Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

17/09/2012

Débouchons-nous les boyaux de la tête avec l’immense Omar Khayam

chimulus musulman.jpg

 

"La distance qui sépare l’incrédulité de la foi n’est que d’un souffle, celle qui sépare le doute de la certitude n’est également que d’un souffle ; passons donc gaiement cet espace précieux d’un souffle car notre vie aussi n’est séparée (de la mort) que par l’espace d’un souffle."

 

Et encore :

 

"On affirme qu’il y aura, qu’il y a même un enfer. C’est une assertion erronée : on ne saurait y ajouter foi, car s’il existait un enfer pour les amoureux et les ivrognes, le paradis serait, dès demain, aussi vide que le creux de ma main."

 

Et une dernière pour la route :

 

"Si je fais le mal, Dieu, pour me punir, me fait du mal. Entre lui et moi, où est la différence ?"


2ème jour des Sans-Culottides de l’an 220 - jour du génie


Merci à Chimulus

16/09/2012

Ouiquinde gastronomique: Les cèpes farcis de La Lionne

cèpes farcis copie.jpg

 

Quand août éteint ses feux vient le temps des vendanges

De Cornas à Ampuis, de Tavel à Orange

Les garçons et les filles, en colles qui trépignent

Cueillent avec ardeur les raisins dans les vignes.

Ils coupent en riant les grappes de soleil

Et les foulent en jus d'opale ou de vermeil

Que tous les vignerons, dans l'ombre des caveaux

Transmuteront en vins gouleyants et nouveaux.

Et c'est aussi le temps où sur les hautes terres

Du Ventoux, de Provence, d'Ardèche ou de Lozère

Dans les sombres forêts que cerfs et daims recèpent

Surgit, mystérieux, Sa Majesté le Cèpe.

Mais pour le découvrir, sous sapins et fougères

Il faut expérience, œil vif et main légère.

Tôt levé le matin, dans la sylve mouillée

Le bâton d'une main, dans l'autre le panier,

Il faut marcher, ramper, jouer au sanglier,

Pour atteindre ce lieu secret et singulier:

Sa "bouletière" cachée même à ses familiers!

Le cèpe, s'il est là, tu le sais par le nez,

Son parfum délicat te le fait deviner.

Avance à quatre pattes dans les épais fourrés

Respire à petits coups, tout comme un chien d'arrêt,

Cherche sous les plus basses branches des sapins

Et si tu trouves un cèpe, cherche aussi ses copains:

Il est rarement seul le Prince des forêts.

Il te faut le couper et non le déterrer,

En respectant ainsi le cèpe et son domaine

Tu t'y retrouveras à la saison prochaine.

Range bien sur des feuilles, dans un large panier,

Ce dont tu as besoin, pour ne pas gaspiller.

Boletus Eludis procure trois plaisirs:

Le plus primordial, c'est bien de le cueillir,

Puis le plus cérébral, c'est de le cuisiner,

Enfin le plus charnel, c'est de le déguster.

Je vais te raconter comment fait La Lionne

(C'est l'élue de mon cœur, grande, fière et mignonne)

Pour préparer, farcis, les cèpes les plus gros,

Superbes dômes bruns dépassant le kilo.

Elle nettoie le cèpe sans pourtant le laver,

À la brosse, au couteau, sans jamais s'énerver.

Elle enlève la queue qu'elle hache menu,

Deux aulx, deux échalotes, du persil, revenus,

Elle poêle cent grammes de chair à saucisse,

Incorpore échalotes puis queues de cèpes; épice

Avec du sel, du poivre noir, un peu de thym,

En tournant elle y introduit la mie de pain.

Hors du feu elle lie par un œuf et du beurre.

Sa farce est terminée. Tu sens ce qu'elle fleure !

C'est alors qu'elle fait rissoler le chapeau

Environ cinq minutes de chaque côté

Un peu plus côté mousse qu'elle n'a pas ôtée,

Le fait de le saler lui fait rendre son eau.

Elle beurre le fond d'un plat à gratin rond

D'un diamètre à peine égal au champignon.

Elle garnit le fond de pâte feuilletée

Et y pose dessus son cèpe renversé

Elle étale sa farce harmonieusement

Façonnant de la sorte un dôme culminant.

Le tout est recouvert de pâte feuilletée,

Au sommet elle ménage une cheminée.

Léger nappage à l’œuf pour fournir le brillant

Qui donnera au plat un côté attrayant.

Cuisson à four moyen pendant une bonne heure.

On sert le plat sur table! C'est alors le bonheur!

Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire,

Ma tripe est assoiffée, remplis raz bord mon verre

D'un de ces vins subtils, poussés en Languedoc

Qui te rendent gaillard, solide comme un roc.

 

 

1er jour des Sans-Culottides de l’an 220 – Jour de la Vertu

 

Illustration originale Vincent Barbantan

 

 

 

15/09/2012

Ouiquinde érotique avec Guy de Maupassant

SOUBRETTE-SEXY Matar.jpg
 
 

 

 

Je ne l'entendais pas, tant je la regardais.

Par sa robe entr’ouverte, au loin je me perdais,

Devinant les dessous et brûlé d'ardeurs folles;

Elle se débattait, mais je trouvai ses lèvres!

Ce fut un baiser long comme une éternité

Qui tendit nos deux corps dans l'immobilité.

Elle se renversa, râlant sous ma caresse;

Sa poitrine oppressée et dure de tendresse

Haletait fortement avec de longs sanglots.

Sa joue était brûlante et ses yeux demi-clos;

Et nos bouches, et nos sens, nos soupirs se mêlèrent

Puis, dans la nuit tranquille où la campagne dort,

Un cri d'amour monta, si terrible et si fort

Que des oiseaux dans l'ombre effarés s'envolèrent.

Ainsi que deux forçats rivés aux mêmes fers

Un lien nous tenait, l'affinité des chairs.

 

Guy de Maupassant

 

Décadi 30 Fructidor 220


Photo X - Droits réservés

08/09/2012

Ouiquinde érotique: Albert Glatigny est pygophile!

 

 

quel-cul.jpg

 
A Louise Callipyge

Ce n'est point votre soueur, marquises et comtesses,
Celle qui dans mes sens fait couler le désir ;
Le robuste idéal de mon charnel loisir,
C'est une grosse fille avec de grosses fesses.

Elle a le corps poilu comme aux rudes faunesses
Et des yeux grands ouverts distillant le plaisir.
Mais dans sa belle chair, le meilleur à saisir
C'est son cul souple et dur, si frais sous les caresses ;

Plus frais qu'en juin la source et qu'aux prés le matin,
Quand il vient en levrette avec un jeu mutin
Au ventre s'adapter d'harmonieuse manière ;

Et rien alors n'est plus gai pour le chevaucher
Que de voir, dans un cadre ondoyant de blancheur,
Le joyeux va-et-vient de l'énorme derrière...

Albert Glatiny
 

Tridi 23 Fructidor 220


Photo X - Droits réservés

03/09/2012

Adresse virile au Président « Normalou » !

hollande ayrault couchés.jpg

 

 

Eh là ! Oh ! Où va-t-on président « Normalou » ?

Même question pour toi, prem’ministre « Tranquillou » ?

Pour dégager Sarko, nous vous avons élus,

C’est fait, il est parti le triste hurluberlu.

Maintenant allez-y ! Faut retrousser les manches,

Faut définir un cap, et tenir bon le manche !

« Normalou », on n’a pas oublié tes promesses,

Faudra-t-il te les rappeler avec rudesse ?

Tes ministres, éhontés, font la danse du ventre

Devant le patronat esbaudi, dans son antre !

Ne nous as-tu pas dit, avec mâle assurance

Que tes vrais ennemis sont les gens de finance ?

Alors, face aux banquiers, pourquoi te couches-tu 

Et sur le Livret A en as-tu rabattu ?

Quand vas-tu attaquer ta réforme fiscale ?

Mais une vraie réforme et pas un truc bancal,

Une qui fait payer, enfin, les pleins de thunes,

Qui multiple par dix l’impôt sur la fortune,

Qui équilibrera capital et salaires,

Reprendra le pognon pompé par l’actionnaire,

Pour le rendre aux manards blanchis sous le harnois,

Mais des vrais picaillons, pas juste quelques noix !

Tu devais fusionner l’impôt sur le revenu

Et la CSG. Or, on n’en parle plus !

Ne nous aurais-tu pas pris un peu pour des billes

En « revalorisant » le Smic de trois lentilles ?

« Oui mais Bruxelles là, oui mais l’Europe ci… »

Bouscule, s’il le faut, cette Europe moisie !

Recadre la Merkel, rabat son arrogance

C’est ce que tous les peuples attendent de la France.

Monsieur le président, ci-devant Normalou,

Mais qui donc proclamait : « Si c’est flou, y a un loup » ?

Alors sors de ce flou, mets tes gens au turbin,

Mais un turbin de gauche, pas un truc de larbins !

Bouffe les financiers à la sauce gribiche

Et dis à « Tranquillou » de se bouger les miches !


VictorAyoli


Octidi 18 Fructidor 220


Illustration X - Droits réservés

 

 

 

 

 

 

 

 

02/09/2012

Ouiquinde gastronomique: requin

requin.jpg

 

Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses

L’espace d’un matin.

 

Malherbe

 

Gunilla

 

Ma jolie suédoise s’appelait Gunilla

Ses cheveux étaient d’or et ses grands yeux lilas

Nous vivions en sauvages sur une plage indienne

J’étais son Robinson, elle, ma Bohémienne

 

Sa bouche était de miel, sa peau était dorée

Elle croquait la vie et moi je l’adorais.

Elle est allée nager, nue, dans les déferlantes,

Jeune, belle à croquer, forte et appétissante.

 

Elle s’est éloignée d’un crawl souple et puissant

Dans les reflets d’argent de l’astre éblouissant.

Un trait noir fendant l’eau s’en arrive du large.

 

Gunilla ne voit pas le monstre qui la charge.

Un cri dans une gerbe d’écume et de rubis…

Les requins sont cruels dans la mer d’Arabie.

 

 

 

- Voilà, Victor, une bien funeste aventure…

Qui pourtant porte en elle une philosophie :

On est tous prédateur, on est tous nourriture,

Telle est la dure loi qui régule la vie.

- Non, mais, écoutez-le ce Socrate à la manque !

J’y parle d’une meuf bouffée par les requins,

Et lui, il me dégoise une philo de branque…

Que c’est presque normal et tout le saint-frusquin…

Depuis ce jour, petit, j’ai la haine des squales,

Je ne peux les aimer que bien cuits, dans la poêle.

Ce mangeur de bonheur, les pêcheurs l’ont chopé,

Grand capoun de boun dieù, ce fut une épopée !

Mes amis malabars à gueules de pirates

L’ont pris dans leurs filets sur la côte marathe,

Le bestiau dépassait trois mètres de longueur,

Ses mâchoires claquaient de toute sa fureur,

Des grands coups de bâtons, de couteaux et de masses

Ont enfin eu raison  du monstre coriace.

On lui creva les yeux pour mieux l’humilier

Puis, dans son estomac, on trouva un collier :

Un pendentif d’argent serti d’une turquoise,

Celui offert par moi – oui ! – à ma Suédoise…

Les cinq pêcheurs et moi, nous étions sous le choc,

L’alcool, le sang, le bang nous rendaient tous amok.

Les clameurs du combat réveillant le village,

Femmes, vieillards, enfants s’en vinrent sur la plage.

Un grand feu lumineux se mit à crépiter

Pour griller le requin en darnes débité.

C’est une viande ferme, moins rouge que le thon

Qu’on pose sur la braise, à même les brandons,

Quand la chair est saisie, qu’elle grésille et fume,

D’un bâton on la tourne et puis on la parfume

D’une pincée de sel, de carry mêlé d’ail

Tandis que l’on prépare, à côté, le rougail.

De l’océan indien, c’est un produit typique,

C’est frais, c’est parfumé, mais ça brûle et ça pique !

Tu haches deux oignons et tu les fais blondir,

Rajoutes trois tomates, coupées, ça va sans dire,

Deux, trois piments z’oiseau, attention, c’est sévère,

De l’ail, du sel, du sucre, du jus de citrons verts,

Puis deux cuillers à soupe de bon carry hindou,

Dix minutes, à la poêle, tu fais cuire à feu doux.

On mange chaud ou froid cet accompagnement,

Mais il ne faut vraiment pas craindre le piment !

Sous les rais de Chandra, assis sur la terrasse,

Ensemble nous avons dévoré le vorace.

Comme assiette une simple feuille de bananier,

Comme couverts, nos doigts, comme les boucaniers

En mangeant son mangeur, j’aimais ma Gunilla

Tandis que sous la lune résonnaient les tablas.

A nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

A la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

 

 

Septidi 17 Fructidor 220

 

Photo X – Droits réservés

01/09/2012

Ouiquinde érotico nataliste avec François de Malherbe

malherbe.jpg

 

 

Multipliez le monde en votre accouplement,
Dit la voix éternelle à notre premier père,
Et lui, tout aussitôt, désireux de le faire,
Il met sa femme bas, et la fout vitement.

Nous, qui faisons les fous, disputons sottement,
De ce Dieu tout-puissant la volonté si claire,
Par une opinion ouvertement contraire,
Nous-mêmes nous privant de ce contentement.

Pauvres ! Qu’attendons-nous d’une bonté si grande ?
Ne fait-il pas assez, puisqu’il nous le commande ?
Faut-il qu’il nous assigne et le temps et le lieu ?

Il n’a pas dit, Foutez ; mais, grossiers que nous sommes !
Multiplier le monde en langage de Dieu,
Qu’est-ce, si ce n’est Foutre en langage des hommes ?

François de Malherbe


dos fin.jpg


 

Sextidi 16 Fructidor 220

 

Illustration X – Droits réservés

  

27/08/2012

Eh ! Oh ! Les Armstrong, vous commencez à nous les gonfler !

 

 

 

 

 

armstrong,lune

Moi il n’y en a qu’un que j’apprécie dans la famille « Brasfort », c’est Louis. Le grand Louis, Louis Armstrong. Le seul qui me fasse rêver, qui me fasse envoyer en l’air. Les autres, bof…

 

L'enterrement de la lune

 

J´ai pleuré pour l´enterrement
Pour l´enterrement de la Lune
Deux fossoyeurs vêtus de blanc
Plantaient leur drapeau sur ses dunes

Ce fut un sale mois de juillet
Et sur les journaux à la une
On vit longtemps son corps souillé
D´une vulgaire tache brune

J´ai pleuré pour l´enterrement
Du rêve et des sonates au clair
D´Arthur, Verlaine et leurs enfants
Cent mille ans de promesses en l´air

J´ai vu de sinistres savants
Sabrer, en s´essuyant les pieds
Sur cet astre aux reflets d´argent,
Un champagne aux bulles viciées

J´ai pleuré pour l´enterrement
Pour l´enterrement de la Lune
Deux croque-morts sautaient gaiement
D´un cabriolet de fortune

Armstrong et Collins, quel dommage
Pour moi, vous étiez dans le jazz
Soufflant en notes vers les nuages
Quelques-unes des plus belles phrases

J´ai pleuré pour l´enterrement
Pour l´enterrement de la Lune
Deux fossoyeurs vêtus de blanc
Plantaient leur drapeau sur ses dunes

Ce fut un sale mois de juillet
Et sur les journaux à la une
On vit longtemps son corps souillé
D´une vulgaire tache brune

J´ai pleuré pour l´enterrement
Du rêve et des sonates au clair
D´Arthur, Verlaine et leurs enfants
Et de ces lunes qu´eux décrochèrent

D´Arthur, Verlaine et leurs enfants
Et de ces lunes qu´eux décrochèrent

 

Art Mengo


lune.JPG

 

http://www.youtube.com/watch?v=DkLW2bM47o8

 

 

Décadi 10 Fructidor 220

 

Photos X – Droits réservés

26/08/2012

Ouiquinde en bord de mer : Les sardines à la "Brulo dé" du Pégot

cuisine,sardines

 

Éclairs d'acier bleuté bondissant hors de l'onde

Pour tenter d'échapper à la dent furibonde

De quelque carnassier montant des eaux profondes

Pour croquer tout de go ces poissons qui abondent...

C'est la reine des mers! Succulente et divine,

Pas la langouste, non. Simplement la sardine!

Sa réelle fonction, sa vie, son aventure

Généreuse et bornée: c'est d'être nourriture!

Les poissons s'en délectent, l'homme la met en boite,

Lui fait boucher le port si la passe est étroite...

Chez nous, dans le Midi, on l'aime tellement

Que chaque Provençal est un peu son amant.

Mon ami le Pégot, marin-pêcheur de Sète,

Les fait à "Brulo dé". En voici la recette.

Prenez-les sur le quai, juste au cul de la barque,

Chez votre poissonnier, la fraîcheur se remarque

Par la roideur arquée du petit corps luisant.

Un bon kilo pour deux, ce sera suffisant.

Devant le cabanon, à l'ombre de la treille,

Tandis que sa moitié débouche les bouteilles,

Le Pégot fait brûler un fagot de "gabel"

C'est les sarments de vignes du côté de Lunel.

Un bon coup de muscat met les convives à l'aise

Juste le temps qu'il faut pour apaiser la braise.

Sur un bout de grillage il range les sardines,

Ni lavées, ni vidées. Nature les ondines.

Les poissons sur la grille sont posés sur le feu

Puis retournés après une minute ou deux.

Sur un grand plateau rond, au milieu de la table

Calée par des galets pour qu'elle reste stable,

Le Pégot sert en vrac sa première tournée

Puis remet sur le feu la prochaine fournée.

Un jet d'huile d'olive dans le creux de l'assiette,

On mange avec les mains, nul besoin de fourchette.

D'une pression du doigt on enlève la peau

Libérant les filets odorants et bien chauds,

La tête entre deux doigts, dans deux autres la queue,

La sardine grésille. Quel bonheur, maugrebleu !

On se "rabine" un peu, d'où le nom: "brulo dé"

Mais c'est tellement bon! Vous n'avez pas idée.

Avec les dents du haut, on bloque la sardine,

La mâchoire du bas, retroussant les babines

Fort délicatement détache le filet

Qu'un" ggluuff" aspirera jusqu'au fond du palais.

Sous le pin parasol où s'aiment les cigales

Montent les petits bruits des gens qui se régalent.

Ça fait des: "Ah !", des "Hum !" des "Fatche que c'est bon !"

C'est toute la marée, plus un goût de charbon.

Toutes les deux sardines on boit un coup de blanc,

De Cassis ou de Saint-Hilaire-d'Ozilhan,

On parle avec les mains, on sort la galéjade

Et la journée se passe en franche rigolade.

Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire

Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre

De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône

Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.

 

Ingrédients et proportions pour six personnes:

Rien de plus simple: des sardines, encore des sardines, seulement des sardines (comptez 1 demi kilo par personne, soit 3 kilos). Mais fraîches, pas trop grosses et de Méditerranée évidemment. Plus un peu de fleur de sel de Camargue et de l'huile d'olive dans chaque assiette. Prévoir aussi des peilles ou des essuie-tout pour les mains !

 

Les vins conseillés:

La sardine est bonne fille et s'accompagne sans problème de vins blancs secs, de rosés, voire de rouges jeunes et frais.

En vallée du Rhône, blancs de Roaix, Saint-Hilaire-d'Ozilhan, Laudun, Villedieu ; rosés de Tavel, Rochefort, Chusc1an, Ventoux, Luberon, Cos­tières de Nîmes; rouges légers de Sainte-Cécile-Ies- Vignes.

En vins du Languedoc blancs Picpoul-de-Pinet, blancs de la Clape ; rosés de Saint-Saturnin, vins des sables d' Aigues-mortes.

En vins de Provence, les blancs de Cassis, tous les rosés des Côtes-de­-Provence et des Coteaux varois.

 

In « Le bonheur grâce à la cuisine de l’amour »

 

 

Nonidi 9 Fructidor 220

Illustration originale Vincent Barbantan

 

 

25/08/2012

C'est samedi. On va à la noce ?

 

 

mariage.jpg

 


La marche nuptiale

 

Mariage d'amour, mariage d'argent
J'ai vu se marier toutes sortes de gens
Des gens de basse source et des grands de la terre
Des prétendus coiffeurs, des soi-disant notaires

Quand même je vivrai jusqu'à la fin des temps

Je garderais toujours le souvenir content
Du jour de pauvre noce où mon père et ma mère
S'allèrent épouser devant Monsieur le Maire

C'est dans un char à bœufs, s'il faut parler bien franc

Tiré par les amis, poussé par les parents
Que les vieux amoureux firent leurs épousailles
Après long temps d'amour, long temps de fiançailles

Cortège nuptial hors de l'ordre courant

La foule nous couvait d'un œil protubérant
Nous étions contemplés par le monde futile
Qui n'avait jamais vu de noces de ce style

Voici le vent qui souffle emportant, crève-cœur

Le chapeau de mon père et les enfants de chœur
Voilà la pluie qui tombe en pesant bien ses gouttes
Comme pour empêcher la noc', coûte que coûte

Je n'oublierai jamais la mariée en pleurs

Berçant comme un' poupée son gros bouquet de fleurs
Moi, pour la consoler, moi, de toute ma morgue
Sur mon harmonica jouant les grandes orgues

Tous les garçons d'honneur, montrant le poing aux nues

Criaient: " Par Jupiter, la noce continue ! "
Par les homm's décriée, par les dieux contrariée
La noce continue et Viv' la mariée !

 

Georges Brassens

 

http://www.youtube.com/watch?v=y29Hm9qXQLk

 

 Octidi 8 Fructidor 220

Photo X - Droits réservés

 

 

19/08/2012

Ouiquinde gastronomique pour la canicule : la salade crétoise

adriana-lima-nue-03.jpg

 

Perrine

 

Perrine dansait nue sur la grève luisante,

Pieds légers, ondulante, bras tendus vers Phébus,

Dans les fraîches senteurs de l’aurore naissante,

Elle sacrifiait au culte de Vénus.

 

Sa taille se ployait jusqu’à frôler l’arène

Puis elle s’élançait pour caresser les cieux,

Ventre offert, seins dressés, plus fière qu’une reine.

Perrine avait vingt ans et tutoyait les dieux.

 

Un grand faune barbu, velu et chevelu

A la flûte de Pan rythmait la sarabande.

Il dévorait des yeux le corps de son élue

 

Et savait que bientôt il aurait sa prébende.

Il sauta sur la nymphe, l’entraîna dans la mer

Où il la posséda d’une étreinte primaire.

 

 

La salade crétoise

 

- En ce temps là, petit, la Grèce était à terre

Ecrasée sous le joug de troufions sanguinaires :

Des colonels bornés alliés à des popes

Martyrisaient sans fin le berceau de l’Europe.

Pourtant à Màtala, au fin fond de la Crête

Existait une baie retirée et discrète

Où quelques chevelus à la barbe fleurie

Vivaient en troglodytes dans de curieux abris,

Grottes aménagées dans le roc des falaises

Qui regardent la mer jusqu’au Dodécanèse.

Ils vivaient là heureux, simplement différents,

Tolérés des Crétois, oubliés des tyrans.

Sur la plage, la nuit, au son des bouzoukis

Ils dansaient jusqu’aux transes d’aériens sirtakis

Buvant force hanaps de vin à la résine

Tout en mangeant tomates, oignons et aubergines.

- Alors dis-moi, Victor, ce régime crétois

Dont on nous parle tant. Qu’est-ce que c’est d’après toi ?

- Avant tout des légumes de façon exhaustive,

Du poisson, du fromage et de l’huile d’olive.

Le plat de tous les jours : la salade crétoise

Qui rappelle parfois la salade niçoise.

Tu coupes des tomates assez mures en tranches,

Des morceaux de fêta, fromage à pâte blanche,

Tu épluches un concombre et le coupes en rondelles,

Un poivron vert coupé, sans pépins ni carpelles,

Tu éminces un oignon, cisèle des pourpiers

Et tu ranges le tout dans un grand saladier.

Ajoute une poignée de belles olives noires,

Ça apporte du goût et en plus, ça fait boire.

Tu assaisonnes avec beaucoup d’huile d’olive,

Poivre, jus de citron, fleur de sel, quelques cives.

C’est un plat délicieux, remontant, simple à faire

Et qui - c’est reconnu - fait de verts centenaires !

Voilà ce que mangeait le faune de Perrine

Avant de l’entraîner dans des amours marines.

À nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

À la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

 

Ingrédients et proportions pour six personnes :

- 12 tomates, - 3 concombres, - 3 poivrons verts, - 3 oignons doux, - la valeur de 3 bols de pourpiers (c'est une plante très commune, avec de petites feuilles épaisses et arrondies, presque grasses, sur des tiges un peu rosées. Les jardiniers les arrachent comme des mauvaises herbes et c'est pourtant l'une des bases du fameux régime crétois! Ne garder que les feuilles, pas les tiges.) - quelques cives si vous en avez, - 3 hectos de feta coupée en petits dés, - 3 poignées d'olives noires dénoyautées, - 1 quart de litre d'huile d'olive, - sel, - poivre, - le jus de deux citrons.

 

Les vins conseillés:

Les crétois boivent beaucoup de vin blanc à la résine (krasi retzina), mais à défaut, essayez avec des vins blancs secs des Côtes-du-Rhône, Coteaux-du-Tricastin, Coteaux-du-Diois, Coteaux-du-Luberon, Côtes-du-Ventoux, Costières-de-Nîmes.

En vins du Languedoc: Picpoul-de-Pinet, blancs de La Clape.

En vins de Provence: Cassis, Palette, Coteaux-d'Aix.

 

 

Tridi 3 Fructidor 220

 

Illustration X – Droits réservés

 

 

 

 

18/08/2012

Ouiquinde érotique: Chou pour Chou

lolita sexy.jpg
 

 

 



Lise en un bal, s'étant démis la hanche,
Macé le jeune, aussitôt fut mandé.
Bon r'habilleur. Lise était drue et blanche,
Macé dispos, gaillard et peu vidé.
Il vit l'endroit, l'objet meut en puissance,
D'où l'on peut bien juger en conséquence,
Que travaillant sur un si beau sujet,
Pas ne manqua d'être ému par l'objet.
Or, quand la hanche en état de remise,
Le gars voulut prendre congé de Lise.
" Que vous faut-il, lui dit-elle, Macé?
- Rien, chou pour chou, répond le bon apôtre.
Je vous ai, Lise, un membre redressé
Vous avez su m'en redresser un autre.


Bernard de la Monnoye


Duodi 2 Fructidor 220


Photo X - Droits réservés

10/08/2012

Ouiquinde érotico-équestre

fille nue à cheval lady-godiva-john-collier.jpg

Lady Godiva

 

La fille et le cheval (conte)


Dans un sentier passe un cheval
Chargé d'un sac et d'une fille ;
J'observe, en passant, le cheval,
Je jette un coup-d'oeil sur la fille ;
Voilà, dis-je, un fort beau cheval ;
Qu'elle est bien faite cette fille !
Mon geste fait peur au cheval,
L'équilibre manque à la fille ;
Le sac glisse en bas du cheval,
Et sa chute entraîne la fille.
J'étais alors près du cheval ;
Le sac tombant avec la fille,
Me renverse auprès du cheval,
Et sur moi se trouve la fille,
Non assise comme à cheval
Se tient d'ordinaire une fille,
Mais comme un garçon à cheval.
En me trémoussant sous la fille,
Je la jette sous le cheval,
La tête en bas. La pauvre fille !
Craignant coup de pied de cheval
Bien moins pour moi que pour la fille,
Je saisis le mors du cheval,
Et soudain je tire la fille
D'entre les jambes du cheval ;
Ce qui fit plaisir à la fille.
Il faudrait être un grand cheval,
Un ours, pour laisser une fille
A la merci de son cheval.
Je voulais remonter la fille ;
Preste, voilà que le cheval
S'enfuit et laisse là la fille.
Elle court après le cheval,
Et moi je cours après la fille.
Il paraît que votre cheval
Est bien fringant pour une fille.
Mais, lui dis-je, au lieu d'un cheval,
Ayez un âne, belle fille ;
Il vous convient mieux qu'un cheval,
C'est la monture d'une fille.
Outre les dangers qu'à cheval
On court en qualité de fille,
On risque, en tombant de cheval,
De montrer par où l'on est fille.



 Marquis de Boufflers


Quartidi 24 Thermidor 220


Photo X - Droits réservés



05/08/2012

Gastronomie dominicale en Camargue.

Gardiane copie.jpg



La gardiane camarguaise


Tout Provençal se doit, au moins une fois l'an,
D'aller se ressourcer, reprendre son élan,
De mettre le vaisseau de sa vie au grand largue
Dans l'eau, le sel, le vent, le soleil de Camargue.
Terres demi noyées, secouées de mistral
- Jumeau du fleuve-dieu, fleuve d'air magistral - -
Pétries et façonnées par le Rhône et la mer,
Puis soudain ravagées par le fleuve en colère.
Terres où le soleil fait naître des mirages,
Terre où le sol et l'onde hésitent leur partage,
Terres de solitude, rivages de naufrage,
Qui mesurent les hommes à l'aune du courage.
Digues, lônes, marais, étangs, sables mouvants,
Boue sèche et craquelée, cristaux étincelants
Du sel sur la sansouire, faisceaux arachnéens
Des tamaris en fleurs d'où s'envolent soudain
Des millions d'oiseaux venus d'ailleurs lointains,
Royaume incontesté des flamands africains.
Terre des chevaux blancs et des taureaux sauvages,
Où Mitrhra règne en dieu depuis le fond des âges.
Il faut voir la Camargue lorsque l'hiver l'étreint
Lorsque le ven terraù sauvage court sans frein,
Lorsque les Camarguais déplacent la manade:
Des milliers taureaux menés en cavalcade.
Conduits par cent gardians, par cent puissants centaures
Défile l'infernal troupeau de minotaures,
Taureaux noirs, chevaux blancs, aux narines fumantes
Remplissent la contrée d'une clameur géante.
Taureaux dont les meilleurs combattront dans l'arène
Face aux hommes, mains nus, que leur fierté entraîne
Entre les noirs poignards. Pour la rouge cocarde
Et les yeux d'une belle, ils défient la Camarde!
Certains de ces taureaux, à l'ardeur légendaire,
Adulées tels des dieux par la gent populaire,
Sont enterrés debout et ont leur mausolée,
Comme le grand Goya (1), l'immense Sanglier (2).
Ceux qui n'ont pas le sang pour les j eux et la gloire
Termineront leur vie dans une rôtissoire,
Car en mangeant Mytrhra, les Provençaux dévorent,
Avec sa chair, sa force. Et, ce faisant, l’honorent.
Cette hostie des gardians s'appelle "La gardiane".
— Oh ! Victor. Et alors, on les coupe ces couennes?
— Bien sûr, petit, mais je voulais que tu comprennes
Que c'est un plat sacré, et qu'il en vaut la peine.
Fais mariner trois tranches de taureau bien épaisses
Dans le l'huile d'olive. Rajoute avec largesse
Poivre et clous de girofle, ail, oignon, thym, laurier.
Laisse toute la nuit, comme pour du gibier.
Au fond de ta marmite, en fonte uniquement,
Dispose quelques couennes, de porc évidemment,
Sur lesquelles tu places une première tranche.
Couvre avec de l'oignon et de l'ail effilés,
Carottes en rondelles et du persil en branche,
Sel, poivre du moulin, un anchois en filets.
Tu fais ainsi trois couches. Enfin, pour terminer,
Zeste d'orange séché, girofle, laurier, thym,
Puis tu mouilles avec six grands verres de bon vin,
Du Costières de Nîmes, rouge carabiné.
Met ta marmite au four, fermée soigneusement,
Et fais cuire cinq heures, doucement, lentement.
Ce taureau parfumé, tendre, confis, moelleux,
Découvre-le sur table, et accompagne-le
D'une jatte fumante de long riz camarguais.
Dans les verres tu sers un Gallician bien gai.
Mais attention, petit, le riz est un plat riche,
N'en fais pas - c'est courant - de la colle d'affiche.
Pour qu'il ne colle pas, tu dois bien le laver,
C'est donc tout l'amidon qu'il te faut enlever.
Dans une jatte creuse ou un plat similaire,
Tu frottes entre tes mains le riz dans de l'eau claire,
Tu changes et recommences dès que ton eau blanchit,
Après quoi tu égouttes, tu bois et réfléchis:
Il y a plusieurs façons de cuire le riz blanc,
Comme les Espagnols, comme les Catalans,
Comme les Vietnamiens ou comme les Créoles,
Surtout pas comme les Français de métropole!
À Saïgon ou Vientiane, à Pnom Pen ou... Paris
C'est deux mesures d'eau par mesure de riz,
Tu couvres quand ça bout et tu réduis la flamme,
Si ça attache au fond, tu n'en fais pas un drame,
Tu ne sales pas l'eau, tu ne remues jamais,
Et tu laisses gonfler en tenant bien fermé.
Mais comme à Fort-de-France ou bien à Pointe-à-Pitre,
Tu fais bouillir ton riz dans de l'eau, plusieurs litres,
Légèrement salée. Quand c'est cuit tu égouttes,
Puis tu réserves au chaud, du beurre tu ajoutes.
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire,
Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre
D'un de ces vins subtils, poussés en Languedoc
Qui te rendent gaillard, solide comme un roc.


Ingrédients et proportions pour six personnes:

- Trois tranches épaisses de taureau à braiser, environ un kilo, - 4 ou cinq couennes de porc, - 1 kilo d'oignons paille émincés, - 2 têtes d'ail éplu-chées et également émincées, - 1 kilo de carottes découpées en rondel-les, - 4 ou 5 branches de persil non frisé, - 3 anchois en filets, - 3 verres d'huile d'olive, - 3 cuillerées à soupe de sel de Camargue, - poivre noir du moulin à la demande, - 6 clous de girofle, - 4 feuilles de laurier, - 3 cuillerées à soupe de sommités sèches de thym ou 3 ou 4 belles bran-ches de thym frais, - 1 zeste d'écorce d'orange séché, - 1 bouteille de bon vin rouge, - 500 grammes de riz long de Camargue.

Les vins conseillés:
La gardianne est un plat de haut goût qui demande des vins rouges puissants, épicés, tanniques. De grands Costières de Nîmes, comme
les Gallician font parfaitement l'affaire. Mais on l'accompagnera éga-lement avec bonheur d'un Côtes-du-Rhône de Saint-Joseph, d'un Croze-Hermitage, d'un Vacqueyras, d'un Gigondas, d'un Lirac ou d'un des nombreux crus "Villages" des Côtes-du-Rhône.
En vins du Languedoc et du Roussillon: Saint-Chinian, Faugères, Mi-nervois, Fitou, Collioure.
En vins de Provence: Bandol, Bellet, Palette, Pierrefeu, Gonfaron.

(1) (2) "Goya ", "Sanglier": noms de taureaux cocardiers célèbres. "Goya" a une statue à Beaucaire, "Sanglier" un mausolée à l'entrée de Le Cailar, en Camargue.


Nonidi 19 Thermidor 220


Illustration Vincent Barbantan

04/08/2012

"Cette obscure clarté qui tombe des étoiles..."

femme étoile.jpg

 

Epithalame

 

Tes mains introduiront mon beau membre asinin

Dans le sacré bordel ouvert entre tes cuisses

Et je veux l’avouer, en dépit d’Avinain,

Que me fait ton amour pourvu que tu jouisses !

 

Ma bouche à tes seins blancs comme des petits suisses

Fera l’honneur abject des suçons sans venin.

De ma mentule mâle en ton corps féminin

Le sperme tombera comme l’or dans les sluices.

 

Ô ma tendre putain ! Tes fesses ont vaincu

De tous les fruits pulpeux le savoureux mystère,

L’humble rotondité sans sexe de la terre,

 

La lune, chaque mois, si vaine de son cul

Et de tes yeux jaillit même quand tu les voiles

Cette obscure clarté qui tombe des étoiles.

 

Guillaume Apollinaire

(Les onze mille verges ou les amours d’un hospodar)

 

 

Octidi 18 Thermidor 220

 

Illustration X – Droits réservés

 

29/07/2012

Gastronomie dominicale: Le catigot d’anguilles d’Alexis

catigot d'anguille pour blog.jpg


Le métier d'Alexis: facteur, mais en Camargue.
La passion d'Alexis: les taureaux que l'on nargue
En courant la cocarde, le dimanche aux arènes
Pour les yeux de velours d'une belle Arlésienne.
En ces temps difficiles de guerre et de malheur,
Alexis, à vélo, pratiquait son labeur.
Pour livrer dans les mas les colis et les lettres,
Il roulait, chaque jour plus de cent kilomètres.
Il n'hésitait donc pas, pour prendre un raccourci,
À traverser les champs où paissaient les taureaux,
Son vélo à la main, sans beaucoup de soucis,
Car il "sentait" les bioù tout comme un torero.
Or donc voilà qu'un jour, sautant la barricade,
Notre Alexis marchait à travers la manade.
Il venait de quitter les animaux grégaires
Lorsque, venant de loin, un taureau solitaire,
Étalon portugais ombrageux et sournois, -
Chargea notre facteur, son vélo et ses lettres!
Alexis, razeteur, par un écart adroit,
Évite les poignards meurtriers de la bête.
Le vélo vole en l'air ainsi que la sacoche.
Le taureau la reprend et sa corne l'embroche.
Alors notre Alexis fait son plus beau combat.
Il cite le taureau par le haut, par le bas,
Il virevolte autour des cornes de la bête,
Puis, en un geste sûr, enfin sa main crochète
La musette de cuir de l'Administration.
Le fauve, dépité, a baissé pavillon
Pour se fondre à nouveau parmi ses congénères
Et se faire moquer parmi la gent vachère...
C'est à pieds, son vélo démoli sur l'épaule
Qu'Alexis a fini sa tournée un peu folle...
Il ramenait toujours des fermes et des mas
Quelques lapins de champs, des anguilles bien grasses
Que dans tous les canaux on attrape à gogo.
Le plat qu'il préférait: l'anguille en catigot.
- Dis donc, ton Alexis, c'était un homme fort!
Mais comment on les fait ces anguilles Victor?


- Tu prends deux, trois anguilles, pas trop grosses, vivantes,
Que tu vas estourbir de manière décente.
N'enlève pas la peau, mais au papier journal
Enlève le mucus du gluant animal.
Les anguilles trop grosses, pèle, ça va de soi.
Vide-les, coupe-les en bouts de quatre doigts
Que tu farineras et mettras à raidir
Dix petites minutes dans un large faitout.
Puis tu sors les morceaux, sales et poivres le tout
Et tu mets de côté sans laisser refroidir.
Dans de l'huile d'olive tu mets à colorer
Deux oignons émincés et deux blancs de poireaux,
Ne laisse pas roussir, tu fais juste dorer.
Mouille d'une bouteille de rouge de Pujaut,
Incorpore girofles, céleri, thym, laurier,
Gousses d'ail écrasées, tomates concassées,
Sel, poivre du moulin, une écorce d'orange
Sommités de fenouil. Et tu cuis ton mélange
Demi-heure à feu doux. Dans une autre sauteuse,
Avec un peu de beurre, dore des champignons
De couches émincés et des petits oignons.
Tu arrêtes, et réserves quand l'odeur est flatteuse.
Quand ta sauce est bien cuite, tu vas éliminer
Thym, écorce d'orange, le fenouil, le laurier,
Puis au moulin légumes il te faut la passer,
Avec la grille fine, qu'elle soit bien lissée.
Range dans le faitout poisson, légume et sauce,
Tu mijotes un quart d'heure pour que les goûts s'exhaussent,
Puis tu sers, décoré de persil vert et gai,
Avec du riz pilaf, mais du riz Camarguais.
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire,
Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre
De ce divin nectar de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne !



Ingrédients et proportions pour six personnes:
- 3 ou 4 anguilles de taille moyenne, - 1 verre d'huile d'olive, - 2 cuille-rées à café de sel fin de Camargue, - poivre du moulin, - 2 oignons, - 2 blancs de poireau, - 1 bouteille de vin rouge, - 1 branche de céleri épluchée et hachée, côte et vert, - 4 gousses d'ail, - 4 tomates concas-sées, - sommités de trois branches de fenouil, - thym- laurier, - écorce d'orange séchée, - 1 noix de beurre, - 3 hectos de champignons de cou-che, - 1 demi kilo de petits oignons, - 1 branche de persil, - 1 demi kilo de riz long de Camargue.

Les vins conseillés:
Ce plat typique des mas de Camargue s'accorde tout naturellement avec des vins rouges frais tels, en vallée du Rhône: Costières-de-Nîmes, Domazan, Comps, Estézargues, Fournès, Montfrin, Remoulins, Saze, Saint- Hilaire-d' Ozilhan.
En vins du Languedoc: Saint-Saturnin, Cabrières, Cazevieille, Saint-Gély-du-Fesc, Valflaunès.
En vins de Provence: Coteaux des Baux, Coteaux d'Aix, Coteaux varois de Sainte-Zacharie, Saint-Maximin, Barjols, Sainte-Anastasie.


Duodi 12 Thermidor 220


Illustration originale Vincent Barbantan





22/07/2012

Ouiquinde érotico gastronomique : la lotte au safran

brune.gif
 
 
 

Charlotte

 

Lorsque l’air surchauffé tremble au soleil lion

Qui calcine la plaine au feu de ses rayons,

En émergeant de l’ombre, Charlotte vient au puit

Et plonge son amphore dans l’eau fraîche qui luit.

 

Cambrée, les bras au ciel, elle ôte sa chemise

D’un geste coutumier mais d’une grâce exquise.

Voluptueusement elle fait couler l’eau

Qui caresse ses seins, et ses reins, et son dos.

 

Pâmée, les yeux mi-clos, secouant sa crinière

Elle crée une aura de perles de lumières.

Arquée comme une harpe elle s’offre à Phoebus.

 

Tapi dans un fourré, mon cœur, mes sens s’enflamment,

Fascinés de désir pour la fleur de lotus

Qui orne la vallée qui fait d’elle une femme.

 

 

 

- Au lieu de te planquer pour mater la Charlotte

Pourquoi pas l’inviter, Victor ? C’était plus franc !

Ce qu’il te fallait faire, c’est une queue de lotte

Que tu lui cuisinais à l’ail et au safran.

Pour séduire Charlotte en un repas intime

Il faut, évidemment, lui faire un peu de frime.

Sur le bord de son puit, pose un bouquet de fleurs !

Chante-lui une aubade ! Montre-toi enjôleur !

Met-toi à ses genoux ! Mieux encor, fais la rire,

C’est souvent le moyen le plus sûr pour séduire.

- Oh ! Lâche-moi la grappe, car pour le baratin

J’en remontrerais même à un Napolitain !

Dis-moi plutôt comment je fais cette baudroie,

C’est le nom de la lotte, ici, dans nos endroits.

- Prend une queue de lotte d’une livre et demi

Faut être généreux, fais pas d’économies.

Demande au poissonnier d’enlever l’os central,

Il n’y a pas d’arêtes dans ce drôle d’animal.

Au mortier tu écrases un ail et du persil

Quelques grains de cumin, du safran en pistil

Allonge l’appareil d’un peu d’huile d’olives

C’est la plus parfumée et la plus digestive.

Tu en met à chauffer aussi dans ta cocotte.

Sur ton plan de travail, étend tes demi lottes

Tu garnis l’intérieur de ta préparation

Sale légèrement, reforme le poisson

Enfin, avec du fil, tu le brides serré

Tu le mets en cocotte et tu le fais dorer.

Puis tu baisses le feu et fais cuire à feu doux

Tu le tournes et surveilles, vingt-cinq minutes en tout.

Puis tu réserves au chaud sur le plat de service.

Déglace ta cocotte au Beaumes-de-Venise

Rajoute du safran en pistil ou en poudre

Puis un jet de Cognac, mais pas un dé à coudre,

Un peu de crème fraîche pour donner du liant

Tu nappes ton poisson et sert ce plat friand.

Tu verras pétiller dans les yeux de ta belle

Des promesses de joie, d’amour et de dentelles.

A nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

A la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

 

JVJ

 

 

 

nue cambrée.jpg

 

in: Le bonheur grâce à la cuisine de l'amour

 

 

Quintidi 5 thermidor 220

 

 

Photos X - Droits réservés

 

 

21/07/2012

FEMMES! FEMMES! FEMMES!

lamazou femmes.jpg




Femme maîtresse
Ouverte, offerte sous les caresses
Femme mère
Créatrice de la vie sur terre
Femme putain
Désir de soie et de satin

belle noire.jpg



Femme dirigeante
Intuitive et compétente
Femme politique
Courageuse et démocratique
Femme enfant
Que l’on protège et l’on défend
Femme salope
Qui fait jouir et rend myope
Femme avide
Calculatrice, sans cœur et cupide
Femme sorcière
Envoûtante, sournoise, incendiaire

belle diablesse blingee copie.jpg


Femme lesbienne
Délicate et altière clitoridienne
Femmes battues
Femmes vendues
Victime des stupides couillus
Femmes voilées
Femmes enfermées
Femmes niées
Femmes lapidées
Femmes brûlées
Femmes massacrées
Au nom d’un obscurantisme borné

trique moslim.jpg


Femme, femmes FEMMES !
Vous êtes des Humains pour le meilleur et pour le pire
Je vous respecte, je vous adore et je vous aime !


VictorAyoli


Quartidi 4 Thermidor 220


Photos X - Droits réservés


19/07/2012

Pour se laver les boyaux de la tête : salade de mots d’été.

 

 

rafraichissement.jpg

 

 

 

 

Sur le collier du chien que tu laisses au mois d'août

Sur la vulgarité de tes concours de pets

Sur l'étendard nazi et sur le drapeau rouge

Sur la rosette au coin du vieillard officiel

Sur les blousons kaki, sur les képis dorés

Sur le cul blanc des féministes

Sur le mandrin des misogynes

Sur le béret obtus des chauvins aveuglés

Sur la croix des cathos, le croâ des athées

Sur tous les bulletins et sur toutes les urnes

Où les crétins votants vont se faire entuber

Sur l'espoir en la gauche

Sur la gourmette en or de mon coiffeur de droite

Sur la couenne des connes aplaties sur les plages

Sur l'asphalte encombré de cercueils à roulettes

Sur les flancs blancs d'acier des bombes à neutron

Que tu t'offres à prix d'or sur tes impôts forcés

Sur la sébile humiliante et dérisoire

Qu'il faut tendre pourtant à tous les carrefours

Pour aider à freiner l'ardeur des métastases

Sur le mur de la honte et sur les barbelés

Sur les fronts dégarnis des commémorateurs

Pleurant au cimetière qu'ils ont eux-mêmes empli

Sur le petit écran qui bave encore plus blanc

Sur l'encéphalogramme éternellement plat

Des musclés, des Miss France et des publicitaires

Sur l'étendard vainqueur de la médiocrité

Qui flotte sur les ondes hélas abandonnées

Aux moins méritants des handicapés mentaux

Sur la Bible et sur Mein Kampf

Sur le Coran frénétique

Sur le missel des marxistes

Sur les choux-fleurs en trop balancés aux ordures

Quand les enfants d'Afrique écartelés de faim

Savent que tu t'empiffres à mourir éclaté

Sur le nuage

Sur la lune

Sur le soleil atomique

Sur le cahier d'écolier de mes enfants irradiés

J'écris ton nom

HOMME.

 

Victor Chabert

remarquable pastiche de la poésie "Liberté" de Paul Éluard, 1942


Duodi 2 Thermidor 220


Photo X - Droits réservés

 


 

15/07/2012

Ouiquinde érotico-gastronomique sur l'Aubrac

randonneuse souriante.jpg

 

Vanessa

 

La brune Vanessa chemine sur l’Aubrac.

Pressée par la nature, elle pose son sac

Et, discrète, s’épanche derrière une murette.

Soudain elle bondit en hurlant, la pauvrette…

 

Une vipère avait planté ses crocs pointus

Dans la partie charnue de son individu !

Foin de toute pudeur ! La malheureuse appelle,

Et je me précipite au secours de la belle.

 

Agenouillé près de ses trésors féminins,

Je mord, suce, aspire et crache le venin.

Pour sauver Vanessa, sans ménager ma peine,

 

Je presse à pleines mains la jolie lune pleine.

Pour me remercier de ce vaillant combat,

La belle offre à ma bouche son sourire d’en bas…

 

 

 

- Afin de rassurer ta charmante marcheuse

Qui, d’après tes écrits ne semblaient pas bêcheuse,

Tu aurais pu l’amener dans un buron d’Aubrac,

C’est ainsi qu’on appelle les sortes de barraques

En pierres de granit qui servent aux bouviers

De solides refuges ainsi que d’ateliers

Où ils mettent au point les somptueux fromages

Dont la réputation à traversé les âges :

Tommes de lait de vaches d’Aveyron et Lozère

De Laguiole, d’Aubrac et de la Fau de Peyre.

Elle aurait pu manger, avec toi, l’aligot,

Compagnon idéal d’un bon plat d’escargots.

Tu ramasses, en marchant, quelques gastéropodes

Si nombreux sur l’Aubrac après une pluie chaude.

Comptes-en deux douzaines pour chacun des mangeurs.

Surtout si tes convives ont l’appétit majeur.

au vinaigre et au sel tu les fait dégorger,

Pendant deux heures au moins puis rince les rejets

Et met-les à bouillir dedans un court-bouillon

Avec laurier, fenouil, sel, poivre, thym, oignons.

Deux heures après tu vas, à l’aide d’une aiguille,

Sortir tes escargots, chacun, de leur coquille,

Puis tu vas supprimer carrément les entrailles

C’est, au bout de la chair, une noire tripaille.

Pendant cette cuisson, tu prépares ta sauce :

Des oignons rissolés avec du lard des Causses,

De la chair à saucisses, quelques anchois pilées,

Epinard, vert de blettes, oseille acidulée.

Jette les escargots dedans ta cassolette,

Poivre, sel, noix muscade et piment d’Espelette,

Mouille si nécessaire d’un peu de court-bouillon

Mijoter vingt minutes mais sans ébullition.

Tu sers ta gargoulade avec de l’aligot,

En buvant du vin rouge de derrière les fagots.

A nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

A la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

Octidi 28 Messidor 220


Photo X - Droits réservés