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10/08/2014

Ouiquinde gastronomique : La bouillabaisse.

bouillabaisse web.jpg

 

 

 « Pour faire une bonne bouillabaisse

Il faut se lever de bon matin

Préparer le pastis et sans cesse

Raconter des blagues avec les mains…

 

Ainsi dit le refrain devenu immortel

Depuis qu'il fut chanté par le grand Fernandel.

Avec beaucoup d'humour, talent et allégresse

Il dit tout ce qu'il faut pour une bouillabaisse.

Ce fleuron flamboyant des tables de Marseille

Populaire partout au pays de Mireille.

Je vais vous raconter celle de Juvénal

Qui, bien que président auprès du Tribunal,

Était un personnage hautement sympathique

Dont les seules rigueurs étaient gastronomiques.

Devant le Roucas-blanc, des amis dévoués

Installaient son quintal dedans le tranvoué.

À l’époque, il roulait encore sur des rails,

Ses passagers riaient, galéjaient, sentaient l'ail.

Les trous de la chaussée remuaient les wagons,

Particulièrement le dernier des fourgons,

À tel point qu'à Marseille, en parlant d'une fille

Ayant l'arrière-train sur roulement à billes

On disait: « Celle-là elle bouge les miches

Presqu'autant que le tranvoué de la Corniche! »

Arrivé au Vieux Port, Juvénal descendait

Et, suivant sa bedaine, en quelques embardées,

Saluant les chalands sans faire de façons,

Il gagnait le superbe marché aux poissons

Où pointus marseillais (1) et bettes martéguales (2)

Débarquaient la marée du profond de leurs cales.

Juvénal inspectait l'étal des poissonnières,

De solides matrones, fortes en gueule et fières,

Justement redoutées par clients et pêcheurs

Parce qu'intransigeantes sur l'état de fraîcheur

Des poissons colorés qu'elles mettaient en vente.

Leurs bordées de paroles pouvaient être violentes !

Juvénal s'arrêtait devant Berthe Chouli

Une maîtresse femme nourrie aux raviolis,

À la pastasciuta (3) et aux chichi-frégi (4),

Aussi large que haute: cent kilos d'énergie.

Ils se congratulaient de façon très mondaine

En se claquant le dos, ventre contre bedaine.

Juvénal commandait à sa chère acolyte :

- « Berthy, servez-moi bien: ce soir j’ai mes petites !

- Je vous mets un beau loup, des vives et du fiala (5),

Une queue de baudroie, un saint-pierre un peu là !

Des roucaou (6), des rascasses, un kilo de favouilles (7)

Qui donnent si bon goût quand on les écrabouille,

Deux langoustes en vie. Vé ! Si elles sont belles !

Et puis, zou ! en cadeau, deux poignées de girelles.

- Aco vaï ben (8), Berthy. Je vous aime beaucoup !

Vous me préparez ça, le temps de boire un coup ... »

Juvénal s'en allait vers les terrasses peintes

Déguster un violet en buvant son absinthe.

Enfin, l'air réjoui, content de ses emplettes,

Il reprenait le tram vers son repas de fête.

Maître de la cuisine pour cette bouillabaisse,

Il chassait ses "petites" en leur claquant les fesses

Affectueusement. Chantonnant l'Opéra,

Sans quitter son chapeau, la canne sur le bras,

Il vidait, écaillait et lavait les  poissons.

Selon leur gabarit les coupait en tronçons.

Puis lorsque tous étaient nettoyés et parés

Enfin il les rangeait en deux plats séparés.

Dans l'un les poissons tendres à la chair délicate:

Loups, Saint-Pierre, roucaou, poissons aristocrates.

Dans l'autre les plus fermes: fiala, vives, baudroie,

Langoustes et favouilles, poissons que l'on rudoie.

Au fond d'une marmite, Juvénal disposait

Trois oignons émincés, beaucoup d'ail écrasé,

Trois tomates pelées, écrasées au mortier,

Férigoule et fenouil, zest d'orange et laurier,

Dessus il déposait son choix de poissons fermes,

Un verre de bonne huile d'olive de la ferme,

Du poivre du moulin et du safran en brins,

Quelques grosses pincées de bon gros sel marin.

Il mouillait tout cela avec de l'eau bouillante,

Juste un doigt au dessus, c'est la valeur courante.

Il enlevait alors les ronds de la "Rosières" (9),

Pour que la flamme entoure son oulo (10) presqu'entière.

Il montait ça au bouilh (11), cinq minutes, à feu vif,

Alors il ajoutait les poissons de récifs.

Encore cinq minutes de grosse ébullition

Pour bien amalgamer l'huile avec le bouillon.

- « Ma bouillabaisse est prête. Humez-moi ce parfum !

C'est toute la Provence, la mer et ses embruns! »

Il versait le bouillon, fumant dans la soupière,

Sur du pain frotté d'ail et en tranches entières.

Il servait les poissons à part, sur un grand plat.

Et tous appréciaient ce repas de gala.

Un grand Châteauneuf blanc servi dans du cristal

Sublimait les saveurs du plat de Juvénal.

Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire

Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre

De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône

Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.

 

Ingrédients et proportions pour six personnes:

3 petits loups (un kilo en tout), - 1 demi kilo de fiala (congre) pris dans le ventre. - 1 kilo de poissons de roches (vives, girelles, roucaou ),saint-pierre (5 à 700 g), - 1 queue de baudroie (800 g), - 1 kilo de favouilles (petits crabes), - 1 langouste (pas obligatoire), - 3 ou 4 tomates, - 3 oignons, - 4 gousses d'ail, - 3 cuillères à soupe de gros sel marin, - poivre noir du moulin, - safran en brins, - 1 gros bouquet garni (thym, laurier, persil plat), - 3 branches de fenouil. - 1 zeste d'orange. - un grand verre d’huile d'olive.

 

Les vins conseillés:

Les vins blancs frais, joyeux et embaumés de Cassis sont le complément naturel de la bouillabaisse. On peut les remplacer avec bonheur par des blancs de Bandol, de La Ciotat, de Draguignan, de Vidauban, de Pierrefeu. Tous les grands vins blancs secs de la vallée du Rhône: Saint-Peray, Châteauneuf-du-Pape, Saint-Gervais, Uchaux, Laudun, Villedieu, Saint­Victor-Lacoste, Pujaut.

Les blancs puissants et parfumés des Coteaux du Languedoc de Quatourze, La Clape, La Méjanelle, Picpoul de Pinet

 

(1) Pointus marseillais: bateau de pêche à étrave pointue et fond en forme. Commun à tous les pêcheurs de la Méditerranée. Une forme qui n'a pas changé depuis les phéniciens et les grecs.

(2) Bette martégua!e : bateau de pêche pointu mais à fond plat, originaire de Martigues.

(3) Pastacciuta : plat de pâtes à l’italienne.

(4) Chichi-frégi : beignet marseillais en forme de boudin à base de farine de pois-chiche à l'origine, de froment à présent.

(5) Fiala : congre.

(6) Roucaoû : poisson de roche .

(7) Favouilles : petits crabes de la Méditerranée.

(8) Aco vaï bèn : ça va bien.

(9) Rosières : marque de cuisinière en fonte.

(10) Oulo : récipient de cuisson métallique profond, qu’on suspend au dessus de la cheminée ou que l’on pose sur la cuisinière.

(11) Bouilh : ébullition.

 

In : « Le bonheur est dans l’assiette et dans les ver(re)s

 

Duodi 22 thermidor 222

 

Illustration originale Vincent Barbantan

03/08/2014

Ouiquinde érotico gastronomique : la brandade.

 

Fanny2.jpg
 

 

Fanny

 

 

La Fanny est serveuse au café des Platanes

Elle a de ces rondeurs que les dévots condamnent

Mais que les jouisseurs lorgnent avec désir

Tant elles sont promesses de joies et de plaisir.

 

Elle ondule parmi les joueurs de pétanque,

Ces acteurs naturels, ces presque saltimbanques,

Perturbe les tireurs, énerve les pointeurs,

Prive de leurs moyens ces superbes menteurs.

 

Sous l’effet ravageur de ses hanches qui roulent

Tous restent bouche bée et en perdent la boule

Parmi les équipiers, voilà la zizanie :

 

On s’insulte, on se crie, pour un point on s’encagne

On joue contre son camp, on joue à Qui-perd-gagne

Tous rêvent du Zéro… et de baiser Fanny

 

Fanny3.gif

 

Victor ! Tes pétanqueurs qui rêvent d’embrassades

En matant les rondeurs de la belle Fanny,

Ils devraient s’entraîner à faire la brandade,

Ca calmerait un peu leur érotomanie !

Voici comment la font, pour leur table éponyme

Serge, et Wladimir, restaurateurs à Nîmes.

Pour réussir ton plat, éloigne les intrus,

Une nuit, à l’eau fraîche, dessale ta morue,

En six coups de hachoir frappés sur une planche,

Sans enlever la peau, en portions tu la tranches.

Tu la mets, à l’eau froide, dans un large faitout

Que tu lèves du feu quand le liquide bout,

Et tu laisses tremper dix minutes environ,

Le temps de te verser quelques petits canons.

Puis égoutte, essore, et lève les arêtes,

Dans une casserole, met ta morue défaite,

Dès lors, tu vas chauffer l’ensemble au bain-marie.

A la cuillère en bois, à tour de bras, manie,

Ecrase la morue d’une main combative

En ajoutant du lait et de l’huile d’olive,

L’un et l’autre, tiédis, de façon mesurée

Pour obtenir enfin une lisse purée.

Cette crème doit être onctueuse et épaisse

Pour cela, il te faut branler fort, sans faiblesse.

Lorsque tu en est là, prend le temps de souffler,

Décontracte ton bras, laisse-le dégonfler,

Verse-toi volontiers un vin blanc des Costières

Et va faire un câlin avec la cuisinière.

Reprend ton appareil, oublie la rigolade

Si tu veux, comme un chef, réussir ta brandade.

Il faut la parfumer, la monter en saveur.

Elle doit embaumer pour chavirer les cœurs.

Ecrase, au mortier, une gousse d’ail blanc,

Râpe un peu de muscade – excellent stimulant ! -

Un zeste de citron que finement tu haches,

Un peu de poivre blanc, un soupçon de pistache,

Du sel si nécessaire, mais reste circonspect,

Enfin, lorsque tu sers, une truffe râpée.

Ce plat emblématique de Nîmes la Romaine

Incitera Fanny, à la dernière mène,

A laisser les vainqueurs autant que les vaincus,

Selon la tradition, lui embrasser le cul !

A nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons et trinquons nuit et jour

A la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

in: "Le bonheur grâce à la cuisine de l'amour"

 

 

 

Quintidi 15 thermidor 219

 

Photo X - Droits réservés

 

27/07/2014

Ouiquinde gastronomique. Et si nous faisions l'andouille!

andouille haricots 2.jpg

 

 

Mettez donc à tremper un kilo de fayots

De Paimpol ou Pamiers, si possible bio

Et pour, de votre anus, éviter la cantate

Ajoutez à cette eau quelque bicarbonate.

Faites cuire à l’eau froide pendant deux heures au moins

Une andouille de porc choisie avec grand soin

Puis laissez refroidir dans son jus de cuisson

Jusques au lendemain. Buvez un Jurançon !

La nuit étant passé, égouttez les fayots

Mettez-les en cocotte, couvrez avec de l’eau,

Ajoutez quelques couennes, une queue de porc frais,

Deux carottes rondelles, trois oignons en quartiers,

Un peu de céleri et de l’ail écrasé

Sel, poivre du moulin, thym, feuille de laurier.

Mettre en ébullition, ajouter deux grands verres

De Côtes-du-Rhône rouge, du vin fort en matières.

Faites frémir une heure à feu non emballé,

Puis ajoutez l’andouille confite en sa gelée.

Remettez en cuisson pour que les haricots

Soient fondants à souhait sans être musicaux.

Servez le met bien chaud en deux plats séparés,

Avec un peu de beurre, du persil ciselé.

Cessons pour aujourd’hui ce conte culinaire,

Ma tripe est assoiffée, remplis raz bord mon verre,

De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône

Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.

 

 

Nonidi 9 thermidor 222

Photo X – Droits réservés

 

 

Ecoute ! Ecoute !

Dans ce restaurant quatre étoiles, un client pour le moins furieux appelle le serveur et se met à tempêter:


- « Dégueulasse, votre bœuf bourguignon ! Vous pourrez dire au chef qu'il se le foute au cul ! »


- « Ah ! Monsieur, répond le garçon, très stylé, je crois que ce n'est pas possible pour le moment. À l'endroit que vous dites, il a déjà un coq au vin, une truite aux amandes et une quiche lorraine... »

20/07/2014

Ouiquinde gastronomique: La soupe d’ablettes du Père Bijoudi

ablettes Bijoudi pour web.jpg
 
 

 

Sous son passe-montagne enroulé en bonnet,

Deux yeux d'un gris normand et un nez basané

Surmontaient une barbe hirsute et flamboyante

Chapeautée par le tourbillon de deux bacchantes.

Émergeait de sa bouche aux dents de carnassiers

Une longue bouffarde à tête de bélier.

Vêtu de hardes vertes et botté de cuissardes

Le Père Bijoudi, aux origines sardes,

Surnommé par ici « le pirate du Rhône »,

Menait sa barque plate parmi ilots et lônes.

Le fleuve dangereux, ami et adversaire,

N'avait pas de secret pour ce grand solitaire.

Il connaissait par cœur les remous, les courants,

Les vasières, les trous, les nids de cormorans,

Les gouffres à anguilles, les passages d'aloses,

Les grands cadavres d'arbres que chaque crue dépose,

Agachon des brochets, perchoirs pour les butors,

Cauchemar des pêcheurs. refuge des castors.

Quand le jour s'estompait, calé dans sa barcasse,

II ramait pour poser ses filets et ses nasses

Qu'il irait relever à l’aurore suivante

Sans jamais déroger, qu'il pleuve, neige ou vente.

Personnage secret, taciturne à l’envi

Lc Père Bijoudi a sauvé bien des vies

Lorsque le Fleuve-dieu, en ses grandes colères

Happait les imprudents dans ses eaux meurtrières.

Les jours de grandes crues, devant la ville inquiète,

Il préparait sa barque pour pêcher les ablettes:

Un grand filet carré ouvert par deux arceaux,

Pendu à un levier en tête de vaisseau.

A chaque relevée, le piège, en émergeant

Prélevait dans les eaux quelques éclairs d'argent.

Le Père Bijoudi les vendait aux badauds

Qui surveillaient la crue, au sec, sur les bord' eaux.

Lui, ce qu'il préférait, c'est la soupe d'ablettes...

- Ça c'est original Victor! Zou ! la recette!

- Prépare et fais sauter tomates et oignons

Dans de l'huile d'olive. Thym, laurier et sarriette.

Quand c'est bien coloré, rajoute tes ablettes.

Puis tu mouilles au vin blanc, cabernet-sauvignon,

Des vins de la Vallée, pas des vins bourguignons,

Ugni blanc ou clairette, coupé d'eau par moitié.

Bois un coup toi aussi et sales volontiers.

Attention! Tes poissons ne sont jamais vidés

C'est par là que ta soupe prend son parfum iodé.

Fais bouillir à feu vif dix à douze broquilles,

Le temps de fusiller, entre amis, une quille.

Au moulin à légumes tu vas alors passer

Les ablettes et leur jus. Après, tu vas presser

L'ensemble dans un linge. Serre sans te brûler,

Exprime tous les sucs et laisse bien couler.

Tu remets sur le feu, ajoutes du safran,

Attention, du pistil et pas du colorant,

Le safran est très cher, mais ne soit pas grigou:

Ton assaisonnement doit être de haut goût,

Coupées en minces tranches, quelques pommes-de-terre

Donneront à ta soupe du corps, du caractère.

Sers avec du râpé, gruyère ou parmesan,

Ce plat original, parfumé et puissant.

Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire,

Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre

D'un de ces vins d'esprit, puissants, pleins d'élégance

Qui naissent au soleil en terres de Provence.

 

 

Illustration Vincent Barbantan

 

 

Duodi 2 thermidor 222

 

15/07/2014

« FAIT MAISON » : le triomphe des gargotiers

logo Fait maison.jpg

 

Ah ! Quel bonheur ! Á partir d'aujourd'hui, au resto, on pourra savoir si ce qui arrive dans notre assiette provient du savoir-faire du cuisinier à partir de produits frais du terroir, ou bien des usines de l'industrie agroalimentaire.

 

Tè ! Fume...

 

Les gargotiers triomphent. Ils gagnent haut la main la coupe du monde de la Malbouffe. Ceci grâce aux efforts et au pognon du puissant lobby de l'agroalimentaire qui a su circonvenir sénateurs et députés pour faire passer une loi bidon. Qu'on en juge.

 

Ah ! L'emballage est beau : le logo « fait maison » a été créé pour valoriser « les plats cuisinés entièrement sur place à partir de produits bruts ou de produits traditionnels de cuisine ». Eh bien voilà. C'est bien ça ! Voilà qui va rassurer les clients et relancer la production de ces bons produits du terroir qui font que la gastronomie française – fierté nationale ! - a été inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco. Ben voyons... Continuons la lecture du décret :

 

« Peuvent entrer dans la composition d’un plat “fait maison” les produits qui ont été réceptionnés par le professionnel :
- épluchés, à l’exception des pommes de terre, pelés, tranchés, coupés, découpés, hachés, nettoyés, désossés, dépouillés, décortiqués, taillés, moulus ou broyés ;
- fumés, salés ;
- réfrigérés, congelés, surgelés, conditionnés sous vide. »

 

Autrement dit le gargotier qui « réceptionne » (directement de chez Metro, Brake ou autre distributeur de l'industrie agroalimentaire) du bœuf déjà cuit, qui y rajoute un sachet de carottes surgelées, une sauce toute faite (puisqu'il peut « sous réserve d’en informer par écrit le consommateur », se procurer ses « fonds blancs, bruns et fumets »), du sel et du poivre pour personnaliser le met, pourra marquer sur sa carte :  daube « fait maison ».

 

Pareil pour son confrère spécialisé dans la cuisine de la mer : il va « réceptionner » du cabillaud sous vide, en déchirer l'emballage – ce qui requiert un grand savoir-faire – le réchauffer au micro-ondes, y rajouter deux feuilles de salade sous vide également, l'agrémenter une mayonnaise industrielle (pour des raisons de sécurité alimentaire !) et lui aussi le vendre sous l’appellation « fait maison ».

 

Pourquoi se gênerait-il, le gargotier puisque un plat composé d’un produit qui ne serait pas fait sur place « peut être présenté comme “fait maison” dès lors que la marque du produit ou le nom du professionnel qui l’a fabriqué est expressément indiqué ».

 

Autrement dit, il peut vendre n'importe quelle merde, à condition d'en « informer le consommateur ». Mouais... Loin au bas de la carte, en caractères six illisibles, en renvoi d'astérisques minuscules !

 

Comme foutage de gueule, on ne fait pas mieux.

 

Pire : le vrai cuisinier qui confectionnera vraiment lui-même une purée de pommes-de-terre ou une tarte tatin devra, pour y apposer le logo « fait maison », en apporter la preuve en montrant ses livres de compte, en désignant ses fournisseurs, en ouvrant sa cuisine à des inspecteurs pointilleux, tandis que les autres, les ouvreurs de boites, les réchauffeurs de surgelés, les déchireurs de sachets plastiques pourront continuer sans problèmes leur peu ragoutante mais si rentable tambouille.

 

Que demandait le consommateur ?

 

- Que soit apposée un logo clair, explicite, indiquant la nature industrielle de tel ou tel plat. Eh ! Oh ! Puis quoi encore... Ce serait foutre en l'air la juteuse tambouille des « réchauffeurs » (80% des restaurants de France).

 

- Que l'appellation « Restaurant » soit réservées aux établissements faisant travailler de vrais cuisiniers et utilisant des produits frais. Tout comme les boulangers ont réussi à interdire l'appellatiuon « Boulangerie » aux réchauffeurs de pâtons surgelés.

 

Mais c'est encore trop demander...

 

Les gargotiers ont gagné, les consommateurs ont perdus.

 

Quant aux sénateurs et députés qui ont chié cette loi, ils prouvent par là qu'ils cumulent non seulement les mandats, mais aussi la konnerie, la duplicité et la corruption.

 

Septidi 27messidor 222

 

Illustration X – Droits réservés

 

13/07/2014

Ouiquinde érotico gastronomique en voyage

danse du ventre 1.jpg
 
 
 
 
 

Katy

 

J’ai rencontré Katy sur un paquebot turc

Qui reliait Marseille au pays d’Atatürk

Longue, fine, élancée, androgyne et très blonde,

En voyage de noce elle courait le monde.

 

Un regard prometteur longuement échangé,

Deux verres de raki, près du bar, partagés,

Et nous nous retrouvons, sans parole inutile,

Sur le pont, envoûtés, commençant une idylle.

 

Je cueille sur ses lèvres un baiser épicé,

Je roule entre mes doigts ses petits seins dressés

Elle m’offre, cambré, le bas de son échine

 

Et nous faisons l’amour, au rythme des machines

Nous grimpons, enlacés, vers le septième ciel

Croquant à belles dents dans sa lune de miel !

 

 

Les “ Dolma yalanci ” – Les feuilles de vignes farçies

 

Le mari de Katy, un pasteur anglican

Pratiquait avec flegme une juste devise :

“ Mieux vaut une participation sur un volcan

Que l’exclusivité d’une froide banquise ! ”

Nous nous sommes aimés de fougue et d’abondance

De Marseille à Capri, du Pirée à Byzance,

Au hasard des recoins du bateau haletant

Toujours sur le qui-vive et pressés par le temps,

Sur des bâches pliées, sur des tas de cordages,

Mais surtout dans les chaloupes de sauvetage.

Grand, solide et rougeaud, le regard ironique,

Le pasteur buvait sec du rhum de Martinique

Il connaissait les hommes, les femmes et le péché

Et savait que Katy, sa belle amourachée

Lui reviendrait bientôt, et sans perdre la boule,

Sitôt que le bateau atteindrait Istamboul…

Le pasteur généreux, grand seigneur, m’invita

Dans un resto flottant, sous le pont Galata,

Il reprit possession, avec verve et humour

De sa volage épouse, de sa poupée d’amour,

Et la gorge serrée, je dus rendre les armes

Quand Katy me quitta, sans verser une larme…

- Eh ! Victor, ici bas, chacun porte sa croix,

Et souvent, le cocu n’est pas celui qu’on croit !

Il t’a bien fait marron, le serviteur de dieu !

Mais qu’avez-vous mangé comme repas d’adieu ?

- Un plat oriental, les “ Dolma yalanci ”,

On connaît : ce sont les feuilles de vignes farcies.

Tu fais blanchir trente secondes,

Dans de l’eau bouillante et salée,

Des feuilles de vignes que tu émondes

Des nervures et parties talées.

Tu les sèches sur du sopalin

Et tu te bois un coup de vin.

Tu colores un oignon et de l’agneau haché

Dans de l’huile d’olive sans laisser attacher,

Un verre de riz sec, laisse prendre du goût,

Puis recouvre d’un doigt d’eau, citronnée surtout.

Laisse cuire dix minutes, rajoute des raisins

Secs trempés, égouttés, cannelle, pignons de pin,

Sale, poivre, cuis à absorber le liquide,

Vide ton verre plein et plains ton verre vide.

Dispose cette farce sur tes portions de feuilles

Roule-les en cylindres, c’est fait en un clin d’œil,

Et pour ne pas qu’ils s’ouvrent, avec un cure-dent

Tu rapproches les bords et tu piques dedans.

Dans le fond d’une poêle, met ces petits rouleaux,

Un peu d’huile d’olives, un demi verre d’eau,

Et fais cuire à feu doux, vingt minutes à couvert.

C’est un plat délicieux, qui rend les hommes verts !

A nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

A la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

JVJ

 

 

 

 

 

Quintidi 25 messidor 222

 

Photo X - Droits réservés

 


 

06/07/2014

Ouiquinde érotico gastronomique : le lièvre des marais de Wanda

planche à voile sexy 1.jpg
 
 
 
Wanda

 

A Bauduc, en Camargue, sur le sable doré

Wanda sculptait les bois déposés par le Rhône

Et vivait libre et nue comme une sauvageonne

Dans une simple hutte à l’orée des marais.

 

Sur une planche à voile, je chevauchais les flots,

Wanda voulut monter sur mon engin rétif

Mais ne pouvant lever la voile de l’esquif

Elle lâcha la corde et chuta dans les eaux.

 

Pour l’aider à monter je la soulève au fesses

Mais, troublé, ma poussée devient vite caresse,

Ma peau frôle sa peau et nos jambes s’emmêlent,

 

En un baiser salé, nos deux langues se mêlent,

Puis, au gré de la vague se redresse le mat,

Et c’est dans l’eau complice que la belle m’aimât.

 

 

- Se servir de la mer comme d’un grand plumard,

Ben ! dis donc ! T’as du faire rougir les homards !

Les girelles devaient frétiller d’allégresse

Et l’onde bouillonner comme une bouillabaisse !

- Ce n’est pourtant pas ça que nous avons mangé

Lorsque après nos ébats nous avons partagé

Un excellent repas préparé par la belle,

Devant son cabanon, assis sous la tonnelle.

Wanda, fine fourchette, la veille avait fait cuire

Un régal camarguais : un lièvre des sansouires.

Dépouille l’animal, vide-le, sèche-le

Et puis ampute-le de la tête et la queue.

Coupe-le comme un lièvre en quartiers et portions,

Epluche et émince quelques jolis oignons,

Au fond d’une terrine, met tes morceaux de viande,

Ajoute thym, laurier, romarin et amandes,

Du poivre du moulin, puis de l’huile d’olive,

Arrose à l’Armagnac de façon attentive,

Et laisse macérer, au frais, toute une nuit,

Il ne s’en ira pas, ne t’en fais pas pour lui !

Dans comme un œuf de beurre, fait dorer des lardons,

Tu égouttes, réserve. Fait blondir deux oignons

Dedans le même beurre, saupoudre de farine,

Fait revenir pour que ça prenne bonne mine.

Rajoutes tes morceaux de viande macérée,

Tu remues bien le tout pour les faire dorer,

Introduis tes lardons, ail et bouquet garni

Mouille d’une bouteille de Costières de Nîmes,

Rectifie sel et poivre, que ce soit de haut goût,

Et laisse mijoter, une heure, à feu doux.

Pendant ce temps glace un quart de petits oignons

Avec un peu de beurre, du sucre et un peu d’eau,

Fais caraméliser. Saute tes champignons

De couche avec de l’huile, dore-les ventre et dos,

Rajoutes, après une heure, au premier appareil,

Passe ta marinade, introduis-la pareil,

Et tu laisses frémir une bonne heure encore

Pour que les sucs expriment harmonie et accord..

Mixe le foie du lièvre, la crème et le boudin,

Met un peu de vinaigre, du poivre du jardin.

Avec ces ingrédients, tu vas lier ta sauce

Juste avant de servir ce plat digne d’Eros.

A nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

A la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

 

 

Octidi 18 messidor 222

 

Photo X - Droits réservés

 

29/06/2014

Gastronomie dominicale: le civet de renard!

civet renard.jpg

Le civet de renard de l'Oncle Pinet

 

J'ai déjà vu, petit, Maître Renard en chasse.

Il marche à pas feutrés, nez au vent, la queue basse.

Soudain Goupil se fige, tous les sens en alerte,

Laissant venir la poule, caquetant, vers sa perte.

Panache déployé, il bondit gueule ouverte,

Saisissant par le cou la belle proie offerte.

Pas de bruit, seulement une gerbe de plumes

Laissera, de la poule, une trace posthume.

Respectons le renard, c'est une noble bête

Et que l'on peut aimer. " jusque dans son assiette!

Bien sûr Renard n'est pas un gibier très courant

Mais ce rusé gourmet régale les gourmands!

C'est mon oncle Pinet, je dois m'en réjouir,

Qui, voilà des années, me l'a fait découvrir.

L'oncle Pin et était un gaillard remarquable,

Un savant, un chercheur des choses de la table.

Casquetté, clope au bec, l'oncle avait belle allure.

Cet humoriste heureux détestait la torture,

Or, "travail" provenant du latin "trepaliare",

Supplice du tri pal, soit dit pour les ignares,

Il avait décidé de n'y jamais toucher.

Je l'ai vu plus souvent bambocher que piocher!

Nous partagions, joyeux, des bouteilles multiples,

Et il a fait de moi, en ce sens, son disciple.

Dédaignant les lazzis des idiots qui ricanent,

Il a fait préparer à la tante Suzanne

Corneilles et corbeaux, écureuils, hérissons,

Pies, geais, blaireaux, mouettes, cigalons, limaçons.

Et la tante mettait son imagination

Culinaire au service de ces préparations.

Chasseurs et gardes-chasse, paysans, braconniers

Venaient vider chez lui leur rebut de carnier,

Et beaucoup, toujours prêts si l'on rit, boit et mange,

Acceptaient de goûter ses cuisines étranges.

À l'ombre de la treille, devant le cabanon,

On mangeait, on chantait, en buvant des canons.

- Il est des personnages avec qui l'on se marre,

Mais ce renard, Victor, comment tu le prépares?

- L'oncle, sans se salir, dirigeait les travaux.

Ses amis s'escrimaient à enlever la peau

En se faisant larder par les milliers de puces,

De joyeux animaux qui sautent, piquent, sucent.

Puis, les mains dans le sang, ils libéraient les tripes

Chaudes et irisées qui salissaient leurs nippes.

On pendait le renard, écorché, nettoyé,

Dans un lieu frais et sec pour le mortifier

Pendant quatre ou cinq jours en fonction des saisons.

On fait toujours ainsi avec la venaison.

On le coupe en morceaux, on le fait mariner

Trois jours dans du vin rouge puissant, carabiné,

Avec sel, poivre noir, genièvre, oignon et thym.

Alors tante Suzanne prenait les choses en mains!

Égouttés, essuyés, les morceaux de renard

Sont flambés au vieux marc puis, sans aucun retard,

Faits sauter à feu vif dans du saindoux fondu,

On remue et on tourne souvent, bien entendu

Pour bien dorer la viande sur toutes ses faces,

On déglace la poêle au Noilly, une tasse,

Puis on laisse réduire sans attacher au fond.

On blondit des oignons dans un faitout profond

Puis on jette dessus les morceaux de renard,

On flambe à l'eau-de-vie, un verre de soiffard,

Sel, poivre de haut goût, bouquet garni, genièvre,

Enfin, tout ce qu'on met pour faire cuire un lièvre.

On mouille abondamment, pas dans la marinade,

Dans un rouge corsé mis en larges rasades.

On fait cuire quatre heures, à feu doux ou moyen,

Tout dépend si Goupil est jeunot ou ancien!

Ainsi accommodé, c'est un plat délicieux,

Ceux qui le goûteront feront des envieux.

Une bonne polenta en accompagnement,

Et du vin généreux, beaucoup, évidemment.

Avec des commensaux triés sur le volet,

De solides mangeurs, jamais des gringalets,

L'Oncle Pinet régnait avec cette recette

Sur un aréopage d'amoureux de la Fête.

Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire

Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre

De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône

Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne!

 

 

Ingrédients et proportions pour six à huit personnes (ayant bon appétit)

Il va de soi que l'Oncle Pinet ne faisait pas le bec fin sur la taille du renard que lui apportaient ses rabatteurs. Faites comme lui!

Il faut donc:

- Pour la marinade: - un renard mis à mortifier si possible en chambre froide quatre ou cinq jours puis coupé en morceaux, - 5 litres de vin rouge 13 ou 14°, - 5 poignées de gros sel, - 2 cuillerées à soupe de poivre noir concassé, - 20 baies de genièvre, - 5 oignons en quartiers piqués de clous de girofle, - 2 belles touffes de thym.

- Pour le civet: - 2 verres d'eau-de-vie pour flamber, - 250 g de sain­doux, - 1 verre de Noilly-Prat, - 5 autres oignons émincés, - 2 poignées de gros sel de Camargue, - poivre noir du moulin en abondance, - 1 gros bouquet garni, - 20 nouvelles baies de genièvre, - 3 bouteilles de bon vin rouge A.O.C. 14,5°C, - 2 verres d'huile d'olive, - 2 kilos de farine de polenta pour l'accompagnement.

 

Les vins conseillés:

 Ce plat est en lui-même suffisamment puissant, riche en fragrances ani­males et en goûts musqués. Il y a donc deux écoles pour le choix des vins:

 - soit on reste dans la tonalité du plat et il faut des vins puissants, épicés, tanniques. En Côtes-du-Rhône: Châteauneuf-du-Pape évidemment, Gigondas, Vacqueyras, Lirac, Cairanne, Rasteau et tous les rouges "Villa­ges" ; en vins du Languedoc et Roussillon: Saint-Chinian, Faugères, Fitou, Collioure; en vins de Provence: Bandol, Pierrefeu, Barjols;

- soit on joue l'opposition et l'on prend des vins jeunes, légers, gouleyants, des vins "à boire". En Côtes-du-Rhône: Rochefort, Estézargues, Ste-Cécile-Ies-Vi­gnes, Côtes du Ventoux, Coteaux du Luberon, Coteaux du Tricastin, Cos­tières-de-Nîmes ; en vins du Languedoc: Saint-Saturnin, Pic-saint-Loup, Saint-Christol, Saint-Drézery ; en vins de Provence: Côteaux-des-Baux, Saint-Maximin, Varages et Villecroze.

Décadi 10 messidor 222

 

Illustration originale Vincent Barbantan

 

22/06/2014

Ouiquinde gastronomique : la brandade de Nîmes

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 La Fanny est serveuse au café des Platanes

Elle a de ces rondeurs que les dévots condamnent

Mais que les jouisseurs lorgnent avec désir

Tant elles sont promesses de joies et de plaisir.

 

Elle ondule parmi les joueurs de pétanque,

Ces acteurs naturels, ces presque saltimbanques,

Perturbe les tireurs, énerve les pointeurs,

Prive de leurs moyens ces superbes menteurs.

 

Sous l’effet ravageur de ses hanches qui roulent

Tous restent bouche bée et en perdent la boule

Parmi les équipiers, voilà la zizanie :

 

On s’insulte, on se crie, pour un point on s’encagne

On joue contre son camp, on joue à Qui-perd-gagne

Tous rêvent du Zéro… et de baiser Fanny !

 

 

 

— Victor ! Tes pétanqueurs qui rêvent d’embrassades

En matant les rondeurs de la belle Fanny,

Ils devraient s’entraîner à faire la brandade,

Ça calmerait un peu leur érotomanie !

Voici comment la font, pour leur table éponyme

Serge et Wladimir, restaurateurs à Nîmes.

Pour réussir ton plat, éloigne les intrus,

Une nuit, à l’eau fraîche, dessale ta morue,

En six coups de hachoir frappés sur une planche,

Sans enlever la peau, en portions tu la tranches.

Tu la mets, à l’eau froide, dans un large faitout

Que tu lèves du feu quand le liquide bout,

Et tu laisses tremper dix minutes environ,

Le temps de te verser quelques petits canons.

Puis égoutte, essore, et lève les arêtes,

Dans une casserole, mets ta morue défaite,

Dès lors, tu vas chauffer l’ensemble au bain-marie.

A la cuillère en bois, à tour de bras, manie,

Ecrase la morue d’une main combative

En ajoutant du lait et de l’huile d’olive,

L’un et l’autre, tiédis, de façon mesurée

Pour obtenir enfin une lisse purée.

Cette crème doit être onctueuse et épaisse

Pour cela, il te faut branler fort, sans faiblesse.

Lorsque tu en es là, prends le temps de souffler,

Décontracte ton bras, laisse-le dégonfler,

Verse-toi volontiers un vin blanc des Costières

Et va faire un câlin avec la cuisinière.

Reprends ton appareil, oublie la rigolade

Si tu veux, comme un chef, réussir ta brandade.

Il faut la parfumer, la monter en saveur.

Elle doit embaumer pour chavirer les cœurs.

Écrase, au mortier, une gousse d’ail blanc,

Râpe un peu de muscade — excellent stimulant ! —

Un zeste de citron que finement tu haches,

Un peu de poivre blanc, un soupçon de pistache,

Du sel si nécessaire, mais reste circonspect,

Enfin, lorsque tu sers, une truffe râpée.

Ce plat emblématique de Nîmes-la-Romaine

Incitera Fanny, à la dernière mène,

À laisser les vainqueurs autant que les vaincus,

Selon la tradition, lui embrasser le cul !

À nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons et trinquons nuit et jour

À la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

 

Ingrédients et proportions pour six personnes:

- 1 grosse morue sèche, - 1 demi litre de lait tiède, - 1 demi litre d'huile d'olive tiède, - 3 gousses d'ail de belle taille, - 1 zeste de citron, - 1 cuillerée à dessert de poivre blanc, - 1 peu de muscade râpée, - 2 graines de pistache, - 1 truffe (accessoire), - beaucoup de vigueur dans le bras (indispensable !)

 

Les vins conseillés:

Profitez de ce plat gardois pour apprécier les vins rouges des Costières-de-Nîmes mais aussi les blancs vifs de la vallée du Rhône: blancs tranquilles de Saint-Péray, vins tranquilles du Diois, Saint-Gervais, Uchaux, Bollène, Mondragon, Piolenc, Sarrians, Bagnols-sur-Cèze, Codolet, Laudun, Saint-Just-d'Ar­dèche, Saint-Marcel-d'Ardèche, Villeneuve-Pujaut, Ventoux, Luberon.

En vins du Languedoc: Quatourze, La Méjanelle, Picpoul-de-Pinet. En vins de Provence: Palette, Seillons-source-d'Argens, Brue-Auriac, Châteauvert.

Vous pouvez aussi accompagner ce plat avec bonheur par des vins primeurs: Rochegude, Sainte-Cécile-les-Vignes, Sabran, Codolet, Rochefort, Lirac, Laudun.

 

Tridi 3 messidor 222

 

Illustration X – Droits réservés

 

08/06/2014

Gastronomie dominicale : l’agneau en tajine

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Dans l’été parfumé, un peu avant minuit

Antoine va rejoindre Sabine dans la nuit.

Sous un bouquet de pins perché sur la falaise

Ils se creusent un lit d’amour et de liesse,

 

Puis, gonflés de désir, leurs deux corps dénudés,

Se jettent l’un sur l’autre avec voracité.

Emportés par l’élan de leurs folles étreintes

Ils goûtent sans compter un plaisir sans contrainte.

 

Enfin le corps repu ils s’étendent sans voiles

Pour écouter la nuit et parler aux étoiles.

Ils appellent Déneb, Véga et Altaïr,

 

Complices de leurs jeux, témoins de leur plaisir.

Plus tard lorsque la vie les aura séparés

Ils se retrouveront en voyant Cassiopée.

 

Pour Sabine : L'agneau en tajine

- L’on ne vit pas toujours que d’amour et d’eau fraîche

Et lorsque Cupidon a remballé ses flèches,

Quand le corps est comblé, il faut bien le remplir

Pour lui donner les forces d’où monte le désir.

Manger sous les étoiles est un plaisir subtil

Qui joint élégamment l’agréable à l’utile.

Je te propose donc, pour Antoine et Sabine

Un plat oriental : de l’agneau en tajine.

Les tajines se font toujours à l’étouffée

Et sont encor meilleurs lorsqu’ils sont réchauffés.

Tu désosses au couteau une épaule d’agneau

Que tu vas découper en assez gros morceaux.

Avec huile et oignon, tu les fais rissoler,

Qu’ils soient juste dorés et l’oignon pas brûlé.

Tout en surveillant bien, mets dans une coupelle

Du gingembre râpé, ail, poudre de cannelle,

Un zeste de citron, un peu de persil plat

Puis tu verses l’ensemble, en tournant, dans ton plat.

Ajoute poivre et sel et mouille à ras d’eau chaude,

Monte à ébullition et couvre avec méthode.

Tu laisses cuire une heure, en couvrant ta cocotte

Puis tu vas rajouter un kilo de carottes,

Une botte de feuilles de coriandre hachées,

Tu trouves cette plante chez les bons maraîchers,

Et enfin n’oublie pas, pour couronner tout ça

Une grosse cuillère à café d’harissa,

Mélange emblématique dans le nord de l’Afrique

Qui redonne du nerf aux plus neurasthéniques !

Tu trouves ça en tube ou en boite, tout prêt

Mais tu peux aisément, aussi, le préparer :

Tu piles deux ou trois gousses d’ail au mortier,

De la coriandre fraîche, des piments antillais,

Algériens, tunisiens, ou encor marocains,

Une cuillère d’eau, du sel et du cumin.

Puis tu fais revenir dans de l’huile, à feu doux.

Ton harissa est prêt et, « Ah, dis donc, Doudou ! »

Il y a là de quoi relever les ardeurs

Amoureuses de trois régiments d’artilleurs !

Pour demi-heure encore tu laisses mijoter,

Puis tu mets des olives noires dénoyautées.

À nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

À la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

 

Ingrédients et proportions pour six personnes :

- 1 épaule d'agneau désossée, - 4 oignons émincés, - 1 kilo de carottes, - 1 botte de coriandre frais, - 6 branches de persil plat, - 1 bon morceau de gingembre frais râpé, - 3 gousses d'ail, - 1 cuillerée à café de poudre de cannelle, - 1 cuillerée à café d'harissa, - 3 hectos d'olives noires dénoyautées.

 

Les vins conseillés:

À plat puissant, vins généreux. Pour l'agneau en tajine, en vins de la vallée du Rhône: Cairanne, Vinsobres, Visan, Tulette, Rochegude, Suzette, Séguret, Violès, Rasteau, Sérignan-du­-Comtat, Beaumes-de-Venise, Lirac, Bédarrides, St-Gervais, St-Victor-Lacoste, Estézargues, Domazan.

En vins du Languedoc et du Roussillon: Saint-Chinian, Pic-­Saint-Loup, Saint-Georges-d'Orques, La Méjanelle, Faugères, Minervois, Fitou, Corbières, Collioure.

En vins de Provence: Bandol, Palette, Barjols, Saint-Maximin, La Roquebrussanne, Cogolin, Le Cannet-des-Maures, Bellet.

 

Nonidi 19 prairial 222

Photo X – Droits réservés

 

01/06/2014

Gastronomie dominicale dédiée à ma chérie: la garrrburrre arrriégoise! Milodioù!


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Zelli

 

Prosper coupe du bois dans les forêts d’Ariège

Où la jolie Zelli cherche des champignons.

Brusquement le brouillard l’attrape dans son piège

Et la belle apeurée perd le Septentrion.

 

Elle tourne, affolée et quitte le sentier

Elle se heurte aux arbres, s’accroche dans les ronces,

S’étale lourdement, en oublie son panier,

Ses appels au secours demeurent sans réponse.

 

Soudain elle se sent accroché par le bras,

Paralysée d’effroi, bien près de défaillir,

Elle voit, tout contre elle, Prosper, l’homme des bois.

 

Éclatant en sanglot elle va se blottir

Sur le poitrail velu de son rude sauveur

Puis, très reconnaissante, lui offre ses faveurs…

 

 

- Pour ton coupeur de bois embaumant la résine

Zelli eût plus d’attraits que la fée Mélusine !

Pour le remercier de sa protection

Elle lui a donné bien des satisfactions !

Mais pour Zelli aussi, perdue et paniquée

La force rassurante d’un homme baraqué

Etait un beau cadeau, un don de la nature

Au parfum de sous bois et au goût d’aventure.

La belle a découvert au fond de la forêt

Que le brouillard sournois a parfois des attraits.

- Plus tard, dans la cabane de rondins équarris

Prosper et sa Zelli se sont aimés, ont ri,

Puis ils ont eu besoin de quelques nourritures,

Alors le bûcheron prépara la Garbure.

Ce plat emblématique des rudes Pyrénées,

Des rochers ariégeois aux terroirs béarnais,

Fabrique des géants, bouscatiers, rugbymans,

Joyeux et forts en gueules, tous solides amants.

Pour faire la garbure, petit, d’abord tu dois

Avoir du vrai confit de canard ou bien d’oie.

Retires-en la graisse ou tu feras blondir

Deux oignons émincés sans les faire roussir.

Au fond d’une cassole met confit et oignons,

Puis deux litres d’eau froide, monte à ébulition,

Quand ça bout tu rajoutes un choux coupé en quatre

Dont tu retires les feuilles dures, jauneâtres.

Tu couvres et fais cuire pour une heure et demi.

Pendant ce temps tu coupes du pain complet rassis,

Tu rapes deux hectos de tome de Bethmale,

Sec, ancien, parfumé, aux saveurs animales.

Dans un tian à hauts bords, tu disposes le pain,

Puis les feuilles de choux hachées pas trop rupin,

Le confit désossé coupé en filets minces,

Le fromage râpé de nos belles provinces,

Et puis tu recommences jusques à demi pot,

Et enfin tu arroses avec le bouillon chaud,

Tu saupoudres au dessus le reste du fromage

Et tu fais gratiner, à four chaud, sans brûlage.

A nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

A la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

Tridi 13 prairial 222

 

Merci à l'iremplacé Peynet

 

25/05/2014

Ouiquinde gastronomique: les pieds et paquets marseillais.

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Je m'en vais régaler quelques épicuriens

Des mangeurs de cadavres, pas des végétariens

D'un plat que l'on ne peut décemment oublier:

Les très fameux pieds et paquets marseillais.

Écoute bien, petit, et débouche une quille,

La subtile recette du père Bonnefille,

Grand pêcheur, bambocheur, joyeux et fin cuistot

Adepte du premier des pêchés capitaux.

À moins que vous n'ayez des façons de puriste

Demandez au boucher de vous confectionner

Les délicats paquets avec ses doigts d'artiste

Sinon vous risquez fort d'y passer la journée...

Mais pour votre gouverne, en voici le principe:

Il faut emprisonner dans un carré de tripe

Large de quatre doigts, une portion de farce

Faite de boyau gras et de petit-salé,

D'ail frais et de persil, bien poivrée et salée

Et hachée à la main de manière efficace.

En repliant trois pointes on fabrique une poche

Serrée pour éviter que la farce bavoche

Puis on passe le tout dans une boutonnière

De la dernière pointe. Tout est dans la manière !

Quand aux pieds, prenez-les de moutons ou d'agneaux,

Refendez-les en long, d'un coup sur le billot,

Blanchissez cinq minutes dans de l'eau vinaigrée

Puis rincez, égouttez, réservez et couvrez.

Faites alors revenir, jusqu'au premier roussi

Deux oignons émincés, carotte, ail et persil,

Ajoutez un bouquet garni, bien entendu,

Dans un hecto de lard auparavant fondu.

Deux bonnes cuillerées de coulis de tomates,

Deux verres de vin blanc sur tous ces aromates,

Puis vous laissez réduire, doucement, en tournant

Tout en vous humectant d'un bon gorge on de blanc.

Au fond d'une cocotte ou autre plat idoine

Mais profond et en fonte, disposez une couenne

Sur laquelle vous rangez soigneusement les pieds

Ainsi que les paquets. Faites moitié-moitié.

Une couche de votre précédent appareil,

Sel, poivre du moulin. Recommencez pareil

En couches successives, puis mettez au dessus

Un demi-pied de veau, bien moelleux et ossu,

Quatre clous de girofle piqués dans un oignon,

Puis mouillez de vin blanc allongé de bouillon.

Le père Bonnefille les fait cuire en deux fois:

Quatre heures au moins la veille du jour où il reçoit,

Il laisse refroidir, et dégraisse au besoin,

Puis cuit quatre heures encor, doucement, avec soin,

Le jour de réception. Il faut voir son sourire

D'épicurien heureux, lorsque sans plus mot dire

Il apporte son plat fumant et odorant.

C'est un feu d'artifices de parfums attirants,

De fragrances subtiles, de délicats arômes

Sublimés par un verre de bon Côtes-du-Rhône.

En accompagnement, quelques pommes vapeur

Écrasées dans le jus prendront belle saveur.

Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire,

Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre

D'un de ces vins d'esprit, puissants, pleins d'élégance

Qui naissent au soleil en terres de Provence.

 

Ingrédients et proportions pour six personnes:

 

- Comptez 6 paquets par personnes, soit 36 paquets à commander à vo­tre boucher. Allez, disons une quarantaine; - 3 pieds par personnes, soit 18, disons 20 pieds d'agneaux, - 1 pied de veau, - 1 large couenne de cochon, - 1 hecto de lard à fondre, - 2 gros oignons émincés, - 1 demi­ kilo de carottes émincées, - 6 gousses d'ail écrasées, - 3 branches de persil plat haché, - 1 verre de vinaigre, - 1 bouquet garni, - 2 ou 3 cuille­rées à soupe de coulis de tomates, - 1 bouteille de vin blanc, - 2 cuillerées à soupe de sel fin, - poivre du moulin en abondance, - 1 oignon entier piqué de 3 clous de girofle, - 1 demi-litre de bouillon de viande, - 1 kilo et demi de pommes de terre (à cuire séparément à la vapeur).

 

Les vins conseillés:

 

Les Côtes-du-Rhône Villages rouge accompagnent à la perfection ce plat souriant, parfumé, velouté au palais: Faucon, Vinsobre, Cairanne, Puyméras, Richerenches, Rousset-Ies-Vignes, Villedieu, Visan, Beaumes­-de-Venise, Camaret, Séguret, Cornillon, Vénéjean, St-Paulet-de-Caisson, St-Michel-d'Euzet, St-Étienne-des-Sorts, Montfrin, Pujaut, Hilaire­d'Ozilhan.

En vins du Languedoc et Roussillon: Saint-Chinian bien sûr, Faugères, Maury, Fitou.

En vins de Provence: Bandol, Pierrefeu, La Cadière-d'Azur, Coteaux­d'Aix-en-Provence, Bellet.

 

 


 

 Photo X - Droits réservés

 


 

Sextidi 7 prairial de l'an 222 de l'ère de la Liberté

 

Avant (comme moi) ou

après le repas gastronomique dominical

Allez VOTER !

 

 

18/05/2014

Gastronomie érotique : allons nous faire voir chez les Grecs !

cuisine,poésie,grèce

Hélène

 

Lorsque la belle Hélène, femme de Ménélas,

Fut ravie par Pâris, elle goûta l’extase.

Ravie d’être ravie, la pétulante Hélène

Suivant le beau Pâris, courut à perdre haleine.

 

Son cocu magnifique, vert de rage et jaloux,

Envoya son armée châtier le filou.

Les deux amants s’aimaient, le barbon n’aimait guère…

Pour venger son honneur, il déclencha la guerre.

 

Des grecs contre des grecs, en une lutte à mort

Vont, neuf années durant, s’étriper sans remords.

Pour les seins blancs d’Hélène, ses étreintes brûlantes,

 

Pour sa peau de satin et sa fougue d’amante,

Des guerriers, des héros, des princes et des rois

Pour la gloire et l’Amour périront devant Troie.

 

 

 

- Oh, Victor ! Ménélas, ce vieux cocu notoire

Ta belle Hélène l’a bien pris pour une poire !

Et tous ces va-t-en-guerre au front obtus de bœuf

Se trucidant entre eux pour les yeux d’une meuf,

En guise de cerveau avaient dans le cigare

Quelques pots de yaourts brassés au goût bulgare !

Ménélas le cornu peut bien battre sa coulpe,

Se venger dans le sang, réduire Troie en cendre

Les femmes ont en commun ceci avec le poulpe :

C’est qu’au plus on les bats, au plus elles sont tendres !

- J’adhère à tes propos, petit, sans réticence

Tant ils semblent frappés à l’aune du bon sens.

Tes réflexions hardies sont dignes de Silène,

Alors levons nos verres et trinquons à Hélène.

Son Spartiate aurait pu la garder jour et nuit

S’il avait réveillé ses ardeurs assoupies,

Et chatouillé en lui le cochonnet qui bouge

En cuisinant pour elle une poulpe au vin rouge.

Le nom grec en est “ Oktapodhi krasato ”

Mais on le mange aussi à Naples ou à Porto.

- Comment prépares-tu ce plat aphrodisiaque

Que les Grecs tirent de leur culte dionysiaque ?

- C’est un plat délicieux, ni cher, ni compliqué.

Bat longuement le poulpe, sans faire de chiqué,

Tu le laves et le coupes en petites portions

Que tu sèches avec du papier à absorption.

Chauffe quatre cuillers de bonne huile d’olives

Dans une casserole bien antiadhésive,

Quatre ou cinq gousses d’ail pelées et écrasées,

Puis tes morceaux de poulpe. En cuistot avisé

Fais revenir le tout jusqu’à ce que ça dore.

Un verre de vin rouge puissant de Roquemaure,

Bois-en un toi aussi, c’est pas toi qui conduit,

Et tourne gentiment pendant que ça réduit.

Tu cisèles une branche de fenouil odorant

Dont le parfum subtil est très revigorant.

Pèle, émonde, écrase deux tomates bien mures

Que tu vas rajouter, enfin, à ta mixture.

Laisse cuire à feu doux trois-quarts d’heure environ,

La sauce épaissira et deviendra marron.

Jette-s’y une grosse poignée d’olives noires,

Sel, poivre du moulin, piment obligatoire,

Deux pincées seulement, pour chauffer les papilles

Sans mettre pour autant son estomac en vrille.

Quelques minutes encore sur le feu, en tournant,

Puis sert ton plat très chaud. L’effet est surprenant !

A nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

A la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

 

Ingrédients et proportions pour six personnes:

- 3 beaux poulpes bien battus, - 1 quart d'huile d'olive, - 3 ver­res de vin rouge puissant de Roquemaure (plus un pour le cuistot), - quelques branches de fenouil ciselées, - 6 tomates bien mûres, - 2 poignées d'olives noires dénoyautées, - sel, poivre, - 3 cuillerées à dessert de piment d'Espelette.

 

Les vins conseillés:

Intéressants pour ce plat, des vins jeunes, légers, gouleyants, des vins "à boire".

En Côtes-du-Rhône: Rochefort, Estézargues, Ste-Cécile-les-Vignes, Côtes-du-Ventoux, Coteaux-du-Luberon, Coteaux-du­-Tricastin, Costières-de-Nîmes.

En vins du Languedoc: Saint-Saturnin, Pic-saint-Loup, Saint-­Christol, Saint-Drézery.

En vins de Provence: Côteaux-des-Baux, Saint-Maximin, Varages et Villecroze.

 

Nonidi 29 floréal

 

Photo X - Droits réservés

 

04/05/2014

Gauloiseries gastronomiques

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Quand le froid et le vent des saints seins de glace nous confinent en bonne compagnie. Mangeons, buvons, chantons et racontons fariboles et gauloiseries.
Voici quelques perles dues à Jean de Milan (fin XI° - début XII°) de L'École de Salerne - traduction en vers français par Charles Meaux-Saint-Marc.


Le meilleur vin

Le vin dans les humeurs verse son influence :
Est-il noir? Dans le sang il répand l'indolence.
J'estime un vin mûri dont la chaude liqueur
Fait sauter le bouchon et ravit le buveur;
Quand sa vertu dénote une illustre vieillesse,
De ses dons généreux usons avec sagesse.
Je cherche dans un vin le brillant, la couleur,
J'y cherche plus encor le bouquet, la chaleur ;
Je veux qu'il ait du corps, une teinte écarlate,
Que pétillant, mousseux, en écume il éclate.
À l'écume le vin se jugera d'abord:
Bon, elle reste au centre, et, mauvais, court au bord.


Effets du bon vin.

Le bon vin au vieillard rend vigueur de jeunesse;
Au jeune homme un vin plat prête un air de vieillesse.
Le vin pur réjouit le cerveau contristé,
Et verse à l'estomac un ferment de gaieté.
Il chasse les vapeurs et les met en déroute,
Des viscères trop pleins il dégage la route,
De l'oreille plus fine aiguise les ressorts,
Donne à l'œil plus d'éclat, plus d'embonpoint au corps,
De l'homme plus robuste allonge l'existence,
Et de l'esprit dormant réveille la puissance.
De ta table aie bien soin d'exclure
Le pain encore chaud et le pain qui moisit,
Le dur biscuit, les pâtes en friture.
Que ton pain soit d'un bon grain, bien cuit,
Plein d’yeux et peu salé, ce pain fait un bon chyle.


Bière

La bière qui me plaît n'a point un goût acide;
Sa liqueur offre à l'œil une clarté limpide.
Faite de grains bien mûrs, meilleure en vieillissant,
Elle ne charge point l'estomac faiblissant.
Elle épaissit l'humeur, dans les veines serpente
En longs ruisseaux de sang, nourrit la chair, augmente
La force et l'embonpoint; l'urine accroît son cours;
Et du ventre amolli se gonflent les contours.


L'eau comme boisson

L'eau, fatale boisson, nuisible en un repas,
Refroidit l'estomac qui ne digère pas:
Bois-en, soit, mais très peu, si la soif te talonne;
Assez, pas trop: ainsi la sagesse l'ordonne.
D'une eau trop abondante en l'estomac noyé,
Ne va pas submerger l'aliment délayé.
Pour éteindre le feu de ta soif dévorante,
Ne bois pas à longs traits une eau froide et courante,
D'un peu d'eau fraîche humecte un gosier irrité.
Au tempérament buveur, inspirant la gaieté,
Dissolvant et cuisant tous mets, l'eau pluviale
Propice à la santé, ne craint pas la rivale.
La source, à l'est coulant, se boit avec plaisir;
Descend-elle du midi? réprime ton désir.


Des excréments, des vents et de l’urine.

Pissez six fois par jour, et dans le même temps
Rendez deux ou trois fois les plus gros excréments.
De péter en pissant ne faites pas mystère,
C'est un ancien usage, aux reins fort salutaire ;
Pratiquez-le sans honte, ou bien dans l'intestin,
Reste un gaz malfaisant rapporté du festin.
En grande pompe un roi traverse-t-il la ville?
Occupé de pisser, demeurez immobile.
Ta main, pressant ton ventre empêchera souvent
Qu'il ne s'y loge à l'aise et n'y séjourne un vent;
Aux replis d'intestin sa nuisible présence
D'un mal long et secret peut hâter la naissance.


Contre l'excès de boisson

Si pour avoir trop bu la nuit,
Vers le matin il t'en cuit,
Dès le matin, reprends la bouteille:
Le remède fera merveille.

 

Quintidi 15 Floréal 222.

Illustration: Poussin

30/04/2014

Au bistro de la toile : la cuisine à molécule, comment veux-tu, comment veux-tu que je…

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- Putain, on a eu chaud Loulle ! Le coup est passé près cette fois…

- Le coup de quoi Victor. Tiens prend plutôt ce coup de rouge.

- Merci. Tè ! Ça remonte. Et au moins ça ne donne pas la chiasse ! Pas comme les jus de pipeline que servent à leurs clients aussi snobinards que friqués les restos « primés » par un obscur magazine de la « gastronomie anglaise ».

- Ouarf, Victor, « gastronomie anglaise », t’as pas peur des mots toi ! Voilà un superbe oxymore !

- C’est vrai. Pourtant c’est ce drôle de canard boiteux, né au pays du gigot bouilli à la sauce menthe et du pudding élaboré à la bétonnière, qui organise chaque année un « concours du meilleur restaurant du monde ». Ceci avec la complicité et le pognon de son « sponsor » : la multinationale de la mal-bouffe Nestlé ! Et les bons kons snobinards de la presse-purée française de colporter sans recul ce « palmarès » où le premier établissement français ne pointe qu’à la…onzième place ! Voilà pourquoi je dis que le coup est passé près ! L’honneur est sauf Loulle : aucun restaurant digne de ce nom ayant pignon sur rue en France ne figure dans le « top ten » comme ils disent. Le premier qui apparait est une gargote de Menton, donc limite frontière, et tenue par un chef argentin…

- Ce palmarès est en quelque sorte le Rantanplan de la gastronomie : il désigne les établissements où un gastronome ne mettra JAMAIS les pieds !

- Exactement Loulle. Il ne faut pas y mettre les pieds non seulement pour ne pas se gâcher les papilles mais simplement pour éviter d’aller direct de la table aux urgences de l’hosto !

- Oh ! A ce point ?

- Tiens, le Noma – c’est le nom d’une maintenant célèbre gargote danoise remportant ce terrible prix de la malbouffe pour la deuxième fois consécutive – a envoyé, en février 2013, 63 de ses clients à l’hosto avec une chiasse carabinée ! Son « chef », un dénommé Redzepi mérite bien son surnom de Microlax de la cuisine : petit, blanc et qui fait chier tout le monde ! Note que donner la chiasse à ses clients est un critère indispensable pour remporter ce grand prix des mange-merde. D’autres promus, comme le chef catalan du restaurant El Bulli, Ferran Adria, et l’anglais Heston Bluementhal, chef du Fat Duck à Bray-on-Thames, près de Londres, offrirent eux aussi à leur clients-cobayes les joies de l’intoxication alimentaire. Installé à Rosas, au nord de Barcelone, le premier vit souvent sa clientèle se plaindre de maux de ventre et de dégueulis nocturnes avant d’être hospitalisés. A l’hosto où ils étaient traités, il y avait même le « secteur El Bulli » !  Ferran Adria a fermé ses portes en 2011 pour une « période de réflexion ». Bien pire fut le cas de l’anglais Heston Bluementhal, contraint de fermer ses portes en 2009 suite à l’hospitalisation de…527 clients !

- …taing ! Victor. Quand tu sors de là, si t’as envie de pisser, meffi de pas faire des trous dans tes godasses !

- L’essentiel du palmarès de ce « concours » récompense des gargotes qui se font les champions et les chantres de la cuisine dite « moléculaire », c’est-à-dire chimique. Ces gens-là pratiquent avec une grande maestria la promotion du dégueuli moléculaire. Ils ne travaillent pas du bar de ligne, de l’entrecôte de l’Aubrac, du foie gras des Landes, des aubergines de Provence, de l’agneau de prés salés. Non ! Ils donnent le meilleur de leur art en assemblant avec subtilité des  alginates, des carraghénanes, du nitrite de potassium, de l’acide hydrochlorique, du propio­nate de calcium, de l’acide cyclamique, du ferro­-cyanure de sodium, du méthylcellulose, etc.

- On touche là le nec plus ultra de la malbouffe triomphante Victor : cette mode pour bobos fort thunés de la « cuisine moléculaire ». Celle que portent en triomphe ces « guides » prétentieux et corrompus à travers les étoiles attribuées à ces chimistes. La cuisine moléculaire, c’est 12 grammes de poisson, 400 grammes de gélifiants industriels genre E 322, E 331, E 400, E 406, E 407, E 415, E 418, E 461 et les autres "E" en "kit dégustation" aux particuliers. Quel progrès! Quels artistes! Le juste prix pour ces merdes ne devrait pas dépasser celui du sac poubelle qui a vocation à être leur dernier costume. Fort heureusement la France reste à l’abri de ces horreurs. Mais pour combien de temps…

- En fait, les konnards qui vont bouffer ces estrons et les « critiques » qui les encensent servent à légitimer une vaste offensive des industriels de la malbouffe à travers un programme appelé « Inicon », financé par l’Union européenne. Ce programme a vu le jour à Bremerhaven, dans les éprouvettes du chimiste TTZ – Technologie-Transfer-Zentrum. Son but : comment remplacer les produits agricoles par des produits de synthèse élaborés en usine, de sorte que les industriels récupèrent les fantastiques profits du fabuleux marché de la bouffe. Ce genre de « concours » est là pour habituer la clientèle à ingurgiter de la merde en l’entourant du papier doré du snobisme. Mais si les amateurs de ses expériences ne s'en rendent pas compte, il faut qu'ils sachent que cette manière de cuisiner aura pour conséquence de faire disparaitre les légumes rares, les élevages de race peu courant (l'utilité du cochon noir des Landes dans une salaison moléculaire ?), bref, prépare la cuisine de demain : mondialisée, sans attache, sans rapport avec une culture, un terroir, des savoir faire... Bref c’est du Mac-Do de « luxe », de la bouffe Monsanto…

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Primidi 11 floréal 222

Merci à Chimulus

27/04/2014

Gastronomie érotique ecclésiastique

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Lucie

 

Je retrouvais Lucie avec grande émotion

Lorsqu’elle s’échappait de sa triste pension

Nous prenions rendez-vous, souvent, dans une église

Communiant corps et âme dans son ombre propice

 

Nous nous sommes aimés serrés sur un prie-dieu

Et, comblé de bonheur, j’ai cru entendre Dieu

Disant à Lucifer : “ Laisse-moi ces deux-là.

Un amour aussi beau, c’est un apostolat ”

 

Depuis ce jour l’encens envoûtant des chapelles

A pour moi la saveur troublante des dentelles.

Dois-je, pour ces pensées, faire mea-culpa ?

 

Quand vers l’un de ces temples se dirigent mes pas

Je pénètre en ces lieux dévolus au Messie,

Mais, pour l’amour de Dieu ou celui de Lucie ?

 

Pour Lucie : Les pieds de cochon comme chez Lucifer

 

- Ben mon cochon, Victor ! Ça alors, faut le faire !

Mais c’est bien innocent pour te valoir l’enfer.

Ces lieux sont dévolus parait-il à l’Amour,

Des dieux ou du prochain, c’est de l’amour toujours.

- D’autant plus que l’enfer, c’est dans le cœur des Hommes

Qu’il se loge et non pas dans les élans de mômes

Qui découvrent la vie et se sucent la poire,

Fusse dans les lieux saints qui cachent le ciboire.

- Tu parles d’or, Victor ! Vive la vie, bon sang,

Et trinquons sans tarder à ces jeux innocents,

Puis je vais te donner une étrange recette

Qui correspond, je crois, à ta belle amourette.

Bon marché, délicieux, très faciles à faire,

C’est les pieds de cochons « comme chez Lucifer ».

Tu prends chez ton boucher quatre pieds de pourceaux

Ou plus selon le nombre de tes commensaux,

Tu vas les faire cuire dans un bon court-bouillon

Parfumé au safran, ail, sel, poivre et oignon.

Cuis à tout petit feu pour deux tours de tocante

Afin de parfumer et d’attendrir la viande.

Pendant ce temps tu ne va pas rester inerte :

Il te faut préparer ta bonne sauce verte.

Tu piles au mortier persil, thym, vert de blette,

Oseille, basilic, estragon et sarriette,

Ail, poivre vert, cannelle et gingembre râpé,

Mouille au vinaigre fort mais garde assez épais.

Réserve et fais confire quelques oignons hachés

Dans de l’huile d’olive, sans laisser attacher,

Mets un peu de moutarde et le jus d’un citron,

Puis pense un peu à toi et débouche un litron.

Bois un canon ou deux et quand tu es à l’aise,

Au barbecue ou l’âtre, prépare de la braise.

Sors les pieds du bouillon, sèche-les, coupe-les

Puis sur ton gril ardent, il te faut les hâler,

Les faire bien dorer sans pourtant qu’ils ne grillent,

Leur odeur va déjà t’exciter les papilles !

Dans un plat de service, mets tes oignons en lit

Dispose par dessus tes pieds fort embellis,

Entoure l’appareil avec ta sauce verte.

Au moment de servir, d’un coup de pince experte

Tu places sur les pieds quelques charbons ardents,

Le gras des pieds grésille et fûmèle en fondant.

À nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

À la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

 

Ingrédients et proportions pour six personnes :

Pour les pieds: - 6 pieds de cochons flambés et lavés, - safran, - sel, - poivre, - 2 oignons piqués de 2 clous de girofle, - eau.

Pour la sauce verte: - 1 bouquet de persil plat, - le vert de 6 feuilles de blette (sans les côtes), - 2 cuillerées à soupe de thym, - 6 feuilles d'oseille (ou plus si les feuilles sont petites), - 3 branches de sarriette (supprimer les parties ligneuses), - 1 bouquet de basilic frais, - 1 bouquet d'estragon frais, - 6 gousses d'ail, - 1 cuillerée à soupe de grains de poivre vert, - 1 cuillerée à soupe bombée de gingembre frais râpé, - cannelle, - 1 verre de bon vinaigre, - huile d'olive, - moutarde, - 2 citrons, - sel, - poivre du moulin.

 

Les vins conseillés:

Les pieds de cochon acceptent des vins éclectiques. Essayez donc de les déguster avec des blancs, avec des Viognier par exemple: Condrieu, Saint-Gervais, Uchaux, en vallée du Rhône.

La Clape, Clairette de Ceyras, Adissan, Saint-André-de-San­gonis en Languedoc. Cassis, Palette, Bellet en Provence.

Appréciez-les avec des vins primeurs ou très jeunes, des vins de soif: Tulette, Travaillan, Chusclan, Roquemaure en vallée du Rhône. Saint Guiraud, Arboras, Castelnau-le-Lez en vins du Languedoc. Barjols, Nans-les-Pins, Carcès, Le Castellet, La Croix-Valmer en vins de Provence.

 

Octidi 8 floréal 222

 

Illustration X – Droits réservés

 

13/04/2014

Gastronomie dominicale : la bouillabaisse !

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 « Pour faire une bonne bouillabaisse

Il faut se lever de bon matin

Préparer le pastis et sans cesse

Raconter des blagues avec les mains…

 

Ainsi dit le refrain devenu immortel

Depuis qu'il fut chanté par le grand Fernandel.

Avec beaucoup d'humour, talent et allégresse

Il dit tout ce qu'il faut pour une bouillabaisse.

Ce fleuron flamboyant des tables de Marseille

Populaire partout au pays de Mireille.

Je vais vous raconter celle de Juvénal

Qui, bien que président auprès du Tribunal,

Était un personnage hautement sympathique

Dont les seules rigueurs étaient gastronomiques.

Devant le Roucas-blanc, des amis dévoués

Installaient son quintal dedans le tranvoué.

À l’époque, il roulait encore sur des rails,

Ses passagers riaient, galégeaient, sentaient l'ail.

Les trous de la chaussée remuaient les wagons,

Particulièrement le dernier des fourgons,

À tel point qu'à Marseille, en parlant d'une fille

Ayant l'arrière-train sur roulement à billes

On disait: « Celle-là elle bouge les miches

Presqu'autant que le tranvoué de la Corniche! »

 

Arrivé au Vieux Port, Juvénal descendait

Et, suivant sa bedaine, en quelques embardées,

Saluant les chalands sans faire de façons,

Il gagnait le superbe marché aux poissons

Où pointus marseillais (1) et bettes martéguales (2)

Débarquaient la marée du profond de leurs cales.

Juvénal inspectait l'étal des poissonnières,

De solides matrones, fortes en gueule et fières,

Justement redoutées par clients et pêcheurs

Parce qu'intransigeantes sur l'état de fraîcheur

Des poissons colorés qu'elles mettaient en vente.

Leurs bordées de paroles pouvaient être violentes!

Juvénal s'arrêtait devant Berthe Chouli

Une maîtresse femme nourrie aux raviolis,

À la pastasciuta (3) et aux chichi-frégi (4),

Aussi large que haute: cent kilos d'énergie.

Ils se congratulaient de façon très mondaine

En se claquant le dos, ventre contre bedaine.

Juvénal commandait à sa chère acolyte :

- « Berthy, servez-moi bien: ce soir j’ai mes petites !

- Je vous mets un beau loup, des vives et du fiala (5),

Une queue de baudroie, un saint-pierre un peu là !

Des roucaou (6), des rascasses, un kilo de favouilles (7)

Qui donnent si bon goût quand on les écrabouille,

Deux langoustes en vie. Vé ! Si elles sont belles !

Et puis, zou ! en cadeau, deux poignées de girelles.

- Aco vaï ben (8), Berthy. Je vous aime beaucoup !

Vous me préparez ça, le temps de boire un coup ... »

Juvénal s'en allait vers les terrasses peintes

Déguster un violet en buvant son absinthe.

Enfin, l'air réjoui, content de ses emplettes,

Il reprenait le tram vers son repas de fête.

Maître de la cuisine pour cette bouillabaisse,

Il chassait ses "petites" en leur claquant les fesses

Affectueusement. Chantonnant l'Opéra,

Sans quitter son chapeau, la canne sur le bras,

Il vidait, écaillait et lavait les  poissons.

Selon leur gabarit les coupait en tronçons.

Puis lorsque tous étaient nettoyés et parés

Enfin il les rangeait en deux plats séparés.

Dans l'un les poissons tendres à la chair délicate:

Loups, Saint-Pierre, roucaou, poissons aristocrates.

Dans l'autre les plus fermes: fiala, vives, baudroie,

Langoustes et favouilles, poissons que l'on rudoie.

Au fond d'une marmite, Juvénal disposait

Trois oignons émincés, beaucoup d'ail écrasé,

Trois tomates pelées, écrasées au mortier,

Férigoule et fenouil, zest d'orange et laurier,

Dessus il déposait son choix de poissons fermes,

Un verre de bonne huile d'olive de la ferme,

Du poivre du moulin et du safran en brins,

Quelques grosses pincées de bon gros sel marin.

Il mouillait tout cela avec de l'eau bouillante,

Juste un doigt au dessus, c'est la valeur courante.

Il enlevait alors les ronds de la "Rosières" (9),

Pour que la flamme entoure son oulo (10) presqu'entière.

Il montait ça au bouilh (11), cinq minutes, à feu vif,

Alors il ajoutait les poissons de récifs.

Encore cinq minutes de grosse ébullition

Pour bien amalgamer l'huile avec le bouillon.

- « Ma bouillabaisse est prête. Humez-moi ce parfum !

C'est toute la Provence, la mer et ses embruns! »

Il versait le bouillon, fumant dans la soupière,

Sur du pain frotté d'ail et en tranches entières.

Il servait les poissons à part, sur un grand plat.

Et tous appréciaient ce repas de gala.

Un grand Châteauneuf blanc servi dans du cristal

Sublimait les saveurs du plat de Juvénal.

Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire

Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre

De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône

Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.

 

Ingrédients et proportions pour six personnes:

3 petits loups (un kilo en tout), - 1 demi kilo de fiala (congre) pris dans le ventre. - 1 kilo de poissons de roches (vives, girelles, roucaou ),1 saint-pierre (5 à 700 g), - 1 queue de baudroie (800 g), - 1 kilo de favouilles (petits crabes), - 1 langouste (pas obligatoire), - 3 ou 4 tomates, - 3 oignons, - 4 gousses d'ail, - 3 cuillères à soupe de gros sel marin, - poivre noir du moulin, - safran en brins, - 1 gros bouquet garni (thym, laurier, persil plat), - 3 branches de fenouil. - 1 zeste d'orange. - un grand verre d’huile d'olive.

 

Les vins conseillés:

Les vins blancs frais, joyeux et embaumés de Cassis sont le complément naturel de la bouillabaisse. On peut les remplacer avec bonheur par des blancs de Bandol, de La Ciotat, de Draguignan, de Vidauban, de Pierrefeu. Tous les grands vins blancs secs de la vallée du Rhône: Saint-Peray, Châteauneuf-du-Pape, Saint-Gervais, Uchaux, Laudun, Villedieu, Saint­Victor-Lacoste, Pujaut.

Les blancs puissants et parfumés des Coteaux du Languedoc de Quatourze, La Clape, La Méjanelle, Picpoul de Pinet

 

(1) Pointus marseillais: bateau de pêche à étrave pointue e tfond en forme. Commun à tous les pêcheurs de la Méditerranée. Une forme qui n'a pas changé depuis les phéniciens et les grecs.

(2) Bette martégua!e : bateau de pêche pointu mais à fond plat, originaire de Martigues.

(3) Pastacciuta : plat de pâtes à l’italienne.

(4) Chichi-frégi : beignet marseillais enforme de boudin à hase de farine de pois-chiche cl l'origine, de froment à présent.

(5) Fiala : congre.

(6) Roucaoû : poisson de roche .

(7) Favouilles : petits crabes de la Méditerranée.

(8) Aco vaï bèn : ça va bien.

(9) Rosières : marque de cuisinière en fonte.

(10) Oulo : récipient de cuisson métallique profond, qu’on suspend au dessus de la cheminée ou que l’on pose sur la cuisinière.

(11) Bouilh : ébullition.

 

Quartidi 24 germinal 222

 

Illustration originale Vincent Barbantan

11/04/2014

Oh ! Mariano ! Ne ramène pas ta fraise ! C’est de la merde…

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Je viens d’acheter deux barquettes de superbes fraises de Carpentras. Humm ! Un petit producteur, en ayant ras le cul de se faire exploiter par les grandes surfaces, les vends à un prix très correct – 3 euros la barquette d’un demi-kilo - au cul de sa camionnette. Et les clients ne s’y trompent pas !  Ça change de ces putains de « fraises » espagnoles qu’on trouve aux supermarchés ! T’as l’impression de croquer dans un bout de caoutchouc dur qui aurait un vague gout de tomates transgénique… Dégueulasse. Et les mecs, ils vendent ça en belles barquettes, autour de 2 € pièce. Comme ça ne paraît pas cher, les bons kons achètent.

 

Seulement voilà, ces saloperies sont le nec plus ultra de la  merde. Elles arrivent du sud de l’Espagne et ont donc parcourues au bas mot 1.500 à 2.000 bornes en camions crachant leur gazole à la tonne. Près de 90.000 tonnes chaque année ! À dix tonnes en moyenne par véhicule, ils sont 16.000 par an à faire un parcours valant son pesant de fraises en CO2 et autres gaz d'échappement. Car la quasi totalité de ces merdes poussent dans le sud de l'Andalousie, sur les limites du parc national de Doñana, près du delta du Guadalquivir, l'une des plus fabuleuses réserves d'oiseaux migrateurs et nicheurs d'Europe. Cette agriculture couvre près de six mille hectares, dont une bonne centaine empiète déjà en toute illégalité (tolérée) sur le parc national. Officiellement, 60% de ces cultures seulement sont autorisées; les autres sont des extensions «sauvages» sur lesquelles le pouvoir régional ferme les yeux en dépit des protestations des écologistes.

 

Les fraisiers destinés à cette production, bien qu'il s'agisse d'une plante vivace productive plusieurs années, sont détruits chaque année. Pour donner des fraises hors saison, les plants produits in vitro sont placés en plein été dans des frigos qui simulent l'hiver, pour avancer leur production. À l'automne, la terre sableuse est nettoyée et

stérilisée, et la microfaune détruite avec du bromure de méthyl et de la chloropicrine. Le premier est un poison violent interdit par le protocole de Montréal sur les gaz attaquant la couche d'ozone, signé en 1987 (dernier délai en 2005… ! ! !); le second, composé de chlore et d'ammoniaque, est aussi un poison dangereux: il bloque les alvéoles pulmonaires.

 

Qui s'en soucie? La plupart des producteurs de fraises andalouses emploient une main d'œuvre marocaine, des saisonniers ou des sans papiers sous payés et logés dans des conditions précaires, qui se réchauffent le soir en brûlant les résidus des serres en plastique recouvrant les fraisiers au cœur de l'hiver. Mais c’est qu’en plus ils polluent ces cons d’esclaves mon brave, en plus d’avoir les poumons pourris par les merdes qu’ils resporent et la peau vérolées par les pesticides !

 

Les plants poussent sur un plastique noir et reçoivent une irrigation qui transporte des engrais, des pesticides et des fongicides. Les cultures sont alimentées en eau par des forages dont la moitié ont été installés de façon illégale. Ce qui transforme en savane sèche une partie de cette région d'Andalousie, entraîne l'exode des oiseaux migrateurs et la disparition des derniers lynx pardel, petits carnivores dont il ne reste plus qu'une trentaine dans

la région, leur seule nourriture, les lapins, étant en voie de disparition. Comme la forêt, dont 2 000 hectares ont été rasés pour faire place aux fraisiers.

 

La saison est terminée au début du mois de juin. Les cinq mille tonnes de plastique sontsoit emportées par le vent, soit enfouies n'importe où, soit brûlées sur place.

 

Quant aux esclaves, ils sont priés de se barrer, retourner chez eux ou s'exiler ailleurs en Espagne. Remarquez: ils ont le droit de se faire soigner à leurs frais au cas ou les produits nocifs qu'ils ont respiré ...

 

La production et l'exportation de la fraise espagnole, l'essentiel étant vendu dès avant la fin de l'hiver et jusqu'en avril, représente ce qu'il y a de moins durable comme agriculture, et bouleverse ce qui demeure dans l'esprit du public comme notion de saison. Quand la région sera ravagée et la production trop onéreuse, elle sera transférée au Maroc, où les industriels espagnols de la fraise commencent à s'installer. Avant de venir de Chine, d'où sont déjà importées des pommes encore plus traitées que les pommes françaises...

 

Mangez cinq fruits et légumes par jour qu’ils nous bassinent… Vous crèverez plus tôt, ça soulagera la sécu !

 

 

Duodi 22 germinal 222

 

Illustration X – Droits réservés

10/04/2014

Journées internationales de la semence du 1er au 4 mai en Ariège

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Au mois de janvier de cette année, la Confédération paysanne a réussi à arracher au Gouvernement une promesse à travers une déclaration claire : « il présentera un amendement afin que les semences de ferme ne soient plus concernées par la loi contre les contrefaçons ». Cette victoire est celle des paysans face à l'agro-industrie, elle est aussi celle des citoyens qui ne souhaitent pas céder leur droit à l'alimentation aux multinationales. Il convient évidemment de rester vigilant – les promesses n’engageant que ceux qui les croient – et de continuer à lutter pour que les droits des paysans d'échanger, ressemer et sélectionner leurs semences soient totalement reconnus.

 

Ce combat est mondial. Il faut le mener aussi en Europe où les puissants lobbys semenciers font la loi. Il faut savoir que des associations bien connues des jardiniers, comme Kokopelli ou Semailles , qui collectent, protègent et distribuent des semences traditionnelles, se retrouvent dans l’illégalité et à ce titre régulièrement poursuivis devant les tribunaux. Leur crime : commercialiser des semences de légumes et de fruits oubliés, qui font le bonheur des jardiniers mais…qui ne paient pas de redevance (de racket plutôt) aux semenciers. Ceci avec la complicité des pouvoirs publics à la solde des lobbys multinationaux qui sont derrière les semenciers. Ainsi les décisions de Bruxelles ont essentiellement pour but de protéger les profits des grosses multinationales semencières (Monsanto, Pionner, DuPont, Sygenta, Limagrain-Vilmorin, KWS, etc.)

 

Les semenciers ont pour cela fait une OPA sur le catalogue officiel qui fait force de loi en la matière, et s'ingénient à en évincer les variétés dites anciennes, car ces dernières reproduisent des graines parfaitement fiables pour reproduire la plante mère. Le hic, c'est que ces variétés qu'on peut ressemer ne rapportent donc plus d'argent au semenciers, qui ont donc intérêt à les faire disparaître au profit de leurs hybrides ! CQFD.

 

Il suffirait pourtant d'inclure ces variétés anciennes au catalogue officiel pour les commercialiser en toute légalité. Seulement voilà, elles se trouvent dans le domaine public et après 20 ans, si personne ne les a réinscrites au catalogue (ce qui coûte très cher !), elles en sont éliminées. A cause de cette réglementation, plus de 80% de la biodiversité en matière de semences a disparu…

 

Si ces problèmes essentiels vous intéressent, sachez que l’association Kokopelli, maintenant installée en Ariège, organise dans ce beau département (cher à mon cœur) les Journées internationales de la semence les 1, 2, 3 et 4 mai 2014 au Mas d’Azil. Ce grand festival de quatre jours est destiné à célébrer l’amitié en lançant une nouvelle coordination européenne des organisations dédiées à la sauvegarde de la diversité semencière, ainsi qu’à fêter la fertilité et l’abondance semencière que nous offre, de manière toujours renouvelée, la Terre mère.

Tous renseignements ici : http://kokopelli-semences.fr/journee_internationales_seme...

 

Primidi 21 germinal 222

 

Illustration X - Droits réservés

 

 

23/03/2014

Gastronomie de printemps : l'alose d'Avignon comme ma mère.

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- Regarde bien, petit, cette superbe alose

Les anciens l'appelaient “la princesso dou Rose”

Éclair de vif argent, longue, fine et puissante

Bien que lourde des flancs, elle reste élégante.

Sais-tu que c'est l'amour dont elle est satisfaite

Qui va te l'amener, demain, dans ton assiette ?

Respecte-la, petit, et débouche le vin

Car manger de l'amour est un plaisir divin.

C'est un poisson magique, délicieux à manger

En bonne compagnie. Et subtil à pêcher !

Lorsque le Rhône était le Fleuve-Dieu sauvage,

Point encore castré par digues et barrages,

Indomptable et fougueux quand le mistral le fouette,

Crainte des riverains et bonheur des poètes,

Braconniers et pêcheurs, au mois des primes roses

Armaient les vire-vire pour pêcher les aloses.

C'étaient des bateaux larges aux ailes de moulin

Arrimés à la rive par quatre gros filins.

Deux paniers grillagés, avec le courant, tournent.

Lorsque l'un est en haut, son opposé s'enfourne

Dans l'onde trouble et vive où peinent les aloses

Cherchant un abri sûr pour que leurs œufs éclosent.

Beaucoup n'arriveront jamais à leur frayère,

Cueillies par les paniers montant vers la lumière.

Enlevée dans les airs, l'alose se tortille

Dans une pluie dorée de gouttes qui scintillent.

Elle tombe, ahurie, dans le fond de la barque

Où le fil de sa vie est coupé par les Parques.

Le pêcheur, averti, en interrompt sa sieste,

Achève le poisson d'un coup de barre preste,

Bois un coup de rosé si sa gorge s'assèche,

Puis se rendort, heureux: pour lui le Rhône pêche !

Cette façon subtile, je crois unique en France

N'a pu être inventée que chez nous, en Provence !

Il paraît que certains, les nuits de pleine lune,

Jouant flûte et violon au bord de la lagune

Ont eu, comme Aristote, la fantastique chance

De voir, debout sur l'eau, les aloses qui dansent...

Les belles ménagères avaient leur opinion:

"Les meilleures sont les aloses d'Avignon."

En dessous d'Aramon, elles sentaient la vase,

Et après Caderousse, ce n'était que carcasses,

Mais dans le Rhône vif courant sur les galets

Roulés de Villeneuve, ou au pied du Palais

Des Papes d'Avignon, elles étaient à point:

Dévasées, mais encor avec de l'embonpoint.

    Et comment tu la cuis, ton alose, Victor ?

    Oh ! Vaï t'en plan, pitchoun, y a pas lou fio a bord !

Sers-moi d'abord un coup de rosé du Ventoux

Ou de Côtes-du-rhône, et je te dirais tout.

L'alose, tu la laves, tu l'écailles, la vides.

Tu réserves les œufs dans un torchon humide,

Prends-en un soin jaloux, c'est les meilleurs morceaux

Pour les gourmets, c'est le caviar des Provençaux.

Puis tu tranches la tête et la fends en longueur,

Coupe l'alose en darnes de deux doigts d'épaisseur.

Tu auras pris chez un compère jardinier

Une brassée d'oseille, des épinards triés.

Tu vas hacher ces herbes assez grossièrement:

Elles vont te servir en accompagnement.

Tu prends une cocotte, mais une vraie, en fonte!

Des cocotte-minute n'accepte pas la honte.

Tu graisses bien le fond, mais à l'huile d'olive

C’est le nec plus ultra, faut pas que tu t'en prives.

Au tonneau de vin blanc, tu remplis un cruchon,

Puis tu places la tête, ouverte, sur le fond.

Tu recouvres d'un lit d'oseille et d'épinards

Sel, poivre noir, muscade, va-z-y, sois pas flemmard.

Tu dois y mettre aussi des oignons émincés,

Certains cuistots rajoutent... oui, du petit-salé.

De ton huile d'olive, une bonne giclée

Car pour ta réussite c'est là l'une des clés.

Mets tes darnes à plat, sur l'herbe, bien serrées,

Qu'elles ne bougent pas quand ça va macérer.

Un autre lit d'oseille, encore un de poisson

Chaque fois sel et poivre et de l’huile, un soupçon.

Lorsque tout est placé, bien délicatement,

Tu poses sur le tout les œufs avec leur poche.

N'aie pas peur de forcer sur l'assaisonnement

Car ce n'est qu'un poisson, et pas de la bidoche.

On atteint maintenant un moment crucial,

Pour réussir ton plat, voilà le principal:

Tu arroses le tout de trois verres de gnole.

Des verres de soiffards, pas des verres symboles.

Enfin tu mouilles avec du blanc sec de Laudun,

Mais pas trop tout de même: ce qui est opportun.

Tu fermes ta cocotte bien hermétiquement

Avec la mie de pain mouillée légèrement.

Arrive maintenant le temps de la cuisson,

Sa longueur fondra les arêtes du poisson.

C'est sous la cendre chaude, dans un cantoun de l'âtre

Que doit cuire l'alose, dans les braises rougeâtres.

Cuis-la huit heures au moins d'une chaleur tranquille.

Le tout sera confit. Une alchimie subtile

Des herbes et de l'alcool dissoudra les arêtes.

Petit, sers-moi à boire, ou sinon je m'arrête !

C'est un plat rituel pour tous les gens du Rhône.

Enfin, écoute-moi: l'alose est très friponne,

Après tout le plaisir qu'elle te donne à table

Elle fera de toi un gaillard redoutable !

Tu seras comme un cerf quand résonne son brame:

Ce plat est souverain... pour le bonheur des dames.

Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire

Ma tripe est assoiffée, remplis raz bord mon verre

De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône

Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.

 

Ingrédients et proportions pour six personnes:

- Deux belles aloses d'un kilo et demi chacune, - un kilo d'oseille, - un kilo d'épinards en branches ou - mieux - de vert de blettes, à défaut, de la laitue, - trois oignons émincés, - 2 hectos de petit-salé haché, - deux verres d'huile d'olive, - trois cuillerées à soupe de sel fin, - poivre noir du moulin, - muscade (à votre appréciation, mais généreusement), - une bouteille et demi de vin blanc sec, - trois verres d’"aigarden" (eau-de-vie).

 

Les vins conseillés: 

Ce plat de poisson à la saveur puissante, animale, s'accommode parfaitement de vins blancs ayant du caractère: Côtes-du-rhône de Laudun, Villedieu, Lirac, St-Hilaire-d'Ozilhan, Chateauneuf-du-Pape.

Coteaux du Languedoc de La Clape, Picpoul de Pinet, Clairette de Bellegarde.

Côtes de Provence de Palette, Coteaux varois de Salernes, Saint-Maximin, Bellet.

Il accepte aussi parfaitement des vins rouges frais: Côtes-du-rhône d'Estézargues, Côteaux-d'Avignon, Chusclan, Rochegude, Saint-Mau­rice-sur-Aygues, Sablet. Costières de Nîmes. Côteaux du Languedoc de St-Drézery, Saint-Christol ou encore le "vin d'une nuit" de Saint-Saturnin. Côteaux varois de Tourves, Barjols, Nans-les-Pins.

 

Tridi 3 germinal 222

 

Illustration originale Vincent Barbantan

 

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Avant ou après le gueuleton dominical

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