, d’un coup de pince experte

Tu places sur les pieds quelques charbons ardents,

Le gras des pieds grésille et fûmèle en fondant.

A nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

A la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

© VictorAyoli

 

in "Le bonheur grâce à la cuisine de l'amour" 

 

 

 Décadi 30 Brumaire 220

 

Photo X - Droits réservés 

 

19/11/2011

Le temps du vin nouveau : ouiquinde arrosé avec Dionisos et Cupidon !

 

 

Picasso Minotaure.jpg

 

 

Le coup du milieu



Nos bons aïeux aimaient à boire,
Que pouvons-nous faire de mieux ? 
Versez, versez ! Je me fais gloire
De ressembler à mes aïeux !
Entre le Chablis que j'honore
Et l'Aï dont je fais mon dieu, 
Savez-vous ce que j'aime encore ? 
C'est le petit coup du milieu

Je bois quand je me mets à table
Et le vin m'ouvre l'appétit ;
Bientôt ce nectar délectable,
Au dessert, m'ouvrira l'esprit.
Si tu veux combler mon ivresse,
Viens, Amour, viens, espiègle dieu, 
Pour trinquer avec ma maîtresse, 
M'apprêter le coup du milieu.

Ce coup, mes très chers camarades,
A pris naissance dans les cieux ;
Les dieux buvaient force rasades, 
Buvaient enfin comme des dieux.
Les déesses, femmes discrètes,
Ne prenaient point goût à ce jeu. 
Vénus, pour les mettre en goguettes, 
Proposa le coup du milieu.

Aussitôt cet aimable usage
Par l'Amour nous fut apporté ;
Chez nous son premier avantage
Fut d'apprivoiser la beauté.
Le sexe, à Bacchus moins rebelle,
Lui rend hommage en temps et lieu
Et l'on ne voit pas une belle
Refuser le coup du milieu.

Buvons à la paix, à la gloire !
Ce plaisir nous est bien permis ; 
Doublons les rasades pour boire
A la santé de nos amis !
De Momus disciples fidèles,
Buvons à Panard, à Chaulieu ;
Mais pour la santé de nos belles, 
Réservons le coup du milieu.

 

Armand Gouffé

 

 

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Merci à Picasso et Poussin

 

Nonidi 29 Brumaire 220

17/11/2011

A Avignon : quand les vins primeurs font la Fête.

 

vins primeurs avignon palais papes.jpg

 

 

Tandis que claquent au vent du nord les oriflammes des Confréries vineuses, tandis que sonnent de joie les cent clochers de la cité, la Place du Palais des Papes retrouve pour une fugitive soirée ses fastes multicolores d'antan. Du temps où Avignon était capitale du monde, du temps où défilaient sous les abruptes murailles du plus grand palais gothique de la planète les ambassades chamarrées, colorées et bruissantes de musiques des grands et des puissants de la chrétienté.

 

Mais c'est grâce à Bacchus que la cité provençale - où Saint-Pierre, pour un temps accrocha sa barque - retrouve les fastes pour lesquels elle est née.

Bacchus, le dieu de la vigne qui préside chaque année, le troisième jeudi de novembre, aux grandes bacchanales données en l'honneur de la naissance du Vin Primeur !

 

Les cinq cents robes de satin moiré, de soies multicolores des membres de toutes les Confréries vigneronnes de la deuxième aire d'appellation de France remontent solennellement, sous les vivats de cette foule avignonnaise si friande de fêtes, la principale artère de la ville. Elles se regroupent en un fastueux kaléidoscope aux pieds des imposantes murailles du Palais des Papes, orgueilleusement paré des atours de la Fête.

 

Fête du vin primeur, du vin nouveau, du premier vin sorti en chantant des cuves encore frémissantes.

 

Fête du Vin, fête de Bacchus, fête de la joie de vivre, fête des vignerons dont elle chante la Gloire.

 

Gloire au vigneron, ce poète de la terre, ce magicien qui, d'arides cailloux fait naître le nectar préféré des dieux. Cet humaniste qui offre à ses prochains le moyen d'approcher la Lumière divine. Ce faiseur de vie dont la sueur féconde les entrailles de la terre. Ce paysan sacré qui crée le sang de Dieu.

 

Gloire aussi au Vin, ce dieu végétal qui prodigue généreusement à l'Homme la vigueur et l'esprit, l'humour et l'amour. Ce rassembleur qui rapproche en une communion dionysiaque les puissants et les humbles. Ce sésame du désir et du plaisir qui nous ouvre en chantant le cœur et le piège à bonheur de nos belles compagnes.

 

Gloire encore à la futaille, aux tonneaux, aux barriques, qui protègent, mûrissent et enfantent le Vin.

Et gloire à la bouteille, oblongue ou ventrue, dont la panse repue est une récompense.

 

Gloire au modeste bouchon, gardien de joie et d'éternité, dont le pop joyeux est un signal de Fête.

 

Gloire au hanap, au verre, au calice, au taste-vin et à la Coupo Santo, ultimes véhicules entre le Vin et l'Homme.

 

Gloire enfin aux Buveurs, mes frères,  qui envahissent la Place et cherchent en se serrant l'espace qui dispense généreusement le Premier Vin.

 

Voilà ce qu'est la Fête des Vins Primeurs en Avignon où l'on chante, où l'on danse, où l'on épanche en beauté les plus larges soifs !

 

Septidi 27 Brumaire 220

 

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12/11/2011

Bunga! Bunga! Cio et va fan culo!

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Ah ! Je n’ai pas pu m’en empêcher, c’était trop tentant ! Alors, à l’heure de l’Europe, voici une des plus célèbres chansons paillardes de nos fratelli italiani que j’ai un peu berlusconisée :

 

 

Osteria numero uno

Para poun si poun si pan

In osteria non c'è nessuno

Para poun si poun si pan

Solo Berlusconi contro il muro

Per vedere ce l' ha sempre duro

Dage  la me biondina

Dage la me bionda

 

 

Osteria numero due

Para poun si poun si pan

Le mie gambe tra le tue

Para poun si poun si pan

Le tue gambe tra le mie

Cosi fa il Berlusconi

Dage  la me biondina

Dage la me bionda

 

 

Osteria numero tre

Para poun si poun si pan

Berlusconi fa il caffè

Para poun si poun si pan

Fa il caffè a la milanese

Con le pezze de marchese

Dage  la me biondina

Dage la me bionda

 

 

Osteria numero quattro

Para poun si poun si pan

Berlusconi aveva un gatto

Para poun si poun si pan

Con la coda del feline

Si faceva un ditalino

Dà-a  la me biondina

Dà-a la me bionda

 

 

Osteria numero cinque

Para poun si poun si pan

C’è chi perde c’è chi vince

Para poun si poun si pan

Berlusconi caso strano

Se lo prende dentro l’ano

Dage  la me biondina

Dage la me bionda

  

Osteria numero sei

Para poun si poun si pan

E il casino de mi e lei

Para poun si poun si pan

Berlusconi il sporcaccioni

Sbora dentro anche i ciglioni

Dage  la me biondina

Dage la me bionda

 

 

Osteria numero sette

Para poun si poun si pan

Il salame piace a fette

Para poun si poun si pan

Berlusconi caso strano

Il salame piace sano

Dage  la me biondina

Dage la me bionda

 

 

Osteria numero otto

Para poun si poun si pan

La marchesa fa il risotto

Para poun si poun si pan

Fa il risotto ben condito

Con la sbora del marito

Dage  la me biondina

Dage la me bionda

 

 

Osteria del Vaticano

Para poun si poun si pan

E ucceso un fatto strano

Para poun si poun si pan

Berlusconi con ioccale

Inculava il cardinale

Dage  la me biondina

Dage la me bionda

 

 

 E tutti quanti! Il y en a d'autres!

 

E viva Italia sensa Berlusconi!

 

 

Duodi 22 Brumaire 220

 

 

Photo X - Droits réservés

 

 

 

11/11/2011

Guerres : le nec plus ultra de la connerie humaine…

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LA GUERRE DE 14-18


Depuis que l'homme écrit l'Histoire,
Depuis qu'il bataille à cœur joie
Entre mille et une guerre notoires,
Si j'étais tenu de faire un choix,
A l'encontre du vieil Homère,
Je déclarais tout de suite:
"Moi, mon colon, celle que je préfère,
C'est la guerre de quatorze-dix-huit!"

Est-ce à dire que je méprise
Les nobles guerres de jadis,
Que je me soucie comme d'une cerise
De celle de soixante-dix?
Au contraire, je la révère
Et lui donne un satisfecit
Mais, mon colon, celle que je préfère,
C'est la guerre de quatorze-dix-huit!

Je sais que les guerriers de Sparte
Plantaient pas leurs épées dans l'eau,
Que les grognards de Bonaparte
Tiraient pas leur poudre aux moineaux...
Leurs faits d'armes sont légendaires,
Au garde-à-vous, je les félicite,
Mais, mon colon, celle que je préfère,
C'est la guerre de quatorze-dix-huit!

Bien sûr, celle de l'an quarante
Ne m'as pas tout a fait déçu,
Elle fut longue et massacrante
Et je ne crache pas dessus,
Mais à mon sens, elle ne vaut guère,
Guère plus qu'un premier accessit,
Moi, mon colon, celle que je préfère,
C'est la guerre de quatorze-dix-huit!

Mon but n'est pas de chercher noise
Aux guérillas, non, fichtre non !
Guerres saintes, guerres sournoises,
Qui n'osent pas dire leur nom,
Chacune a quelque chose pour plaire,
Chacune a son petit mérite,
Mais, mon colon, celle que je préfère,
C'est la guerre de quatorze-dix-huit!

Du fond de son sac à malices,
Mars va sans doute, à l'occasion,
En sortir une - un vrai délice! -
Qui me fera grosse impression...
En attendant je persévère
A dire que ma guerre favorite,
Celle, mon colon, que je voudrais faire,
C'est la guerre de quatorze-dix-huit!

 

Georges Brassens

 

http://www.youtube.com/watch?v=Rzvbn2X5fH0

 

Et n’oublions pas la chanson de Craonne :

http://www.youtube.com/watch?v=z-yRaEYQNQs

 

Primidi 21 Brumaire 220

 

Illustration X - Droits réservés

06/11/2011

Ouiquinde érotico gastronomique : délices exotiques

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Josiane

 

Elle venait de Caen, moi j’arrivais de Cannes,

Ses yeux étaient d’azur, son nom était Josiane.

Au prétexte d’un cours qu’elle avait dû manquer

Je suis monté chez elle, près du quai Malaquais.

 

Pour gravir sept étages, aux pieds j’avais des ailes,

Josiane m’attendait, une Noire avec elle.

J’ai saisi dans quel piège je m’étais fourvoyé

Quand les deux nymphomanes se sont déshabillées.

 

Prestement, goulûment, ces houris me dénudent

Elles m’offrent leur bouche en guise de prélude,

Une Noire, une Blanche sur mon corps excité,

 

Jouent une toccata d’amour et de gaieté.

Caressé, embrassé et violé sans ambages,

J’ai subi, sous leur joug, le plus doux des outrages !

 

 

 

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- Ben mon cochon, Victor, faut avoir la santé

Pour un combat d’amour avec ces excitées !

Violé par deux souris… Tu réalises en somme

Le fantasme érotique que préfère les hommes !

Tous rêvent de subir les assauts sensuels,

Tous rêvent d’être un jour simple objet sexuel,

Pour deux filles en feu s’accordant sur leur corps,

De mourir de plaisir et de crier “ Encor ! ”

Une Noire, une Blanche jouant de ton archet,

Ta substance d’amour dût vite s’assécher…

Avaient-elles prévu, tes charmantes compagnes

Un repas remontant ou au moins du champagne ?

- Tout juste ! Elles avaient, pour vaincre la fatigue

Mitonné de la langue d’agneau avec des figues.

C’est un plat délicat, venu du Sénégal

Et qui fait de tout homme un amant sans égal.

Tu prends deux langues par convive,

Tu les laves bien à l’eau vive,

Tu les mets dans de l’eau salée,

Avec poivre en grains et laurier,

Clous de girofle et céleri,

Une cuillerée de curry.

Pendant que ça mijote, une heure,

Tu fais revenir dans du beurre

Quelques figues bien mures coupées

Avec du gingembre râpé.

Cinq, six minutes, c’est assez,

Après quoi, tu vas déglacer

Au lait de coco : un verre

Plus le jus de deux citrons verts,

Deux cuillers du jus de cuisson

Des langues auquel, sans façon

Tu rajoutes un verre de rhum

Qui va sublimer les arômes.

Tu sors tes langues et tu les pèles,

Tu les tranches en fines lamelles

Oblongues comme des pétales.

Dans ta sauce tu les étales,

Tu couvres et fait cuire à feu doux

Car ton appareil doit réduire

Sans que ça attache surtout,

Quinze minutes vont suffire.

Rectifie le goût avec soin,

Rajoute du sel au besoin.

Dresse sur ton plat de service

En alternant figues et langue.

Ajoute quelques grains d’anis

Et de fines tranches de mangue.

Range le tout comme une fleur :

Pétales autour et sauce au cœur.

A nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

A la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

VictorAyoli ©

 

Sextidi 16 Brumaire 220

 

Illustrations X – Droits réservés

 

 

05/11/2011

Ouiquinde érotique avec tonton Georges

 

brassens,amour,sexe

 

Eh! Amis brassinologues, vous la connaissez celle-là?

 

 

Le blason

 

Ayant avecques lui toujours fait bon ménage
J'eusse aimé célébrer sans être inconvenant
Tendre corps féminin ton plus bel apanage
Que tous ceux qui l'ont vu disent hallucinant.

 

C’eût été mon ultime chant mon chant du cygne
Mon dernier billet doux mon message d'adieu
Or malheureusement les mots qui le désignent
Le disputent à l'exécrable à l'odieux.

 

C'est la grande pitié de la langue française
C'est son talon d'Achille et c'est son déshonneur
De n'offrir que des mots entachés de bassesse
A cette incomparable instrument de bonheur.

 

Alors que tant de fleurs ont des noms poétiques
Tendre corps féminin c'est fort malencontreux
Que la fleur la plus douce la plus érotique
Et la plus enivrante en ait de plus scabreux.

 

Mais le pire de tous est un petit vocable
De trois lettres pas plus familier coutumier
Il est inexplicable il est irrévocable
Honte à celui-là qui l'employa le premier

 

Honte à celui-là qui par dépit par gageure
Dota du même terme en son fiel venimeux
Ce grand ami de l'homme et la cinglante injure
Celui-là c'est probable en était un fameux.

 

Misogyne à coup sûr asexué sans doute
Au charmes de Vénus absolument rétif
Etait ce bougre qui toute honte bue toute
Fit ce rapprochement d'ailleurs intempestif.

 

La malpeste soit de cette homonymie
C'est injuste madame et c'est désobligeant
Que ce morceau de roi de votre anatomie
Porte le même nom qu'une foule de gens.

 

Fasse le ciel qu'un jour, dans un trait de génie
Un poète inspiré que Pégase soutient
Donne effaçant d'un coup des siècles d'avanie
A cette vraie merveille un joli nom chrétien

 

En attendant madame il semblerait dommage
Et vos adorateurs en seraient tous peinés
D'aller perdre de vue que pour lui rendre hommage
Il est d'autre moyen et que je les connais
Et que je les connais.

 

 

Georges Brassens

 

 

http://www.youtube.com/watch?v=6lVhNSnXUeg

 

 

Photo X - Droits réservés

 

 

Quintidi 15 Brumaire 220

 

04/11/2011

Halte aux fous de dieu !

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 Des milliers de fondamentalistes catholiques ont manifesté à Paris contre la « christianophobie » et environ 200 ont prié près du Théâtre de la Ville où se joue une pièce de l'Italien Romeo Castellucci intitulée « Sur le concept du visage du fils de Dieu », qu'ils jugent « blasphématoire ». Des troubles mais pas de violence.

Il y a quelques mois, l’exposition d’un cliché de l’artiste américain Andres Serrano dans la galerie de la collection Lambert à Avignon - le « Piss Christ » représentant un Christ en croix plongé dans l’urine – jugée « blasphématoire » par les ultra cathos, a donné lieu à des manifestations violentes - dont le saccage de l’œuvre - de la part de ces illuminés. Des troubles, du vandalisme.

Le 7 octobre dernier à Tunis, Nabil Karoui le patron de la chaine Nessma TV a été menacé de mort, son établissement incendié par les fondamentalistes musulmans pour avoir diffusé le film d’animation « Persepolis », de la réalisatrice franco-iranienne Marjane Satrapi. Violences physiques sur des personnes et des biens.

Mardi dernier, c’est le siège parisien de Charlie Hebdo qui subit les attaques de ces fous de dieu : menaces de mort sur les réseaux sociaux, piratage de leur site internet, enfin incendie criminel des locaux du magazine. Violences physiques sur des biens.

Ras les aliboffis des agissements de ces handicapés du cerveau. Le blasphème n’est en aucune manière interdit en France et les lois de la république priment encore (pour combien de temps ?) sur les diktats des illuminés de la « foi », messagers-soldats de la haine et de la mort. Qu’ils croient s’ils veulent, ce qu’ils veulent, mais chez eux, dans la sphère privée ! Qu’est-ce donc que ces abrutis qui veulent « faire mon salut » (!!!???) malgré moi ? Ces fanatiques sont aussi tarés les uns que les autres. Avec tout de même des degrés différents dans la nuisibilité de leurs actes.

 

Ami croyant, renvoie ta foi à ton seigneur
Pour toutes les hontes qui submergent la terre
Et dit à ceux qui parlent en son nom
Qu’ils aillent se faire griller en enfer

 

 

A lire, à relire, à méditer le livre de Michel Onfray – Traité d’athéologie  chez Grasset, dont voici quelques feuilles :

 

(…) près de deux cent cinquante versets - sur les six mille deux cent trente-cinq du Livre - justifient et légitiment la guerre sainte, le djihad. Assez pour que se trouvent noyées les deux ou trois phrases bien inoffensives qui invitent à la tolérance, au respect de l'autre, à la magnanimité ou au refus de la contrainte en matière de religion ( !). Dans un pareil océan de sang, qui peut encore prendre la peine de s'arrêter sur deux ou trois phrases qui invitent plutôt à l'humanité qu'à la barbarie? D'autant que la biographie du Prophète témoigne: on y trouve constamment le meurtre, le crime, l'épée et l'expédition punitive. Trop de pages invitent à l'antisémitisme, à la haine des juifs, à leur spoliation et leur extermination pour qu'un combattant musulman ne se croie pas légitimé à passer les juifs par le fil de l'épée.

 

La communauté musulmane pense comme les membres de l'Alliance: eux aussi se proclament le peuple élu, choisi par Allah, préféré par lui (IX, 19, mais aussi III, 11 0). Or deux prétendants au statut d'élite, c'est un de trop! Croire que les autres sont de race inférieure, qu'il existe des sous-hommes, que Dieu établit une hiérarchie entre les humains en distinguant la petite communauté désignée du restant de l'humanité interdit qu'un autre prétende au même statut que soi. La haine des Hébreux pour les Cananéens hier génère la haine des Palestiniens pour les juifs aujourd'hui, chacun se croyant appelé par Dieu à dominer l'autre - les autres - donc s'imaginant légitime à l'exterminer.

 

Car l'islam refuse par essence l'égalité métaphysique, ontologique, religieuse, donc politique. Le Coran l'enseigne: au sommet, les musulmans, en dessous, les chrétiens, parce que gens du Livre eux aussi, puis, à la suite, les juifs, également partie prenante du groupe, parce que monothéistes. Enfin, après le musulman, le chrétien et le juif, arrive en quatrième position, toutes catégories confondues dans la réprobation générale, le groupe des incroyants, infidèles, mécréants, polythéistes et, bien sûr, athées... La loi coranique qui interdit de tuer ou de commettre des délits ou des massacres sur son prochain concerne seulement de manière restrictive les membres de la communauté: l'umma. Comme chez les juifs.

 

Au sein même de la communauté musulmane de prétendus semblables, la hiérarchie persiste: les hommes dominent les femmes, les religieux dominent les croyants, les fidèles pieux dominent les pratiquants tièdes, les vieux dominent les jeunes. Phallocratie, théocratie, gérontocratie, le modèle tribal et primitif des origines ne cesse pas depuis treize siècles. Il est fondamentalement incompatible avec les sociétés issues des Lumières. Le musulman n'est pas fraternel : frère du coreligionnaire, oui, mais pas des autres, tenus pour rien, quantités négligeables ou détestables.

 

Le local comme universel. En lecteurs de Carl Schmidt qu’ils ne sont pas, les musulmans coupent le monde en deux: les amis, les ennemis. D'un côté, les frères en islam, de l'autre, les autres, tous les autres. Dâr al-islam contre dar al-harb : deux univers irréductibles, incompatibles, régis par des relations sauvages et brutales: un prédateur une proie, un mangeur un mangé, un dominant un dominé. Comme dans la plus banale des jungles, les félins entre eux, et le reste du territoire à soumettre, asservir et posséder. La loi qui règle le rapport entre les animaux.

 

Une vision du monde pas bien éloignée de celle d'Hitler qui justifie les logiques de marquage, de possession, de gestion et d'extension du territoire. Le renard et le poulailler, le faucon et sa proie, le lion et la gazelle, les forts et les faibles, l'islam et les autres. Pas de droit, pas de loi, pas de langage, pas d'échange ou de communication, pas d'intelligence, pas de cerveau, mais des muscles, de l'instinct, de la force, du combat, de la guerre et du sang.

 

L'universel ? Le local moins les murs - pour paraphraser Miguel Torga. Le tribal du VIIème siècle, le féodal du désert arabe, le clanique primitif transposé à chaque fois sans changement dans la civilisation du moment, y compris la nôtre, postmoderne, hyper industrielle et numérique. Le village du désert devient le modèle du monde. L'oasis où rien ne pénètre depuis des siècles, sinon les caravanes nomades chargées de denrées de première nécessité, fonctionne comme archétype social, humain, métaphysique et politique.

 

Un livre datant des premières années de 630, hypothétiquement dicté à un gardeur de chameaux illettré, décide dans le détail du quotidien de milliards d'hommes à l'heure de la vitesse supersonique, de la conquête spatiale, de l'informatisation généralisée de la planète, du temps réel et universel des communications généralisées, du séquençage du génome humain, de l'énergie nucléaire, des premières heures du post-humain... La remarque vaut pour les louba­vitchs accrochés à la Torah et au Talmud qui partagent eux aussi une semblable ignorance du temps qui passe.

 

Comme sous la tente il y a mille cinq cents ans, la famille constitue le noyau. Pas la communauté nationale ou patriotique, encore moins l'entité universelle ou cosmopolitique, mais celle du chef de famille possédant ses deux, trois ou quatre femmes soumises - car la polygamie primitive persiste dans le Talmud comme dans le Coran (IV, 3) - au milieu d'enfants nombreux - une bénédiction de Dieu, l'autorité procédant d'Allah, bien sûr, mais par la voix du Père, du Mari, de l'Epoux, figures de Dieu sous la toile en poil de chèvre.

Toute action se vit sous le regard de la tribu qui la juge à l'aune de la conformité aux règles coraniques ou musulmanes. Le père, mais aussi, dans une logique phallocrate totale, le grand frère, le frère et autres variations sur le thème du mâle. Le lieu de la religion incarnée, donc du politique et de la théocratie, c'est la cellule de base de la société: ni Platon - dans La République -, ni Hegel - dans Les principes de la philosophie du droit -, ni Mussolini, ni Hitler, ni Pétain et autres fascistes ne s'y trompent: tous savent que le début de la communauté, la généalogie de la collectivité se noue là, dans l'espace intime de la famille - la tribu primitive. Lire ou relire Engels et L'origine de la famille, de la propriété privée et de l'Etat pour s'en convaincre...

 

 

Quartidi 14 Brumaire

Illustration X - Droits réservés.

 

31/10/2011

C'est de saison: j'ai fait mon testament...en chanson!

 

 

distillerie chartreuse.jpg

 

Si je meurs, je veux qu'on me distille

Ma liqueur embaumera la ville

Chaque année mes enfants ébahis

Dirons : Putain, Papé a bien vieilli !

 

Menez ma viande sur le plateau de Sault

Dans la lavande faites tremper mes os

Macérez bien ma queue et mes neurones

Dans un bon vin de la Côte du Rhône.

 

Si je meurs, je veux qu'on me distille

Ma liqueur embaumera la ville

Chaque année mes enfants ébahis

Dirons : Putain, Papé a bien vieilli !

 

Vous tirerez un demi-muy de gnole

Du jus de vie, d'humour, de gaudriole

Puis faites-y macérez mes couillons

Ça donn' un goût qui plait aux vignerons.

 

Si je meurs, je veux qu'on me distille

Ma liqueur embaumera la ville

Chaque année mes enfants ébahis

Dirons : Putain, Papé a bien vieilli !

 

Vous me ferez reposer à la cave

Entre un Bonneau et un blanc de chez Chave

Comme voisin mettez-moi du Lirac

Du Châteauneuf ou même un bon Paulhac

 

Si je meurs, je veux qu'on me distille

Ma liqueur embaumera la ville

Chaque année mes enfants ébahis

Dirons : Putain, Papé a bien vieilli !

 

Vous me boirez, ça ne fait aucun doute

Et m'aimerez jusqu’à l'ultime goutte

Quand vous trouss'rez les bell's de votre temps

C'est un peu moi qui prendrais du bon temps !

 

Si je meurs, je veux qu'on me distille

Ma liqueur embaumera la ville

Chaque année mes enfants ébahis

Dirons : Putain, Papé a bien vieilli !

 

Décadi 10 Brumaire 220

 

Photo X - Droits réservés

30/10/2011

Ouiquinde gastronomique en pensant au canard de Robert Lamoureux

 

Canard orange pour web.jpg

 

Le canard à l'orange de Daniel Goloubinsky

 

Un souvenir marquant de ma plus tendre enfance,

Sur les rives du Rhône, au cœur de la Provence,

Me revient en mangeant ce morceau de canard.

Il est vrai que mouflet, petit, j'étais veinard,

Un père pâtissier, des oncles paysans:

Des volailles, des fruits, du pain et des croissants.

En cette période les tickets et rations,

Étaient le lot commun de ma génération,

Et manger à sa faim était un grand bonheur,

Surtout lorsque c'était proprement, dans l'honneur.

Pour faire les vendanges, les foins ou les moissons,

Toute notre tribu œuvrait à l'unisson.

Pour clore les travaux, ces as de la fourchette

Partageaient à la ferme un grand repas de fête.

Des temps durs à passer pour les canards muets,

Vedettes des agapes, entourés de navets!

En soufflant autant qu'eux, l'oncle Gus les coursait,

Et hurlait de victoire lorsqu'il les saisissait.

Il sortait de sa poche deux morceaux de ficelle

L'un pour bloquer les pattes et l'autre pour les ailes.

Puis Mamé arrivait et tenait le bestiau

Serré entre ses jambes. Le cou sur le billot

Ondulait, se tordait comme font les couleuvres.

L'oncle, tel un exécuteur des hautes œuvres,

Brandissait sa cognée au-dessus de sa tête

Pour l'abattre en sifflant sur le cou de la bête.

Tandis qu'un flot de sang jaillissait par la plaie,

Le canard, libéré, sautait, courait, volait.

Alors, poules et coqs, en se crêpant la crête,

Tout autour de la cour, se disputaient la tête.

Nous, nous applaudissions et trouvions pittoresque

Ce spectacle banal, bien que grand-guignolesque!

Et voilà donc, petit, les souvenirs étranges

Sortant de ce morceau de canard à l'orange.

Daniel Goloubinsky, plumitif humaniste,

Est allé ad patres, pourtant ce n'est pas triste:

Au paradis il est copain avec Bacchus

Et apprend la cuisine auprès de Lucullus!

Il paraît qu'il prépare aux dieux, aux saints, aux anges

Son morceau de bravoure: le canard à l'orange.

— Bon, allez, Zou !, Victor, ce canard, on le fait ?

— Dès que j'aurais goûté ce beau Tavel bien frais,

La menteuse arrosée, la recette va suivre !

 

Prenez un canard jeune de trois ou quatre livres,

Vous salez et poivrez normalement la bête

(Vous savez comment faire depuis belle lurette),

Cuisez-le à la broche, récupérez le jus

Car sans cet ingrédient, la recette est fichue.

La cuisson ne doit pas être par trop poussée

Car cuisses et filets doivent rester rosés.

Vous dégraissez le jus, l'allongez de bouillon,

En tournant vous portez à l'ébullition,

Vous liez avec un peu de maïzena.

Maintenant écoutez, les mecs et les nanas:

Le secret de Daniel réside dans le zeste,

C'est lui qui donnera les fragrances célestes

Parfumant le canard d'un goût de poésie.

Par lui le plat sera raté ou réussi.

Prélevez tout le zeste d'une jolie orange,

Pas le blanc spongieux, seule la croûte orange!

Coupez soigneusement en bâtonnets très fins

Que vous faîtes blanchir une minute afin

De les bien attendrir. Jetez-les dans la sauce

Avec le jus pressé d'une orange assez grosse.

Découpez le canard fumant et croustillant,

Servez à part le jus brûlant dans sa saucière.

De mon ami Daniel, telle était la manière

De préparer ce plat succulent et brillant.

Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire

Ma tripe est assoiffée, remplis raz bord mon verre

De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône

Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.

 

Ingrédients et proportions pour six personnes:

Un beau canard de 2 kilos paré de bardes de lard et ficelé, salé et poivré, - 2 tasses de bouillon de volaille, - le zest d'une orange entière, - le jus de cette orange (si vous trouvez des oranges bigarades, c'est encore mieux), - l cuillerée à soupe de maïzena.

 

Les vins conseillés:

Ce plat aux goûts très délicats demande des vins rouges subtils.

En vins de la vallée du Rhône: Côte-Rôtie, Hermitage, Crozes-Hermi­tage, Séguret, Visan, Puyméras, Faucon, Piégon, Richerenches, Tulette, Sainte-Cécile-les-Vignes, Valréas, Bourg-Saint-Andéol, Orsan, Saint­Gervais, Ruoms.

En vins du Languedoc: Minervois de Ginestas, Limouzis, Sallèles, Cabrespine ; Saint-Chinian de Ferrières-Pousarou, Murviel-Ies-Béziers, Vieusan.

En vins de Provence: Bandol évidemment, Côtes-de-Provence de Bouc­-Bel-Air, Le Beausset, Cabasse ; Coteaux varois de Pontévès, Rocbaron, Sainte-Anastasie.

 

 Nonidi 9 Brumaire 220

 

In: "Le bonheur est dans l'assiette et dans les ver(re)s"

 

29/10/2011

Ouiquinde nostalgique avec Tonton Nestor

 

brassens une de sa mort.jpg

 

Tonton Nestor

 

Tonton Nestor
Vous eûtes tort
Je vous le dis tout net
Vous avez mis
La zizanie
Aux noces de Jeannett'
Je vous l'avoue
Tonton, vous vous
Comportâtes comme un
Mufle achevé
Rustre fieffé
Un homme du commun

Quand la fiancée
Les yeux baissés
Des larmes pleins les cils
S'apprêtait à
Dire "Oui da !"
A l'officier civil
Qu'est-c'qui vous prit
Vieux malappris
D'aller, sans retenue
Faire un pinçon
Cruel en son
Eminence charnue

Se retournant
Incontinent
Ell' souffleta, flic-flac
L'garçon d'honneur
Qui, par bonheur
Avait un' tête à claqu'
Mais au lieu du
"Oui" attendu
Ell' s'écria : "Maman"
Et l'mair' lui dit
"Non, mon petit
Ce n'est pas le moment"

Quand la fiancée
Les yeux baissés
D'une voix solennell'
S'apprêtait à
Dire "Oui da !"
Par-devant l'Eternel
Voila mechef
Que, derechef
Vous osâtes porter
Votre fichue
Patte crochue
Sur sa rotondité

Se retournant
Incontinent
Elle moucha le nez
D'un enfant d'choeur
Qui, par bonheur
Etait enchifrené
Mais au lieu du
"Oui" attendu
De sa pauvre voix lass'
Au tonsuré
Désemparé
Elle a dit "Merde", hélas

Quoiqu'elle usât
Qu'elle abusât
Du droit d'être fessue
En la pinçant
Mauvais plaisant
Vous nous avez déçus
Aussi, ma foi
La prochain' fois
Qu'on mariera Jeannett'
On s'pass'ra d'vous
Tonton, je vous
Je vous le dit tout net

 

 

http://www.deezer.com/fr/music/georges-brassens/cd-story-vol-2-223063

 

 

Octidi 8 Brumaire 220

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