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06/11/2016

Ouiquinde gastronomique gargantuesque

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Théry

 

 

Longue, fine, éthérée, de grands yeux clairs intenses

Théry est arrivée comme une providence

Lorsque trahi, banni, méprisé, délabré,

J’étais au bord du gouffre et prêt à y sombrer.

 

Avec son cœur, son corps, sa tendresse de femme

Elle a pansé les plaies que des houris infâmes

Avaient creusées à vif de leurs griffes de hyènes

Pour assouvir sur moi leurs appétits de chiennes.

 

Théry m’a ramassé, souriante et jolie

Puis m’a ouvert ses bras, et son cœur, et son lit.

Elle fût à la fois amie, maîtresse et mère,

 

Goûtant sans calculer un bonheur éphémère.

Dans les recoins secrets du jardin de mon cœur,

Théry aura toujours une place d’honneur.

 

Pour honorer, Victor, ta Théry Providence,

Il te faut préparer une grasse bombance,

Qui réchauffe le cœur et remplit bien le corps,

Fait pour une princesse, pas pour une pécore.

Je te propose un plat bien fait pour les amants,

Bien qu’un rien onéreux : c’est le rôti gourmand.

Prend une olive noire aux câpres et aux anchois,

Mets-là dans un becfigue, c’est un oiseau surchoix,

Mets-le, sans tête et pattes, dedans un ortolan

Bien gras et que tu bardes avec du bon lard blanc,

Mets celui-ci dedans le corps d’une alouette

Que tu as amputé des pattes et de la tête,

Introduis celle-ci dans le corps d’une grive

Que tu auras trempé dans de l’huile d’olive,

Mets-là dans une caille de vigne bien dodue,

Introduis celle-ci dans un vanneau ventru,

Puis glisse celui-ci dans le corps d’un perdreau,

A chaque oiseau tu poivres et sales mais pas trop,

Mets dans une bécasse assez mortifiée

Que tu introduiras, pour la glorifier

Dedans un pintadeau bien bardé de ventrêche

Que tu mets dans le corps d’une poularde fraîche,

Introduis ta poularde dans un canard mulard,

Bride bien celui-ci par des bardes de lard

Avant de le glisser dans une oie de Guinée,

Qu’il te faut introduire, doucement, in fine

Dans une grosse dinde. Pour la remplir à ras,

Tu bourres avec des truffes  ainsi que du foie gras.

Lorsque tous tes oiseaux sont ainsi disposés,

Dans un grand pot de terre tu vas les déposer,

Accompagnés d’oignons, carottes, céleri,

Petits dés de jambons, lard et bouquet garni,

Poivre, sel, coriandre, persil, thym et sarriette,

Quatre ou cinq gousses d’ail et piment d’Espelette,

Quelques grains de genièvre et un peu de cumin,

Mouilles avec du vin blanc, mais des Quatre-Chemins.

Tu dois fermer ton pot bien hermétiquement,

La mie de pain mouillée va admirablement.

Met le pot dans un four à chaleur modérée

La cuisson doit se faire toute dans la durée,

Vingt-quatre heures au moins, une journée entière

Afin que la coction soit lente et régulière.

Ce repas précieux apprécié des cours

Au palmarès des goûts est placé hors-concours.

L’intimité des sucs de tant de volatiles

Révèle des saveurs somptueuses, subtiles,

Quintessence des bois, des marais et des plaines

Qui comblent de bonheur les gourmets et les reines.

A nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

A la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

Ingrédients et proportions pour six personnes :

- 1 olive noire farcie de 2 câpres et d'1 anchois au sel, ­- 1 becfigue, - 1 ortolan, - 1 alouette, - 1 grive (chacha de préférence), - 1 caille, - 1 vanneau, - 1 perdreau, - 1 bécasse, - 1 pintadeau, - 1 poularde, - 1 canard mulard, - 1 oie de Guinée, - 1 dinde, - 3 truffes de grosseur raisonnable, - 1 livre de foie gras d'oie, - 12 bardes de lard et autant de ventrêche, - sel, - poivre, - huile d'olive, - 1 kilo d'oignons, - 1 kilo de carottes, - 1 botte de céleri trié, - 5 gousses d'ail, - 1 cuillerée à soupe de coriandre en grains, - 12 grains de ge­nièvre, - 1 cuillerée à café de cumin en poudre, - 1 cuillerée à café de piment d'Espelette, - 3 cuillerées à soupe de sel, - 1 cuillerée à café de poivre noir, - 1 gros bouquet garni (laurier, thym, sarriette, persil plat), - 3 bouteilles de vin blanc des Quatre-Chemins à Laudun.

 

Les vins conseillés:

Cette préparation gargantuesque exige les plus grands vins rouges. Évidemment des vins rouges des Côtes-du-Rhône septentrionales:

Condrieu, Hermitage, Crozes-Hermitage, Côte-Rôtie, Saint­-Joseph, Cornas.

Mais aussi Châteauneuf-du-Pape, Gigondas, Vacqueyras, Cai­ranne, Lirac.

 

Illustration X - Droits réservés

 

31/10/2016

Tousseins: Trinquons avec la Camarde !

 

Buveurs pour net.jpg

 

Si je meurs, je veux qu'on me distille

 Ma liqueur embaumera la ville

 Chaque année mes enfants ébahis

 Dirons : Putaing, Papé a bien vieilli !

 

 Menez ma viande sur le plateau de Sault

 Dans la lavande faites tremper mes os

 Macérez bien ma queue et mes neurones

 Dans un bon vin de la Côte du Rhône.

 

 Si je meurs, je veux qu'on me distille

 Ma liqueur embaumera la ville

 Chaque année mes enfants ébahis

 Dirons : Putaing, Papé a bien vieilli !

 

Vous tirerez un demi-muy de gnole

 Du jus de vie, d'humour, de gaudriole

 Puis faites-y macérez mes couillons

 Ça donn' un goût qui plait aux vignerons.

 

 Si je meurs, je veux qu'on me distille

 Ma liqueur embaumera la ville

 Chaque année mes enfants ébahis

 Dirons : Putaing, Papé a bien vieilli !

 

Vous me ferez reposer à la cave

 Entre un Bonneau et un blanc de chez Chave

 Comme voisin mettez-moi du Lirac

 Du Châteauneuf ou même un bon Paulhac

 

 Si je meurs, je veux qu'on me distille

 Ma liqueur embaumera la ville

 Chaque année mes enfants ébahis

 Dirons : Putaing, Papé a bien vieilli !

 

 Vous me boirez, ça ne fait aucun doute

 Et m'aimerez jusqu’à l'ultime goutte

 Quand vous trouss'rez les bell's de votre temps

 C'est un peu moi qui prendrais du bon temps !

 

 Si je meurs, je veux qu'on me distille

 Ma liqueur embaumera la ville

 Chaque année mes enfants ébahis

 Dirons : Putaing, Papé a bien vieilli !

 

Illustration originale Moi

 

 Et puis écoutez donc Tonton Georges !

 

30/10/2016

Ouiquinde gastronomique: Le civet de sanglier de Sébastien.

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Mon ami Sébastien, redoutable tueur,

Utilise son temps, son flair et sa sueur

À courir les forêts, les bois et les broutières,

À sauter les ruisseaux des terres de Lozère

Pour traquer, débusquer, viser et fusiller

Son gibier préféré: le cochon sanglier.

Dès que pointe le jour vrombissent les quat'quatres

Où piaffent les chasseurs équipés pour combattre,

Montent les hurlements des meutes carnassières

Serrées dans des remorques, dans des malles arrières.

La battue se déploie par chemins et sentiers,

S'efforçant de boucler le massif forestier

Où laies et marcassins, cochons et sangliers

Commencent à gratter le sol d'un pied inquiet.

La journée sera rude pour la bête à poil dur

Quand, poussées par les chiens hors des fourrés obscurs,

Pour tenter d'échapper à la meute hurlante,

Ses courses, à découvert dans les clairs et les pentes,

L'amènent à croiser les chemins et les sentes

Qui sont autant d'affûts où les fusils l'attendent.

Les coups de feu éclatent à travers la nature.

Si la bête s'échappe, on reprend les voitures ­

Pour lui couper la fuite au bord d'une autre route.

Parfois le sanglier met la meute en déroute,

Quand, acculé, blessé, forcé hors de son antre

Il se rue sur les chiens qu'il piétine et éventre.

Très souvent Sébastien, heureux bien que fourbu,

S'en retourne bredouille, au soir de la battue.

Mais lorsqu'un animal est tombé sous les balles,

Il faut voir son sourire, son allure martiale

Lorsqu'il brandit sa part de viande dépecée

Qu'il - fier comme Artaban - offre à sa fiancée.

Alors, tranquillement, avec ses doigts d'artistes

Dégoulinant de sang, Anita entre en piste.

Pour faire un bon civet, l'épaule ou le cuissot

Sont des pièces de choix. Coupez-les en morceaux

De taille conséquente. Récupérez le sang

Qui, pour lier la sauce, est bien intéressant.

Gardez-le au frigo pour qu'il ne se dégrade.

Préparez ce qu'il faut pour votre marinade.

Celle de Anita est un poème en soi:

Quatre, cinq oignons moyens, cévenols ou niçois;

Cinq ou six gousses d'ail et autant de carottes;

Un bouquet de persil; céleri, feuilles, côtes;

Du thym et du laurier; un peu de noix muscade;

Une écorce d'orange et quelques grains de cade;

Du poivre du moulin; du gros sel de Camargue.

Deux litres de Côtes-du-Rhône d'Estézargues,

Un verre d'huile d'olive et deux de bon vinaigre.

Vous cuisez demi-heure à feu vif et allègre.

Rangez le sanglier au fond d'un pot en grès,

Un grand verre de marc pour rendre du degré

À votre marinade versée, chaude, dessus.

Le pot, au frais trois jours, recouvert d'un tissu

Est alors le théâtre d'une superbe idylle

Entre les ingrédients. Une alchimie subtile

Va attendrir la viande, sublimer les parfums

Et les goûts de gibier du sanglier défunt.

Quand, le jour du repas, l'aurore aux doigts de roses

Du sommeil des Buveurs dissipe les hypnoses,

Vous sortez et séchez à l'aide d'un torchon ­

Les morceaux marinés de viande de cochon.

Séparez au chinois légumes et liquide.

Petit, sers-moi un verre, j'ai le clapoir acide!

Dans de l'huile d'olive, au fond d'une toupine

Votre petit-salé embaume les narines.

Rajoutez en tournant les légumes essorés,

Puis intégrez la viande que vous faites dorer.

Mouillez alors avec le jus de marinade,

Et cuisez à feu doux, cinq heures, à l'estouffade.

Il faut voir le sourire heureux de Sébastien

Lorsque Anita apporte, de son pas aérien

Son plat qu'elle découvre, très fière, sur la table

Exhalant en volutes des parfums admirables.

Ce chef-d'œuvre requiert, pour de grandes agapes,

Rien moins que le meilleur des Chateauneuf-du-Pape.

Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire

Ma tripe est assoiffée, remplis raz bord mon verre

De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône

Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.

 

 

Ingrédients et proportions pour deux fois six personnes:

Pour la marinade: - 4 oignons moyens coupés en quarts et piqués de clous de girofle, - 6 gousses d'ail écrasées, - 6 à 8 carottes en tronçons, ­l bouquet de persil grossièrement coupé, - 1 pied de céleri côtes et feuilles, grossièrement coupées, - 1 gros bouquet de thym, - 6 feuilles de laurier, - l douzaine de grains de genièvre, - 2 poignées de gros sel de Camargue, - 1 cuillerée à soupe de poivre noir du moulin, - noix de muscade, - 1 écorce d'orange séchée, - l verre d'huile d'olive, - 2 verres de bon vinaigre, - 2 litres de bon vin rouge. N'oubliez pas de cuire cette marinade et de la verser chaude sur les morceaux de sanglier avant de laisser reposer trois jours.

Pour le plat: - 1 cuissot ou l épaule de sanglier, - le sang récupéré ou 1 verre de sang (à demander à votre boucher), - 1 verre d'huile d'olive, - 250 grammes de petit-salé coupé en dés, - les légumes essorés de la marinade cuite, - le jus de la marinade.

Les vins conseillés:

Le civet de sanglier préparé de cette manière est un plat somptueux, à la fois puissant et très parfumé. Il faut donc des vins à la hauteur.

En vallée du Rhône: Chateauneuf-du-Pape, Gigondas, Lirac, Vacqueyras, Cornas, Hermitage, Crozes-Hermitage, Saint-Joseph, Côte-Rôtie.

On peut également l'accorder avec bonheur à de vieilles bouteilles de Cairanne, Visan, Séguret, Valréas, Gallician.

En vins du Languedoc et du Roussillon: Saint-Chinian, Faugères, Fitou, Collioure, Maury.

En vins de Provence: Bandol, Palette, Pierrefeu, Puyloubier, Cabasse, La Cadière-d'azur, vins de Bellet.

 

Illustration originale Vincent Barbantan

23/10/2016

Ouiquinde gastronomique germain

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Ursula la Germaine avait grand appétit

De mâles vigoureux, qu’ils soient grands ou petits.

Jeannot, Bruno, Gaby goûtèrent à ses charmes

Et, tout gaillards qu’ils fussent, durent rendre les armes.

Aux fêtes de la bière, à Munich, en automne,

Les mœurs sont débridés et les femmes teutonnes

Épinglent les amants qui goûtent leurs peaux lisses

Dans une orgie de bruit, de bière et de saucisses.

Ursula convoqua deux autres walkyries

Et nos Pieds Nickelés, défendant la patrie,

Montèrent hardiment les fougueuses cavales,

Dépensant sans compter leur vaillance de mâles.

Au matin, portant haut leur vanité de coq,

Ils rentrèrent en France… avec des gonocoques !

 

Le bœuf au paprika

— Eh bien, vois-tu Victor, si tes Pieds Nickelés

Étaient sortis couverts pour mieux batifoler

Au lieu de pérorer comme des coqs minus

Ils auraient évité ces cadeaux de Vénus !

Mais qu’avaient-ils mangé pour être performants

Car les excès de bière n’aident pas les amants !

— A Munich il n’y a pas que choucroute et saucisses,

On trouve des plats hongrois qui sont de vrais délices.

Savoureux entre tous, le bœuf au paprika,

Particulièrement tonique bien que très délicat.

Coupe en portions du bœuf choisi dans la culotte,

Fais-le dorer à l’huile d’olive dans la cocotte,

À feu vif mais en tournant bien tous les morceaux

Pour qu’ils prennent couleurs recto comme verso.

Tu mets trois gousses d’ail, du coriandre en grains,

Deux feuilles de laurier, sel, poivre du moulin,

Trois grandes cuillerées à soupe de paprika.

Arrose bien tout ça d’un verre de muscat,

Rajoute de l’eau chaude, couvre et cuis vingt minutes.

Respire ces parfums s’échappant en volutes,

C’est déjà un plaisir sensuel pour le nez,

Ne sois pas impatient, ce n’est pas terminé.

Prépare six poivrons, trois rouges et trois verts,

Coupe-les en lamelles, mets-les dans ta braisière,

Rajoute trois oignons correctement hachés,

Cuis encor dix minutes, c’est le temps d’éplucher

Quelques pommes de terre, puis coupe-les en dés

Et mets-les dans ton plat, attention, sans tourner.

Tu rajoutes un peu d’eau, puis six belles tomates

Coupées en huit morceaux, saupoudrées d’aromates.

Tu vérifies que soit bien fermé ton faitout

Et finis la cuisson un quart d’heure à feu doux.

Ce plat revigorant, puissant quoique subtil

À de quoi relancer les ardeurs érectiles

D’un régiment entier de cosaques du Don,

De tes Pieds Nickelés, à plus forte raison !

À nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

À la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

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Ingrédients et proportions pour six personnes: - 1 kilo de bœuf dans la culotte, - 3 gousses d'ail, - 12 grains de coriandre, - 2 feuilles de laurier, - 3 cuillères à soupe bombées de paprika, - 3 poivrons rouges, - 3 poivrons verts, - 3 oignons hachés, - 6 pommes de terre, - 6 grosses tomates, - 1 verre de muscat (de Beaumes-de-Venise si possible), - sel, - poivre du moulin.

 

Photos X - Droits réservés

02/10/2016

Gastronomie dominicale: La blanquette de veau

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Lorsqu’arrive l’été, redoutable en Provence,

Je fais ma transhumance :

Je monte à la fraîcheur des terres de Lozère

Où j’ai un pied-à-terre.

Mes voisins, y élèvent des vaches et des veaux

Race Aubrac : les plus beaux.

Leur robe beige tendre, leurs grands yeux de biches

Et leurs superbes miches

Sont un régal pour l’œil, de vie et d’élégance

Mais aussi pour la panse !

Ils sont tous baptisés par des noms pittoresques

Presque gargantuesques.

L’un s’appelle Tendron, l’autre c’est Côtelette

Le plus beau c’est Blanquette !

- Stoppe ton baratin, Victor, parlons pitance

Au diable l’abstinence.

- D’accord. Alors parlons de mon pote Blanquette.

Mais sers-moi un canon, et pas de la piquette.

Il te faut de l’épaule de veau désossée ;

Coupe en morceaux moyens, épais et cabossés,

Mets-les dans un faitout et recouvre d’eau froide,

Tu blanchis cinq minutes. Plus, c’est des couillonnades.

Jette l’eau, rafraîchis, remet dans ton faitout,

Mouille avec de l’eau froide ou, bien meilleur atout :

Avec un fond de veau fait main ou du commerce.

Ma tripe est assoiffée : mets un tonneau en perce !

Ah ! Tè, ça fait du bien. Bon, où en étions-nous ?

- Tu avais mis la viande et l’eau dans le faitout.

- Monte ton feu à fond. Quand ça bout, tu écumes

Puis tu vas ajouter aromates et légumes.

Deux gros oignons piqués, quatre belles carottes

Deux poireaux émincés, céleri, échalotes,

Gousses d’ail écrasées, et un bouquet garni.

N’oublie pas de saler. Cuis une heure et demie.

Tu écumes souvent avec une écumoire

Et n’oublie pas, surtout, de me servir à boire !

Ça te donne le temps de préparer ta sauce

Sur ton plan de travail, prépare ton matos.

Il te faut éplucher un quart d’oignons grelots

Même si cela doit t’arracher des sanglots,

Et les glacer « à blanc », avec eau, sucre et beurre,

Tu les cuis à couvert, petit feu, un quart d’heure.

Fais sauter dans du beurre, un peu d’eau, du citron

Un quart de champignon de Paris environ.

Réserve de côté et prépare un roux blanc :

Beurre, farine et crème fouettés gaillardement.

Le temps étant venu, tu chinoises ta viande

Récupérant ainsi une liqueur friande.

Porte à ébullition et verse sur ton roux

Pour que ça épaississe, tu cuis sur un feu doux

En fouettant vivement pour une sauce lisse.

Puis dans un cul-de-poule, une jatte d’office,

Fouette trois jaunes d’œuf et de la crème fraîche,

Verse cet appareil dans ta sauce et dépêche

Toi d’ajouter le jus d’un citron en fouettant.

Dans ton plat de service, ajoute à ton veau

Les champignons et les oignons cuits et bien chauds.

Nappe avec la sauce que tu passes au chinois,

Mélange et sers chaud ce plat de super choix.

Buvez très largement de la télé d’automne

Ces vins de large soif de la Côtes-du-Rhône,

Et pour laisser le monde des maigres, des sans-goûts,

Alors resservez-vous !

 

Photo X - Droits réservés

 

18/09/2016

Ouiquinde gastronomique parfumé : Le tian de fayots au cochon

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J’ai acheté un sac de cocos de Paimpol

Et j’en ai écossé toute une casserole.

Quel bonheur lorsque arrivent ces succulents fayots

Qui rendent musiciens n’importe quel boyau !

En Provence, petit, ce qu’on appelle un "tian"

C’est un grand plat en terre, vernissé et brillant,

Ovale très souvent, ou tout simplement rond,

De largeur variable, mais jamais très profond.

Les potiers de village, au temps de nos grands-mères

Fabriquaient et cuisaient ces grands plats à tout faire.

Car on y faisait tout, dans ces récipients

Rustiques, allant au feu, solides, pas fainéants :

La barbe, la vaisselle, la toilette des gosses,

Les légumes à tremper, les fayots qu’on écosse.

Après quoi, bien rincés, sans prévention mesquine,

On s’en servait surtout pour faire la cuisine !

Ce grand plat à gratin, simple et astucieux,

Est aussi synonyme de repas copieux,

De nourriture simple en grande quantité,

Qu’en bonne compagnie on aime ingurgiter.

Notre tian de cochon et de haricots frais

Est bien dans la lignée des nourritures vraies.

C’est un plat que l’on fait lorsqu’on a récolté

Les tarbais, les pamiers ou les cavaillonnais,

Ces haricots fameux, moelleux, souples en bouche,

Aux accents musicaux, rocailleux et farouches,

Aujourd’hui, ce sera mes cocos de Paimpol.

Par chaque commensal, écossez-en un bol.

Inutile, bien sûr, de les faire tremper,

Lavez-les à grande eau et puis égouttez-les,

Cuisez-les à moitié, demi-heure environ

Dans beaucoup d’eau salée chantant à gros bouillons.

Tout ça m’a donné soif, petit, remplis mon verre

D’un bon blanc de Laudun, un vin vif et sincère,

Un vin qui donne soif, le vin que je préfère

Pour préparer au mieux la cuisine porchère.

Ton boucher t’a coupé une large rouelle

De jambon de cochon. Elle est épaisse et belle.

Tu vas la piquer d’ail et la frotter de sauge

Puis la mettre à four chaud un demi-tour d’horloge

Dans ton tian frotté d’ail et graissé au saindoux.

Quand ta viande est dorée, sale et poivre le tout,

Rajoute deux oignons émincés, trois tomates

Pelées, épépinées, thym, laurier, aromates.

Laisse fondre un moment puis déglace au vin blanc.

Égoutte maintenant tes haricots brûlants

Et mets-les dans le tian, au-dessus de ta viande

Vérifie les saveurs et poivre à la demande.

Tu mouilles, à niveau, par ton eau de cuisson

Et tu remets au four, chaud mais sans déraison,

Une heure ou même plus. Il faut que tes fayots

Gonflent sans éclater, en buvant toute l’eau.

Lorsque ton plat est cuit, juste avant de servir

Passe-le sous le grill afin de l’enrichir

D’une croûte dorée, odorante et aimable.

Parsème de persil et sers le tian sur table.

Accompagne ce plat d’un blanc vif, effronté,

Ou bien d’un vin primeur gouleyant et fruité.

Cessons pour aujourd’hui ce conte culinaire,

Ma tripe est assoiffée, remplis raz bord mon verre

De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône

Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.

 

Ingrédients et proportions pour six personnes :

1 kilo de haricots frais (pamiers, tarbais, cavaillonnais, cocos de Paim­pol), - 1 kg de rouelle de cochon, - 1 tête d’ail, - 1 hecto de saindoux, - 2 oignons émincés, - 3 tomates, - 10 feuilles de sauge, - thym, laurier, sel, - 2 verres de vin blanc, - 3 litres d’eau (pour la première cuisson des haricots).

Les vins conseillés :

Profitez de ce plat paysan pour apprécier les blancs vifs de la vallée du Rhône : blancs tranquilles de Saint-Péray, vins tranquilles du Diois, Saint-­Gervais, Uchaux, Bollène, Mondragon, Piolenc, Sarrians, Bagnols-sur­-Cèze, Codolet, Laudun, Saint-Just-d’Ardèche, Saint-Marcel-d’Ardèche, Villeneuve-Pujaut, Ventoux, Luberon. En vins du Languedoc : Quatourze, La Méjanelle, Picpoul de Pinet. En vins de Provence : Palette, Seillons, ­Source-d’Argens, Bruc-Auriac, Châteauvert.

Vous pouvez aussi accompagner ce plat avec bonheur par des vins pri­meurs : Rochegude, Sainte-Cécile-les- Vignes, Sabran, Codolet, Roche­fort, Lirac, Laudun.

 

Illustration originale Vincent Barbantan

 

10/09/2016

Malherbe et l'autocoïtpalmaire !

 

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FRANÇOIS DE MALHERBE (1620)

Sonnet

Sy tost que le sommeil au matin m’a quitté,
Le premier souvenir est du Con de Nerée,
De qui la motte ferme et la motte dorée
  Égale ma fortune à l’immortalité.

Mon Vit, de qui le foutre est la félicité,
S’alonge incontinent à si douce curée,
Et d’une eschine roide au combat préparée,
Monstre que sa cholere est à l’extrémité.

La douleur que j’en ay m’oste la patience,
Car de me le branler, c’est cas de conscience ;
Ne me le branler point, ce sont mille trespas.

Je le pense flatter afin qu’il me contienne ;
Mais en l’entretenant, je ne m’appercoy pas
Qu’il me crache en la main sa fureur et la mienne !

 


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Illustrations X - Droits réservés

 

30/07/2016

Ouiquinde érotique avec Charles Cros et la sublime Brigitte

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Charles Cros : Triolets fantaisistes

Sidonie a plus d'un amant, 
C'est une chose bien connue 
Qu'elle avoue, elle, fièrement. 
Sidonie a plus d'un amant 
Parce que, pour elle, être nue 
Est son plus charmant vêtement. 
C'est une chose bien connue, 
Sidonie a plus d'un amant.



Elle en prend à ses cheveux blonds 
Comme, à sa toile, l'araignée 
Prend les mouches et les frelons. 
Elle en prend à ses cheveux blonds. 
Vers sa prunelle ensoleillée 
Ils volent, pauvres papillons. 
Comme, à sa toile, l'araignée 
Elle en prend à ses cheveux blonds.



Elle en attrape avec les dents 
Quand le rire entr'ouvre sa bouche 
Et dévore les imprudents. 
Elle en attrape avec les dents. 
Sa bouche, quand elle se couche, 
Reste rose et ses dents dedans. 
Quand le rire entr'ouvre sa bouche 
Elle en attrape avec les dents.



Elle les mène par le nez, 
Comme fait, dit-on, le crotale 
Des oiseaux qu'il a fascinés. 
Elle les mène par le nez. 
Quand dans une moue elle étale 
Sa langue à leurs yeux étonnés, 
Comme fait, dit-on, le crotale 
Elle les mène par le nez.



Sidonie a plus d'un amant, 
Qu'on le lui reproche ou l'en loue 
Elle s'en moque également. 
Sidonie a plus d'un amant. 
Aussi, jusqu'à ce qu'on la cloue 
Au sapin de l'enterrement, 
Qu'on le lui reproche ou l'en loue, 
Sidoine aura plus d'un amant.

 

Poême interprété par Brigitte Bardot, mis en musique par Jean-Max Rivière et Yani Spanos pour le film Vie privée de Louis Malle en 1962

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24/07/2016

Ouiquinde gastronomique: Les pavés de sandre au beurre rouge.

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Connaissez-vous le sandre ?

Un poisson carnassier assez facile à prendre

Pour mon ami Alain, ce pirate du Rhône

Qui, parfois, fanfaronne

En m'apportant, heureux, l’œil frisant de plaisir

Plusieurs de ces poissons qu'il me laisse choisir.

Un autre mien ami m'a offert la recette

Qui va faire du sandre un prince de l'assiette :

C'est les pavés de sandre en sauce au beurre rouge.

Hum ! J'en ai déjà les moustaches qui bougent !

Prenez un beau poisson d'environ un kilo

Dont il vous faut lever les filets et la peau,

Détaillez en portions de 150 grammes

Mais si c'est en peu plus, n'en faites pas un drame.

Pour cuire le poisson, il y a deux écoles :

Au cuit-vapeur pour ceux qui ont du cholestérol,

Ou bien au four avec sel, poivre du moulin,

Un demi verre d'eau, comme pour le colin,

Recouvrez l'appareil d'une feuille d'alu

Mais enfin, ce n'est pas un besoin absolu.

Four à 180 et cuisson 20 minutes

Et attaquez la sauce sans perdre une minute.

Dans une casserole, réduisez à feu vif

Un flacon de vin rouge de Saumur-Champigny

Musclé de deux cuillers de vinaigre de vin.

Réduisez des deux-tiers ce mélange angevin.

Ciselez finement deux belles échalotes

Mais pas des hollandaises, c'est de la camelote.

Ajoutez-les alors à votre réduction

Ainsi qu'un pot de crème. Tournez sans componction.

Incorporez deux hectos de beurre ramolli

En le montant au fouet, comme pour l'aïoli.

Assaisonnez le tout par le sel et le poivre

Puis passez l'appareil dedans une passoire.

Servez avec fierté, juste après l'apéro,

Nappé de sauce rouge, votre sandre bien chaud

Que vous dégusterez en bonne compagnie,

Accompagné bien sûr de Saumur Champigny.

Cessons pour aujourd'hui ces contes culinaires

Ma tripe est assoiffée, remplis ras bord mon verre

D'un grand vin rouge ou blanc de nos terroirs de France

Synonyme d'amour, plaisir et abondance.

 

Illustration X - Droits réservés

 

23/07/2016

Ouiquinde érotique avec Charles Collé et les sourires d'en-bas.

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La marchande de cons

Je vends des cons,
Bruns, noirs et blonds,
Châtains-mêlés,
Gris-pommelés,

 

Rasés,
Frisés,
Barbus,
Crépus,
Tondus,
Dodus,

 

Et peu fendus.

J'en ai d'unis
Á juste prix ;
D'autres garnis
De clitoris,

 

Qui vont
Au fond

 

Et vous le font !

Je vends des cons,
Bruns, noirs et blonds,
Châtains-mêlés,
Gris-pommelés,

 

Rasés,
Frisés,
Barbus,
Crépus,
Tondus,
Dodus,

 

Et peu fendus.

Je garantis
Qu'ils sont petits,
Et, dans tout temps,
Je les reprends,

 

Quand les gens

 

Les trouvent trop grands !

Je vends des cons,
Bruns, noirs et blonds,
Châtains-mêlés,
Gris-pommelés,

 

Rasés,
Frisés,
Barbus,
Crépus,
Tondus,
Dodus,

 

Et peu fendus.

 

 

 

Charles Collé

 

14/07/2016

Fêtons le 14 juillet avec le grand Victor Hugo.

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Célébration du 14 juillet dans la forêt.

Qu'il est joyeux aujourd'hui
Le chêne aux rameaux sans nombre,
Mystérieux point d'appui
De toute la forêt sombre !

Comme quand nous triomphons,
Il frémit, l'arbre civique ;
Il répand à plis profonds
Sa grande ombre magnifique.

D'où lui vient cette gaieté ?
D'où vient qu'il vibre et se dresse,
Et semble faire à l'été
Une plus fière caresse ?

C'est le quatorze juillet.
À pareil jour, sur la terre
La liberté s'éveillait
Et riait dans le tonnerre.

Peuple, à pareil jour râlait
Le passé, ce noir pirate ;
Paris prenait au collet
La Bastille scélérate.

À pareil jour, un décret
Chassait la nuit de la France,
Et l'infini s'éclairait
Du côté de l'espérance.

Tous les ans, à pareil jour,
Le chêne au Dieu qui nous crée
Envoie un frisson d'amour,
Et rit à l'aube sacrée.

Il se souvient, tout joyeux,
Comme on lui prenait ses branches !
L'âme humaine dans les cieux,
Fière, ouvrait ses ailes blanches.

Car le vieux chêne est gaulois :
Il hait la nuit et le cloître ;
Il ne sait pas d'autres lois
Que d'être grand et de croître.

Il est grec, il est romain ;
Sa cime monte, âpre et noire,
Au-dessus du genre humain
Dans une lueur de gloire.

Sa feuille, chère aux soldats,
Va, sans peur et sans reproche,
Du front d'Epaminondas
À l'uniforme de Hoche.

Il est le vieillard des bois ;
Il a, richesse de l'âge,
Dans sa racine Autrefois,
Et Demain dans son feuillage.

Les rayons, les vents, les eaux,
Tremblent dans toutes ses fibres ;
Comme il a besoin d'oiseaux,
Il aime les peuples libres.

C'est son jour. Il est content.
C'est l'immense anniversaire.
Paris était haletant.
La lumière était sincère.

Au loin roulait le tambour...?
Jour béni ! jour populaire,
Où l'on vit un chant d'amour
Sortir d'un cri de colère !

Il tressaille, aux vents bercé,
Colosse où dans l'ombre austère
L'avenir et le passé
Mêlent leur double mystère.

Les éclipses, s'il en est,
Ce vieux naïf les ignore.
Il sait que tout ce qui naît,
L'oeuf muet, le vent sonore,

Le nid rempli de bonheur,
La fleur sortant des décombres,
Est la parole d'honneur
Que Dieu donne aux vivants sombres.

Il sait, calme et souriant,
Sérénité formidable !
Qu'un peuple est un orient,
Et que l'astre est imperdable.

Il me salue en passant,
L'arbre auguste et centenaire ;
Et dans le bois innocent
Qui chante et que je vénère,

Étalant mille couleurs,
Autour du chêne superbe
Toutes les petites fleurs
Font leur toilette dans l'herbe.

L'aurore aux pavots dormants
Verse sa coupe enchantée ;
Le lys met ses diamants ;
La rose est décolletée.

Aux chenilles de velours
Le jasmin tend ses aiguières ;
L'arum conte ses amours,
Et la garance ses guerres.

Le moineau-franc, gai, taquin,
Dans le houx qui se pavoise,
D'un refrain républicain
Orne sa chanson grivoise.

L'ajonc rit près du chemin ;
Tous les buissons des ravines
Ont leur bouquet à la main ;
L'air est plein de voix divines.

Et ce doux monde charmant,
Heureux sous le ciel prospère,
Épanoui, dit gaiement :
C'est la fête du grand-père.

 

Victor Hugo

09/07/2016

Ouiqinde érotique baudelairien

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Les promesses d'un visage

J'aime, ô pâle beauté, tes sourcils surbaissés,
D'où semblent couler des ténèbres,
Tes yeux, quoique très noirs, m'inspirent des pensers
Qui ne sont pas du tout funèbres.

Tes yeux, qui sont d'accord avec tes noirs cheveux,
Avec ta crinière élastique,
Tes yeux, languissamment, me disent : " Si tu veux,
Amant de la muse plastique,

Suivre l'espoir qu'en toi nous avons excité,
Et tous les goûts que tu professes,
Tu pourras constater notre véracité
Depuis le nombril jusqu'aux fesses ;

Tu trouveras au bout de deux beaux seins bien lourds,
Deux larges médailles de bronze,
Et sous un ventre uni, doux comme du velours,
Bistré comme la peau d'un bonze,

Une riche toison qui, vraiment, est la sœur
De cette énorme chevelure,
Souple et frisée, et qui t'égale en épaisseur,
Nuit sans étoiles, Nuit obscure !

Charles Baudelaire

 

Photo X - Droits réservés

19/06/2016

Gastronomie bien française: on fait l'andouille !

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L'andouille au Côte-du-Rhône

 

Mettez donc à tremper un kilo de fayots

De Paimpol ou Pamiers, si possible bio

Et pour, de votre anus, éviter la cantate

Ajoutez à cette eau quelque bicarbonate.

Faites cuire à l’eau froide pendant deux heures au moins

Une andouille de porc choisie avec grand soin

Puis laissez refroidir dans son jus de cuisson

Jusques au lendemain. Buvez un Jurançon !

La nuit étant passé, égouttez les fayots

Mettez-les en cocotte, couvrez avec de l’eau,

Ajoutez quelques couennes, une queue de porc frais,

Deux carottes rondelles, trois oignons en quartiers,

Un peu de céleri et de l’ail écrasé

Sel, poivre du moulin, thym, feuille de laurier.

Mettre en ébullition, ajouter deux grands verres

De Côtes-du-Rhône rouge, du vin fort en matières.

Faites frémir une heure à feu non emballé,

Puis ajoutez l’andouille confite en sa gelée.

Remettez en cuisson pour que les haricots

Soient fondants à souhait sans être musicaux.

Servez le met bien chaud en deux plats séparés,

Avec un peu de beurre, du persil ciselé.

Cessons pour aujourd’hui ce conte culinaire,

Ma tripe est assoiffée, remplis raz bord mon verre,

De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône

Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.

 

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Photos X - Droits réservés 

 

11/06/2016

Ouiquinde érotique calipyge

 

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Sonnet sur le cul d'une demoiselle 


Beau cul de marbre vif, dont l'amour fait sa gloire,
Cul dont les doux regards sont d'attraits embellis,
Cul qui par sur tout autre oblige mes écrits,
De sacrer vos honneurs au temple de Mémoire;

Cul qui sur tous les culs remporte la victoire,
Cul qui passe en blancheur et la Rose et les Lis,
Cul de qui le mérite oblige mes écrits
De sacrer vos honneurs au temple de Mémoire,

Beau cul, bien que tant de bonheur se marque assez en vous,
Ce n'est pas le sujet qui fait qu'aux yeux de tous,
J'étale en ces écrits vos beautés que j'admire,

Mais surtout, je vous aime ô beau cul tout divin
Pour être le plus proche et l'unique voisin
De ce doux Paradis où l'Amour se retire!

Robert Angot de l'Eperonnière 

 

 

 

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***********************

 

 

 

Photos X - Droits réservés

 

Et puis, le grand TONTON GEORGES !

 

 

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Écoute ! Écoute !

 

 

Deux clitoris se rencontrent... l'un dit à l'autre :
- Il paraît que tu es frigide?
L'autre répond : 
- Ce sont les mauvaises langues qui disent ça.

 

 

 

04/06/2016

Ouiquinde érotique avec...Beaumarchais !

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L'épouse à la mode

La jeune Elvire, à quatorze ans, 
Livrée à des goûts innocents,
Voit, sans en deviner l'usage,
Éclore ses appas naissants ;
Mais l'amour, effleurant ses sens,
Lui dérobe un premier hommage :
Un soupir
Vient d'ouvrir
Au plaisir
Le passage ;
Un songe a percé le nuage.

Lindor, épris de sa beauté,
Se déclare ; il est écouté :
D'un songe, d'une vaine image,
Lindor est la réalité ;
Le sein d'Elvire est agité,
Le trouble a couvert son visage.
Quel moment
Si l'amant,
Plus ardent
Ou moins sage
Pouvait hasarder davantage !

Mais quel transport vient la saisir ! 
Cet objet d'un premier désir,
Qu'avec rougeur elle envisage,
Est l'époux qu'on doit lui choisir ; 
On les unit :
Dieux ! Quel plaisir ! 
Elvire en fournit plus d'un gage.
Les ardeurs,
Les langueurs,
Les fureurs,
Tout présage
Qu'on veut un époux sans partage.

Dans le monde, un essaim flatteur 
Vivement agite son cœur ;
Lindor est devenu volage,
Lindor méconnaît son bonheur.
Elvire a fait choix d'un vengeur ;
Il la prévient, il l'encourage : 
Vengez-vous ;
Il est doux,
Quand l'époux
Se dégage,
Qu'un amant répare l'outrage.

Voilà l'outrage réparé ;
Son cœur n'est que plus altéré
Des plaisirs le fréquent usage
Rend son désir immodéré ;
Son regard fixe et déclaré
A tout amant tient ce langage
Dès ce soir,
Si l'espoir
De m'avoir
Vous engage,
Venez, je reçois votre hommage.

Elle épuise tous les excès ;
Mais, au milieu de ses succès,
L'époux meurt, et, pour héritage, 
Laisse des dettes, des procès.
Un vieux traitant demande accès :
L'or accompagne son message...
Ce coup d'œil
Est l'écueil
Ou l'orgueil
Fait naufrage :
Un écrin consomme l'ouvrage.

Dans ce fatal abus du temps
Elle a consumé son printemps ;
La coquette d'un certain âge
N'a plus d'amis, n'a plus d'amants : 
En vain, de quelques jeunes gens
Elle ébauche l'apprentissage ;
Tout est dit,
L'amour fuit,
On en rit :
Quel dommage !...
Elvire, il fallait être sage.

Beaumarchais

Illustration X - Droits réservés

 

29/05/2016

Gastronomie: en ces périodes de pénurie, faites le plein des sens

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La soupe au pistou

Comment peut-on servir, les soirs de canicule
Une soupe brûlante sans être ridicule?
Et pourtant, en Provence, terre où l'on ose tout,
Il en existe une: c'est la soupe au pistou.
Nous l'avons héritée de nos amis niçois,
Eux-mêmes la tenant de nos cousins génois.
C'est vrai que de chez nous, l'Italie est bien proche,
Le cœur, les chants, le goût, presque tout nous rapproche.
"Pistar", c'est "écraser" en langue provençale.
Et le fameux "pistou" dont chacun se régale
C'est l'ail, le basilic, le fromage mêlés
Dans le mortier de marbre, et simplement pilés.
Le basilic, chez nous, ce n'est pas le "pistou"
Mais c'est" lou balicot ". Voilà. Un point, c'est tout!
- Oh ! Doucement, Victor! Tu as les arcanettes ? (1)
Respire, bois un coup et dis-moi ta recette!
- Tu as raison, petit, fais péter le bouchon!
Pour une bonne soupe, il te faut du cochon.
Une couenne, un pied, un petit jambonneau
Que tu vas nettoyer et que tu mets en eau
Froide dans un faitout, puis que tu fais bouillir.
Tu laisses demi-heure et souvent tu écumes.
Pendant que ça cuira, épluches tes légumes:
Des haricots blancs, verts, rouges. Et sans mollir.
Quatre grosses courgettes, quatre belles tomates
Mondées, épépinées, et cinq ou six patates.
Dans ta viande qui bout, met tes légumes entiers,
Sale et fais cuire une heure. Prépare ton mortier.
Du sel, dix gousses d'ail, deux pieds de basilic,
Qu' avecque ton pilon, cet emblème phallique,
Tu écrases en pommade. En tournant vivement
Verse l'huile d'olive, et ne soit pas feignant.
Rajoute trois tomates pelées, mondées, hachées,
Enfin du parmesan ou de l'edam rapé.
Vérifie si la viande est correctement cuite,
Et rectifie le goût. Écoute bien la suite:
Avec une écumoire, sort patates, courgettes
Que tu vas écraser avec une fourchette.
Elle te serviront de liant pour ta soupe.
Enfin tu mets les pâtes. Pour pas que tu les loupes
Tu les tastes souvent et tu les cuis" al dente".
Quand c'est prêt, hors du feu, dans l' oulo qui chuinte,
Introduit ton pistou en mélange homogène
Directement à table, comme l'on fait à Gênes.
Respire ce parfum d'ail et de balicot,
Qui transcende cochon, tomates, haricots!
Cette soupe est un plat complet à elle seule,
Qui ravit les gourmets et les plus fines gueules.
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire
Ma tripe est assoiffée, remplis raz bord mon verre
De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.

Ingrédients et proportions pour six personnes:

Pour la soupe: - 1 couenne, - 1 pied, - 1 jambonneau de cochon, - 150 g de haricots blancs secs, - 100 g de haricots rouge (ces haricots seront mis à tremper une nuit), - 500 g de haricots verts frais, - 4 ou 5 belles courget-tes non pelées, - 4 ou 5 tomates (saint-pierre si vous en trouvez), - 5 ou 6 pommes de terre, - 500 g de pâtes genre petits macaronis, - 3 litres d'eau, - 2 cuillerées de gros sel de Camargue.
Pour le "pistou" : - 2 pieds de basilic à grandes feuilles, - 10 gousses d'ail, - 1 cuillère à café de sel fin, - 200 g de parmesan ou d'edam rapé (évitez le gruyère qui fait trop de fils), - 2 décilitres d'huile d'olive.

Les vins conseillés:

La soupe au pistou est un plat très parfumé qui se sert très chaud, en période estivale! Il faut donc l'accompagner d'un vin frais, léger, gou-leyant et, lui aussi, parfumé. Les vins rosés sont parfaits.
En Côtes-du-Rhône: rosés de Tavel, de Chusclan, de Travaillan, de Camaret, de Suze-la-Rousse, du Ventoux, du Luberon, des Costières-de-Nîmes, de Saint-Désirat, de Bouchet, de Nyons, de Bollène, de Roaix, de Saint--Pantaléon-les-Vignes.
En Coteaux du Languedoc: rosés de Cabrières, de Faugères, des Corbières.
En vins de Provence: les rosés de Pierrefeu, Brignoles, La Selle, Ollières, Saint-Zacharie, Tourves, Tavernes.

(1) Avoir les arcanettes .. faire preuve d'une certaine irritation.

 

 

Illustration originale Vincent Barbentan

28/05/2016

Les belles bacchantes de tonton Georges

brassens à table.jpg

 

Les Bacchantes 

 

La mauvaise rencontre 
Faite par le curé,
 
Les moines la racontent
 
Dans tous les prieurés.
 
Elles étaient cinquante,
 
Elles pressaient le pas.
 
Elles étaient bacchantes,
 
Elles allaient en sabbat.

 

Un brave pêcheur d’âmes 
Qui les a vues passer
 
Se dit : « Les pauvres dames
 
Faut les exorciser !

De leurs âmes fragiles 
Faut déloger Satan ! »
 
Avec ses Evangiles
 
Il partit à l’instant.

 

Dès qu’elles aperçurent 
L’envoyé de Jésus
 
Hurlantes de luxure
 
Elles ont sauté dessus.

Avecque leurs dentelles 
Les mains, elles lui nouent
 
Devant chacune d’elles
 
Il fut mis à genoux.

 

Mon Dieu ! Qu’un ange passe… 
Il servit à l’envi
 
La messe la plus basse
 
De sa très sainte vie.

- D’où reviens-tu, mon frère 
En ce piteux état ?
 
- Je reviens du calvaire;
 
D’en haut du Golgotha!

 

Frère ne soit pas triste! 
Ton calvaire après tout,
 
Près de celui du Christ
 
Nous paraît assez doux.

Prête-moi ta soutane, 
Que sans perdre de temps,
 
Je coure vers ces dames,
 
Qu’elles m’en fassent autant.

 

On dit que les bacchantes 
Allaient en escadron,
 
Qu’elles étaient cinquante :
 
Ça fait un compte rond.
 
Elles étaient bacchantes
 
Allaient en escadron.

 

Georges Brassens

 

Photo X - Droits réservés

 

 

 Photo X - Droits réservés

 

 

 

15/05/2016

Ouiquinde gastronomique épicé et parfumé

 

cuisine

 

Dans l’été parfumé, un peu avant minuit

Antoine va rejoindre Sabine dans la nuit.

Sous un bouquet de pins perché sur la falaise

Ils se creusent un lit d’amour et de liesse,

 

Puis, gonflés de désir, leurs deux corps dénudés,

Se jettent l’un dans l’autre avec voracité.

Emportés par l’élan de leurs folles étreintes

Ils goûtent sans compter un plaisir sans contrainte.

 

Enfin le corps repu ils s’étendent sans voiles

Pour écouter la nuit et parler aux étoiles.

Ils appellent Deneb, Véga et Altaïr,

 

Complices de leurs jeux, témoins de leur plaisir.

Plus tard lorsque la vie les aura séparés

Ils se retrouveront en voyant Cassiopée.

 

 

- L’on ne vit pas toujours que d’amour et d’eau fraîche

Et lorsque Cupidon a remballé ses flèches,

Quand le corps est comblé, il faut bien le remplir

Pour lui donner les forces d’où monte le désir.

Manger sous les étoiles est un plaisir subtil

Qui joint élégamment l’agréable à l’utile.

Je te propose donc, pour Antoine et Sabine

Un plat oriental : de l’agneau en tajine.

Les tajines se font toujours à l’étouffée

Et sont encor meilleurs lorsqu’ils sont réchauffés.

Tu désosses au couteau une épaule d’agneau

Que tu vas découper en assez gros morceaux.

Avec huile et oignon, tu les fais rissoler,

Qu’ils soient juste dorés et l’oignon pas brûlé.

Tout en surveillant bien, met dans une coupelle

Du gingembre râpé, ail, poudre de cannelle,

Un zeste de citron, un peu de persil plat

Puis tu verses l’ensemble, en tournant, dans ton plat.

Ajoute poivre et sel et mouille à ras d’eau chaude,

Monte à ébullition et couvre avec méthode.

Tu laisses cuire une heure, en couvrant ta cocotte

Puis tu vas rajouter un kilo de carottes,

Une botte de feuilles de coriandre hachées,

Tu trouves cette plante chez les bons maraîchers,

Et enfin n’oublie pas, pour couronner tout ça

Une grosse cuillère à café d’harissa,

Mélange emblématique dans le nord de l’Afrique

Qui redonne du nerf aux plus neurasthéniques !

Tu trouves ça en tube ou en boite, tout prêt

Mais tu peux aisément, aussi, le préparer.

Tu piles deux ou trois gousses d’ail au mortier,

Du coriandre frais, des piments antillais,

Algériens, tunisiens, ou encor marocains,

Une cuillère d’eau, du sel et du cumin.

Puis tu fais revenir dans de l’huile, à feu doux.

Ton harissa est prêt et, “ Ah, dis donc, Doudou ! ”

Il y a là de quoi relever les ardeurs

Amoureuses de trois régiments d’artilleurs !

Pour demi-heure encore tu laisses mijoter,

Puis tu mets des olives noires dénoyautées.

A nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.

Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.

Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour

A la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

 

 

Illustration X – Droits réservés

 

 

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Ecoute ! Ecoute !

 

Aux portes du paradis, un nouvel arrivant commence son récit: 
- Cela faisait un certain temps que je soupçonnais ma femme d’avoir une relation extra conjugale. Je suis donc rentre chez moi à l’improviste et évidemment, je l'ai trouvé complètement nue sur le lit. J’ai immédiatement fouillé l'appartement pour trouver le coupable. En vain. Et puis, je me suis souvenu qu'habitant le 15ème étage d'une tour, nous disposions d'un petit balcon. J'ai donc ouvert la porte-fenêtre et c'est la que j'ai vu cet homme suspendu dans le vide et s'agrippant à la rambarde du balcon. Je lui ai piétiné les mains pour qu'il tombe, mais il tenait bon. Alors je suis parti chercher un marteau. A grands coups sur chaque main, il a fini par lâcher prise. Mais un arbre a amorti sa chute. Voyant qu'il bougeait encore, j'ai attrapé le réfrigérateur de la cuisine et je l'ai fait basculer sur cet individu. L'effort a été si violent que j'ai succombé à une crise cardiaque. Et donc me voilà. 

- Ah bon ! Répond St Pierre passionné. C'est bon vous êtes admis au paradis.

 

Un second homme se présente peu après et commence à raconter l'histoire de sa mort a St Pierre: 
- Voyez-vous, débute-t-il, j'étais en train de repeindre mon balcon au 17ème étage d'une tour. Mon tabouret a vacillé et j'ai basculé dans le vide. Mais j'ai eu la possibilité de me rattraper à un balcon, deux étages plus bas. Je pensais être sauvé quand le propriétaire de ce balcon a commencé à me piétiner les mains puis à me casser les doigts à coups de marteau. Il était fou furieux que je m’accroche à son balcon. Et pire, lorsque j'ai lâché prise, comme je ne suis pas mort tout de suite, il m'a balancé son frigo sur la tête pour m’achever.

 

St Pierre : 
- Oui, j'ai entendu parler de cette histoire, vous pouvez entrer au paradis.

 

Un troisième homme arrive et entame, lui aussi, son récit à St Pierre: 
- Franchement, je ne sais pas comment c'est arrivé ! J’étais caché à poil dans un frigo et me voilà !!! 

 

 

14/05/2016

Ouiquinde érotique avec Alphonse Allais

 

 

femmes dessins blanche et noire.jpg

 

Proposition folichonne d’un peintre un peu loufoc qui voulait entraîner une jeune femme dans des cryptes, à seule fin de lui peindre le dos avec de la couleur verte.

 

Je dis, mettons, vers mes passages souterrains

Jeudi, mes tons verts, mais passages, sous tes reins.

 

Nous nous étalons

Sur des étalons.

Et nous percherons

Sur des percherons !

 

C’est nous qui bâtons,

A coup de bâtons,

L’âne des Gottons

Que nous dégottons !

Mais nous l’estimons (1)

Mieux dans les timons.

 

Nous nous marions

A vous Marions

Riches en jambons.

Nous vous enjambons

Et nous vous chaussons !

Oh ! Plutôt nichons

Chez nous des nichons !

 

Vite polissons

Les doux polissons !

Et les repompons !

C’est nous qui poissons

Des tas de poissons

Et qui les salons

Loin des vains salons !

 

Tout d’abord pigeons

Sept ou huit pigeons.

Du vieux Pô (2) tirons

Quelques potirons !

Aux doux veaux rognons

Leurs tendres rognons,

Qu’alors nous oignons

Du jus des oignons !

 

Puis, enfin, bondons-

Nous de gras bondons.

Les vins ? Avallons

D’exquis Avallons !

Après quoi ponchons (3)

D’odorants ponchons

Ah ! Thésaurisons !

Vers tes horizons

Alaska, filons !

A nous tes filons !

Pour manger visons

Au  front des visons,

Pour boire, lichons

L’âpre eau des lichons (4)

Ce que nous savons

C’est grâce aux savons

Que nous décochons

Au gras des cochons.

 

Oh ! Mon chat, virons,

Car nous chavirons !

 

Notes de l’auteur :

1 – L’âne, bien entendu.

2 – La chose se passe en Italie.

3 – M.Raoul Ponchon, notre éminent confrère et brave ami, ayant donné son nom à une des meilleures marques de cigares de La Havane, le verbe poncher est devenu synonyme de fumer avec délices.

4 – On appelle lichon, au Canada, le filet d’eau qui coule des glaciers.

 

 

Alphonse Allais

 

Illustration: merci à Serpieri

07/05/2016

Ouiquinde érotique avec Jean Benech De Cantenac

 

dessin femme couchée.jpg

 

 

L'occasion perdue recouverte


(...)
Par une secrette avenue,
Il fut dans son appartement,
Et la trouva nonchalamment
Dormant sur son lit étendue :
Mais, dieux ! que devint-il alors ?
En approchant de ce beau corps,
Il eut de mouvements étranges,
Lorsqu'une cuisse à découvert
Lui fit voir le bonheur des Anges
Et le ciel de l'Amour ouvert.

Dans cette agréable surprise
Où Cloris n'avait pas songé,
Elle avait assez mal rangé
Et ses jupes et sa chemise ;
Lisandre aussi, trop curieux,
Vit lors les délices des dieux,
La peine et le plaisir des hommes,
Nôtre tombe et nôtre berceau,
Ce qui nous fait ce que nous sommes
Et ce qui nous brûle dans l'eau.

Aimant de la Nature humaine,
Bijou chatouilleux et cuisant,
Précipice affreux et plaisant,
Cruel repos, aimable peine,
Remède et poison de l'amour,
Bûcher ardent, humide four
Où les hommes se doivent cuire,
Jardin d'épines et de fleurs,
Sombre fanal qui fait reluire
Nos fortunes et nos malheurs ;

Nid branlant qui nous sert de mue,
Asile où l'on est en danger,
Raccourci qui fait allonger
La chose la moins étendue,
Fort qui se donne et qui se prend,
Œil couvert qui rit en pleurant,
Bel or, beau corail, belle ivoire,
Doux canal de vie et de mort
Où, pour acquérir de la gloire,
L'on fait naufrage dans le port.

Petit trésor de la Nature, 
Etroite et charmante prison, 
Doux tyran de nôtre raison, 
Vivifiante sépulture, 
Autel que l'on sert à genoux, 
Dont l'offrande est le sang de tous, 
Sangsue avide et libérale, 
Roi de la honte et de l'honneur, 
Permettez que ma plume étale 
Ce que Lisandre eut de bonheur. 

Beau composé, belle partie,
Je sais bien que, lorsqu'il vous vit,
II n'observa dessus ce lit
Ni l'honneur ni la modestie ;
Mu d'amour et de charité
Il couvrit votre nudité,
Pour faire évaporer sa flamme,
Et savoura tous les plaisirs
Que le corps fait sentir à l'âme
Dans le transport de nos désirs

Ce beau dédale qu'il contemple
Avec des yeux étincelants
Fait naître et couler dans ses sens
Une ardeur qui n'a point d'exemple.
Ce feu qui consume son cœur
Porte partout sa vive ardeur,
Eclate enfin sur son visage.
Et ce lâche de l'autre jour (1),
Se raidissant d'un fier courage,
Ecume le feu de l'amour.

Plein d'ardeur, d'audace et de joie 
De remporter un si beau prix, 
Le galant sauta sur Cloris, 
Comme un faucon dessus sa proie, 
Quand cette belle, ouvrant les yeux, 
Vit Lisandre, victorieux, 
Forçant ses défences secrètes, 
Et, la tenant par les deux bras, 
Entrer, tout fier de ses conquêtes. 
En un lieu qu'on ne nomme pas. 
(...)

 

Jean Benech De Cantenac (1630-1714) 

 

In Poésies nouvelles et autres œuvres galantes (1662) ce poème d’amour fut attribué un temps, par erreur, à Corneille. On ne prête qu’aux riches

 

(1) dans une précédente tentative, Lisandre…resta piteusement en panne !

 

 

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