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27/01/2012

Vive la révolution pâtissière !

tarte crême.jpg

 

 

Ce matin je n’ai pas le temps d’élucubrer mais je vous mets une petite perle de la Toile.

Hum !

Savoureux.

On ne s’en lasse pas !

 

http://www.youtube.com/watch?v=LHK7hHh1u8M&feature=player_embedded

 

Octidi 8 pluviose 220

 

Photo et video  X – Droits réservés

 

 

22/01/2012

Ouiquinde gastronomique : Lucie et les pieds de cochon comme chez Lucifer

cochons trois.jpg

 

Hier, pour fêter le jour où la Révolution a tranché entre république et royauté – et par voie de conséquence le col du ci-devant Capet Louis le seizième – j’ai mangé trois pieds de cochons ! Des pieds comme les prépare Lucifer ! En pensant à la douce et ardente Lucie !

 

Je retrouvais Lucie avec grande émotion

Lorsqu’elle s’échappait de sa triste pension.

Nous prenions rendez-vous, souvent, dans une église

Communiant corps et âme dans son ombre propice.

 

Nous nous sommes aimés serrés sur un prie-Dieu

Et, comblé de bonheur, j’ai cru entendre Dieu

Disant à Lucifer : « Laisse-moi ces deux-là,

Un amour aussi beau, c’est un apostolat ! »

 

Depuis ce jour l’encens envoûtant des chapelles

A pour moi la saveur troublante des dentelles.

Dois-je, pour ces pensées, faire mea-culpa ?

 

Quand vers l’un de ces temples se dirigent mes pas

Je pénètre en ces lieux dévolus au Messie,

Mais, pour l’amour de Dieu ou celui de Lucie ?

 

 

Les pieds de cochon comme chez Lucifer

 

— Ben mon cochon, Victor ! Ça alors, faut le faire !

Mais c’est bien innocent pour te valoir l’enfer.

Ces lieux sont dévolus parait-il à l’Amour,

Des dieux ou du prochain, c’est de l’amour toujours.

— D’autant plus que l’enfer, c’est dans le cœur des Hommes

Qu’il se loge et non pas dans les élans de mômes

Qui découvrent la vie et se sucent la poire,

Fusse dans les lieux saints qui cachent le ciboire.

— Tu parles d’or, Victor ! Vive la vie, bon sang,

Et trinquons sans tarder à ces jeux innocents,

Puis je vais te donner une étrange recette

Qui correspond, je crois, à ta belle amourette.

Bon marché, délicieux, très faciles à faire,

C’est les pieds de cochons « comme chez Lucifer ».

Tu prends chez ton boucher quatre pieds de pourceaux

Ou plus selon le nombre de tes commensaux,

Tu vas les faire cuire dans un bon court-bouillon

Parfumé au safran, ail, sel, poivre et oignon.

Cuis à tout petit feu pour deux tours de tocante

Afin de parfumer et d’attendrir la viande.

Pendant ce temps tu ne va pas rester inerte :

Il te faut préparer ta bonne sauce verte.

Tu piles au mortier persil, thym, vert de blette,

Oseille, basilic, estragon et sarriette,

Ail, poivre vert, cannelle et gingembre râpé,

Mouille au vinaigre fort mais garde assez épais.

Réserve et fais confire quelques oignons hachés

Dans de l’huile d’olive, sans laisser attacher,

Mets un peu de moutarde et le jus d’un citron,

Puis pense un peu à toi et débouche un litron.

Bois un canon ou deux et quand tu es à l’aise,

Au barbecue ou l’âtre, prépare de la braise.

Sors les pieds du bouillon, sèche-les, coupe-les

Puis sur ton gril ardent, il te faut les hâler,

Les faire bien dorer sans pourtant qu’ils ne grillent,

Leur odeur va déjà t’exciter les papilles !

Dans un plat de service, mets tes oignons en lit

Dispose par dessus tes pieds fort embellis,

Entoure l’appareil avec ta sauce verte.

Au moment de servir, d’un coup de pince experte

Tu places sur les pieds quelques charbons ardents,

Le gras des pieds grésille et fûmèle en fondant.

À nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

À la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

 

Ingrédients et proportions pour six personnes :

Pour les pieds: - 6 pieds de cochons flambés et lavés, - safran, - sel, - poivre, - 2 oignons piqués de 2 clous de girofle, - eau.

Pour la sauce verte: - 1 bouquet de persil plat, - le vert de 6 feuilles de blette (sans les côtes), - 2 cuillerées à soupe de thym, - 6 feuilles d'oseille (ou plus si les feuilles sont petites), - 3 branches de sarriette (supprimer les parties ligneuses), - 1 bouquet de basilic frais, - 1 bouquet d'estragon frais, - 6 gousses d'ail, - 1 cuillerée à soupe de grains de poivre vert, - 1 cuillerée à soupe bombée de gingembre frais râpé, - cannelle, - 1 verre de bon vinaigre, - huile d'olive, - moutarde, - 2 citrons, - sel, - poivre du moulin.

 

Les vins conseillés:

Les pieds de cochon acceptent des vins éclectiques. Essayez donc de les déguster avec des blancs, avec des Viognier par exemple: Condrieu, Saint-Gervais, Uchaux, en vallée du Rhône.

La Clape, Clairette de Ceyras, Adissan, Saint-André-de-San­gonis en Languedoc. Cassis, Palette, Bellet en Provence.

Appréciez-les avec des vins primeurs ou très jeunes, des vins de soif: Tulette, Travaillan, Chusclan, Roquemaure en vallée du Rhône. Saint Guiraud, Arboras, Castelnau-le-Lez en vins du Languedoc. Barjols, Nans-les-Pins, Carcès, Le Castellet, La Croix-Valmer en vins de Provence.

 

Tridi 3 pluviose 220

 

Illustration X – Droits réservés

 

08/01/2012

Ouiquinde gastronomique: le civet de renard

 

 

civet renard.jpg


Le civet de renard de l'Oncle Pinet

J'ai déjà vu, petit, Maître Renard en chasse.
Il marche à pas feutrés, nez au vent, la queue basse.
Soudain Goupil se fige, tous les sens en alerte,
Laissant venir la poule, caquetant, vers sa perte.
Panache déployé, il bondit gueule ouverte,
Saisissant par le cou la belle proie offerte.
Pas de bruit, seulement une gerbe de plumes
Laissera, de la poule, une trace posthume.
Respectons le renard, c'est une noble bête
Et que l'on peut aimer. " jusque dans son assiette!
Bien sûr Renard n'est pas un gibier très courant
Mais ce rusé gourmet régale les gourmands!
C'est mon oncle Pinet, je dois m'en réjouir,
Qui, voilà des années, me l'a fait découvrir.
L'oncle Pin et était un gaillard remarquable,
Un savant, un chercheur des choses de la table.
Casquetté, clope au bec, l'oncle avait belle allure.
Cet humoriste heureux détestait la torture,
Or, "travail" provenant du latin "trepaliare",
Supplice du tri pal, soit dit pour les ignares,
Il avait décidé de n'y jamais toucher.
Je l'ai vu plus souvent bambocher que piocher!
Nous partagions, joyeux, des bouteilles multiples,
Et il a fait de moi, en ce sens, son disciple.
Dédaignant les lazzis des idiots qui ricanent,
Il a fait préparer à la tante Suzanne
Corneilles et corbeaux, écureuils, hérissons,
Pies, geais, blaireaux, mouettes, cigalons, limaçons.
Et la tante mettait son imagination
Culinaire au service de ces préparations.
Chasseurs et gardes-chasse, paysans, braconniers
Venaient vider chez lui leur rebut de carnier,
Et beaucoup, toujours prêts si l'on rit, boit et mange,
Acceptaient de goûter ses cuisines étranges.
À l'ombre de la treille, devant le cabanon,
On mangeait, on chantait, en buvant des canons.
- Il est des personnages avec qui l'on se marre,
- Mais ce renard, Victor, comment tu le prépares?
- L'oncle, sans se salir, dirigeait les travaux.
Ses amis s'escrimaient à enlever la peau
En se faisant larder par les milliers de puces,
De joyeux animaux qui sautent, piquent, sucent.
Puis, les mains dans le sang, ils libéraient les tripes
Chaudes et irisées qui salissaient leurs nippes.
On pendait le renard, écorché, nettoyé,
Dans un lieu frais et sec pour le mortifier
Pendant quatre ou cinq jours en fonction des saisons.
On fait toujours ainsi avec la venaison.
On le coupe en morceaux, on le fait mariner
Trois jours dans du vin rouge puissant, carabiné,
Avec sel, poivre noir, genièvre, oignon et thym.
Alors tante Suzanne prenait les choses en mains!
Égouttés, essuyés, les morceaux de renard
Sont flambés au vieux marc puis, sans aucun retard,
Fait sautés à feu vif dans du saindoux fondu,
On remue et on tourne souvent, bien entendu
Pour bien dorer la viande sur toutes ses faces,
On déglace la poêle au Noilly, une tasse,
Puis on laisse réduire sans attacher au fond.
On blondit des oignons dans un faitout profond
Puis on jette dessus les morceaux de renard,
On flambe à l'eau-de-vie, un verre de soiffard,
Sel, poivre de haut goût, bouquet garni, genièvre,
Enfin, tout ce qu'on met pour faire cuire un lièvre.
On mouille abondamment, pas dans la marinade,
Dans un rouge corsé mis en larges rasades.
On fait cuire quatre heures, à feu doux ou moyen,
Tout dépend si Goupil est jeunôt ou ancien!
Ainsi accommodé, c'est un plat délicieux,
Ceux qui le goûteront feront des envieux.
Une bonne polenta en accompagnement,
Et du vin généreux, beaucoup, évidemment.
Avec des commensaux triés sur le volet,
De solides mangeurs, jamais des gringalets,
L'Oncle Pinet régnait avec cette recette
Sur un aréopage d'amoureux de la Fête.
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire
Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre
De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne!

 


Ingrédients et proportions pour six à huit personnes (ayant bon appétit)

Il va de soi que l'Oncle Pinet ne faisait pas le bec fin sur la taille du renard que lui apportaient ses rabatteurs. Faites comme lui!
Il faut donc:
- Pour la marinade: - un renard mis à mortifier si possible en chambre froide quatre ou cinq jours puis coupé en morceaux, - 5 litres de vin rouge 13 ou 14°, - 5 poignées de gros sel, - 2 cuillerées à soupe de poivre noir concassé, - 20 baies de genièvre, - 5 oignons en quartiers piqués de clous de girofle, - 2 belles touffes de thym.
- Pour le civet: 2 verres d'eau-de-vie pour flamber, - 250 g de sain-doux, - 1 verre de Noilly-Prat, - 5 autres oignons émincés, - 2 poignées de gros sel de Camargue, - poivre noir du moulin en abondance, - 1 gros bouquet garni, - 20 nouvelles baies de genièvre, - 3 bouteilles de bon vin rouge AO.C. 14,5°C, - 2 verres d'huile d'olive, - 2 kilos de farine de polenta pour l'accompagnement.

Les vins conseillés:

Ce plat est en lui-même suffisamment puissant, riche en fragrances ani-males et en goûts musqués. Il y a donc deux écoles pour le choix des vins: - soit on reste dans la tonalité du plat et il faut des vins puissants, épicés, tanniques. En Côtes-du-Rhône: Châteauneuf-du-Pape évidemment, Gigondas, Vacqueyras, Lirac, Cairanne, Rasteau et tous les rouges "Villa-ges" ; en vins du Languedoc et Roussillon: Saint-Chinian, Faugères, Fitou, Collioure; en vins de Provence: Bandol, Pierrefeu, Barjols; - soit on joue l'opposition et l'on prend des vins jeunes, légers, gouleyants, des vins "à boire". En Côtes-du-Rhône: Rochefort, Estézargues, Ste-Cécile-Ies-Vi-gnes, Côtes du Ventoux, Coteaux du Luberon, Coteaux du Tricastin, Cos-tières-de-Nîmes ; en vins du Languedoc: Saint-Saturnin, Pic-saint-Loup, Saint-Christol, Saint-Drézery ; en vins de Provence: Côteaux-des-Baux, Saint-Maximin, Varages et Villecroze.

 

Nonidi 19 Nivose 220

 

Illustration originale Vincent Barbantan

 

29/12/2011

Le corbeau et le lapin

 

lapin corbeau.jpg 

 

Un corbeau sur un arbre perché

Ne foutait rien de la journée.

Un lapin voyant le corbeau

L'interpella aussitôt :

« Moi aussi, comme toi, puis-je m'asseoir

Et ne rien foutre du matin jusqu'au soir ? »

Le corbeau lui répondit de sa branche :

« Bien sur, ami à la queue blanche,

Dans l'herbe tu peux te coucher

Et ainsi de la vie profiter ! »

Blanc lapin s'assit alors par terre

Et sous l'arbre resta à ne rien faire…

Tant et si bien qu'un renard affamé,

Voyant ainsi le lapin somnoler,

S'approcha du rongeur en silence…

Et d'une bouchée en fit sa pitance.

 

Moralité :

Pour rester assis à ne rien branler…

Il vaut mieux être très haut placé... !

 

Nonidi 9 Nivose 220

 

Illustration X - Droits réservés

24/12/2011

Hommage d’un mécréant à son père : Magie de Noio Hel.

 

nougat noir.jpg 

 

Le dur mistral d’hiver ronfle et mugit dans les larges poitrines des grands platanes de la place Jean-Jaurès. Marcel, le pâtissier de Villeneuve, regarde sa femme et ses quatre chers petits, main dans la main, partir dans le froid, emmitouflés dans de grands manteaux, la tête couverte de châles de laine. Ils ne vont pas très loin : seulement chez “ Marraine ” où se tient traditionnellement la veillée calendale de la famille. Marraine, c’est l’aïeule, la maîtresse respectée de la ferme dont les bâtiments s’étagent au pied des  redoutables murailles du fort Saint-André.

 

Marcel, cette fois encore, ne sera pas de la fête : il est pâtissier et son métier l’oblige à travailler pour préparer le plaisir des autres… Un court moment de tendre mélancolie, puis il redescend vite au laboratoire. Les bûches sont roulées, les chocolats sont coulés, mais il reste un travail difficile à réussir : le nougat noir…

 

Dans le grand “ cul-de-poule ” de cuivre, Marcel a mis à cuire le miel et les amandes. C’est très délicat le nougat noir. Trop de cuisson : le nougat sera cassant, avec un goût de brûlé. Pas assez : il sera collant aux doigts. Il faut tourner doucement, cuire à feu doux et s’arrêter à la minute près. Pour connaître ce seuil, Marcel n’hésite pas à sucer son doigt puis à le tremper rapidement dans le sucre en fusion. Le nougat noir est tout un art. C’est une question de coup d’œil, d’odeur, d’intuition, de compétence.

 

A la ferme, chez Marraine, les femmes ont disposé, sur les trois nappes blanches, les services de fêtes, les verres du dimanche. Dans l’âtre qui flamboie, l’aïeule et le “ caga-nis ” — chez nous, on nomme ainsi le plus jeune des enfants — apportent une bûche d’arbre fruitier bien sec.

 

D’un verre de vin cuit versé avec respect, Marraine — en l’absence de son mari, tombé sous les balles de la grande guerre — bénit la bûche puis, d’un ton solennel prononce à belle voix la formule rituelle des Provençaux :

 

“ Alègre ! Alègre !

Mi bèus enfant, Dièu nous alègre !

Emé Calèndo tout bèn vèn…

Dièu nous fague la gràci de vèire l’an que vèn,

E se noun sian pas mai, que noun fuguen pas mens ! ”

 

La famille s’installe alors à table, réservant une place, pas très loin de la porte, pour le pauvre transi que le sort accable. Cette nuit, s’il vient, il aura l’amour, le couvert et le gîte.

 

Et les femmes, dès lors, servent le Gros Souper : les petits escargots à la “ suçarelle ” que l’on aspire d’un coup, les cardons à l’anchois, la raïto de merlusso, le muge aux olives, le gratin de brandade, et, pour laver la bouche l’àpi à la pebrado.

 

On arrose ces mets aux grands vins de la Coste-du-Rhône.

 

Enfin voici venu le moment où l’on sert, avec cérémonie, les treize desserts : les amandes, les noix et les noisettes, les figues sèches, les dattes, les mandarines, les oranges, les pommes, les poires, les raisins que l’on garde depuis septembre suspendus par leur branche dans le grenier, puis voici le nougat blanc, voici enfin le nougat noir…

 

Le nougat noir ! Marcel, seul dans son laboratoire se bat avec son nougat noir… Il a laissé son esprit vagabonder quelques minutes vers sa chère famille réunie pas très loin. Cette minute de spleen a été fatale : le nougat est trop cuit !

 

Marcel sent en lui la morsure sournoise du désespoir. Sa cuisson est fichue ! Il ne pourra pas honorer les commandes de ses clients. C’est le déshonneur…

 

Il y a pourtant encore une solution : prendre sa bicyclette, atteler la remorque — nous sommes au sortir de la guerre — traverser dans le froid le pont suspendu, aller à Avignon chez Perrier, son maître es pâtisserie et lui demander — toute honte bue — de lui fournir un peu de ce fameux nougat noir !

 

C’est Noël, les clients de Marcel lui font confiance, il doit les satisfaire quitte à s’asseoir sur son orgueil. Il accepte donc l’humiliation.

 

Soudain, la lumière s’éteint dans le laboratoire. Une étrange lueur diaphane scintille, semblant irradier les formes de bois dans lesquelles Marcel devait couler son nougat noir. Un étrange parfum, délicat, suave, remplace la désagréable odeur de la cuisson brûlée. Les oreilles de Marcel résonnent d’une musique inconnue, envoûtante, céleste. L’étrange lueur s’estompe et revient la lumière. Dans les formes, Marcel, incrédule, découvre des plaques du nougat le plus fin, le plus délicat, le plus succulent qui se puisse rêver. Un nougat divin !

 

Marcel — tout mécréant qu’il soit, souvent en délicatesse avec les choses de la religion, n’hésitant pas, lors de tonitruantes colères à qualifier le bon dieu d’épithètes forts sonnantes, assurant qu’il lui facilite le transit intestinal et émettant avec véhémence des doutes sur la vertu de la Vierge — Marcel se laisse tomber à genoux. Les mains jointes, il goûte un morceau de ce nougat venu d’ailleurs…

 

Chez Marraine, on apporte enfin la pompe à l’huile, symbole de l’espoir ! On mange, on boit, on chante, on est tout à sa joie. Puis sonne minuit. On se lève de table, on s’emmitoufle dans les manteaux, les pèlerines, les châles et les fichus. On lutte contre le vent glacial sous le goulet étroit et venté qui relie la ferme au village et on va tous à la messe…

 

Marcel, lui aussi, a entendu les douze coups sonner au clocher de la collégiale. Le visage transcendé de bonheur, il met sa canadienne dont il emplit les poches de morceaux de nougat. Puis il descend la rue pour se rendre à l’église. Lorsqu’il arrive, Brunel, le baryton, accompagné à l’orgue, chante à pleine voix le “ Minuit chrétien ” de Capeau et Adam.

 

Marcel rejoint discrètement sa famille. Il donne à chacun de ses quatre enfants un morceau de nougat :

  “ Tenez les petits, prenez et mangez : c’est le nougat du Bon Dieu ”.

 

VictorAyoli

 

 

Quartidi 4 Nivose 220

 

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23/12/2011

Réveillon : bouffez du patron !

 

père noel dinde.jpg

 

Prenez un patron bien gras et dodu. La meilleure race, c’est la Cacarente. Le nec plus ultra, le Bresse de ces volailles restant tout de même le Patrondebanque. Evitez les patrons Depéhèmeux, ils sont trop petits, ils triment souvent autant que vous et sont trop dur à cuire. Sinon bouffez le père Noël, c’est leur représentant.

Plumez-le autant qu’il vous a plumé. A vif autant que possible : ça crée une production d’endorphine qui donnera à la viande un fumet particulier qui vous rappellera le jour où il vous a convoqué pour vous lourder.

Flambez-le, si possible sur les ruines fumantes de son bureau ou de son usine. Puis égorgez-le en gardant le sang, il est fait de celui qu’il vous a fait suer.

Videz-le de ses tripes qu’il a toute sa vie copieusement tapissées de sauces chaudes et onctueuses avec le pognon qu’il vous a volé. Jetez-les, de toute façon un patron de  Cacarente n’a rien dans les tripes, et beaucoup de merde dans la tête.

Coupez-le en morceaux, au hachoir ou à la tronçonneuse selon affinités. Faites macérer les morceaux dans une marinade faites de moitié bile, aussi amère que celle qu’il vous a faite faire, moitié merde diarrhéique, c’est ce qui convient le mieux.

Après deux jours de marinade, faites revenir les morceaux dans de l’huile de vidange. Puis mettre à cuire à l’étouffé avec la marinade passée au chinois, comme ceux chez qui il a délocalisé votre usine.

Enfin, comme c’est immangeable, foutez le tout au chiotte, c’est la place de ce genre de patrons !

 Tridi  3 Nivose 220

 

Merci à Soulas

21/12/2011

M’ame Michu et M’ame Chazotte : « C’est Noël, on va au resto ! »

Les Vamps web.jpg

 

- Alors, M’ame Chazotte, avec les fêtes de fin d’année, on va pouvoir aller au restaurant dépenser notre petite cagnotte ! Hum ! Moi, j’ai envie d’un os à moelle pour commencer, puis d’un pintadeau farci, après, on verra… Depuis la baisse de la TVA, on va pourvoir manger plus pour le même prix !

 

- Ah ! Ah ! Ah ! Impayable M’ame Michu ! V’z’êtes impayable ! La baisse de la TVA, elle passe directement de la poche des con-tribuables – vous, moi - dans les fouilles des gargotiers ! Depuis ce cadeau de Sarko, ils peuvent changer leur 4x4 avec nos sous ! M’enfin, ils votent Sarko, quand ce n’est pas Le Pen. Le hold-up de 3 milliards d’euros par an (l’équivalent chaque année de 100.000 emplois largement au dessus du smic, vous les avez vu ces emplois ?), c’est pour empocher des voix. Et en plus ils nous font manger de la merde…

 

- Oh ! Comme vous parlez vous alors…

 

- A quelques exceptions près, M’ame Michu, v’savez ce que c’est la manière normale de cuisiner en France ? Faut être moderne ! Faut être moderne ! Sachez que la majorité, l’énorme majorité des cent vingt mille restos de France pratique cette méthode qui consiste à réchauffer, au micro-onde ou, au mieux au bain-marie, des préparations culinaires industrielles achetées à bas prix chez Métro ou autre distributeur équivalent. Et vendues à des prix aberrants. Ils appellent ça la « cuisine d’assemblage », portée aux nues par presque tous les gargotiers de France et de Navarre. Ils ont même réussi à imposer aux écoles hôtelières françaises ce type de « formation »… Enfin, une loi devrait bientôt obliger les gargotiers à marquer sur leur carte si le plat est « fait maison » ou non. On verra…

 

- Moi j’en mange des fois des surgelés. Des pizzas surtout.

 

- Ben vous êtes par bégueule… Chez vous, pourquoi pas, mais au resto ! Où est l’authenticité de la cuisine françouaiiise ? Faut dire qu’ils risquent pas grands choses les gargotiers : l’inénarrable Christine Lagarde, lorsqu’elle sévissait en temps que ministre de l’économie, a signé une « Charte des droits des entreprises du secteur des cafés, hôtels et restaurants ». Objectif de ce torchon chaleureusement applaudit par les dits gargotiers : faire en sorte que les contrôles des agents de la répression des fraudes « se déroulent dans les meilleures conditions possibles ». Autrement dit, les contrôleurs doivent prévenir les contrôlés, ils ne peuvent plus divulguer les résultats de leur travail, un « médiateur » - désigné par la profession ! ! ! - veille, dans chaque département à « tenter une conciliation » avant toute sanction, enfin, chaque année un comité départemental noyauté par la profession évalue les contrôleurs et donne des bons et des mauvais points.

 

- Ben ça alors ! Ouais mais les restaurateurs ont bien augmenté les salaires de leurs employés ?

 

- Ben voyons ! Si, suite à d'âpres négociations, une prime annuelle maximum de 500 euros est versée à certains salariés et que le Smic dans ce secteur est supérieur de quelques centimes d'euros bruts au Smic général, la branche de la restauration rapide, qui profite pleinement de la baisse de la TVA, n'a rien voulu octroyer à ses salariés qui restent pourtant les plus mal lotis de tout le secteur.

 

- Justement, la baisse de la TVA, qu’il dit le mari de Carla, c’était pour que la restauration traditionnelle soit alignée sur la restauration rapide…

 

- Baratin. La restauration rapide ne bénéficiait pas d'un taux de TVA différent de celui de la restauration traditionnelle, que l'on aille chez McDonald ou Bocuse, le « sur place » était facturé à 19,6% et le « à emporter » à 5,5%. Seulement les marchands de merde de la restauration rapide ne faisaient aucune distinction entre le « sur place » et le « à emporter ». Ce qu’il aurait fallu faire, pour équilibrer la concurrence, c’était mettre tout à 19,6%, que ce soit à emporter ou à manger sur place.

 

- Ouais mais, les restaurateurs ont embauché…

 

- Tè ! Fumes ! En réalité, c’est autour de 20.000 emplois net ont été créés depuis cette loi pour l'ensemble des CHR, soit un coût de 150.000 euros par poste ! Ils nous coûtent cher ces emplois M’ame Michu….

 

- Ben alors qu’est-ce qu’il faut faire M’ame Chazotte ?

 

- Mangez le patapon de votre chat…

 

Primidi 1er Nivose 220

 

Photo X - Droits réservés

 

18/12/2011

Gastronomie dominicale. Vous aimez les enfants ? Reprenez-en…

 

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L’écrivain Jonathan Swift, pour protester contre l’effroyable misère qui sévissait alors en Irlande sous domination anglaise, a écrit en 1729 un pamphlet aussi féroce que désespéré. L’Europe et la mondialisation ultra libérale donnent une nouvelle jeunesse à ce texte. En temps de Noël de crise, à lire et à méditer ce petit chef-d’œuvre de second degré et d’ironie sarcastique:

 

(…) Un Américain très avisé que j’ai connu à Londres m’a assuré qu’un jeune enfant en bonne santé et bien nourri constitue à l’âge d’un an un mets délicieux, nutritif et sain, qu’il soit cuit en daube, au pot, rôti à la broche ou au four, et j’ai tout lieu de croire qu’il s’accommode aussi bien en fricassée ou en ragoût.

 

(…) Je porte donc humblement à l’attention du public cette proposition : sur ce chiffre estimé de cent vingt mille enfants, on en garderait vingt mille pour la reproduction, dont un quart seulement de mâles - ce qui est plus que nous n’en accordons aux moutons, aux bovins et aux porcs -, la raison en étant que ces enfants sont rarement les fruits du mariage, formalité peu prisée de nos sauvages, et qu’en conséquence un seul mâle suffira à servir quatre femelles.

 

On mettrait en vente les cent mille autres à l’âge d’un an, pour les proposer aux personnes de bien et de qualité à travers le royaume, non sans recommander à la mère de les laisser téter à satiété pendant le dernier mois, de manière à les rendre dodus et gras à souhait pour une bonne table. Si l’on reçoit, on pourra faire deux plats d’un enfant, et si l’on dîne en famille, on pourra se contenter d’un quartier, épaule ou gigot, qui, assaisonné d’un peu de sel et de poivre, sera excellent cuit au pot le quatrième jour, particulièrement en hiver.

 

J’ai calculé qu’un nouveau-né pèse en moyenne douze livres et qu’il peut, en une année solaire, s’il est convenablement nourri, atteindre vingt-huit livres.

Je reconnais que ce comestible se révélera quelque peu onéreux, en quoi il conviendra parfaitement aux propriétaires terriens qui, ayant déjà sucé la moelle des pères, semblent les mieux qualifiés pour manger la chair des enfants.

 

(…) Ainsi que je l’ai précisé plus haut, subvenir aux besoins d’un enfant de mendiant (catégorie dans laquelle j’inclus les métayers, les journaliers et les quatre cinquièmes des fermiers) revient à deux shillings par an, haillons inclus, et je crois que pas un gentleman ne rechignera à débourser dix shillings pour un nourrisson de boucherie engraissé à point, qui, je le répète, fournira quatre plats d’une viande excellente et nourrissante, que l’on traite un ami ou que l’on dîne en famille. Ainsi, les hobereaux apprendront à être de bons propriétaires et verront leur popularité croître parmi leurs métayers, les mères feront un bénéfice net de huit shillings et seront aptes au travail jusqu’à ce qu’elles produisent un autre enfant.

 

Ceux qui sont économes (ce que réclame, je dois bien l’avouer, notre époque) pourront écorcher la pièce avant de la dépecer ; la peau, traitée comme il convient, fera d’admirables gants pour dames et des bottes d’été pour messieurs raffinés.

 

Quant à notre ville de Dublin, on pourrait y aménager des abattoirs, dans les quartiers les plus appropriés, et qu’on en soit assuré, les bouchers ne manqueront pas, bien que je recommande d’acheter plutôt les nourrissons vivants et de les préparer « au sang » comme les cochons à rôtir. (...)

 

(…) Nul doute que cet aliment attirerait de nombreux clients dans les auberges dont les patrons ne manqueraient pas de mettre au point les meilleures recettes pour le préparer à la perfection, et leurs établissements seraient ainsi fréquentés par les gentilshommes les plus distingués qui s’enorgueillissent à juste titre de leur science gastronomique ; un cuisinier habile, sachant obliger ses hôtes, trouvera la façon de l’accommoder en plats aussi fastueux qu’ils les affectionnent. (…)

 

(…)Nous devrions voir naître une saine émulation chez les femmes mariées - à celle qui apportera au marché le bébé le plus gras -, les hommes deviendraient aussi attentionnés envers leurs épouses, durant le temps de leur grossesse, qu’ils le sont aujourd’hui envers leurs juments ou leurs vaches pleines, envers leur truie prête à mettre bas, et la crainte d’une fausse couche les empêcherait de distribuer (ainsi qu’ils le font trop fréquemment) coups de poing ou de pied. (…)

 

(…)Je conjure les hommes d’Etat qui sont opposés à ma proposition, et assez hardis peut-être pour tenter d’apporter une autre réponse, d’aller auparavant demander aux parents de ces mortels s’ils ne regarderaient pas aujourd’hui comme un grand bonheur d’avoir été vendus comme viande de boucherie à l’âge d’un an, de la manière que je prescris, et d’avoir évité ainsi toute la série d’infortunes par lesquelles ils ont passé jusqu’ici, l’oppression des propriétaires, l’impossibilité de régler leurs termes sans argent ni travail, les privations de toutes sortes, sans toit ni vêtement pour les protéger des rigueurs de l’hiver, et la perspective inévitable de léguer pareille misère, ou pis encore, à leur progéniture, génération après génération. (…)

 

 

Jonathan SWIFT - 1729

 

 

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Illustrations X - Droits réservés

 

Octidi 28 Frimaire 220

 

12/12/2011

Je n’achète plus d’huitres…

 

Huîtres pour le web.jpg

 

 

Vous vous en foutez et vous avez bien raison. Pourtant j’en mangerai sur la tête d’un banquier mort ! Seulement à deux euros l’huitre ! Plus de treize de nos vieux francs pour une belle de Cancale, d’Arcachon ou de Bouzigues (c’est les nôtres, en bas !), ce n’est plus dans mes cordes.

 

 Ils ne se foutraient pas un peu de notre gueule les marchands de ces délicieux cailloux ? Ben, non ! Parce que des huitres, il y en a beaucoup moins… C’est qu’elle se fait désirer la belle salope !

 

Ah ! Les amours des huitres ! Extraordinaire ! Ça fait rêver. Figurez-vous madame Huitre, aguicheuse. Elle s’ouvre largement comme une starlette en quête de contrat, dévoile ses dedans gracieux, montre même subrepticement quelques portions de nacre délicatement irisé, les plus salopes dévoilent même impudiquement une jolie perle… Et voilà qu’arrive monsieur Huitre. Excité comme un jeune abbé dans un couvent de jeune fille ou un kamize pensant, avant d’appuyer sur le bouton, aux soixante et douze vierges qui l’attendent les cuisses écartées, le string à la main ! Monsieur huitre, il en peut plus. Il prend son pied et balance la fumée dans une extase marine. Madame Huitre, ouverte et offerte, se gave du nuage de jus intime de monsieur Huitre et connait enfin la grande secousse et le fameux petit frisson.

 

Heureuse, elle va couver sa progéniture avec sa belle chair laiteuse des mois sans R. Puis qu’est-ce qu’elle fait quand elle a chié ses lardons madame Huitre ? Qu’est-ce qu’elle fait ? Je vais vous le dire. Je vais vous le dire. Eh ! Oh ! Calmos. Faut pas s’exciter comme ça. Bon. Madame Huitre elle change de sexe ! Elle devient monsieur huitre ! Et monsieur Huitre, qu’est-ce qu’il fait après avoir pris son panard ? Ben, il va pisser, il boit un coup, fume une clope puis il rentre chez sa femme. Comme tout le monde, quoi. Eh bien non ! Monsieur l’huitre, après avoir tiré son coup, il change de sexe ! Putaing ! Le pied les mecs et les meufs, non ? Connaître les deux plaisirs ! Le rêve de tout jouisseur hédoniste…

 

Mais je m’égare. Oui et non. Pas étonnant qu’avec des mœurs pareilles, ces huitres-là se ramassent toutes les maladies honteuses qui passent. C’est comme ça que, jadis, les huitres plates ont chopé une ch’touille qui les a presque toutes flinguées, puis que leurs remplaçantes, les portugaises, ont subit le même sort, remplacées par les japonaises. Et celle-ci sont en train de crever d’une saleté d’herpès ! C’est la nature quoi…

 

Mouais… Sauf que.

 

Sauf que les producteurs d’huitres, ça les emmerdait les huitres laiteuses des mois d’été. Les clients n’aiment pas trop. Hors ils sont nombreux l’été au bord de la mer. Alors Ifremer, organisme de recherche et de régulation des produits de la mer, a fait travailler ses ingénieurs en blouses blanches, payés avec nos sous. Ces braves gens n’ont pas fait de manips génétiques, non. Huitre OGM, ça fait un peu trop craignos… Ils ont travaillé non pas sur les gènes, mais sur les chromosomes. http://www.infogm.org/spip.php?article3767 Ils font niquer une huitre normale « diploïde », à 2n chromosomes avec une huitre anormale « tétraploïdes » à 4n chromosomes, ce qui donne une huitre à 3n chromosomes dite « triploïde ». Et cette « merveille », stérile,  se développe dans n’importe quelle eau, grossit plus vite puisque n’ayant pas à se reproduire, et donc n’a pas la laitance qui n’est pas très vendeuse, est commercialisable toute l’année. La poule aux œufs d’or ! Elles occupent actuellement le tiers du marché.  Les males triploïdes ne sont pas aussi veinards que leurs compères diploïdes normaux : ils sont tués dès qu’ils ont balancé la fumée dans les écloseries !

 

Résultats, pas de brassages génétiques. Toutes les huitres françaises descendent de quelques centaines de géniteurs. Ces huitres débiles n’ont évidemment pas la résistance des sauvages face aux attaques du milieu marin et des virus et germes des côtes. Elles chopent toutes les maladies honteuses… Et les refilent aux autres, les normales, les diploïdes. Voilà pourquoi les huitres « graines » - le naissain – crèvent à 90% ! Et que les huitres atteignent des prix extravagants.

 

Et accessoirement pourquoi je n’achète plus d’huitres après avoir chopé une cagagne…qui m’a permis de me cultiver !

 

 

Duodi 22 Frimaire 220

 

11/12/2011

Ouiquinde gastronomique: la testo de vedeù!

 

tête de veau copie internet.jpg

 

La tête de veau.

 

Quand revient chaque année le temps du vin nouveau

Je convie mes amis pour la Tête de Veau.

C'est un plat collectif, festif, essentiel;

C'est un repas royal ou... présidentiel!

Me méfiant des veaux qui ont "la vache folle",

Je vais chercher les miens en terres cévenoles.

Pour avoir du bon veau, et pas de la charogne,

Je commande la tête au boucher de Langogne.

Et je vais la chercher moi-même, par le train

Qui, de Nîmes, hardiment, gravit avec entrain

Les mille et un lacets, les soixante tunnels,

Les trente viaducs suspendus en plein ciel

Reliant les splendeurs de la cité romaine

Aux sauvages attraits des terres lozériennes.

Heureux, le nez au vent, ma glacière à la main,

J'en prend plein les mirettes, je hume le terrain

Qui défile et s'enfuit, lentement, pas pressé.

Cités mélancoliques de mines délaissées,

Juvéniles chahuts, rires à chaque arrêt,

À-pics vertigineux, oppressantes forêts,

Rivières et torrents, petits lacs de barrages

Viennent et disparaissent après chaque virage.

Paisibles bovidés paissant dans les prairies,

Spectacle interrompue par chaque galerie,

Le voyage est trop beau, le voyage et trop court...

- Oh ! Victor, bois un coup, arrête tes discours,

Si maïses coume aco, la testa de vedeù

Bouto, la manjaren beleù a l' an nouveù ! (l)

- C'est bien vrai. Sers-moi donc un primeur agréable

- Qui chatouille si bien mon gosier insondable.

Zou ! Trinquons et buvons, et ne fais pas la bête,

Je vais te raconter comment on fait la tête.

Lorsque j'arrive avec mon chef en bandoulière,

La Lionne a déjà sorti la gazinière

Des grandes occasions. Ce qui se fait de mieux:

Un feu sur doubles rampes se croisant au milieu.

Dans une oulo (2) profonde, voire une lessiveuse

On met à dégorger la tête voyageuse

Dans de l'eau claire et froide pendant une heure ou deux.

La laisser une nuit pourrait être hasardeux.

On la sort, on la met sur un large torchon,

On noue les quatre coins tout comme un baluchon.

Ainsi enveloppée, au fond de la bassine

On place, dans l'eau chaude, la caboche bovine.

Trois oignons giroflées, trois poignées de sel gros

Du thym et du laurier, du persil, mais pas trop.

Quand ça bout on écume avec application,

Puis on baisse le feu à tout petit bouillon.

On laisse cuire ainsi entre trois et quatre heures

Cette lenteur voulue rend la cuisson meilleure.

Pour la vérifier, je plante une fourchette:

Quand ça rentre tout seul, on chauffe les assiettes.

Soulevant le torchon, je sors alors la tête

Que je fais égoutter, coiffée d'une serviette

Pour bien tenir au chaud la viande qui tremblote.

Alors ma femme attaque la sauce ravigote :

Pour une tête entière, donc pour dix gros mangeurs,

Gourmands tant que gourmets, solides bambocheurs,

Elle écrase au mortier persil et estragon,

Cerfeuil et ciboulette, câpres et cornichons,

Tout cela manié dans trois hectos de beurre,

Elle s'en servira dans sa phase ultérieure.

Elle met à réduire huit ou dix échalotes

Dans un verre de vinaigre, au fond d'une cocotte,

Lorsque c'est bien réduit, trois cuillers de farine

Dans du beurre fondu (pas de la margarine)

Puis elle mouille avec cinq verres de bouillon,

Le jaune de cinq œufs, sale avec précaution.

Tournant au bain-marie, elle incorpore alors

Deux bons hectos de beurre, du demi-sel d'Armor.

Lorsque la sauce prend certaine consistance

Elle y met 1'appareil préparé par avance

Et manie bien le tout à la cuillère en bois.

La sauce est enfin prête pour un repas de choix.

C'est alors que j'apporte, avec solennité

La tête décorée avec habileté

Par du persil frisé, dans le nez, les oreilles.

L'assemblée s' esbaudit devant cette merveille.

Les manches retroussées, armé du Laguiole,

Je découpe en public la brûlante bestiole

Les joues souples et grasses qui fument et tressautent,

Le dedans du palais, puis la langue et la glotte,

Les viandes délicates, mousseuses du cou,

Les oreilles craquantes, les muscles des bajoues,

Enfin, le dernier bout, le bonheur des gourmets:

La pointe du museau, avec les trous du nez.

Nicole distribue: chacun son bout de veau,

Moi, je remplis les verres avec du vin nouveau.

Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire

Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre

De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône

Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.

 

 

 

Ingrédients et proportions pour huit personnes:

Une tête de veau, même sans la cervelle (depuis la vache folle les bou­chers la vende écervelée), ça pèse autour de dix kilos et plus. Mais il reste beaucoup moins de viande mangeable !

 

Pour la tête: - 1 tête sans la cervelle (dommage...), - 3 ou 4 gros oignons piqués de clous de girofle, - 2 poignées de gros sel de Camargue, - 6 feuilles de laurier, - 3 branches de persil plat, - eau à la demande (la tête doit toujours cuire entièrement immergée, au besoin mettez un poids dessus).

 

Pour la sauce ravigotte : - 3 branches de persil plat, - 3 branches d'estra­gon, - quelques tiges de cerfeuil, - autant de ciboulette, - 1 cuillerée à café de câpres, - 2 cornichons. Tous ces ingrédients, pilés au mortier, seront maniés dans un hecto de beurre.

- 5 échalottes, - 1 verre de vinaigre, - 2 cuillerées de farine. - 3 verres de bouillon, - 3 jaunes d'œuf, - 2 hectos de beurre demi-sel.

- persil pour décorer les oreilles et les trous de nez.

 

Les vins conseillés:

La tête de veau s'accompagne idéalement avec des vins primeurs, des vins de soif, gouleyants, joyeux et sans chichis: Tulette, Sainte-Cécile-­les-Vignes, Rochegude, Gaugeac, Saze.

Ventoux de : Mormoiron, Caromb, Bédoin. Tricastin.

Coteaux du Languedoc.

Côtes de Provence.

Et même, en cas de pénurie de Côtes-du-Rhône, Bordeaux légers et Vins de Loire.

­

 

(1) Si tu parles comme ça, la tête de veau, on la mangera peut-être, mais l’an prochain !

 

(2) oulo : grand récipient profond destiné à la cuisson des aliments, soit suspendu à la crémaillère d’une cheminée, soit posé sur un trépied.

Primidi 21 Frimaire 220

 

Illustration originale Vincent Barbantan

 

In: Le bonheur est dans l'assiette et dans les ver(re)s

 

17/11/2011

A Avignon : quand les vins primeurs font la Fête.

 

vins primeurs avignon palais papes.jpg

 

 

Tandis que claquent au vent du nord les oriflammes des Confréries vineuses, tandis que sonnent de joie les cent clochers de la cité, la Place du Palais des Papes retrouve pour une fugitive soirée ses fastes multicolores d'antan. Du temps où Avignon était capitale du monde, du temps où défilaient sous les abruptes murailles du plus grand palais gothique de la planète les ambassades chamarrées, colorées et bruissantes de musiques des grands et des puissants de la chrétienté.

 

Mais c'est grâce à Bacchus que la cité provençale - où Saint-Pierre, pour un temps accrocha sa barque - retrouve les fastes pour lesquels elle est née.

Bacchus, le dieu de la vigne qui préside chaque année, le troisième jeudi de novembre, aux grandes bacchanales données en l'honneur de la naissance du Vin Primeur !

 

Les cinq cents robes de satin moiré, de soies multicolores des membres de toutes les Confréries vigneronnes de la deuxième aire d'appellation de France remontent solennellement, sous les vivats de cette foule avignonnaise si friande de fêtes, la principale artère de la ville. Elles se regroupent en un fastueux kaléidoscope aux pieds des imposantes murailles du Palais des Papes, orgueilleusement paré des atours de la Fête.

 

Fête du vin primeur, du vin nouveau, du premier vin sorti en chantant des cuves encore frémissantes.

 

Fête du Vin, fête de Bacchus, fête de la joie de vivre, fête des vignerons dont elle chante la Gloire.

 

Gloire au vigneron, ce poète de la terre, ce magicien qui, d'arides cailloux fait naître le nectar préféré des dieux. Cet humaniste qui offre à ses prochains le moyen d'approcher la Lumière divine. Ce faiseur de vie dont la sueur féconde les entrailles de la terre. Ce paysan sacré qui crée le sang de Dieu.

 

Gloire aussi au Vin, ce dieu végétal qui prodigue généreusement à l'Homme la vigueur et l'esprit, l'humour et l'amour. Ce rassembleur qui rapproche en une communion dionysiaque les puissants et les humbles. Ce sésame du désir et du plaisir qui nous ouvre en chantant le cœur et le piège à bonheur de nos belles compagnes.

 

Gloire encore à la futaille, aux tonneaux, aux barriques, qui protègent, mûrissent et enfantent le Vin.

Et gloire à la bouteille, oblongue ou ventrue, dont la panse repue est une récompense.

 

Gloire au modeste bouchon, gardien de joie et d'éternité, dont le pop joyeux est un signal de Fête.

 

Gloire au hanap, au verre, au calice, au taste-vin et à la Coupo Santo, ultimes véhicules entre le Vin et l'Homme.

 

Gloire enfin aux Buveurs, mes frères,  qui envahissent la Place et cherchent en se serrant l'espace qui dispense généreusement le Premier Vin.

 

Voilà ce qu'est la Fête des Vins Primeurs en Avignon où l'on chante, où l'on danse, où l'on épanche en beauté les plus larges soifs !

 

Septidi 27 Brumaire 220

 

 Photo X - Droits réservés

08/11/2011

OGM : le retour ? Et l’homme mutera vers le zombie…

 

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Le géant de l’industrie chimique allemand BASF a demandé à la Commission européenne l’autorisation de cultiver et de mettre sur le marché des pommes de terre OGM destinées à l’alimentation humaine. Son « avantage » : elle serait résistante au mildiou…

« Fortuna », c’est le nom donné à cette merde destinée à faire la fortune des empoisonneurs patentés. En cas d’autorisation, elle sera sur le marché dès 2014 ou 2015.

Rappelons que BASF, n°1 de la chimie en Europe n’en est pas à son coup d’essai : il a déjà obtenue en 2010 de Bruxelles l’autorisation de commercialiser la première pomme de terre OGM, baptisée Amflora et – parait-il - uniquement destinée à l’industrie de la pâte à papier. Ben voyons. S’ils nous le disent…

Deux OGM seulement sont autorisés à la culture en Europe. Il s'agit du « célèbre » maïs MON810 de Monsanto et donc de cette patate « industrielle » pomme de terre Amflora. Cela ne devrait pas s'arrêter là. BASF développe un colza transgénique enrichi en oméga-3, destiné à la préparation culinaire et aux compléments alimentaires. Un partenariat avec le groupe agroalimentaire américain Cargill qui permettrait de produire à bas prix une huile « riche en acides gras polyinsaturés oméga-3 », qui pourrait être mise à la disposition de l'industrie agroalimentaire et pharmaceutique « d'ici la fin de la décennie ».

Les frites OGM vont donc bientôt sévir… Et risquent de transformer à terme les gogos qui les boufferont en pittoresques zombies…

 

Voici à cet effet un article remarquablement clair – même moi j’ai compris ! – traitant des dangers des OGM, de TOUS les OGM sur le métaboliste humain :

 

Les micro ARN  un pavé dans la marre des OGM ?

Par Bahram Houchmandzadeh Directeur de Recherche au CNRS

Je ne suis pas un anti OGM ; ceci dit, un article parut récemment dans une revue prestigieuse devrait faire avancer sérieusement le camp des adeptes du principe de précaution. L'article n'a pas eu beaucoup d'écho dans la communauté scientifique pour l'instant. L'article montre que les gènes des organismes que l'on mange peuvent modifier notre fonctionnement. 

1- Contexte. L'article concerne les microARN que l'on digère et  il me faut un peu de place pour l'expliquer. L'administration d'une cellule vivante est divisée (moléculairement parlant) entre une banque de données et des travailleurs. La banque de données (une sorte de  disque dur de la même capacité qu'un DVD pour les humains) est appelé ADN. Les travailleurs sont appelé les protéines. Tout le fonctionnement extrêmement complexe d'une cellule est effectué ou dirigé par les diverses protéines (les cellules humaines ont environ 25000 protéines différentes). L'ADN peut être vu comme un immense manuel dont chaque page contient les instructions pour fabriquer une protéine particulière. Ces pages sont appelées les gènes. Certaines protéines "lisent" certaines pages (gènes) et construisent les protéines correspondant à ces pages. Bien que l'ADN humain contienne 25000 gènes, à chaque instant, dans une cellule, on ne peut trouver qu'un petit nombre de protéines effectivement construit, est c'est l'ensemble de ces protéines  en activité qui détermine le fonctionnement d'une cellule. C'est pour cela que les cellules de foie, de l'œil  ou de la peau, bien que possédant exactement le même ADN, ont des activités si différentes.

En 1960, Jacob et Monod ont fait une découverte fondamentale : entre l'ADN et la protéine, on passe par une étape intermédiaire qu'on appelle l'ARN messager. Il faut voir ces derniers comme une photocopie des pages intéressantes et précieuses du manuel (des gènes donc) qui est jeté à la poubelle une fois la construction de protéines achevée.  

Pendant longtemps, l'ARN paraissait comme le parent passif et pauvre de l'ADN et de la protéine. Au fur et à mesure que nos connaissances ont progressé, l'ARN a pris une place de plus en plus importante et certains ont même envisagé que le monde vivant ait commencé par ces molécules. Depuis la fin des années 1990 l'ARN a acquis le statut d'une molécule centrale à travers la découverte des microARN. On s'est rendu compte que certaines pages du manuel (des gènes)  ne contenaient pas des instructions pour construire des protéines, mais pour construire des petits ARN qui n'étaient pas  une étape intermédiaire, mais  le  produit final. Le rôle de ces ARN est de contrôler la production d'autres protéines. Par exemple, si le microARN A est produit, alors la protéine B n'est pas produite. 

2- L'article en question. Dans leur article, la vingtaine de chercheurs chinois qui sont co-auteurs démontrent la chose suivante : contrairement à ce qu'on pensait jusque là, quand on mange quelque chose, les microARN de la chose mangée ne sont pas dégradés lors de la digestion, mais certains trouvent leurs chemins vers l'intérieur de nos cellules. De plus, les microARN des autres espèces que l'on mange peuvent avoir un rôle dans le contrôle de la production des protéines dans nos cellules.    

Voilà deux dogmes brisés d'un seul coup. Concrètement, ces chercheurs ont trouvé dans le sang des humains (chinois) énormément de microARN. En séquençant ces ARN, ils se sont rendu compte que certains de ces microARN provenaient du monde végétal, et ils ont tracé un de ces microARN au riz. Ces microARN ont donc été dans nos cellules (de foie) à un moment ou un autre et sont passés de ces cellules dans le sang ensuite. Ils ont démontré cela sur des souris. Ils ont ensuite démontré que ce microARN étranger (le riz étant une espèce très différente de l'humain ou de la souris) peut contrôler la production dans les cellules de la souris d'une classe importante de protéine qu'on appelle des LDL, responsable du transport du gras (comme le cholestérol) dans le sang. 

 3- Conséquence. L'article peu paraître très technique, mais sa portée est très grande. Premièrement, on croyait jusque là que les gènes que l'on ajoute au patrimoine de nos plantes n'ont aucune conséquence directe chez nous, puisque tout le matériel génétique est dégradé et digéré quand on mange. Deuxièmement, ces gènes provenant d'une espèce très loin de nous ne pouvait avoir un rôle de régulation chez nous. Ce sont ces deux croyances que cet article vient de briser. Certes, on n'ajoute pas (encore)  des séquences codantes pour des microARN dans les OGM; ceci dit, cela démontre que le matériel génétique que l'on mange n'est pas forcément dégradé. On mange du riz depuis très longtemps et nous savons à priori qu'il n'est pas nocif pour nous. Mais qu'en est il des gènes que l'on apporte des autres espèces lointaines que nous ne connaissons pas (evolutionnairement parlant) ? Nous manquons de recul pour avoir une réponse à cette question.

Par Bahram Houchmandzadeh Directeur de Recherche au CNRS

Article publié dans Médiapart le 26 octobre 2011

http://blogs.mediapart.fr/blog/Bahram%20Houchmandzadeh

A diffuser largement !

 

Octidi 18 Brumaire 220 – anniversaire d’une date terrible pour la France

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06/11/2011

Ouiquinde érotico gastronomique : délices exotiques

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Josiane

 

Elle venait de Caen, moi j’arrivais de Cannes,

Ses yeux étaient d’azur, son nom était Josiane.

Au prétexte d’un cours qu’elle avait dû manquer

Je suis monté chez elle, près du quai Malaquais.

 

Pour gravir sept étages, aux pieds j’avais des ailes,

Josiane m’attendait, une Noire avec elle.

J’ai saisi dans quel piège je m’étais fourvoyé

Quand les deux nymphomanes se sont déshabillées.

 

Prestement, goulûment, ces houris me dénudent

Elles m’offrent leur bouche en guise de prélude,

Une Noire, une Blanche sur mon corps excité,

 

Jouent une toccata d’amour et de gaieté.

Caressé, embrassé et violé sans ambages,

J’ai subi, sous leur joug, le plus doux des outrages !

 

 

 

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- Ben mon cochon, Victor, faut avoir la santé

Pour un combat d’amour avec ces excitées !

Violé par deux souris… Tu réalises en somme

Le fantasme érotique que préfère les hommes !

Tous rêvent de subir les assauts sensuels,

Tous rêvent d’être un jour simple objet sexuel,

Pour deux filles en feu s’accordant sur leur corps,

De mourir de plaisir et de crier “ Encor ! ”

Une Noire, une Blanche jouant de ton archet,

Ta substance d’amour dût vite s’assécher…

Avaient-elles prévu, tes charmantes compagnes

Un repas remontant ou au moins du champagne ?

- Tout juste ! Elles avaient, pour vaincre la fatigue

Mitonné de la langue d’agneau avec des figues.

C’est un plat délicat, venu du Sénégal

Et qui fait de tout homme un amant sans égal.

Tu prends deux langues par convive,

Tu les laves bien à l’eau vive,

Tu les mets dans de l’eau salée,

Avec poivre en grains et laurier,

Clous de girofle et céleri,

Une cuillerée de curry.

Pendant que ça mijote, une heure,

Tu fais revenir dans du beurre

Quelques figues bien mures coupées

Avec du gingembre râpé.

Cinq, six minutes, c’est assez,

Après quoi, tu vas déglacer

Au lait de coco : un verre

Plus le jus de deux citrons verts,

Deux cuillers du jus de cuisson

Des langues auquel, sans façon

Tu rajoutes un verre de rhum

Qui va sublimer les arômes.

Tu sors tes langues et tu les pèles,

Tu les tranches en fines lamelles

Oblongues comme des pétales.

Dans ta sauce tu les étales,

Tu couvres et fait cuire à feu doux

Car ton appareil doit réduire

Sans que ça attache surtout,

Quinze minutes vont suffire.

Rectifie le goût avec soin,

Rajoute du sel au besoin.

Dresse sur ton plat de service

En alternant figues et langue.

Ajoute quelques grains d’anis

Et de fines tranches de mangue.

Range le tout comme une fleur :

Pétales autour et sauce au cœur.

A nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

A la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

VictorAyoli ©

 

Sextidi 16 Brumaire 220

 

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30/10/2011

Ouiquinde gastronomique en pensant au canard de Robert Lamoureux

 

Canard orange pour web.jpg

 

Le canard à l'orange de Daniel Goloubinsky

 

Un souvenir marquant de ma plus tendre enfance,

Sur les rives du Rhône, au cœur de la Provence,

Me revient en mangeant ce morceau de canard.

Il est vrai que mouflet, petit, j'étais veinard,

Un père pâtissier, des oncles paysans:

Des volailles, des fruits, du pain et des croissants.

En cette période les tickets et rations,

Étaient le lot commun de ma génération,

Et manger à sa faim était un grand bonheur,

Surtout lorsque c'était proprement, dans l'honneur.

Pour faire les vendanges, les foins ou les moissons,

Toute notre tribu œuvrait à l'unisson.

Pour clore les travaux, ces as de la fourchette

Partageaient à la ferme un grand repas de fête.

Des temps durs à passer pour les canards muets,

Vedettes des agapes, entourés de navets!

En soufflant autant qu'eux, l'oncle Gus les coursait,

Et hurlait de victoire lorsqu'il les saisissait.

Il sortait de sa poche deux morceaux de ficelle

L'un pour bloquer les pattes et l'autre pour les ailes.

Puis Mamé arrivait et tenait le bestiau

Serré entre ses jambes. Le cou sur le billot

Ondulait, se tordait comme font les couleuvres.

L'oncle, tel un exécuteur des hautes œuvres,

Brandissait sa cognée au-dessus de sa tête

Pour l'abattre en sifflant sur le cou de la bête.

Tandis qu'un flot de sang jaillissait par la plaie,

Le canard, libéré, sautait, courait, volait.

Alors, poules et coqs, en se crêpant la crête,

Tout autour de la cour, se disputaient la tête.

Nous, nous applaudissions et trouvions pittoresque

Ce spectacle banal, bien que grand-guignolesque!

Et voilà donc, petit, les souvenirs étranges

Sortant de ce morceau de canard à l'orange.

Daniel Goloubinsky, plumitif humaniste,

Est allé ad patres, pourtant ce n'est pas triste:

Au paradis il est copain avec Bacchus

Et apprend la cuisine auprès de Lucullus!

Il paraît qu'il prépare aux dieux, aux saints, aux anges

Son morceau de bravoure: le canard à l'orange.

— Bon, allez, Zou !, Victor, ce canard, on le fait ?

— Dès que j'aurais goûté ce beau Tavel bien frais,

La menteuse arrosée, la recette va suivre !

 

Prenez un canard jeune de trois ou quatre livres,

Vous salez et poivrez normalement la bête

(Vous savez comment faire depuis belle lurette),

Cuisez-le à la broche, récupérez le jus

Car sans cet ingrédient, la recette est fichue.

La cuisson ne doit pas être par trop poussée

Car cuisses et filets doivent rester rosés.

Vous dégraissez le jus, l'allongez de bouillon,

En tournant vous portez à l'ébullition,

Vous liez avec un peu de maïzena.

Maintenant écoutez, les mecs et les nanas:

Le secret de Daniel réside dans le zeste,

C'est lui qui donnera les fragrances célestes

Parfumant le canard d'un goût de poésie.

Par lui le plat sera raté ou réussi.

Prélevez tout le zeste d'une jolie orange,

Pas le blanc spongieux, seule la croûte orange!

Coupez soigneusement en bâtonnets très fins

Que vous faîtes blanchir une minute afin

De les bien attendrir. Jetez-les dans la sauce

Avec le jus pressé d'une orange assez grosse.

Découpez le canard fumant et croustillant,

Servez à part le jus brûlant dans sa saucière.

De mon ami Daniel, telle était la manière

De préparer ce plat succulent et brillant.

Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire

Ma tripe est assoiffée, remplis raz bord mon verre

De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône

Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.

 

Ingrédients et proportions pour six personnes:

Un beau canard de 2 kilos paré de bardes de lard et ficelé, salé et poivré, - 2 tasses de bouillon de volaille, - le zest d'une orange entière, - le jus de cette orange (si vous trouvez des oranges bigarades, c'est encore mieux), - l cuillerée à soupe de maïzena.

 

Les vins conseillés:

Ce plat aux goûts très délicats demande des vins rouges subtils.

En vins de la vallée du Rhône: Côte-Rôtie, Hermitage, Crozes-Hermi­tage, Séguret, Visan, Puyméras, Faucon, Piégon, Richerenches, Tulette, Sainte-Cécile-les-Vignes, Valréas, Bourg-Saint-Andéol, Orsan, Saint­Gervais, Ruoms.

En vins du Languedoc: Minervois de Ginestas, Limouzis, Sallèles, Cabrespine ; Saint-Chinian de Ferrières-Pousarou, Murviel-Ies-Béziers, Vieusan.

En vins de Provence: Bandol évidemment, Côtes-de-Provence de Bouc­-Bel-Air, Le Beausset, Cabasse ; Coteaux varois de Pontévès, Rocbaron, Sainte-Anastasie.

 

 Nonidi 9 Brumaire 220

 

In: "Le bonheur est dans l'assiette et dans les ver(re)s"

 

23/10/2011

Ouiquinde gastronomique: Le bœuf à l'Hermitage des mariniers de Condrieu

 

 

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Au sortir de Lyon, le fleuve - lourd des masses

De séracs écroulés, et des torrents de glace,

Et des prairies de neige, et des mers domestiques

Qu'a enfanté pour lui la vigueur helvétique ­

Se joint à l'opulence des grandes eaux de Saône

Pour mériter enfin son nom de Dieu: le Rhône.

Il plonge vers le Sud voluptueusement

Pour créer sa vallée de soleil et de vent.

Il féconde en roulant, et la terre, et la pierre

Pour engendrer la Vigne et ses grains de lumière.

Dans le Septentrion, les vignes du vertige,

Sur les coteaux du Sud, celles du Félibrige.

Vignerons sur les roches, mariniers sur les eaux,

Qui avec ses tonneaux, qui avec ses bateaux,

Les hommes du grand fleuve étaient tous des gagneurs

Car à fleuve divin, il sied d'être un seigneur.

En ces temps là, petit, le Rhône était un dieu

Et sa Jérusalem était à Condrieu.

Ce bourg de pierres blondes, entre l'eau et les vignes,

Engendra les meilleurs, les plus forts, les plus dignes

De ces seigneurs du fleuve. Ah ! il fallait les voir

Les longs trains de bateaux, lorsque tombait le soir

S'arrimer à la rive. Vingt-cinq hommes par rigue

Et autant de chevaux débarquaient dans le bourg

Pour boire, manger, chanter et chasser la fatigue,

Pour se battre parfois, et pour faire l'amour.

Partout dans les auberges, les troquets, les bord' eaux

On débitait friture, vin fort et fricandeaux,

Mais ce que préféraient, avant l'appareillage

Les mariniers, c'était le bœuf à l'Hermitage.

Ce petit port du Rhône, en face de Tournon,

Escarpe sa syrah aux flancs d'un mamelon

Et produit l'un des meilleurs vins rouges qui soit,

Puissant comme un volcan, souple comme la soie.

C'est dans sa robe pourpre que les bons cuisiniers

Mettent à mariner le bœuf des mariniers.

Deux kilos et demi de paleron d'Aubrac

Coupés en gros morceaux et disposés en vrac

Dans un profond faitout avec thym et laurier,

Sel, poivre du moulin et un bel ail entier,

Un verre d'huile d'olive, du marc de Condrieu

Ainsi qu'une bouteille d'Hermitage un peu vieux.

Le lendemain matin, tu fais la retirade

Du bœuf bien imprégné avec ta marinade.

Dispose les morceaux dans un poêlon onché,

Avec plusieurs oignons grossièrement hachés.

Alterne bien les strates de viande et de légumes,

Pour finir, une couche d'oignons de beau volume.

Verse sur l'appareil ton jus de marinade,

Fait cuire à feu très doux, couvert, à l'estouffade.

Un quart d'heure plus tard, du vinaigre, un bon verre,

Ainsi que de gros sel une bonne cuillère.

Tu laisses encore un heure mijoter au frisson.

Pendant ce temps, prépare donc la liaison.

Tu haches finement deux anchois dessalés

Avec deux gousses d'ail, du persil ciselé,

Deux cornichons hachés, saupoudre de farine,

Mouille avec la bonne huile d'olive comtadine.

Puis verse doucement ce bol de liaison

Pour bien l'incorporer à la préparation.

Tu laisses mijoter encore cinq minutes

C'est prêt, tu sers très chaud, et la fête débute.

En accompagnement, quelques pommes vapeur,

Ou bien des pâtes fraîches, et vive le bonheur!

Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire

Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre

De ce nectar divin de la Vallée du Rhône

Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.

 

Ingrédients et proportions pour six personnes:

- 2,5 kilos de paleron de bœuf d'Aubrac (si possible), - 2 verres d'huile d'olive de la vallée des Baux, - 1 verre de marc, - 1 bouteille d'Hermi­tage, - 1 verre de vinaigre, - 4 gros oignons, - 2 gousses d'ail, - 2 anchois en filets, - 2 cornichons, - sel, poivre, thym, laurier, farine, - 2 kilos de pommes de terre vapeur ou 1 kilo de pâtes fraîches.

 

Les vins conseillés:

Essentiellement des vins rouges des Côtes-du-Rhône septentrionales: - Condrieu, - Hermitage, - Crozes-Hermitage, - Côte-Rôtie, - Saint-Jo­seph, - Cornas.

 

In : Le bonheur est dans l’assiette et dans les ver(re)s – http://www.ayoli.fr

 

Duodi 2 Brumaire 220

 

 

 

16/10/2011

Ouiquinde gastronomique: La gardiane camarguaise

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La gardiane camarguaise

 

Tout Provençal se doit, au moins une fois l'an,

D'aller se ressourcer, reprendre son élan,

De mettre le vaisseau de sa vie au grand largue

Dans l'eau, le sel, le vent, le soleil de Camargue.

Terres demi-noyées, secouées de mistral

- Jumeau du fleuve-dieu, fleuve d'air magistral - ­

Pétries et façonnées par le Rhône et la mer,

Puis soudain ravagées par le fleuve en colère.

Terres où le soleil fait naître des mirages,

Terre où le sol et l'onde hésitent leur partage,

Terres de solitude, rivages de naufrage,

Qui mesurent les hommes à l'aune du courage.

 Digues, lônes, marais, étangs, sables mouvants,

Boue sèche et craquelée, cristaux étincelants

Du sel sur la sansouire, faisceaux arachnéens

Des tamaris en fleurs d'où s'envolent soudain

Des millions d'oiseaux venus d'ailleurs lointains,

Royaume incontesté des flamands africains.

Terre des chevaux blancs et des taureaux sauvages,

Où Mithra règne en dieu depuis le fond des âges.

Il faut voir la Camargue lorsque 1 'hiver l'étreint

Lorsque le ven terraù sauvage court sans frein,

Lorsque les Camarguais déplacent la manade:

Des milliers taureaux menés en cavalcade.

Conduits par cent gardians, par cent puissants centaures

Défile l'infernal troupeau de minotaures,

Taureaux noirs, chevaux blancs, aux narines fumantes

Remplissent la contrée d'une clameur géante.

Taureaux dont les meilleurs combattront dans l'arène

Face aux hommes, mains nus, que leur fierté entraîne

Entre les noirs poignards. Pour la rouge cocarde

Et les yeux d'une belle, ils défient la Camarde!

Certains de ces taureaux, à l'ardeur légendaire,

Adulées tels des dieux par la gent populaire,

Sont enterrés debout et ont leur mausolée,

Comme le grand Goya (1), l'immense Sanglier (2).

Ceux qui n'ont pas le sang pour les j eux et la gloire

Termineront leur vie dans une rôtissoire,

Car en mangeant Mithra, les Provençaux dévorent,

Avec sa chair, sa force. Et, ce faisant, l’honorent.

Cette hostie des gardians s'appelle "La gardiane".

— Oh ! Victor. Et alors, on les coupe ces couennes?

   Bien sûr, petit, mais je voulais que tu comprennes

Que c'est un plat sacré, et qu'il en vaut la peine.

Fais mariner trois tranches de taureau bien épaisses

Dans le l'huile d'olive. Rajoute avec largesse

Poivre et clous de girofle, ail, oignon, thym, laurier.

Laisse toute la nuit, comme pour du gibier.

Au fond de ta marmite, en fonte uniquement,

Dispose quelques couennes, de porc évidemment,

Sur lesquelles tu places une première tranche.

Couvre avec de l'oignon et de l'ail effilés,

Carottes en rondelles et du persil en branche,

Sel, poivre du moulin, un anchois en filets.

Tu fais ainsi trois couches. Enfin, pour terminer,

Zeste d'orange séché, girofle, laurier, thym,

Puis tu mouilles avec six grands verres de bon vin,

Du Costières de Nîmes, rouge carabiné.

Met ta marmite au four, fermée soigneusement,

Et fais cuire cinq heures, doucement, lentement.

Ce taureau parfumé, tendre, confis, moelleux,

Découvre-le sur table, et accompagne-le

D'une jatte fumante de long riz camarguais.

Dans les verres tu sers un Gallician bien gai.

Mais attention, petit, le riz est un plat riche,

N'en fais pas - c'est courant - de la colle d'affiche.

Pour qu'il ne colle pas, tu dois bien le laver,

C'est donc tout l'amidon qu'il te faut enlever.

Dans une jatte creuse ou un plat similaire,

Tu frottes entre tes mains le riz dans de l'eau claire,

Tu changes et recommences dès que ton eau blanchit,

Après quoi tu égouttes, tu bois et réfléchis:

Il y a plusieurs façons de cuire le riz blanc,

Comme les Espagnols, comme les Catalans,

Comme les Vietnamiens ou comme les Créoles,

Surtout pas comme les Français de métropole!

À Saigon ou Vientiane, à Phnom Pen ou... Paris

C'est deux mesures d'eau par mesure de riz,

Tu couvres quand ça bout et tu réduis la flamme,

Si ça attache au fond, tu n'en fais pas un drame,

Tu ne sales pas l'eau, tu ne remues jamais,

Et tu laisses gonfler en tenant bien fermé.

Mais comme à Fort-de-France ou bien à Pointe-à-Pitre,

Tu fais bouillir ton riz dans de l'eau, plusieurs litres,

Légèrement salée. Quand c'est cuit tu égouttes,

Puis tu réserves au chaud, du beurre tu ajoutes.

Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire,

Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre

D'un de ces vins subtils, poussés en Languedoc

Qui te rendent gaillard, solide comme un roc.

 

 

Ingrédients et proportions pour six personnes:

 

- Trois tranches épaisses de taureau à braiser, environ un kilo, - 4 ou cinq couennes de porc, - 1 kilo d'oignons paille émincés, - 2 têtes d'ail éplu­chées et également émincées, - 1 kilo de carottes découpées en rondel­les, - 4 ou 5 branches de persil non frisé, - 3 anchois en filets, - 3 verres d'huile d'olive, - 3 cuillerées à soupe de sel de Camargue, - poivre noir du moulin à la demande, - 6 clous de girofle, - 4 feuilles de laurier, - 3 cuillerées à soupe de sommités sèches de thym ou 3 ou 4 belles bran­ches de thym frais, - 1 zeste d'écorce d'orange séché, - 1 bouteille de bon vin rouge, - 500 grammes de riz long de Camargue.

 

Les vins conseillés:

 

La gardianne est un plat de haut goût qui demande des vins rouges puissants, épicés, tanniques. De grands Costières de Nîmes, comme

les Gallician font parfaitement l'affaire. Mais on l'accompagnera éga­lement avec bonheur d'un Côtes-du-Rhône de Saint-Joseph, d'un Croze­Hermitage, d'un Vacqueyras, d'un Gigondas, d'un Lirac ou d'un des nombreux crus "Villages" des Côtes-du-Rhône.

En vins du Languedoc et du Roussillon: Saint-Chinian, Faugères, Mi­nervois, Fitou, Collioure.

En vins de Provence: Bandol, Bellet, Palette, Pierrefeu, Gonfaron.

 

(1) (2) "Goya ", "Sanglier": noms de taureaux cocardiers célèbres. "Goya" a une statue à Beaucaire, "Sanglier" un mausolée à l'entrée de Le Cailar, en Camargue.

 

 Quintidi 25 Vendémiaire 220

 

Illustration originale: Vincent Barbantan

 

02/10/2011

Ouiquinde érotico-gastronomique à Munich

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Ursula

 

Ursula la Germaine avait grand appétit

De mâles vigoureux, qu’ils soient grands ou petits.

Jeannot, Bruno, Gaby goûtèrent à ses charmes

Et, tout gaillards qu’ils fussent, durent rendre les armes.

 

Aux fêtes de la bière, à Munich, en automne,

Les mœurs sont débridés et les femmes teutonnes

Epinglent les amants qui goûtent leurs peaux lisses

Dans une orgie de bruit, de bière et de saucisses.

 

Ursula convoqua deux autres walkyries

Et nos Pieds Nickelés, défendant la patrie,

Montèrent hardiment les fougueuses cavales,

 

Dépensant sans compter leur vaillance de mâles.

Au matin, portant haut leur vanité de coq,

Ils rentrèrent en France… avec des gonocoques !

 

 

Le bœuf au paprika

 

— Eh bien, vois-tu Victor, si tes Pieds Nickelés

Etaient sortis couverts pour mieux batifoler

Au lieu de pérorer comme des coqs minus

Ils auraient évité ces cadeaux de Vénus !

Mais qu’avaient-ils mangé pour être performants

Car les excès de bière n’aident pas les amants !

— A Munich il n’y a pas que choucroute et saucisses,

On trouve des plats hongrois qui sont de vrais délices.

Savoureux entre tous, le bœuf au paprika,

Particulièrement tonique bien que très délicat.

Coupe en portions du bœuf choisi dans la culotte,

Fais-le dorer à l’huile d’olive dans la cocotte,

À feu vif mais en tournant bien tous les morceaux

Pour qu’ils prennent couleurs recto comme verso.

Tu mets trois gousses d’ail, du coriandre en grains,

Deux feuilles de laurier, sel, poivre du moulin,

Trois grandes cuillerées à soupe de paprika.

Arrose bien tout ça d’un verre de muscat,

Rajoute de l’eau chaude, couvre et cuis vingt minutes.

Respire ces parfums s’échappant en volutes,

C’est déjà un plaisir sensuel pour le nez,

Ne sois pas impatient, ce n’est pas terminé.

Prépare six poivrons, trois rouges et trois verts,

Coupe-les en lamelles, mets-les dans ta braisière,

Rajoute trois oignons correctement hachés,

Cuis encor dix minutes, c’est le temps d’éplucher

Quelques pommes de terre, puis coupe-les en dés

Et mets-les dans ton plat, attention, sans tourner.

Tu rajoutes un peu d’eau, puis six belles tomates

Coupées en huit morceaux, saupoudrées d’aromates.

Tu vérifies que soit bien fermé ton faitout

Et finis la cuisson un quart d’heure à feu doux.

Ce plat revigorant, puissant quoique subtil

À de quoi relancer les ardeurs érectiles

D’un régiment entier de cosaques du Don,

De tes Pieds Nickelés, à plus forte raison !

À nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

À la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

 

Ingrédients et proportions pour six personnes:

- 1 kilo de bœuf dans la culotte, - 3 gousses d'ail, - 12 grains de coriandre, - 2 feuilles de laurier, - 3 cuillères à soupe bombées de paprika, - 3 poivrons rouges, - 3 poivrons verts, - 3 oignons hachés, - 6 pommes de terre, - 6 grosses tomates, - 1 verre de muscat (de Beaumes-de-Venise si possible), - sel, - poivre du moulin.

 

Primidi 11 Vendémiaire 220

 

Photo X - Droits réservés

 

 

 

 

 

25/09/2011

Ouiquinde gastronomique: le sac d'os

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Le sac d’os

 

- Dis-moi, sais-tu, petit, ce que c’est qu’un sac d’os ?

- C’est une jeune fille qu’est pour sûr pas très grosse…

- Ce parallèle-là n’est vraiment pas galant,

Pour la gent féminine, c’est bien désobligeant !

Non, petit, un sac d’os, même si c’est étrange,

C’est un plat délicieux, paysan, que l’on mange

Au fond de nos campagnes lorsqu’on tue le cochon

Et non pas les appâts d’une maigre Fanchon.

Coupe en petits morceaux les os des côtelettes

En laissant de la viande, et pas qu’une lichette,

Coupe aussi tout petit un bon kilo de couennes

Met la queue du cochon, un peu de péritoine,

Dans une grande jatte, mélange tes parcelles

Avec de l’ail pilé, thym, laurier, poivre et sel.

Généreux sur le sel pour conserver le met,

Tu laisses reposer pendant que tu soumets

L’estomac du cochon à quelques tours de mains :

Retourner, bien gratter au couteau et laver

Soigneusement le tout dans de l’eau vinaigrée.

Puis tu remets d’aplomb cet estomac-saquette

Dans lequel tu ensaches couennes et côtelettes.

Tu fermes le sac d’os en cousant les entrées,

Saupoudre de gros sel et conserve aux frais.

Après trois quatre jours tu dessales une nuit

Alors, dans beaucoup d’eau, tu vas le faire cuire

Serre-le dans un linge pour ne pas qu’il éclate

Et à tout petit feu il mijote sans hâte

Trois ou quatre heures au moins pour qu’il s’épanouisse.

En bouche alors, petit, c’est un feu d’artifice !

Cessons pour aujourd’hui ce conte culinaire

Ma tripe est assoiffée, remplis ras bord mon verre

De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône

Et laisse près de moi l coupe et la bonbonne !

 

 Quartidi 4 Vendémiaire 220

 

Photo X - Droits réservés

 

 

 

23/09/2011

Journée de la GASTRONOMIE !

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Profitons-en pour nous écarter des remugles nauséabonds de la cuisine politicarde qui nous gonfle jusqu’au dégueulis. Voici donc un plat aussi gargantuesque que délicat : le rôti gourmand d’oiseaux.

 

Je te propose un plat bien fait pour les amants,

Bien qu’un rien onéreux : c’est le rôti gourmand.

Prend une olive noire aux câpres et aux anchois,

Mets-là dans un becfigue, c’est un oiseau surchoix,

Mets-le, sans tête et pattes, dedans un ortolan

Bien gras et que tu bardes avec du bon lard blanc,

Mets celui-ci dedans le corps d’une alouette

Que tu as amputé des pattes et de la tête,

Introduis celle-ci dans le corps d’une grive

Que tu auras trempé dans de l’huile d’olive,

Mets-là dans une caille de vigne bien dodue,

Introduis celle-ci dans un vanneau ventru,

Puis glisse celui-ci dans le corps d’un perdreau,

A chaque oiseau tu poivres et sales mais pas trop,

Mets dans une bécasse assez mortifiée

Que tu introduiras, pour la glorifier

Dedans un pintadeau bien bardé de ventrêche

Que tu mets dans le corps d’une poularde fraîche,

Introduis ta poularde dans un canard mulard,

Bride bien celui-ci par des bardes de lard

Avant de le glisser dans une oie de Guinée,

Qu’il te faut introduire, doucement, in fine

Dans une grosse dinde. Pour la remplir à ras,

Tu bourres avec des truffes  ainsi que du foie gras.

Lorsque tous tes oiseaux sont ainsi disposés,

Dans un grand pot de terre tu vas les déposer,

Accompagnés d’oignons, carottes, céleri,

Petits dés de jambons, lard et bouquet garni,

 

Poivre, sel, coriandre, persil, thym et sarriette,

Quatre ou cinq gousses d’ail et piment d’Espelette,

Quelques grains de genièvre et un peu de cumin,

Mouilles avec du vin blanc, mais des Quatre-Chemins.

Tu dois fermer ton pot bien hermétiquement,

La mie de pain mouillée va admirablement.

Met le pot dans un four à chaleur modérée

La cuisson doit se faire toute dans la durée,

Vingt-quatre heures au moins, une journée entière

Afin que la coction soit lente et régulière.

Ce repas précieux apprécié des cours

Au palmarès des goûts est placé hors-concours.

L’intimité des sucs de tant de volatiles

Révèle des saveurs somptueuses, subtiles,

Quintessence des bois, des marais et des plaines

Qui comblent de bonheur les gourmets et les reines.

A nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

A la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

 

Duodi 2 Vendémiaire 220

 

18/09/2011

Ouiquinde gastronomique: l'andouille au Côtes-du-Rhône


 

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Mettez donc à tremper un kilo de fayots

De Paimpol ou Pamiers, si possible bio

Et pour, de votre anus, éviter la cantate

Ajoutez à cette eau quelque bicarbonate.

Faites cuire à l’eau froide pendant deux heures au moins

Une andouille de porc choisie avec grand soin

Puis laissez refroidir dans son jus de cuisson

Jusques au lendemain. Buvez un Jurançon !

 

 

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La nuit étant passé, égouttez les fayots

Mettez-les en cocotte, couvrez avec de l’eau,

Ajoutez quelques couennes, une queue de porc frais,

Deux carottes en rondelles, trois oignons en quartiers,

Un peu de céleri et de l’ail écrasé

Sel, poivre du moulin, thym, feuille de laurier.

Mettre en ébullition, ajouter deux grands verres

De Côtes-du-Rhône rouge, du vin fort en matières.

Faites frémir une heure à feu non emballé,

Puis ajoutez l’andouille confite en sa gelée.

Remettez en cuisson pour que les haricots

Soient fondants à souhait sans être musicaux.

Servez le plat bien chaud en deux plats séparés,

Avec un peu de beurre, du persil ciselé.

Cessons pour aujourd’hui ce conte culinaire,

Ma tripe est assoiffée, remplis raz bord mon verre,

De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône

Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.

 

2ème jour des sans-culottides de l'an 219 

 

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