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06/10/2012

Eh ! Mosco, les « pigeons », on les étouffe, on les rôtit et on les déguste !

pigeons rôtis.jpg

Les deux Pigeons


Deux Pigeons s'aimaient d'amour tendre. 
L'un d'eux s'ennuyant au logis 
Fut assez fou pour entreprendre 
Un voyage en lointain pays. 
L'autre lui dit : Qu'allez-vous faire ? 
Voulez-vous quitter votre frère ? 
L'absence est le plus grand des maux : 
Non pas pour vous, cruel. Au moins, que les travaux, 
Les dangers, les soins du voyage, 
Changent un peu votre courage. 
Encor si la saison s'avançait davantage ! 
Attendez les zéphyrs. Qui vous presse ? Un corbeau 
Tout à l'heure annonçait malheur à quelque oiseau. 
Je ne songerai plus que rencontre funeste, 
Que Faucons, que réseaux. Hélas, dirai-je, il pleut : 
Mon frère a-t-il tout ce qu'il veut, 
Bon soupé, bon gîte, et le reste ? 
Ce discours ébranla le cœur 
De notre imprudent voyageur ; 
Mais le désir de voir et l'humeur inquiète 
L'emportèrent enfin. Il dit : Ne pleurez point : 
Trois jours au plus rendront mon âme satisfaite ; 
Je reviendrai dans peu conter de point en point 
Mes aventures à mon frère. 
Je le désennuierai : quiconque ne voit guère 
N'a guère à dire aussi. Mon voyage dépeint 
Vous sera d'un plaisir extrême. 
Je dirai : J'étais là ; telle chose m'advint ; 
Vous y croirez être vous-même. 
À ces mots en pleurant ils se dirent adieu. 
Le voyageur s'éloigne ; et voilà qu'un nuage 
L'oblige de chercher retraite en quelque lieu. 
Un seul arbre s'offrit, tel encor que l'orage 
Maltraita le Pigeon en dépit du feuillage. 
L'air devenu serein, il part tout morfondu, 
Sèche du mieux qu'il peut son corps chargé de pluie, 
Dans un champ à l'écart voit du blé répandu, 
Voit un pigeon auprès ; cela lui donne envie : 
Il y vole, il est pris : ce blé couvrait d'un las, 
Les menteurs et traîtres appas. 
Le las était usé ! si bien que de son aile, 
De ses pieds, de son bec, l'oiseau le rompt enfin. 
Quelque plume y périt ; et le pis du destin 
Fut qu'un certain Vautour à la serre cruelle 
Vit notre malheureux, qui, traînant la ficelle 
Et les morceaux du las qui l'avait attrapé, 
Semblait un forçat échappé. 
Le vautour s'en allait le lier, quand des nues 
Fond à son tour un Aigle aux ailes étendues. 
Le Pigeon profita du conflit des voleurs, 
S'envola, s'abattit auprès d'une masure, 
Crut, pour ce coup, que ses malheurs 
Finiraient par cette aventure ; 
Mais un fripon d'enfant, cet âge est sans pitié, 
Prit sa fronde et, du coup, tua plus d'à moitié 
La volatile malheureuse, 
Qui, maudissant sa curiosité, 
Traînant l'aile et tirant le pié, 
Demi-morte et demi-boiteuse, 
Droit au logis s'en retourna. 
Que bien, que mal, elle arriva 
Sans autre aventure fâcheuse. 
Voilà nos gens rejoints ; et je laisse à juger 
De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines. 
Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ? 
Que ce soit aux rives prochaines ; 
Soyez-vous l'un à l'autre un monde toujours beau, 
Toujours divers, toujours nouveau ; 
Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste ; 
J'ai quelquefois aimé ! je n'aurais pas alors 
Contre le Louvre et ses trésors, 
Contre le firmament et sa voûte céleste, 
Changé les bois, changé les lieux 
Honorés par les pas, éclairés par les yeux 
De l'aimable et jeune Bergère 
Pour qui, sous le fils de Cythère, 
Je servis, engagé par mes premiers serments. 
Hélas ! quand reviendront de semblables moments ? 
Faut-il que tant d'objets si doux et si charmants 
Me laissent vivre au gré de mon âme inquiète ? 
Ah ! si mon cœur osait encor se renflammer ! 
Ne sentirai-je plus de charme qui m'arrête ? 
Ai-je passé le temps d'aimer ? 

   La Fontaine


Quand aux "pigeons-patrons", si vous voulez savoir

pourquoi et comment ils nous pigeonnent, appuyer

ICI

 

Quintidi 15 Vendémiaire 221

 

Illustration X – Droits réservés

23/09/2012

Ouiquinde de chasse !

civet sanglier.jpg

 

Le civet de sanglier de Sébastien et Anita

 

Mon ami Sébastien, redoutable tueur,

Utilise son temps, son flair et sa sueur

À courir les forêts, les bois et les broutières,

À sauter les ruisseaux des terres de Lozère

Pour traquer, débusquer, viser et fusiller

Son gibier préféré: le cochon sanglier.

Dès que pointe le jour vrombissent les quat'quatres

Où piaffent les chasseurs équipés pour combattre,

Montent les hurlements des meutes carnassières

Serrées dans des remorques, dans des malles arrières.

La battue se déploie par chemins et sentiers,

S'efforçant de boucler le massif forestier

Où laies et marcassins, cochons et sangliers

Commencent à gratter le sol d'un pied inquiet.

Le journée sera rude pour la bête à poil dur

Quand, poussées par les chiens hors des fourrés obscurs,

Pour tenter d'échapper à la meute hurlante,

Ses courses, à découvert dans les clairs et les pentes,

L'amènent à croiser les chemins et les sentes

Qui sont autant d'affûts où les fusils l'attendent.

Les coups de feu éclatent à travers la nature.

Si la bête s'échappe, on reprend les voitures ­

Pour lui couper la fuite au bord d'une autre route.

Parfois le sanglier met la meute en déroute,

Quand, acculé, blessé, forcé hors de son antre

Il se rue sur les chiens qu'il piétine et éventre.

Très souvent Sébastien, heureux bien que fourbu,

S'en retourne bredouille, au soir de la battue.

Mais lorsqu'un animal est tombé sous les balles,

Il faut voir son sourire, son allure martiale

Lorsqu'il brandit sa part de viande dépecée

Qu'il — fier comme Artaban — offre à sa fiancée.

Alors, tranquillement, avec ses doigts d'artistes

Dégoulinant de sang, Anita entre en piste.

Pour faire un bon civet, l'épaule ou le cuissot

Sont des pièces de choix. Coupez-les en morceaux

De taille conséquente. Récupérez le sang

Qui, pour lier la sauce, est bien intéressant.

Gardez-le au frigo pour qu'il ne se dégrade.

Préparez ce qu'il faut pour votre marinade.

Celle de Anita est un poème en soi:

Quatre, cinq oignons moyens, cévenols ou niçois;

Cinq ou six gousses d'ail et autant de carottes;

Un bouquet de persil; céleri, feuilles, côtes;

Du thym et du laurier; un peu de noix muscade;

Une écorce d'orange et quelques grains de cade;

Du poivre du moulin; du gros sel de Camargue.

Deux litres de Côtes-du-Rhône d'Estézargues,

Un verre d'huile d'olive et deux de bon vinaigre.

Vous cuisez demi-heure à feu vif et allègre.

Rangez le sanglier au fond d'un pot en grès,

Un grand verre de marc pour rendre du degré

À votre marinade versée, chaude, dessus.

Le pot, au frais trois jours, recouvert d'un tissu

Est alors le théâtre d'une superbe idylle

Entre les ingrédients. Une alchimie subtile

Va attendrir la viande, sublimer les parfums

Et les goûts de gibier du sanglier défunt.

Quand, le jour du repas, l'aurore aux doigts de roses

Du sommeil des Buveurs dissipe les hypnoses,

Vous sortez et séchez à l'aide d'un torchon ­

Les morceaux marinés de viande de cochon.

Séparez au chinois légumes et liquide.

Petit, sers-moi un verre, j'ai le clapoir acide!

Dans de l'huile d'olive, au fond d'une toupine

Votre petit-salé embaume les narines.

Rajoutez en tournant les légumes essorés,

Puis intégrez la viande que vous faites dorer.

Mouillez alors avec le jus de marinade,

Et cuisez à feu doux, cinq heures, à l'estouffade.

Il faut voir le sourire heureux de Sébastien

Quand Anita apporte, de son pas aérien

Son plat qu'elle découvre, très fière, sur la table

Exhalant en volutes des parfums admirables.

Ce chef-d'œuvre requiert, pour de grandes agapes,

Rien moins que le meilleur des Châteauneuf-du-Pape.

Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire

Ma tripe est assoiffée, remplis raz bord mon verre

De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône

Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.

 

 

Ingrédients et proportions pour six personnes:

 

Pour la marinade: - 4 oignons moyens coupés en quarts et piqués de clous de girofle, - 6 gousses d'ail écrasées, - 6 à 8 carottes en tronçons, ­l bouquet de persil grossièrement coupé, - l pied de céleri côtes et feuilles, grossièrement coupées, - l gros bouquet de thym, - 6 feuilles de laurier, - l douzaine de grains de genièvre, - 2 poignées de gros sel de Camargue,

- l cuillerée à soupe de poivre noir du moulin, - noix de muscade, - l écorce d'orange séchée, - l verre d'huile d'olive, - 2 verres de bon vinaigre, - 2 litres de bon vin rouge. N'oubliez pas de cuire cette mari­nade et de la verser chaude sur les morceaux de sanglier avant de laisser reposer trois jours.

Pour le plat: - l cuissot ou l épaule de sanglier, - le sang récupéré ou l verre de sang (à demander à votre boucher), - l verre d'huile d'olive, - 250 grammes de petit-salé coupé en dés, - les légumes essorés de la marinade cuite, - le jus de la marinade.

 

 

 

Les vins conseillés:

Le civet de sanglier préparé de cette manière est un plat somptueux, à la fois puissant et très parfumé. Il faut donc des vins à la hauteur.

En vallée du Rhône: Châteauneuf-du-Pape, Gigondas, Lirac, Vacqueyras, Cornas, Hermitage, Crozes-Hermitage, Saint-Joseph, Côte-Rôtie.

On peut également l'accorder avec bonheur à de vieilles bouteilles de Cairanne, Visan, Séguret, Valréas, Gallician.

En vins du Languedoc et du Roussillon: Saint-Chinian, Faugères, Fitou, Collioure, Maury.

En vins de Provence: Bandol, Palette, Pierrefeu, Puyloubier, Cabasse, La Cadière-d'azur, vins de Bellet.

 

 Duodi 2 Vendémiaire de l'an 221


Illustration originale Vincent Barbantan

 

 

 

 

20/09/2012

Ma santé sans Monsanto !

rats cancéreux monsanto.jpg

 

 

Eh ! Vous avez vu la gueule du rat qui se goinfre de maïs OGM Monsanto NK 603 pour être précis ? Putaing ! Le mec, on dirait qu’il a avalé des balles de golf ! Et il a l’air aussi heureux qu’un responsable FNSEA a qui on vient de mettre sous le nez l’étude qui vient de dénoncer la mafia OGM ! Une étude menée en secret, à l’abri de toutes pressions, pendant deux ans, par le français Gilles-Eric Séralini, professeur de biologie moléculaire à l'université de Caen. Cancéreux jusqu’au bout des moustaches, les pauvres ratichons ! Et si les OGM pourrissent les rats jusqu’à la moelle, il en est évidemment pareil pour les humains !

 

Bon. Moi, je m’efforce de ne pas en bouffer des OGM, mais…je me fais endoffer sans  vaseline car ces putaings d’OGM sont partout.  Biscottes, huile de colza, sauces et crèmes de soja, tofu, plats avec de l'amidon, céréales ou chips à base de maïs peuvent en contenir. Jusqu’à 0,9% d’OGM présents dans le produit, aucun un étiquetage n’est obligatoire… Merci les instances concernées de l’Europe.

 

Et dans la barbaque alors ? Moi, naïf, je pense que la bonne entrecôte de vache de l’Aubrac que j’achète chez Bouquet, au village, est tout ce qu’il y a de sain. Mouais… D’accord, elle mange de la bonne herbe la vache de l’Aubrac. Mais j’ai vu mes voisins éleveurs : ils leurs mettent aussi dans les mangeoires des espèces de granulés parait-il de céréales. Et il y a de forte chance que dans ces granulés se trouvent des céréales transgéniques dont l’importation est autorisée. En France, 35 sortes d'OGM peuvent être importées : 3 espèces de soja, 25 de maïs, 2 de colza, 3 de coton, une de pomme de terre et une de betterave. Et une étude de l’Autorité française de sécurité sanitaire des aliments datant de 2001 (alors depuis, ce doit être bien pire !) montre que des traces d’OGM sont également présentes même dans les plants dits « conventionnels » !

 

Les universitaires ont travaillé en même temps sur le maïs OGM NK603 et le Roundup, les deux marchant ensemble. Le Round Up, cette saloperie que l’on trouve en vente libre dans toutes les jardineries, dans toutes les grandes surfaces, et que les agriculteurs mais aussi les jardiniers utilisent à fond la caisse ! Un poison redoutable. « A la dose la plus faible de Roundup (…) on observe 2,5 fois plus de tumeurs mammaires » précise le professeur Séralini! « Le crime, c’est que ça n’ait pas été testé avant, que les autorités sanitaires n’aient pas exigé des tests plus longs alors qu’on est à 15 ans de commercialisation » s’insurge-t-il.

 

La majorité des études précédentes ont été faites par…les firmes concernées ! Et sur une durée de 90 jours maximum alors que celle qui vient de sortir a duré deux années. Elle a coûté plus de 3 millions d’euros, financés notamment par les fondations Ceres et la Fondation Charles Leopold Meyer pour le progrès pour l’homme. Les fonds ont été gérés par le Comité de recherche et d’informations indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN), strictement indépendant des compagnies de biotechnologies et dont M. Séralini préside le conseil scientifique.

L’étude doit s’accompagner le 26 septembre d’un film, "Tous cobayes", qui rend compte de cette expérience, ainsi que d’un livre chez Flamarion.

Qu’on se le dise !


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 5ème jour des Sansculottides de l'an 220 - Jour des Récompenses


Illustrations X - Droits réservés


16/09/2012

Ouiquinde gastronomique: Les cèpes farcis de La Lionne

cèpes farcis copie.jpg

 

Quand août éteint ses feux vient le temps des vendanges

De Cornas à Ampuis, de Tavel à Orange

Les garçons et les filles, en colles qui trépignent

Cueillent avec ardeur les raisins dans les vignes.

Ils coupent en riant les grappes de soleil

Et les foulent en jus d'opale ou de vermeil

Que tous les vignerons, dans l'ombre des caveaux

Transmuteront en vins gouleyants et nouveaux.

Et c'est aussi le temps où sur les hautes terres

Du Ventoux, de Provence, d'Ardèche ou de Lozère

Dans les sombres forêts que cerfs et daims recèpent

Surgit, mystérieux, Sa Majesté le Cèpe.

Mais pour le découvrir, sous sapins et fougères

Il faut expérience, œil vif et main légère.

Tôt levé le matin, dans la sylve mouillée

Le bâton d'une main, dans l'autre le panier,

Il faut marcher, ramper, jouer au sanglier,

Pour atteindre ce lieu secret et singulier:

Sa "bouletière" cachée même à ses familiers!

Le cèpe, s'il est là, tu le sais par le nez,

Son parfum délicat te le fait deviner.

Avance à quatre pattes dans les épais fourrés

Respire à petits coups, tout comme un chien d'arrêt,

Cherche sous les plus basses branches des sapins

Et si tu trouves un cèpe, cherche aussi ses copains:

Il est rarement seul le Prince des forêts.

Il te faut le couper et non le déterrer,

En respectant ainsi le cèpe et son domaine

Tu t'y retrouveras à la saison prochaine.

Range bien sur des feuilles, dans un large panier,

Ce dont tu as besoin, pour ne pas gaspiller.

Boletus Eludis procure trois plaisirs:

Le plus primordial, c'est bien de le cueillir,

Puis le plus cérébral, c'est de le cuisiner,

Enfin le plus charnel, c'est de le déguster.

Je vais te raconter comment fait La Lionne

(C'est l'élue de mon cœur, grande, fière et mignonne)

Pour préparer, farcis, les cèpes les plus gros,

Superbes dômes bruns dépassant le kilo.

Elle nettoie le cèpe sans pourtant le laver,

À la brosse, au couteau, sans jamais s'énerver.

Elle enlève la queue qu'elle hache menu,

Deux aulx, deux échalotes, du persil, revenus,

Elle poêle cent grammes de chair à saucisse,

Incorpore échalotes puis queues de cèpes; épice

Avec du sel, du poivre noir, un peu de thym,

En tournant elle y introduit la mie de pain.

Hors du feu elle lie par un œuf et du beurre.

Sa farce est terminée. Tu sens ce qu'elle fleure !

C'est alors qu'elle fait rissoler le chapeau

Environ cinq minutes de chaque côté

Un peu plus côté mousse qu'elle n'a pas ôtée,

Le fait de le saler lui fait rendre son eau.

Elle beurre le fond d'un plat à gratin rond

D'un diamètre à peine égal au champignon.

Elle garnit le fond de pâte feuilletée

Et y pose dessus son cèpe renversé

Elle étale sa farce harmonieusement

Façonnant de la sorte un dôme culminant.

Le tout est recouvert de pâte feuilletée,

Au sommet elle ménage une cheminée.

Léger nappage à l’œuf pour fournir le brillant

Qui donnera au plat un côté attrayant.

Cuisson à four moyen pendant une bonne heure.

On sert le plat sur table! C'est alors le bonheur!

Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire,

Ma tripe est assoiffée, remplis raz bord mon verre

D'un de ces vins subtils, poussés en Languedoc

Qui te rendent gaillard, solide comme un roc.

 

 

1er jour des Sans-Culottides de l’an 220 – Jour de la Vertu

 

Illustration originale Vincent Barbantan

 

 

 

09/09/2012

Ouiquinde érotico-gastronomique: Margot la pédalante

cycliste sexy 1.jpg

 

Margot

 

Margot roulait à bicyclette

Par des chemins de fruits dorés.

Dans le vent volait sa jupette

Sur de longues cuisses dorées.

 

Comme un champion du Tour de France

Moi, derrière, je salivais,

Fasciné par les abondances

Que par éclair je découvrais.

 

Percés au cœur par Cupidon

Devant son lascif abandon,

Gonflé d’amour j’ai eu l’honneur

 

De butiner cette orchidée.

Elle m’a donné du bonheur

Pour plus de mille éternités.

 

 

 

 

- Oh ! Victor ! Tu tirais la langue

Pour suivre ta jolie mousmée,

Tu pédalais comme une branque

Dans son sillage parfumé !

- Crois-moi, pour garder la cadence

Je n’avais pas besoin d’EPO,

J’étais fasciné par la danse

De ces jolis éclairs de peau.

Nous allions sur les bords du Rhône

Vers quelques nids d’amour discrets

Et dans ses grands yeux de Madone

J’ai découvert le Grand Secret,

Celui qui fait tourner le monde,

Celui qui peint les cœurs en bleu,

Qui fait sourire la Joconde,

Le seul vrai dieu, l’Amour, parbleu !

- Mais vivre d’amour et d’eau fraîche

Ca ne dure qu’un temps, pardi !

Quand Cupidon lance ses flèches,

Elles ouvrent aussi l’appétit !

Je te propose un plat champêtre,

Simple, léger, plein d’agréments,

Suffisant pour faire renaître

La fougue ardente des amants :

C’est la succulente Boumiane

Que vénèrent les Provençaux.

Prends quelques belles mérinjanes

Que tu coupes en gros morceaux.

Tu les saupoudres de sel gros

Afin qu’elles crachent leur eau.

Au bout d’une heure tu les rinces,

Les recoupes en portions plus minces,

Puis dans une large sartan

Tu les fais frire en ajoutant

Un grand verre d’huile d’olive

Et tu fais cuire à flamme vive.

Tu tournes régulièrement

Pour éviter l’attachement.

Dans une poêle séparée,

Tu cuis des tomates parées,

Les marmandes sont les plus sûres

Mais surtout il les faut bien mûres.

Tu ajoutes un bouquet garni,

Du sel, du poivre en harmonie,

Une cuiller de sucre en poudre

Pour l’acidité à résoudre.

Lorsque le jus aura réduit

Amalgame les deux produits

Dans la plus grande de tes poêles

Et laisse cuire encore un poil.

Avant de servir tu complètes

D’un peu de piment d’Espelette,

De trois gousses d’ail écrasées.

Ça se mange chaud ou glacé.

A nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

A la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

 

Quartidi 24 Fructidor 220

 

Photo X – Droits réservés

 

 

26/08/2012

Ouiquinde en bord de mer : Les sardines à la "Brulo dé" du Pégot

cuisine,sardines

 

Éclairs d'acier bleuté bondissant hors de l'onde

Pour tenter d'échapper à la dent furibonde

De quelque carnassier montant des eaux profondes

Pour croquer tout de go ces poissons qui abondent...

C'est la reine des mers! Succulente et divine,

Pas la langouste, non. Simplement la sardine!

Sa réelle fonction, sa vie, son aventure

Généreuse et bornée: c'est d'être nourriture!

Les poissons s'en délectent, l'homme la met en boite,

Lui fait boucher le port si la passe est étroite...

Chez nous, dans le Midi, on l'aime tellement

Que chaque Provençal est un peu son amant.

Mon ami le Pégot, marin-pêcheur de Sète,

Les fait à "Brulo dé". En voici la recette.

Prenez-les sur le quai, juste au cul de la barque,

Chez votre poissonnier, la fraîcheur se remarque

Par la roideur arquée du petit corps luisant.

Un bon kilo pour deux, ce sera suffisant.

Devant le cabanon, à l'ombre de la treille,

Tandis que sa moitié débouche les bouteilles,

Le Pégot fait brûler un fagot de "gabel"

C'est les sarments de vignes du côté de Lunel.

Un bon coup de muscat met les convives à l'aise

Juste le temps qu'il faut pour apaiser la braise.

Sur un bout de grillage il range les sardines,

Ni lavées, ni vidées. Nature les ondines.

Les poissons sur la grille sont posés sur le feu

Puis retournés après une minute ou deux.

Sur un grand plateau rond, au milieu de la table

Calée par des galets pour qu'elle reste stable,

Le Pégot sert en vrac sa première tournée

Puis remet sur le feu la prochaine fournée.

Un jet d'huile d'olive dans le creux de l'assiette,

On mange avec les mains, nul besoin de fourchette.

D'une pression du doigt on enlève la peau

Libérant les filets odorants et bien chauds,

La tête entre deux doigts, dans deux autres la queue,

La sardine grésille. Quel bonheur, maugrebleu !

On se "rabine" un peu, d'où le nom: "brulo dé"

Mais c'est tellement bon! Vous n'avez pas idée.

Avec les dents du haut, on bloque la sardine,

La mâchoire du bas, retroussant les babines

Fort délicatement détache le filet

Qu'un" ggluuff" aspirera jusqu'au fond du palais.

Sous le pin parasol où s'aiment les cigales

Montent les petits bruits des gens qui se régalent.

Ça fait des: "Ah !", des "Hum !" des "Fatche que c'est bon !"

C'est toute la marée, plus un goût de charbon.

Toutes les deux sardines on boit un coup de blanc,

De Cassis ou de Saint-Hilaire-d'Ozilhan,

On parle avec les mains, on sort la galéjade

Et la journée se passe en franche rigolade.

Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire

Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre

De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône

Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.

 

Ingrédients et proportions pour six personnes:

Rien de plus simple: des sardines, encore des sardines, seulement des sardines (comptez 1 demi kilo par personne, soit 3 kilos). Mais fraîches, pas trop grosses et de Méditerranée évidemment. Plus un peu de fleur de sel de Camargue et de l'huile d'olive dans chaque assiette. Prévoir aussi des peilles ou des essuie-tout pour les mains !

 

Les vins conseillés:

La sardine est bonne fille et s'accompagne sans problème de vins blancs secs, de rosés, voire de rouges jeunes et frais.

En vallée du Rhône, blancs de Roaix, Saint-Hilaire-d'Ozilhan, Laudun, Villedieu ; rosés de Tavel, Rochefort, Chusc1an, Ventoux, Luberon, Cos­tières de Nîmes; rouges légers de Sainte-Cécile-Ies- Vignes.

En vins du Languedoc blancs Picpoul-de-Pinet, blancs de la Clape ; rosés de Saint-Saturnin, vins des sables d' Aigues-mortes.

En vins de Provence, les blancs de Cassis, tous les rosés des Côtes-de­-Provence et des Coteaux varois.

 

In « Le bonheur grâce à la cuisine de l’amour »

 

 

Nonidi 9 Fructidor 220

Illustration originale Vincent Barbantan

 

 

19/08/2012

Ouiquinde gastronomique pour la canicule : la salade crétoise

adriana-lima-nue-03.jpg

 

Perrine

 

Perrine dansait nue sur la grève luisante,

Pieds légers, ondulante, bras tendus vers Phébus,

Dans les fraîches senteurs de l’aurore naissante,

Elle sacrifiait au culte de Vénus.

 

Sa taille se ployait jusqu’à frôler l’arène

Puis elle s’élançait pour caresser les cieux,

Ventre offert, seins dressés, plus fière qu’une reine.

Perrine avait vingt ans et tutoyait les dieux.

 

Un grand faune barbu, velu et chevelu

A la flûte de Pan rythmait la sarabande.

Il dévorait des yeux le corps de son élue

 

Et savait que bientôt il aurait sa prébende.

Il sauta sur la nymphe, l’entraîna dans la mer

Où il la posséda d’une étreinte primaire.

 

 

La salade crétoise

 

- En ce temps là, petit, la Grèce était à terre

Ecrasée sous le joug de troufions sanguinaires :

Des colonels bornés alliés à des popes

Martyrisaient sans fin le berceau de l’Europe.

Pourtant à Màtala, au fin fond de la Crête

Existait une baie retirée et discrète

Où quelques chevelus à la barbe fleurie

Vivaient en troglodytes dans de curieux abris,

Grottes aménagées dans le roc des falaises

Qui regardent la mer jusqu’au Dodécanèse.

Ils vivaient là heureux, simplement différents,

Tolérés des Crétois, oubliés des tyrans.

Sur la plage, la nuit, au son des bouzoukis

Ils dansaient jusqu’aux transes d’aériens sirtakis

Buvant force hanaps de vin à la résine

Tout en mangeant tomates, oignons et aubergines.

- Alors dis-moi, Victor, ce régime crétois

Dont on nous parle tant. Qu’est-ce que c’est d’après toi ?

- Avant tout des légumes de façon exhaustive,

Du poisson, du fromage et de l’huile d’olive.

Le plat de tous les jours : la salade crétoise

Qui rappelle parfois la salade niçoise.

Tu coupes des tomates assez mures en tranches,

Des morceaux de fêta, fromage à pâte blanche,

Tu épluches un concombre et le coupes en rondelles,

Un poivron vert coupé, sans pépins ni carpelles,

Tu éminces un oignon, cisèle des pourpiers

Et tu ranges le tout dans un grand saladier.

Ajoute une poignée de belles olives noires,

Ça apporte du goût et en plus, ça fait boire.

Tu assaisonnes avec beaucoup d’huile d’olive,

Poivre, jus de citron, fleur de sel, quelques cives.

C’est un plat délicieux, remontant, simple à faire

Et qui - c’est reconnu - fait de verts centenaires !

Voilà ce que mangeait le faune de Perrine

Avant de l’entraîner dans des amours marines.

À nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

À la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

 

Ingrédients et proportions pour six personnes :

- 12 tomates, - 3 concombres, - 3 poivrons verts, - 3 oignons doux, - la valeur de 3 bols de pourpiers (c'est une plante très commune, avec de petites feuilles épaisses et arrondies, presque grasses, sur des tiges un peu rosées. Les jardiniers les arrachent comme des mauvaises herbes et c'est pourtant l'une des bases du fameux régime crétois! Ne garder que les feuilles, pas les tiges.) - quelques cives si vous en avez, - 3 hectos de feta coupée en petits dés, - 3 poignées d'olives noires dénoyautées, - 1 quart de litre d'huile d'olive, - sel, - poivre, - le jus de deux citrons.

 

Les vins conseillés:

Les crétois boivent beaucoup de vin blanc à la résine (krasi retzina), mais à défaut, essayez avec des vins blancs secs des Côtes-du-Rhône, Coteaux-du-Tricastin, Coteaux-du-Diois, Coteaux-du-Luberon, Côtes-du-Ventoux, Costières-de-Nîmes.

En vins du Languedoc: Picpoul-de-Pinet, blancs de La Clape.

En vins de Provence: Cassis, Palette, Coteaux-d'Aix.

 

 

Tridi 3 Fructidor 220

 

Illustration X – Droits réservés

 

 

 

 

29/07/2012

Gastronomie dominicale: Le catigot d’anguilles d’Alexis

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Le métier d'Alexis: facteur, mais en Camargue.
La passion d'Alexis: les taureaux que l'on nargue
En courant la cocarde, le dimanche aux arènes
Pour les yeux de velours d'une belle Arlésienne.
En ces temps difficiles de guerre et de malheur,
Alexis, à vélo, pratiquait son labeur.
Pour livrer dans les mas les colis et les lettres,
Il roulait, chaque jour plus de cent kilomètres.
Il n'hésitait donc pas, pour prendre un raccourci,
À traverser les champs où paissaient les taureaux,
Son vélo à la main, sans beaucoup de soucis,
Car il "sentait" les bioù tout comme un torero.
Or donc voilà qu'un jour, sautant la barricade,
Notre Alexis marchait à travers la manade.
Il venait de quitter les animaux grégaires
Lorsque, venant de loin, un taureau solitaire,
Étalon portugais ombrageux et sournois, -
Chargea notre facteur, son vélo et ses lettres!
Alexis, razeteur, par un écart adroit,
Évite les poignards meurtriers de la bête.
Le vélo vole en l'air ainsi que la sacoche.
Le taureau la reprend et sa corne l'embroche.
Alors notre Alexis fait son plus beau combat.
Il cite le taureau par le haut, par le bas,
Il virevolte autour des cornes de la bête,
Puis, en un geste sûr, enfin sa main crochète
La musette de cuir de l'Administration.
Le fauve, dépité, a baissé pavillon
Pour se fondre à nouveau parmi ses congénères
Et se faire moquer parmi la gent vachère...
C'est à pieds, son vélo démoli sur l'épaule
Qu'Alexis a fini sa tournée un peu folle...
Il ramenait toujours des fermes et des mas
Quelques lapins de champs, des anguilles bien grasses
Que dans tous les canaux on attrape à gogo.
Le plat qu'il préférait: l'anguille en catigot.
- Dis donc, ton Alexis, c'était un homme fort!
Mais comment on les fait ces anguilles Victor?


- Tu prends deux, trois anguilles, pas trop grosses, vivantes,
Que tu vas estourbir de manière décente.
N'enlève pas la peau, mais au papier journal
Enlève le mucus du gluant animal.
Les anguilles trop grosses, pèle, ça va de soi.
Vide-les, coupe-les en bouts de quatre doigts
Que tu farineras et mettras à raidir
Dix petites minutes dans un large faitout.
Puis tu sors les morceaux, sales et poivres le tout
Et tu mets de côté sans laisser refroidir.
Dans de l'huile d'olive tu mets à colorer
Deux oignons émincés et deux blancs de poireaux,
Ne laisse pas roussir, tu fais juste dorer.
Mouille d'une bouteille de rouge de Pujaut,
Incorpore girofles, céleri, thym, laurier,
Gousses d'ail écrasées, tomates concassées,
Sel, poivre du moulin, une écorce d'orange
Sommités de fenouil. Et tu cuis ton mélange
Demi-heure à feu doux. Dans une autre sauteuse,
Avec un peu de beurre, dore des champignons
De couches émincés et des petits oignons.
Tu arrêtes, et réserves quand l'odeur est flatteuse.
Quand ta sauce est bien cuite, tu vas éliminer
Thym, écorce d'orange, le fenouil, le laurier,
Puis au moulin légumes il te faut la passer,
Avec la grille fine, qu'elle soit bien lissée.
Range dans le faitout poisson, légume et sauce,
Tu mijotes un quart d'heure pour que les goûts s'exhaussent,
Puis tu sers, décoré de persil vert et gai,
Avec du riz pilaf, mais du riz Camarguais.
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire,
Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre
De ce divin nectar de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne !



Ingrédients et proportions pour six personnes:
- 3 ou 4 anguilles de taille moyenne, - 1 verre d'huile d'olive, - 2 cuille-rées à café de sel fin de Camargue, - poivre du moulin, - 2 oignons, - 2 blancs de poireau, - 1 bouteille de vin rouge, - 1 branche de céleri épluchée et hachée, côte et vert, - 4 gousses d'ail, - 4 tomates concas-sées, - sommités de trois branches de fenouil, - thym- laurier, - écorce d'orange séchée, - 1 noix de beurre, - 3 hectos de champignons de cou-che, - 1 demi kilo de petits oignons, - 1 branche de persil, - 1 demi kilo de riz long de Camargue.

Les vins conseillés:
Ce plat typique des mas de Camargue s'accorde tout naturellement avec des vins rouges frais tels, en vallée du Rhône: Costières-de-Nîmes, Domazan, Comps, Estézargues, Fournès, Montfrin, Remoulins, Saze, Saint- Hilaire-d' Ozilhan.
En vins du Languedoc: Saint-Saturnin, Cabrières, Cazevieille, Saint-Gély-du-Fesc, Valflaunès.
En vins de Provence: Coteaux des Baux, Coteaux d'Aix, Coteaux varois de Sainte-Zacharie, Saint-Maximin, Barjols, Sainte-Anastasie.


Duodi 12 Thermidor 220


Illustration originale Vincent Barbantan





22/07/2012

Ouiquinde érotico gastronomique : la lotte au safran

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Charlotte

 

Lorsque l’air surchauffé tremble au soleil lion

Qui calcine la plaine au feu de ses rayons,

En émergeant de l’ombre, Charlotte vient au puit

Et plonge son amphore dans l’eau fraîche qui luit.

 

Cambrée, les bras au ciel, elle ôte sa chemise

D’un geste coutumier mais d’une grâce exquise.

Voluptueusement elle fait couler l’eau

Qui caresse ses seins, et ses reins, et son dos.

 

Pâmée, les yeux mi-clos, secouant sa crinière

Elle crée une aura de perles de lumières.

Arquée comme une harpe elle s’offre à Phoebus.

 

Tapi dans un fourré, mon cœur, mes sens s’enflamment,

Fascinés de désir pour la fleur de lotus

Qui orne la vallée qui fait d’elle une femme.

 

 

 

- Au lieu de te planquer pour mater la Charlotte

Pourquoi pas l’inviter, Victor ? C’était plus franc !

Ce qu’il te fallait faire, c’est une queue de lotte

Que tu lui cuisinais à l’ail et au safran.

Pour séduire Charlotte en un repas intime

Il faut, évidemment, lui faire un peu de frime.

Sur le bord de son puit, pose un bouquet de fleurs !

Chante-lui une aubade ! Montre-toi enjôleur !

Met-toi à ses genoux ! Mieux encor, fais la rire,

C’est souvent le moyen le plus sûr pour séduire.

- Oh ! Lâche-moi la grappe, car pour le baratin

J’en remontrerais même à un Napolitain !

Dis-moi plutôt comment je fais cette baudroie,

C’est le nom de la lotte, ici, dans nos endroits.

- Prend une queue de lotte d’une livre et demi

Faut être généreux, fais pas d’économies.

Demande au poissonnier d’enlever l’os central,

Il n’y a pas d’arêtes dans ce drôle d’animal.

Au mortier tu écrases un ail et du persil

Quelques grains de cumin, du safran en pistil

Allonge l’appareil d’un peu d’huile d’olives

C’est la plus parfumée et la plus digestive.

Tu en met à chauffer aussi dans ta cocotte.

Sur ton plan de travail, étend tes demi lottes

Tu garnis l’intérieur de ta préparation

Sale légèrement, reforme le poisson

Enfin, avec du fil, tu le brides serré

Tu le mets en cocotte et tu le fais dorer.

Puis tu baisses le feu et fais cuire à feu doux

Tu le tournes et surveilles, vingt-cinq minutes en tout.

Puis tu réserves au chaud sur le plat de service.

Déglace ta cocotte au Beaumes-de-Venise

Rajoute du safran en pistil ou en poudre

Puis un jet de Cognac, mais pas un dé à coudre,

Un peu de crème fraîche pour donner du liant

Tu nappes ton poisson et sert ce plat friand.

Tu verras pétiller dans les yeux de ta belle

Des promesses de joie, d’amour et de dentelles.

A nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

A la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

 

JVJ

 

 

 

nue cambrée.jpg

 

in: Le bonheur grâce à la cuisine de l'amour

 

 

Quintidi 5 thermidor 220

 

 

Photos X - Droits réservés

 

 

04/07/2012

Eh ! Goûtez mes girolles avec un magret de canard !

girolles plus couteau.jpg

 

 

Hier il s’en est passé des choses croquignoles :

Chez Sarko, ses bureaux et sa piaule

Une armée de guignols

A fait une perquise rock n’roll

Pour coincer le troll !

Je trouve ça très drôle.

Ailleurs, dans le foot-ball

C’est les as de la grôle

Qui se font rincer l’entresol

Ces sales branquignoles.

A l’Assemblée, c’est Ayrault qui s’y colle

Portant sur ses épaules

Une dette trop folle

Pour une croissance molle…

Ben, moi hier j’ai mis mes grosses grôles

Oublié la bagnole

Et autres fariboles

Pour aller aux GIROLLES !

J’ai sauté des rigoles

Parmi les herbes folles

J’ai vu des lucioles

Des petites bestioles

Qui rampent et qui volent

Dans les airs, sur le sol.

Et alors, ma parole

Entre fayards et saules

J’ai trouvé mon pactole,

J’ai pas dit mon pétrole !

Je suis trop mariolle

Pour faire des idoles

Du sans-plomb, du gazole.

Je préfère mes guiboles

Qui font la farandole,

Avec ma belle Nicole,

Amoureuse et frivole,

Dont le doux entresol

Pousse à la gaudriole.

Zou ! Sors les casseroles

Sers-moi un coup de gnole

Et, c’est bon et c’est drôle :

Dégustons les GIROLLES !

 

 

 Septidi 17 Messidor 220

 

02/07/2012

Au bistro de la toile : foie gras sulfureux !

chimulus bistro copie.jpg

 


- …taing, Victor ! Vaut mieux vivre à Toulouse ou Cahors qu’à San-Francisco ou Los-Angeles ! Là-bas, parait que si tu bouffes du foie gras, tu risques la taule !

 

- On n’en est pas là, mais dans l’esprit, c’est pareil : les sectes de culs-bénis qui tiennent le haut du pavé chez les Zétazuniens ont réussi à faire activer une vieille loi interdisant la fabrication et la vente du foie-gras ! Tortures sur animaux qu’ils disent… Venant d’un peuple qui élève tous ses bestiaux en batterie en les bourrant d’antibiotique et d’OGM et qui torture allègrement les humains à Guantanamo et ailleurs, y aurait de quoi se faire rigoler les boyaux si ce n’était si dramatique… Ces pisses-froids semblent oublier qu’ils sont un peuple de voleurs de terres, fondé sur le génocide de trente millions d’Amérindiens, l’esclavage de trente millions de Noirs et qui perpétue ses forfaits partout dans le monde en pillant les ressources naturelles, en salopant la planète, voire en soutenant les pires dictatures. Toujours la main sur le cœur, bien sûr, et Dieu à leur côté ! Sensiblerie vis-à-vis des animaux, massacre sans merci des humains…

 

- Mouais ! Ben tu les allumes grave les machouilleurs de caoutchouc ! Eh ! Moi, si j’étais là-bas, je saurais comment me faire du beurre sur le foie-gras ! Il est interdit de gaver ? Une aubaine pour les contrebandiers ! Il existe bien des états de l’Union qui n’interdisent pas le gavage ! Et puis, comme au bon temps de la prohibition de l’alcool, des petits malins vont gaver dans des caves et, encore mieux, en acheter chez nous du foie-gras !

 

- Eh ! Tu imagines les Elliot Ness du foie-gras ! Pétoires à camenbert contre gaveuses électriques ! Sans compter que ça va faire une pube formidable pour le foie-gras ! En lui donnant la saveur sulfureuse de l’interdit ! Il va s’ouvrir des restos clandestins où, en montrant patte blanche et liasse de dollars, tu pourras t’encanailler « à la française » en bouffant du foie-gras ! Il s’en vendra sous le manteau, comme autrefois la gnole ! Et puis dans un resto, s’il est interdit de le vendre, tu le donnes ! En te rattrapant sur autre chose bien sûr…

 

- Ah ! Ah ! Ah ! Tè ! Victor, si on allait monter un clandé à foie-gras à San-Francisco ?

 

- Trop dangereux de mettre les pieds dans ce pays Loulle. Pour un oui pour un non tu te retrouves au trou sans savoir pourquoi. Cette Californie de carte postale, avec ses bimbos et ses cagoles, si elle a donné au monde la parenthèse enchantée des hippies et les génies dégingandés de la Silicon Valley a tout de même produit en politique Reagan et Schwarzenegger. Un pays qui protège les canards mais qui n’a toujours pas supprimé la peine de mort pour les humains… Fuck off…

 

- Et à la nôtre !

Merci à Chimulus

24/06/2012

Ouiquinde gastronomique avec la belle Hélène

aphrodite tableau.jpg

 

Hélène

 

Lorsque la belle Hélène, femme de Ménélas,

Fut ravie par Pâris, elle goûta l’extase.

Ravie d’être ravie, la pétulante Hélène

Suivant le beau Pâris, courut à perdre haleine.

 

Son cocu magnifique, vert de rage et jaloux

Envoya son armée châtier le filou.

Les deux amants s’aimaient, le barbon n’aimait guère…

Pour venger son honneur, il déclencha la guerre.

 

Des grecs contre des grecs, en une lutte à mort

Vont, neuf années durant, s’étriper sans remords.

Pour les seins blancs d’Hélène, ses étreintes brûlantes,

 

Pour sa peau de satin et sa fougue d’amante,

Des guerriers, des héros, des princes et des rois

Pour la gloire et l’Amour périront devant Troie.

 

 

 

- Oh, Victor ! Ménélas, ce vieux cocu notoire

Ta belle Hélène l’a bien pris pour une poire !

Et tous ces va-t-en-guerre au front obtus de bœuf

Se trucidant entre eux pour les yeux d’une meuf,

En guise de cerveau avaient dans le cigare

Quelques pots de yaourts brassés au goût bulgare !

Ménélas le cornu peut bien battre sa coulpe,

Se venger dans le sang, réduire Troie en cendre

Les femmes ont en commun ceci avec le poulpe :

C’est qu’au plus on les bats, au plus elles sont tendres !

- J’adhère à tes propos, petit, sans réticence

Tant ils semblent frappés à l’aune du bon sens.

Tes réflexions hardis sont dignes de Silène,

Alors levons nos verres et trinquons à Hélène.

Son Spartiate aurait pu la garder jour et nuit

S’il avait réveillé ses ardeurs assoupies,

Et chatouillé en lui le cochonnet qui bouge

En cuisinant pour elle une poulpe au vin rouge.

Le nom grec en est “ Oktapodhi krasato ”

Mais on le mange aussi à Naples ou à Porto.

- Comment prépares-tu ce plat aphrodisiaque

Que les Grecs tirent de leur culte dionysiaque ?

- C’est un plat délicieux, ni cher, ni compliqué.

Bat longuement le poulpe, sans faire de chiqué,

Tu le laves et le coupes en petites portions

Que tu sèches avec du papier à absorption.

Chauffe quatre cuillers de bonne huile d’olives

Dans une casserole bien anti-adhésive,

Quatre ou cinq gousses d’ail pelées et écrasées,

Puis tes morceaux de poulpe. En cuistot avisé

Fais revenir le tout jusqu’à ce que ça dore.

Un verre de vin rouge puissant de Roquemaure,

Bois-en un toi aussi, c’est pas toi qui conduit,

Et tourne gentiment pendant que ça réduit.

Tu cisèles une branche de fenouil odorant

Dont le parfum subtil est très revigorant.

Pèle, émonde, écrase deux tomates bien mures

Que tu vas rajouter, enfin, à ta mixture.

Laisse cuire à feu doux trois-quarts d’heure environ,

La sauce épaissira et deviendra marron.

Jettes-y une grosse poignée d’olives noires,

Sel, poivre du moulin, piment obligatoire,

Deux pincées seulement, pour chauffer les papilles

Sans mettre pour autant son estomac en vrille.

Quelques minutes encore sur le feu, en tournant,

Puis sert ton plat très chaud. L’effet est surprenant !

A nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

A la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

 

Septidi 7 Messidor 220


Illustration X - Droits réservés

 

 

 

 

 

 

 

 

17/06/2012

Allez, je vais libérer la France puis je fais l’aïoli !

 

Je viens de sortir les œufs, l’huile d’olive, les aulx le lourd mortier en marbre blanc et le trisson en bois d’olivbier pour que tout soit à la même température, puis je vais finir de libérer la France et à midi, on se fait un aïoli du tron de dieu à l’ombre du pin parasol !

 

 

 

Aïoli pour web.jpg

 

Tè. Je vous donne la recette de

 

L'Aïoli des Académiciens

 

Aïoli! Mot sonnant comme un salut gaillard!

D'Avignon à Marseille il est un étendard.

Emblème culinaire en terres de Provence

Il engendre gaieté, amour et pétulance.

Pour unir ceux qui l'aiment, il est avantageux

Tant son parfum puissant éloigne les fâcheux.

L'aïoli est en soi un éloquent symbole

Des valeurs des pays où court la Farandole:

L'or de l'œuf est fortune, rondeur, fécondité,

L'ail est puissance mâle, santé, virilité

Quand à l'huile d'olive, impériale maîtresse

C'est elle l'unité, 1 'harmonie, la richesse.

L'aïoli est parfait quand fou trissoun ten dré (1),

Quand le pilon de bois, dans la sauce dorée,

Tient droit tel Priape redoutable et vainqueur

Dans l'onctueux parfum qui chavire les cœurs.

L'Académie des Amoureux de l'Aïoli,

Chaque année, réunie en un conclave, élit

Parmi les cuisiniers du pays des cigales

Celui dont la recette lui paraît idéale.

Voici celle que fait, lors de grandes agapes,

Henry Estévenin, de Châteauneuf-du-Pape.

Truculent moustachu, buveur et quintalien 

Il est le "Grand Aillé"  des Académiciens.

Pour que ton aïoli soit de bonne facture

Tout doit bien être à la même température :

L'huile, l'ail et les œufs, le mortier, le pilon

Sont préparés la veille ou le matin selon

Que tes invités viennent dîner ou souper:

Car voilà un travers qu'il convient de stopper,

On n'est pas dans le nord, c'est à midi qu'on dîne

Et le soir que l'on soupe en terres comtadines!

Pour six convives il te faut douze gousses d'ail

Dont tu ôtes les germes pour faire un bon travail.

Quatre beaux jaunes d'œuf, du sel, du poivre blanc,

Beaucoup de jus de coude et un pichet de blanc.

Le vin, dans l'aïoli, ce n'est pas pour la sauce

Mais pour le cuisinier dont la soif est très grosse!

À l'aide du pilon, dans un mortier de marbre,

Tu écrases en pommade ail et sel, sans palabre.

Tu mets tes jaunes d'œufs et tu tournes, tu tournes,

Qu'aucune distraction, jamais, ne te détourne,

Pendant deux, trois minutes pour tout bien mélanger.

Puis laisse reposer dans un coin ombragé,

Juste le temps de boire deux ou trois bons canons

Avec tes acolytes, devant le cabanon.

Reprend ton appareil et coince le mortier

Entre tes deux genoux, et serre volontiers.

Eloignes les badauds et concentre-toi bien,

C'est là que ça se passe: ou c'est tout, ou c'est rien!

Tu commences à verser ton huile goutte à goutte

En tournant de bon cœur, d'un seul sens, tu t'en doutes.

Si tu suis la recette très rigoureusement,

L'émulsion doit se faire assez rapidement.

Quand l'aïoli a pris, verse en un fin filet

Ta bonne huile d'olive. Mais pas sur ton gilet!

Maintiens ton mouvement régulier jusqu'au bout

Ne mollit pas surtout. S'arrêter, c'est tabou.

Si elle est réussie, elle doit être épaisse,

Onctueuse, dorée, mais pleine de finesse.

Le pilon, en son sein, tient droit sans se vautrer.

Présentant ton chef d' œuvre, dit: "Lou trissoun ten dré" !

Traditionnellement, l'aïoli accompagne

La morue dessalée, seul poisson des campagnes.

Fait-là tremper deux jours dans de l'eau fraîche et claire

Que tu changes souvent sans souci des horaires.

En de belles portions il te la faut trancher,

Juste avant de servir tu la feras pocher.

Fais bouillir à l'avance œufs durs et escargots,

Du chou-fleur, des carottes et de verts haricots,

Des patates, bien sûr, une pleine fourchée

Que, pas plus que les œufs, il ne faut éplucher.

Sers ces aliments chauds dans des plats séparés

Et, trônant au milieu, l'aïoli vénéré.

Que boire avec ce plat? La question reste ouverte.

Sur ce point important, l'Académie concerte.

Du rouge, du blanc sec, ou même du rosé

Si c'est servi bien frais, on peut tout écluser.

Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire

Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre

De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône

Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.

 

Ingrédients et proportions pour six personnes:

 

Pour la sauce: - six gousses d'aï!, blanc de préférence, desquelles vous enlever les germes, - deux cuillerées à café de sel fin, - quelques tours de poivre blanc du moulin, - deux jaunes d'œuf, - trois-quarts de litre d'huile d'olive vierge extra A.O.C.. Vallée des Baux.

Attention: faites en sorte que tous ces ingrédients soient à la même température. C'est primordial pour prévenir tout ratage (on dit alors, si ce malheur arrive, que l'aïoli a "cagué").

Pour le plat: - un kilo de morue sèche que vous ferez dessaler, - un kilo de carottes, - un kilo de haricots verts, éventuellement quelques betteraves rouges, - douze œufs durs, - trois douzaines d'escargots de mer (les "bioù", escargots dont la coquille présente des cornes), - trois douzaines d'escargots des garrigues provençales, - 3 kilos de pommes-de-terre cui­tes à la vapeur.

 

 

Les vins conseillés

 

L'Académie des Amoureux de l'Aïoli, autorité incontestée en la matière, a longuement travaillé - verre en main - sur le délicat problème des vins les plus aptes à accompagner l'aïoli.

Le poisson qui en constitue une partie essentielle incite à pencher pour des vins blancs secs. Les légumes cuits à la vapeur appellent des vins rosés. La délicatesse des fragrances de l'huile d'olive s’accommode fort bien de vins rouges charpentés. Mais la puissance de la sauce dominée par l'ail ne s’accommode que... d'eau prétendent certains Académiciens. On ne peut tout de même pas aller jusqu'à de telles extrémités !

Essayez donc des blancs de Cassis, Chateauneuf-du-Pape, Cairanne, Rochegude, Picpoul de Pinet ; des rosés Tavel, Chusc1an, Valréas, Vaison­le-Romaine, Côtes-de-Provence; des rouges de Vacqueyras, de Lirac, de Sablet, de Rasteau, de Violès, des Costières de Nîmes.

 

 Décadi 30 Prairial 220


Illustration originale Vincent Barbantan

07/06/2012

« Marasmius oreades »

marasmius oreades rond.jpg

 

Bon. J’ai pas trop le temps ce matin : je mets les bottes – de véritables « Baudou » - et je vais aux champignons ! Oh ! Ce ne sont encore que les faux mousserons, les « marasmes des oréades », « marasmius oreades » dans le Solar. Ils sont petits, comme des boutons de guêtres (c’est quoi des guêtres ?), mais ils poussent en rond et quand on trouve le coin, il y en a des masses. Je les ramasse au ciseau. De quoi se faire péter le bédélet avec quelques tranches de gigots de la Margeride et du rosé bio de mon pote Alain David. Faut ce qui faut… Le pouvoir d’achat étant ce qu’il est, faut trimer dans les bois et les prairies pour chercher sa pitance…

 

Ah ! La vie est dure pour le pauvre gueux…C’est dur… Ainsi, ce matin, je vais partir pas très loin : à deux cents mètres de chez moi. Sur une pente exposé à l’ouest, là où les vaches vont chier et dormir, pas là où elles bouffent. Là où elles bouffent, ce sont de belles prairies bourrées d’engrais. Aucun champignon n’y pousse… Puis je traverse le ruisseau, je regarde s’il y a quelques morilles et je remonte sur le talus d’en face. Sous les bois, l’eau condensée la nuit par les aiguilles de pins te coule dans le cou, te mouille les brailles, te trempe les grolles. C’est pas grave. Les toiles d’araignées ornées de rosée difractent délicatement le soleil levant. Entre les branches, un geai se faufile en ricanant. Et toi tu marches, tranquille, le regard aiguisé parmi les petites nigelles bleues, les cardamines des près, les bourses à pasteur, les ficaires et les orgueilleuses ancolies.

 

Tè ! Voilà le premier « rond de sorcière » comme ils disent. Tu le vois de loin si t’as l’œil : l’herbe est un peu plus haute et un peu plus verte. Alors on s’assoie avec La Lionne, chacun d’un côté du rond et on remplit le panier d’osier. Le pied !

 

Puis voilà… Et puis merde ! Vous avez qu’à y aller vous aussi !

 

Après, il faut les trier, enlever l’herbe, certains ne gardent que les chapeaux, moi je mets les queues aussi. La Lionne – qui s’y connait – dit que la queue, c’est le meilleur ! Bon. J’y vais. J’élucubrerais plus tard !


 

marasmius oreades plats.jpg


Décadi 20 Prairial 220

 

28/05/2012

Chez les skatophages (mange-merde)

 

pizza fromage erzat cargill.jpgAh qu’ils sont beaux, qu’ils sont appétissants les emballages de ces plats cuisinés de l’industrie agroalimentaire qui encombrent de plus en plus les linéaires des grandes surfaces ! Pizzas aux fromages, cheeseburgers, lasagnes. On pense à la mozzarella, au gruyère, au parmesan, au gouda, à l’emmenthal… Huuummm !

Mouais… Ça ressemble au fromage, ça a la texture du fromage, ça singe le goût du fromage mais…ce n’est pas du fromage ! Il s’agit d’un ersatz composé de matière grasse (huile de palme), farine, levure, sel, amidon et exhausteurs de goût. 

Ils appellent ça du « fromage analogue » ! Cette saloperie nous vient évidemment des Zétazunis. Inventé par Cargill, un fabricant étazyniens de produits pour l'industrie agro-alimentaire implanté dans 63 pays et basé dans le Minnesota, à Minneapolis, le fromage analogue se décline en deux types.

 

Le premier est une pâte composée de 15 % de protéines laitières, d'huile de palme et d'exhausteurs de goût qui existe depuis 2007. 

 

Le second appelé « Lygomme Tach Optimum » destiné au marché européen et datant de 2009, est composé de trois amidons, d'un galactomannane (E 410,412, 417), d'un carraghénane (E 407), tous deux gélifiants, et d'arômes. S'il ne l'est pas pour les consommateurs, ce lygomme coûte 60 % de moins pour les industriels que l'autre fromage analogue (et 200 % de moins qu'un vrai fromage) ! En plus, Cargill se glorifie cyniquement de favoriser la santé du consommateur car son lygomme ne contient pas de graisses saturées, ni de lactose et convient aussi bien à l'alimentation halal que kasher.

Le client, lui, se fie à la belle image sur l’emballage, et ignore complètement qu’il mange du faux fromage, au détriment de son plaiqsir et de sa santé. Il entre dans la grande famille des skatophages !

 

Source : http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/le-fro...

 

 

Mais ce n’est pas fini. Approchez, approchez ! Con-sommatrices, con-sommateurs…

Voici une belle tarte à la cerise, fort appétissante dans les rtayons de votre grande surface. Eh ! Elle ne vient pas du pâtissier du quartier, cet artiste qui travaillent de bons produits pour créer du plaisir. Elle vient de l’industrie agroialimentaire. Et qu’est-ce qu’il y a dedans ? Suivez le guide.

 

tarte cerise industrielle.jpgVoici, la liste des produits chimiques utilisés pour la fabrication d’une tarte aux cerises de supermarché, depuis le champ de blé jusqu’à l’usine agroalimentaire

La pâte: Pour obtenir la farine, les grains de blé ont été enrobés d’un fongicide avant semis. Pendant sa culture, le blé a reçu des pesticides, des hormones ainsi que des doses d’engrais. Après récolte, les grains sont fumigés au tétrachlorure de carbone et au bisulfite de carbone, puis arrosés au lopyriphosméthyl. Ensuite la farine reçoit du chlorure de nitrosyl, puis de l’acide ascorbique. Pour faire lever la pâte. La poudre levante est traitée au silicate de calcium et l’amidon est blanchi au permanganate de potassium. La pate reçoit aussi un antioxydant (pour éviter le rancissement) comme l’hydroxytoluène de butyl.

La crème: Les œufs proviennent d’un élevage industriel où les poules sont nourries avec des granulés contenant des antioxydants (E300 à E311), des émulsifiants (alginate de calcium), des conservateurs (acide formique), des colorants (capsa théine) des agents liants (ignosulfate) et enfin des appétants (glutamate de sodium) pour qu’elles puissent avaler tout ça. Elles reçoivent aussi des antibiotiques, et surtout des anticoccidiens. Les œufs, avant séchage, reçoivent des émulsifiants, des agents actifs de surface comme l’acide cholique et une enzyme pour retirer le sucre du blanc. Le lait provient d’un élevage industriel où les vaches reçoivent une alimentation riche en produits chimiques : flavophospholipol (F712) ascorbate de sodium (F301), alphatocophérol de synthèse (F307), buthyl-hydrox-toluène (F321) alginate de propylène-glycol (F405), acide tartrique (E334), acide propionique (F280) azotés chimiques (F801) des colorants, et enfin des appétants pour que les vaches puissent manger tout ça, comme le glutamate de sodium. Les huiles, ont été  extraites par des solvants comme l’acétone,  puis raffinées par action de l’acide sulfurique,  puis lavage à chaud,  neutralisées à la lessive de soude, décolorées au bioxyde de chlore ou au bichromate de potassium et désodorisées à 160°C avec du chlorure de zinc. Enfin, elles ont été recolorées à la curcumine. La crème de la tarte, une fois fabriquée, reçoit des arômes et des stabilisants comme l’acide alginique (E400)

Les cerises: ont reçu entre 10 et 40 traitements de pesticides selon les années. Les cerises sont décolorées à l’anhydride sulfureux et recolorées de façon uniforme à l’acide carminique ou à l’érythrosine. Elles sont plongées dans une saumure contenant du sulfate d’aluminium,  et à la sortie, reçoivent un conservateur comme le sorbate de potassium (E202). Elles sont enfin enduites d’un sucre qui provient de betteraves qui, ont reçu leur bonne dose d’engrais et de pesticides.  Ce sucre est extrait par défécation à la chaux et à l’anhydride sulfureux, décoloré au sulfoxylate de sodium,  puis raffiné au norite et à l’alcoolisopropylique.  Il est enfin azuré au bleu anthraquinonique. Par ces traitements, les cerises ayant donc perdu tout leur goût, il est nécessaire d’ajouter un parfum artificiel alimentaire. Ce parfum est une recréation synthétique du goût et de l’odeur à partir d’éléments artificiels issus de la chimie du pétrole. L’exemple développé est ici la cerise, mais est identique à de nombreux autres parfums. Le parfum artificiel de cerise se compose donc des molécules synthétiques suivantes :- acétate d’éthyle– acéthyl méthylcarbinol– butyrate d’isoamyle– caproate d’ethyle– caprylate d’isoamyle– caprate d’ethyle– butyrate de terpenyle- géraniol– butyrate de geranyl – acetylacetate d’ethyle– heptanoate d’ethyle– aldéhyde benzoïque– aldéhyde p-toluique.

 

Ce texte simplifié a été rédigé à partir d’un texte de Claude Bourguignon, un ingénieur agronome qui travailla à l’INRA, avant de quitter l’honorable maison pour cause de désaccord. Spécialiste de la microbiologie des sols, c’est lui qui démontra, pour la première fois, que les sols cultivés à grand renfort d’engrais chimiques et de pesticides, étaient biologiquement … morts.

 

 Source : http://2ccr.unblog.fr/2011/02/04/bon-appetit/

 

  Décadi 10 Prairial 220

 

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27/05/2012

C'est dimanche: je fais les pieds de cochon!

d69145701b80357ab539541f5a195882.jpgC'est le jour du saigneur, du saigneur de cochons évidemment. Je suis allé acheter douze pieds de cochons chez Fabre, je vais mettre le foudaoù de cuistot, et A l'attaque!
Je vais faire à mes invités les pieds de cochons à la manière sulfureuse de Lucifer! En pensant aux cuisses crêmeuses de Lucie...


Je retrouvais Lucie avec grande émotion
Lorsqu’elle s’échappait de sa triste pension.
Nous prenions rendez-vous, souvent, dans une église
Communiant corps et âme dans son ombre propice.

Nous nous sommes aimés serrés sur un prie-dieu
Et, comblé de bonheur, j’ai cru entendre Dieu
Disant à Lucifer : « Laisse-moi ces deux-là,
Un amour aussi beau, c’est un apostolat ! »

Depuis ce jour l’encens envoûtant des chapelles
A pour moi la saveur troublante des dentelles.
Dois-je, pour ces pensées, faire mea-culpa ?

Quand vers l’un de ces temples se dirigent mes pas
Je pénètre en ces lieux dévolus au Messie,
Mais, pour l’amour de Dieu ou celui de Lucie ?


Les pieds de cochon comme chez Lucifer


— Ben mon cochon, Victor ! Ça alors, faut le faire !
Mais c’est bien innocent pour te valoir l’enfer.
Ces lieux sont dévolus parait-il à l’Amour,
Des dieux ou du prochain, c’est de l’amour toujours.
— D’autant plus que l’enfer, c’est dans le cœur des Hommes
Qu’il se loge et non pas dans les élans de mômes
Qui découvrent la vie et se sucent la poire,
Fusse dans les lieux saints qui cachent le ciboire.
— Tu parles d’or, Victor ! Vive la vie, bon sang,
Et trinquons sans tarder à ces jeux innocents,
Puis je vais te donner une étrange recette
Qui correspond, je crois, à ta belle amourette.
Bon marché, délicieux, très faciles à faire,
C’est les pieds de cochons « comme chez Lucifer ».
Tu prends chez ton boucher quatre pieds de pourceaux
Ou plus selon le nombre de tes commensaux,
Tu vas les faire cuire dans un bon court-bouillon
Parfumé au safran, ail, sel, poivre et oignon.
Cuis à tout petit feu pour deux tours de tocante
Afin de parfumer et d’attendrir la viande.
Pendant ce temps tu ne va pas rester inerte :
Il te faut préparer ta bonne sauce verte.
Tu piles au mortier persil, thym, vert de blette,
Oseille, basilic, estragon et sarriette,
Ail, poivre vert, cannelle et gingembre râpé,
Mouille au vinaigre fort mais garde assez épais.
Réserve et fais confire quelques oignons hachés
Dans de l’huile d’olive, sans laisser attacher,
Mets un peu de moutarde et le jus d’un citron,
Puis pense un peu à toi et débouche un litron.
Bois un canon ou deux et quand tu es à l’aise,
Au barbecue ou l’âtre, prépare de la braise.
Sors les pieds du bouillon, sèche-les, coupe-les
Puis sur ton gril ardent, il te faut les hâler,
Les faire bien dorer sans pourtant qu’ils ne grillent,
Leur odeur va déjà t’exciter les papilles !
Dans un plat de service, mets tes oignons en lit
Dispose par dessus tes pieds fort embellis,
Entoure l’appareil avec ta sauce verte.
Au moment de servir, d’un coup de pince experte
Tu places sur les pieds quelques charbons ardents,
Le gras des pieds grésille et fûmèle en fondant.
À nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.
Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour
À la beauté des femmes, au vin et à l’amour !


Ingrédients et proportions pour six personnes :

Pour les pieds: - 6 pieds de cochons flambés et lavés, - safran, - sel, - poivre, - 2 oignons piqués de 2 clous de girofle, - eau.
Pour la sauce verte: - 1 bouquet de persil plat, - le vert de 6 feuilles de blette (sans les côtes), - 2 cuillerées à soupe de thym, - 6 feuilles d'oseille (ou plus si les feuilles sont petites), - 3 branches de sarriette (supprimer les parties ligneuses), - 1 bouquet de basilic frais, - 1 bouquet d'estragon frais, - 6 gousses d'ail, - 1 cuillerée à soupe de grains de poivre vert, - 1 cuillerée à soupe bombée de gingembre frais râpé, - cannelle, - 1 verre de bon vinaigre, - huile d'olive, - moutarde, - 2 citrons, - sel, - poivre du moulin.

Les vins conseillés:
Les pieds de cochon acceptent des vins éclectiques. Essayez donc de les déguster avec des blancs, avec des Viognier par exemple: Condrieu, Saint-Gervais, Uchaux, en vallée du Rhône.
La Clape, Clairette de Ceyras, Adissan, Saint-André-de-San-gonis en Languedoc. Cassis, Palette, Bellet en Provence.
Appréciez-les avec des vins primeurs ou très jeunes, des vins de soif: Tulette, Travaillan, Chusclan, Roquemaure en vallée du Rhône. Saint Guiraud, Arboras, Castelnau-le-Lez en vins du Languedoc. Barjols, Nans-les-Pins, Carcès, Le Castellet, La Croix-Valmer en vins de Provence.


©JVJ


Nonidi 9 Prairtial 220


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20/05/2012

Gastronomie érotique: Katy et les feuilles de vignes farçies

 

femme au vent.jpg

Katy


J’ai rencontré Katy sur un paquebot turc

Qui reliait Marseille au pays d'Atatürk

Longue, fine, élancée, androgyne et très blonde,

En voyage de noce elle courait le monde.

 

Un regard prometteur longuement échangé,

Deux verres de raki, près du bar, partagés,

Et nous nous retrouvons, sans parole inutile,

Sur le pont, envoûtés, commençant une idylle.

 

Je cueille sur ses lèvres un baiser épicé,

Je roule entre mes doigts ses petits seins dressés

Elle m’offre, cambré, le bas de son échine

 

Et nous faisons l’amour, au rythme des machines

Nous grimpons, enlacés, vers le septième ciel

Croquant à belles dents dans sa lune de miel !

 

 

Les “ Dolma yalanci ” – Les feuilles de vignes farçies

 

Le mari de Katy, un pasteur anglican

Pratiquait avec flegme une juste devise :

“ Mieux vaut une participation sur un volcan

Que l’exclusivité d’une froide banquise ! ”

Nous nous sommes aimés de fougue et d’abondance

De Marseille à Capri, du Pirée à Byzance,

Au hasard des recoins du bateau haletant

Toujours sur le qui-vive et pressés par le temps,

Sur des bâches pliées, sur des tas de cordages,

Mais surtout dans les chaloupes de sauvetage.

Grand, solide et rougeaud, le regard ironique,

Le pasteur buvait sec du rhum de Martinique

Il connaissait les hommes, les femmes et le péché

Et savait que Katy, sa belle amourachée

Lui reviendrait bientôt, et sans perdre la boule,

Sitôt que le bateau atteindrait Istamboul…

Le pasteur généreux, grand seigneur, m’invita

Dans un resto flottant, sous le pont Galata,

Il reprit possession, avec verve et humour

De sa volage épouse, de sa poupée d’amour,

Et la gorge serrée, je dus rendre les armes

Quand Katy me quitta, sans verser une larme…

- Eh ! Victor, ici bas, chacun porte sa croix,

Et souvent, le cocu n’est pas celui qu’on croit !

Il t’a bien fait marron, le serviteur de dieu !

Mais qu’avez-vous mangé comme repas d’adieu ?

- Un plat oriental, les “ Dolma yalanci ”,

On connaît : ce sont les feuilles de vignes farcies.

Tu fais blanchir trente secondes,

Dans de l’eau bouillante et salée,

Des feuilles de vignes que tu émondes

Des nervures et parties talées.

Tu les sèches sur du sopalin

Et tu te bois un coup de vin.

Tu colores un oignon et de l’agneau haché

Dans de l’huile d’olive sans laisser attacher,

Un verre de riz sec, laisse prendre du goût,

Puis recouvre d’un doigt d’eau, citronnée surtout.

Laisse cuire dix minutes, rajoute des raisins

Secs trempés, égouttés, cannelle, pignons de pin,

Sale, poivre, cuis à absorber le liquide,

Vide ton verre plein et plains ton verre vide.

Dispose cette farce sur tes portions de feuilles

Roule-les en cylindres, c’est fait en un clin d’œil,

Et pour ne pas qu’ils s’ouvrent, avec un cure-dent

Tu rapproches les bords et tu piques dedans.

Dans le fond d’une poêle, met ces petits rouleaux,

Un peu d’huile d’olives, un demi verre d’eau,

Et fais cuire à feu doux, vingt minutes à couvert.

C’est un plat délicieux, qui rend les hommes verts !

A nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

A la beauté des femmes, au vin et à l’amour !


JVJ


in Le bonheur grâce à la cuisine de l'amour



Duodi 2 Germinal 220


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13/05/2012

Gauloiseries gastronomiques

Poussin_Bacchus_Peinture.jpg

 

 

Quand le froid et le vent des saints seins de glace nous confinent en bonne compagnie. Mangeons, buvons, chantons et racontons fariboles et gauloiseries.
Voici quelques perles dues à Jean de Milan (fin XI° - début XII°) de L'École de Salerne - traduction en vers français par Charles Meaux-Saint-Marc.


Le meilleur vin

Le vin dans les humeurs verse son influence :
Est-il noir? Dans le sang il répand l'indolence.
J'estime un vin mûri dont la chaude liqueur
Fait sauter le bouchon et ravit le buveur;
Quand sa vertu dénote une illustre vieillesse,
De ses dons généreux usons avec sagesse.
Je cherche dans un vin le brillant, la couleur,
J'y cherche plus encor le bouquet, la chaleur ;
Je veux qu'il ait du corps, une teinte écarlate,
Que pétillant, mousseux, en écume il éclate.
À l'écume le vin se jugera d'abord:
Bon, elle reste au centre, et, mauvais, court au bord.


Effets du bon vin.

Le bon vin au vieillard rend vigueur de jeunesse;
Au jeune homme un vin plat prête un air de vieillesse.
Le vin pur réjouit le cerveau contristé,
Et verse à l'estomac un ferment de gaieté.
Il chasse les vapeurs et les met en déroute,
Des viscères trop pleins il dégage la route,
De l'oreille plus fine aiguise les ressorts,
Donne à l'œil plus d'éclat, plus d'embonpoint au corps,
De l'homme plus robuste allonge l'existence,
Et de l'esprit dormant réveille la puissance.
De ta table aie bien soin d'exclure
Le pain encore chaud et le pain qui moisit,
Le dur biscuit, les pâtes en friture.
Que ton pain soit d'un bon grain, bien cuit,
Plein d’yeux et peu salé, ce pain fait un bon chyle.


Bière

La bière qui me plaît n'a point un goût acide;
Sa liqueur offre à l'œil une clarté limpide.
Faite de grains bien mûrs, meilleure en vieillissant,
Elle ne charge point l'estomac faiblissant.
Elle épaissit l'humeur, dans les veines serpente
En longs ruisseaux de sang, nourrit la chair, augmente
La force et l'embonpoint; l'urine accroît son cours;
Et du ventre amolli se gonflent les contours.


L'eau comme boisson

L'eau, fatale boisson, nuisible en un repas,
Refroidit l'estomac qui ne digère pas:
Bois-en, soit, mais très peu, si la soif te talonne;
Assez, pas trop: ainsi la sagesse l'ordonne.
D'une eau trop abondante en l'estomac noyé,
Ne va pas submerger l'aliment délayé.
Pour éteindre le feu de ta soif dévorante,
Ne bois pas à longs traits une eau froide et courante,
D'un peu d'eau fraîche humecte un gosier irrité.
Au tempérament buveur, inspirant la gaieté,
Dissolvant et cuisant tous mets, l'eau pluviale
Propice à la santé, ne craint pas la rivale.
La source, à l'est coulant, se boit avec plaisir;
Descend-elle du midi? réprime ton désir.


Des excréments, des vents et de l’urine.

Pissez six fois par jour, et dans le même temps
Rendez deux ou trois fois les plus gros excréments.
De péter en pissant ne faites pas mystère,
C'est un ancien usage, aux reins fort salutaire ;
Pratiquez-le sans honte, ou bien dans l'intestin,
Reste un gaz malfaisant rapporté du festin.
En grande pompe un roi traverse-t-il la ville?
Occupé de pisser, demeurez immobile.
Ta main, pressant ton ventre empêchera souvent
Qu'il ne s'y loge à l'aise et n'y séjourne un vent;
Aux replis d'intestin sa nuisible présence
D'un mal long et secret peut hâter la naissance.


Contre l'excès de boisson

Si pour avoir trop bu la nuit,
Vers le matin il t'en cuit,
Dès le matin, reprends la bouteille:
Le remède fera merveille.

 

Quartidi 15 Floréal 222.

Illustration: Poussin

29/04/2012

Ouiquinde gastronomique: Le tian de haricots au cochon

tian de haricot web.jpg 

 

En Provence, petit, ce qu'on appelle un "tian"

C'est un grand plat en terre, vernissé et brillant,

Ovale très souvent, ou tout simplement rond,

De largeur variable, mais jamais très profond.

Les potiers de village, au temps de nos grand-mères

Fabriquaient et cuisaient ces grands plats à tout faire.

Car on y faisait tout, dans ces récipients

Rustiques, allant au feu, solides, pas fainéants:

La barbe, la vaisselle, la toilette des gosses,

Les légumes à tremper, les fayots qu'on écosse.

Après quoi, bien rincés, sans prévention mesquine,

On s'en servait surtout pour faire la cuisine!

Ce grand plat à gratin, simple et astucieux

Est aussi synonyme de repas copieux,

De nourriture simple en grande quantité,

Qu'en bonne compagnie on aime ingurgiter.

Notre tian de cochon et de haricots frais

Est bien dans la lignée des nourritures vraies.

C'est un plat que l'on fait lorsqu'on a récolté

Les tarbais, les pamiers ou les cavaillonnais,

Ces haricots fameux, moelleux, souples en bouche,

Aux accents musicaux, rocailleux et farouches.

A défaut prenez donc des cocos de Paimpol.

Par chaque commensal, écossez-en un bol.

Inutile, bien sûr, de les faire tremper,

Lavez-les à grande eau et puis égouttez-les,

Cuisez-les à moitié, demi-heure environ

Dans beaucoup d'eau salée chantant à gros bouillons.

Tout ça m'a donné soif, petit, remplis mon verre

D'un bon blanc de Laudun, un vin vif et sincère,

Un vin qui donne soif, le vin que je préfère

Pour préparer au mieux la cuisine porchère.

Ton boucher t'a coupé une large rouelle

De jambon de cochon. Elle est épaisse et belle.

Tu vas la piquer d'ail et la frotter de sauge

Puis la mettre à four chaud un demi-tour d'horloge

Dans ton tian frotté d'ail et graissé au saindoux.

Quand ta viande est dorée, sale et poivre le tout,

Rajoute deux oignons émincés, trois tomates

Pelées, épépinées, thym, laurier, aromates.

Laisse fondre un moment puis déglace au vin blanc.

Égoutte maintenant tes haricots brûlants

Et mets-les dans le tian, au-dessus de ta viande

Vérifie les saveurs et poivre à la demande.

Tu mouilles, à niveau, par ton eau de cuisson

Et tu remets au four, chaud mais sans déraison,

Une heure ou même plus. Il faut que tes fayots

Gonflent sans éclater, en buvant toute l'eau.

Lorsque ton plat est cuit, juste avant de servir

Passe-le sous le grill afin de l'enrichir

D'une croûte dorée, odorante et aimable.

Parsème de persil et sers le tian sur table.

Accompagne ce plat d'un blanc vif, effronté,

Ou bien d'un vin primeur gouleyant et fruité.

Cessons pour aujourd’hui ce conte culinaire,

Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre

De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône

Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.

 

Ingrédients et proportions pour six personnes:

1 kilo de haricots frais (pamiers, tarbais, cavaillonnais, cocos de Paim­pol), - 1 kilo de rouelle de cochon, - 1 tête d'ail, - 1 hecto de saindoux, - 2 oignons émincés, - 3 tomates, - 10 feuilles de sauge, - thym, laurier, sel, - 2 verres de vin blanc, - 3 litres d'eau (pour la première cuisson des haricots).

Les vins conseillés:

Profitez de ce plat paysan pour apprécier les blancs vifs de la vallée du Rhône: blancs tranquilles de Saint-Peray, vins tranquilles du Diois, Saint-­Gervais, Uchaux, Bollène, Mondragon, Piolenc, Sarrians, Bagnols-sur­-Cèze, Codolet, Laudun, Saint-Just-d'Ardèche, Saint-Marcel-d'Ardèche, Villeneuve-Pujaut, Ventoux, Luberon. En vins du Languedoc: Quatourze, La Méjanelle, Picpoul de Pinet. En vins de Provence: Palette, Seillons, ­Source-d'Argens, Bruc-Auriac, Châteauvert.

Vous pouvez aussi accompagner ce plat avec bonheur par des vins pri­meurs: Rochegude, Sainte-Cécile-les- Vignes, Sabran, Codolet, Roche­fort, Lirac, Laudun.

 

 

Primidi 11 Floréal 220

 

 

Illustration originale Vincent Barbantan

 

22/04/2012

Ouiquinde gastronomique de résistance : Le Cassoulet de Paulette

 

Cassoulet pour web.jpg 

Le bulletin de vote, dans tous les coins de France

Fait office, ce jour, d’arme de résistance

En d’autres temps, au Sud, les lances, les épées

Eurent comme allié un plat : le cassoulet !

 

En ce temps là, petit, les terres occitanes

Subissaient les horreurs des foudres vaticanes.

La conjonction rapace de talibans papistes

Et de seigneurs brumeux aux vues colonialistes

Jetait en pays d'Oc des hordes franchimandes.

Ils tuaient, ils violaient, ces barbares en bandes,

Saccageant les campagnes, pillant villes et bourgs,

Exterminant le peuple, brûlant les troubadours.

Sous les exhortations de l'affreux Dominique

Ils cramaient les parfaits, sous le nom d'hérétiques.

Ces bœufs au front obtus, à l'ombre de leur croix

Menaient honteusement, pour leur pape et leur roi

La razzia des voleurs: la guerre de conquête.

Finies les Cours d'Amour, place au bal des squelettes.

- Ces temps étaient bien durs, ces gens étaient bien laids

Mais, Victor, on devait parler du cassoulet!

- Exactement, petit. Ouvre ce Saint-Nabor

Et buvons à la Dame Jehanne de Lavaur,

Car c'est elle qui, en ces périodes troublées,

Au front de l'ennemi, créa le Cassoulet!

Ah ! Il fallait la voir notre Dame Jehanne,

Indomptable, farouche et belle comme Diane,

Culbutant les marauds, écrasant les soudards,

Taillant et estoquant Franchimands et Picards,

Plus de six pieds de haut et lourde d'un quintal,

Sa crinière de geai et ses yeux de cristal,

Galvanisaient le peuple assiégé de la ville

Et glaçaient de terreur les assaillants débiles.

Tous abordaient l'hiver de l'an mille cent onze.

Les rives de l'Agout changeaient leurs ors en bronze,

Les assiégeants, menés par Simon de Montfort

S'efforçaient d'affamer le peuple de Lavaur,

Place fortifiée entre Albi et Toulouse,

Capitale du Sud, de son honneur jalouse.

L'Occitanie d'alors était démocratique,

On discutait de tout sur la place publique,

On s’aimait, s'entraidait, partageait l'assiettée,

Les maîtres mots étaient Amour et Liberté.

Dans Lavaur étranglée, la position est grave.

Jehanne alors regroupe et harangue ses braves:

- « Monfort veut notre peau, il devra payer cher,

Ne nous nourrissons pas d' avés et de paters !

Amenez tous céans ce qui se peut manger,

Tout ce que vous avez, nous l'allons partager. »

Et chacun apporta, de caves et greniers,

Qui des tours de saucisses, qui des cochons entiers,

Qui des canards confits, qui de la graisse d'oie,

Qui des sacs de Pamiers, qui des fèves de Foix.

Dans de vastes chaudrons on fit cuire le tout.

C'est ainsi que naquit le célèbre ragoût,

L'un des plats les meilleurs qui se puisse avaler,

Puissant, tonitruant, fondant: le Cassoulet!

De Castelnaudary à Toulouse et Lavaur

De Castelsarrasin à Pamiers et Cahors,

Des berges de l'Ariège aux rives de Garonne,

Du château de Phébus aux tours de Carcassonne,

Le cassoulet est roi, le cassoulet est maître,

Il donne à ses sujets plénitude et bien-être,

De tout le Sud-ouest il est le plat fanion

Symbole de l'union et de la rébellion.

Voici comment le fait Paula de la Verrière,

Jehanne d'aujourd'hui, grande, forte et altière.

Les premiers ingrédients, ce sont les haricots,

Il te faut des Pamiers, ou sinon des Cocos.

S'ils sont secs, trempe-les avant de mettre à cuire,

S'ils sont frais, dans de l'eau, tu les mets à blanchir

Demi-heure environ, toujours à gros bouillons,

Du sel évidemment et des petits oignons.

Lorsque les haricots sont souples sous le doigt

Tu égouttes et réserves, au chaud comme il se doit.

Range de belles couennes au fond de la marmite,

Place tes haricots par dessus tout de suite,

Un carré de cochon frotté d'ail et de sauge,

Quelques tours de saucisse, de Foix, Toulouse ou Auch,

(À Toulouse on y met un morceau de mouton,

À Castelnaudary, seulement du cochon),

Trois tomates en quartiers, mondées, épépinées,

Un saucisson de couennes et du petit-salé,

Quelques clous de girofles, poivre, bouquet garni.

Tu mouilles avec le jus où les fayots ont cuit,

Tu couvres et tu mets pour trois heures à feu doux.

Va-t'en boire un canon, et oublies ton faitout.

Deux heures après tu ouvres et vérifies le plat,

Si besoin est, rajoute du bouillon, juste un doigt,

Tu poses sur le tout - avec quelle allégresse! ­

Des cuisses de canard confit, avec leur graisse.

Tu fermes de nouveau et remets sur le feu,

Ou plutôt dans le four, une bonne heure ou deux.

Pour l'onctuosité - c'est un secret, écoute! ­

Sept fois, à la cuiller, tu casseras la croûte

Qui se forme au-dessus de ton plat qui mijote,

Fait délicatement, avec tact et jugeote.

Ton cassoulet est prêt, met l'oulo sur la table

Et sert à tes convives des portions équitables.

Accompagne ce plat d'un vin rouge puissant,

Cairanne, Châteauneuf, Gigondas ou Visan.

Dégustant ce fleuron des cuisines de France,

Tu manges, avec Jehanne, un plat... de Résistance!

Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire,

Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre

D'un de ces vins subtils, poussés en Languedoc

Qui te rendent gaillard, solide comme un roc.

 

 

Ingrédients et proportions pour six personnes:

 

- 2 kg de haricots frais, des pamiers, des cavaillonnais, des cocos de Paimpol, à la rigueur des soissons (avec des haricots secs, divisez cette quantité par deux et faites tremper une nuit avec un peu de bicarbonate), - 3 couennes de cochon, - 1 carré d'un demi kilo de cochon (rouelle ou filet), - 1 kilo de saucisse de Toulouse, - 1 saucisson de couenne, - éven­tuellement 1 demi kilo de mouton (morceaux pour ragoût), - 2 hectos de petit-salé en dés, - 6 cuisses de canard confit, - 6 gousses d'ail, - 6 feuilles de sauge (fraîche ou sèche), - 1 oignon piqué de six clous de girofle, - 3 tomates coupées en quartiers, - 1 gros bouquet garni (thym, laurier, persil), - 2 cuillerées à café de poivre noir, - 1 poignée de gros sel de Camargue, - de l'eau à la demande (pour cuire les haricots).

 

Les vins conseillés:

 

A plat puissant, vins généreux. Pour le cassoulet, en vins de la vallée du Rhône: Cairanne, Vinsobres, Visan, Tulette, Rochegude, Suzette, Séguret, Violès, Rasteau, Sérignan-du-Comtat, Beaumes-de- Venise, Lirac, Bédarrides, St-Gervais, St-Victor-Lacoste, Estézargues, Domazan.

En vins du Languedoc et du Roussillon: Saint-Chinian, Pic-Saint-Loup, Saint-Georges-d'Orques, La Méjanelle, Faugères, Minervois, Fitou...Cor­bières, Collioure.

En vins de Provence: Bandol, Palette, Barjols, Saint-Maximin, La Roquebrussanne, Cogolin, Le Cannet-des-Maures, Bellet.

Sans oublier, bien sûr, les Gaillac, les Madiran, les Cahors et les Pécharmant.

 

 

Quartidi 4 Floréal 220

 

 

Illustration originale Vincent Barbantan

 

 

 Eh!

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