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16/01/2010

Au Bistro de la Toile : l’agneau à face humaine !

mouton humain.jpg

- - Fait-toi voir Loulle ! Tourne un peu la tête…Là. Comme ça…

 

- - Oh ! Victor, qu’est-ce que t’as ? T’es en train de virer ta cuti ou quoi ?

 

- - Non, Loulle, mais…

 

- - Mais quoi ?

 

- - Ben, je trouve qu’il te ressemble…

 

- - Qui ?

 

- L’agneau à tête humaine. T’es bien allé en vacances en Turquie il y a quelques mois ?

 

- Ben, ouais…

 

- Et en célibataire en plus ?

 

- Ben, ouais…

 

- Bè ! alors je crois que tu es père.

 

- T’es con ou quoi Victor ?

 

- Tè ! Regarde cette photo dans le journal.

 

- Mais c’est un journal anglais ! Le Daily Telegraph. Je lis pas le Rosbif moi, je le bouffe. Comme les côtelettes…

 

- Les côtelettes d’agneaux ?

 

- Ouais. J’adore. Et en Turquie, c’est pas ce qui manque.

 

- Tu es sur le chemin de l’aveu Loulle ! Regarde bien cette photo : c’est un agneau à face humaine ! Et…si, Loulle, y a quelque chose de toi ! C’est frappant.

 

- Qu’il est con ce Victor. Et qu’est-ce qu’il dit l’article ?

 

- Je te traduis : « Une brebis donne naissance à un agneau à face humaine. L’agneau est né dans un village proche de la ville d’Izmir, en Turquie. Erhan Elibol, un vétérinaire de 29 ans, a pratiqué une césarienne pour sortir un agneau mort-né, mais il a été horrifié de voir que l’agneau présentait une étonnante ressemblance – les yeux, le nez, la bouche - avec une face humaine. »

 

- Tè ! Victor, je me sens tout estransiné. Buvons un coup, c’est ma tournée…

 

- …de jeune père ! Ça me rappelle une histoire de bergers. C’est un jeune berger « citadin retour à la terre », frais émoulu de l’école de Salon, qui monte pour la première fois en estive au-dessus de Jausiers, sur le col de Restefond. Les journées sont longues et les nuits encore plus. Il demande aux autres pastres comment on fait pour… enfin pour les choses du sexe. Adrien, son « pelo », un vieux de la vieille lui dit : « Ben, les femmes, y en a pas beaucoup. Mais t’as mille brebis et douze chèvres ! Je te conseille plutôt les chèvres ». Le lendemain, au repas commun du soir, Adrien et les bergers – qui ont espinché le jeunot et l’on vu opérer, se fendent la gueule en se moquant de lui. Celui-ci, rouge de honte, leur dit :

 

- « Putaing, vous m’avez pris pour un con. C’est des conneries la légende des bergers qui se tapent leurs bêtes… Et moi, comme un bédigas, j’ai marché.

 

- Eh non, fadoli ! Mais c’est que t’as choisi le plus moche ! »

 

 

26/12/2009

Joyeux Noïo hel à tous

 

banquet-gaulois.gif

 

- Oh ! Victor. Comment, toi, un mécréant tonitruant, un athée proclamé, toi qui bouffe du curé comme de l’imam et du rabbin, tu fêtes Noël ? Tu fêtes la naissance du petit Jésus ? Oh ! Où on va comme ça ? Tu nous ferais pas une crise de foi au moins, non ?

- Rassure-toi Loulle. C’est pas demain que je vais tourner casaque. Bien sûr, ces « fêtes » de Noël dégoulinantes de conneries, surtout et avant tout dévolues au culte du dieu Commerce, me gonflent les aliboffis. Mais comment faire autrement tant la pression commerciale, la force d’inertie de la tradition » sont fortes. Mais ne nous laissons pas abuser par les curés et leur « petit Jésus » ni par les marchands avec leurs gros débile en rouge, symbole de cacacola chez les Zétazuniens.

Beaucoup ignorent que le mot "Noël" est un terme païen bien antérieur au christianisme. L'origine la plus vraisemblable du mot Noël ne serait pas le latin natalis dies (jour de naissance) mais le gaulois noïo hel signifiant «nouveau soleil».

- …taing ! Là tu deviens trop savant pour nous Victor. Mais continue, ça m’intéresse.

- Eh bien l'interprétation latine traditionnelle de l'origine du mot Noël viserait à occulter les origines pré chrétiennes de la fête qui trouve sa source dans le culte de Mithra (dieu du «soleil invaincu») chez les Romains et dans les autres fêtes de solstice des pays nordiques.
Avant la réforme du calendrier par Jules César, le solstice d'hiver correspondait au 25 décembre du calendrier romain de l’époque et les festivités ont continué de se tenir à cette date même après que le solstice eut correspondu au 21 décembre du calendrier julien. Le solstice d’hiver, je te le rappelle, c’est lorsque les jours recommencent à grandir, signifiant le renouveau, l’espoir que l’on fête dans la joie.

- Là tu nous embrouilles Victor.

- Pas du tout. Étymologiquement parlant, les laïques, les libres penseurs et les athées – dont Mézigue - ont donc toutes les raisons du monde de se souhaiter « Joyeux Noïo hel » (joyeux nouveau soleil) devenu Joyeux Noël, et ce faisant ils n'empruntent rien à la religion chrétienne !

- Bon. Tu nous rassures Victor. Alors levons nos hanaps gaulois à « Noïo hel » !

24/12/2009

Eroticonte: Dernier cadeau du Père Noël!

Mère Noël sexy.jpg

Dernier cadeau du Père Noël…

 

Kevin-Jérôme avait supporté avec un courage méritoire le repas du réveillon de Noël. En famille le repas. A quinze ans ! La honte. Avec tonton Georges et tante Jennifer en invités vedettes. Et les morveux ! Y en avait eu que pour eux. Parait que les enfants, c’est les rois des fêtes de Noël. Y en a toujours un qui pleure, qui pisse, qui gueule.

 

Les scintillants, les bougies, et rien que des conneries dans l’assiette : huitres, langoustes en sauce armoricaine – beurk !, foie gras – rebeurk !, dinde, fromages qui puent – rerebeurk !… Même pas de nuggets, même pas de frites, même pas de ketchup. Et dans les verres, des saloperies genre Saint-Emilion et Chateauneuf-du-Pape. Même pas de coca. La honte. Et il avait fallu supporter ça…

 

Et les cadeaux… Des livres, même pas de BD, des livres pour lui ! Ah ! Y avait tout de même eu l’intermède de son père qui pour faire de l’humour, avait offert à tante Jennifer un petit slip blanc bordé de dentelles rouges avec, écrit devant « Entrée du public » et derrière « Entrée des artistes » avec de petites flèches descendantes. D’une délicatesse… Elle n’avait que modérément apprécié tante Jennifer. Un peu relou le dabe !

 

Il avait fallu attendre trois plombes avant de pouvoir aller se pieuter. Enfin seul dans sa chambre, Kevin-Jérôme se fait éclater devant la glace deux ou trois boutons d’acné puis tire quelques puffs d’un joint de beu. De la hollandaise. Il se libère de ses fringues et s’allonge sous sa couette, se laissant voluptueusement glisser sur la pente de ses rêves dans les bras de Morphée.

 

Soudain, l’ado distingue une forme lumineuse dans la chambre. Une étrange silhouette pourpre bordée d’une aura d’un blanc bleuté électrique qui se déplace lentement et s’approche du lit. Kevin-Jérôme, encore aux confins de l’enfance, croit reconnaître l’apparence du Père Noël…

 

Le Père Noël approche sans bruit du lit et, d’un geste large, se débarrasse de sa houppelande. Mais, mais… bégaie Kevin-Jérôme dans sa tête « ce n’est pas le Père Noël, c’est la Mère Noël ! ».

 

Une Mère Noël nue sous la houppelande dont elle vient de se débarrasser. Kevin-Jérôme jette de côté la couette qui lui masquait en partie la somptueuse vision. La Mère Noël met les mains à sa taille et, en deux coups de hanche rapide, fait glisser son slip dont elle se libère d’un coup de pied léger. Puis, mains dans son opulente chevelure sombre, un sourire énigmatique illuminant son beau visage, cambrée, elle avance en glissant souplement, comme un torero devant le fauve, ondulant d’une hanche sur l’autre.

 

Kevin-Jérôme est tétanisé. Ses yeux ne peuvent se détacher de ce triangle sombre, de cette crinière de geai qui fleurit entre le ventre et les cuisses de la Mère Noël, au confluent de tous les désirs.

 

Celle-ci, d’un bond, se place solidement à califourchon sur la poitrine osseuse du jeune homme. Ondulant d’une épaule sur l’autre, ses longs cheveux lui masquant à demi le visage, elle présente à la bouche du jeune homme un sein puis l’autre. Deux beaux obus prolongés par une large aréole brune, que Kevin-Jérôme perçoit comme d’une lumineuse blancheur malgré la pénombre. Les bras coincés le long de son corps par les genoux et les cuisses de Mère Noël, le jeune homme ne peut saisir ces somptueuses rotondités qui le rendent fou de désir. Sa bouche s’efforce d’aspirer, de téter les pointes érigées. Puis Mère Noël change de position, se mettant toujours à califourchon, mais présentant son dos à la vue de Kevin-Jérôme. Elle recule, enjambant les épaules du jeune homme qui se retrouve la tête entre les cuisses de Mère Noël. Kevin-Jérôme, dans la nuit calendale, pour la première fois de sa vie, se trouve face à l’entrée du paradis. En face d’ELLE qu’il découvre. Une corolle ouverte, toute lisse dans son écrin de fourrure noire. Et l’œil de bronze. Devant son nez. Il respire à pleins poumons toutes ces effluves fantastiques. Un parfum somptueux : nez marin, crevette rose, jasmin, avec de légères nuances de poivre et de sueur.

 

N'en pouvant plus, Kevin-Jérôme enfouit son visage dans cette conque rose et nacrée. Le goût ! Ouarf ! le goût ! Une attaque en bouche franchement océane, goût de violet, avec des nuances d'anchois fraîches et de dorade grillée au fenouil. Puis viennent de délicates saveurs animales, de vieux cuir, de fauve en rut. Suivent des fragrances de charcuterie fine, rosette, jésus, avec des touches poivrées de copa, de figatelli. Enfin une somptueuse fin de bouche longue, ample, de sous bois, de truffes et de violettes.

Mère Noël, pendant ce temps, honore savamment la flamberge qui se dresse devant sa bouche goulue. Des lèvres, de la langue, des dents, elle prend la mesure de la virilité naissante, puis, se redressant, elle s’assoit sur le visage de Kevin-Jérôme, lui emprisonnant totalement bouche et narines. Celui-ci, au bord de l’asphyxie, hume, grume, lèche, avale le miel du bonheur. Pleins de lumières dans sa tête, plein de musiques, plein de cloches, plein de guirlandes de fleurs. Quelle fête!

La créature céleste libère enfin les bronches en feu de sa victime, se tourne et s’empale brutalement sur le membre tendu, gonflé de désir du jeune homme. Cavalière de tous les délices, Mère Noël, en quelques coups de reins, conduit le jeune homme aux confins de l’extase, aspirant aux tréfonds d’elle-même cette semence toute neuve. Elle module son cri de jouissance en un feulement de lionne comblée.

Tandis que Kevin-Jérôme, abruti de bonheur, sombre pour la première fois de sa vie dans cette somptueuse petite mort de l’amour, la créature ramasse sa houppelande et disparait comme elle était venue.

Au matin, Kevin-Jérôme, réveillé par le premier rayon de soleil de sa vie d’homme, les mains, le ventre et le sexe poisseux, essaie de retrouver, de retenir les bribes de rêves de la plus belle de ses nuits. Il se lève enfin et se dirige vers la salle de bain.

Entre le lit et la porte, il trouve le petit slip blanc bordé de dentelles rouge offert la veille…à tante Jennifer !

Eroticonte: Dernier cadeau du Père Noël!

Mère Noël sexy.jpg

Dernier cadeau du Père Noël…

 

Kevin-Jérôme avait supporté avec un courage méritoire le repas du réveillon de Noël. En famille le repas. A quinze ans ! La honte. Avec tonton Georges et tante Jennifer en invités vedettes. Et les morveux ! Y en avait eu que pour eux. Parait que les enfants, c’est les rois des fêtes de Noël. Y en a toujours un qui pleure, qui pisse, qui gueule.

 

Les scintillants, les bougies, et rien que des conneries dans l’assiette : huitres, langoustes en sauce armoricaine – beurk !, foie gras – rebeurk !, dinde, fromages qui puent – rerebeurk !… Même pas de nuggets, même pas de frites, même pas de ketchup. Et dans les verres, des saloperies genre Saint-Emilion et Chateauneuf-du-Pape. Même pas de coca. La honte. Et il avait fallu supporter ça…

 

Et les cadeaux… Des livres, même pas de BD, des livres pour lui ! Ah ! Y avait tout de même eu l’intermède de son père qui pour faire de l’humour, avait offert à tante Jennifer un petit slip blanc bordé de dentelles rouges avec, écrit devant « Entrée du public » et derrière « Entrée des artistes » avec de petites flèches descendantes. D’une délicatesse… Elle n’avait que modérément apprécié tante Jennifer. Un peu relou le dabe !

 

Il avait fallu attendre trois plombes avant de pouvoir aller se pieuter. Enfin seul dans sa chambre, Kevin-Jérôme se fait éclater devant la glace deux ou trois boutons d’acné puis tire quelques puffs d’un joint de beu. De la hollandaise. Il se libère de ses fringues et s’allonge sous sa couette, se laissant voluptueusement glisser sur la pente de ses rêves dans les bras de Morphée.

 

Soudain, l’ado distingue une forme lumineuse dans la chambre. Une étrange silhouette pourpre bordée d’une aura d’un blanc bleuté électrique qui se déplace lentement et s’approche du lit. Kevin-Jérôme, encore aux confins de l’enfance, croit reconnaître l’apparence du Père Noël…

 

Le Père Noël approche sans bruit du lit et, d’un geste large, se débarrasse de sa houppelande. Mais, mais… bégaie Kevin-Jérôme dans sa tête « ce n’est pas le Père Noël, c’est la Mère Noël ! ».

 

Une Mère Noël nue sous la houppelande dont elle vient de se débarrasser. Kevin-Jérôme jette de côté la couette qui lui masquait en partie la somptueuse vision. La Mère Noël met les mains à sa taille et, en deux coups de hanche rapide, fait glisser son slip dont elle se libère d’un coup de pied léger. Puis, mains dans son opulente chevelure sombre, un sourire énigmatique illuminant son beau visage, cambrée, elle avance en glissant souplement, comme un torero devant le fauve, ondulant d’une hanche sur l’autre.

 

Kevin-Jérôme est tétanisé. Ses yeux ne peuvent se détacher de ce triangle sombre, de cette crinière de geai qui fleurit entre le ventre et les cuisses de la Mère Noël, au confluent de tous les désirs. 

 

 Celle-ci, d’un bond, se place solidement à califourchon sur la poitrine osseuse du jeune homme. Ondulant d’une épaule sur l’autre, ses longs cheveux lui masquant à demi le visage, elle présente à la bouche du jeune homme un sein puis l’autre. Deux beaux obus prolongés par une large aréole brune, que Kevin-Jérôme perçoit comme d’une lumineuse blancheur malgré la pénombre. Les bras coincés le long de son corps par les genoux et les cuisses de Mère Noël, le jeune homme ne peut saisir ces somptueuses rotondités qui le rendent fou de désir. Sa bouche s’efforce d’aspirer, de téter les pointes érigées. Puis Mère Noël change de position, se mettant toujours à califourchon, mais présentant son dos à la vue de Kevin-Jérôme. Elle recule, enjambant les épaules du jeune homme qui se retrouve la tête entre les cuisses de Mère Noël.  Kevin-Jérôme, dans la nuit calendale, pour la première fois de sa vie, se trouve face à l’entrée du paradis. En face d’ELLE qu’il découvre. Une corolle ouverte, toute lisse dans son écrin de fourrure noire. Et l’œil de bronze. Devant son nez. Il respire à pleins poumons toutes ces effluves fantastiques. Un parfum somptueux : nez marin, crevette rose, jasmin, avec de légères nuances de poivre et de sueur.

 

N'en pouvant plus, Kevin-Jérôme enfouit son visage dans cette conque rose et nacrée. Le goût ! Ouarf ! le goût ! Une attaque en bouche franchement océane, goût de violet, avec des nuances d'anchois fraîches et de dorade grillée au fenouil. Puis viennent de délicates saveurs animales, de vieux cuir, de fauve en rut. Suivent des fragrances de charcuterie fine, rosette, jésus, avec des touches poivrées de copa, de figatelli. Enfin une somptueuse fin de bouche longue, ample, de sous bois, de truffes et de violettes.

Mère Noël, pendant ce temps, honore savamment la flamberge qui se dresse devant sa bouche goulue. Des lèvres, de la langue, des dents, elle prend la mesure  de la virilité naissante, puis, se redressant, elle s’assoit sur le visage de Kevin-Jérôme, lui emprisonnant totalement bouche et narines. Celui-ci, au bord de l’asphyxie, hume, grume, lèche, avale le miel du bonheur. Pleins de lumières dans sa tête, plein de musiques, plein de cloches, plein de guirlandes de fleurs. Quelle fête!

La créature céleste libère enfin les bronches en feu de sa victime, se tourne et s’empale brutalement sur le membre tendu, gonflé de désir du jeune homme. Cavalière de tous les délices, Mère Noël, en quelques coups de reins, conduit le jeune homme aux confins de l’extase, aspirant aux tréfonds d’elle-même cette semence toute neuve. Elle module son cri de jouissance en un feulement de lionne comblée.

Tandis que Kevin-Jérôme, abruti de bonheur, sombre pour la première fois de sa vie dans cette somptueuse petite mort de l’amour, la créature ramasse sa houppelande et disparait comme elle était venue.

Au matin, Kevin-Jérôme, réveillé par le premier rayon de soleil de sa vie d’homme, les mains, le ventre et le sexe poisseux, essaie de retrouver, de retenir les bribes de rêves de la plus belle de ses nuits. Il se lève enfin et se dirige vers la salle de bain.

Entre le lit et la porte, il trouve le petit slip blanc bordé de dentelles rouge offert la veille…à tante Jennifer !

 

22/12/2009

Conte (amer) de Noël d'un mécréant au grand coeur




afrique crève la faim.jpg



Le baobab aux lucioles sacrées


Nous sommes dans une ville d'Afrique. Ce pourrait être Abidjan, Conakry, Dakar ou Yaoundé. Il fait nuit. Un grand noir tire une petite remorque dans laquelle est assise une très jeune femme enceinte jusqu'au yeux.


- Oh ! Boubakar-Joseph, j'ai mal. J'ai mal. Mon ventre, c'est comme une calebasse trop pleine qui va éclater. C'est encore loin l'hôpital ?


- Non. Courage Chérie-Marie. On va bientôt arriver. Tu vas avoir un bon lit dans la grande salle. Paraît même qu'y a des ventilateurs. Les docteurs habillés en blanc vont bien s'occuper de toi. Courage ma petite Chérie-Marie, mon orchidée d'amour, ma petite gazelle, ma jolie mangue douce, étoile de mon ciel, soleil de mon cœur.


- Boubakar-Joseph, j'ai mal, j'ai mal...


- On arrive, Chérie-Marie. Voilà l'hôpital.


Le couple s'arrête devant l'entrée de l'hôpital. Boubakar-Joseph s'adresse à un planton en blouse blanche :


- Bonjour Monsieur le Docteur. Ma femme, Chérie-Marie, est en train de travailler l'enfant. Elle a beaucoup mal au ventre. Beaucoup mal au ventre Monsieur le Docteur. Il faut  l'aider à faire l'enfant. C'est notre premier Monsieur le Docteur !


Le planton-docteur, très administratif, répond :

- Nous avons donc et par conséquent que la dénommée Chérie-Marie demande à être admise à l'hôpital. Pourquoi ? Vous avez un certificat médical ?

- Mais non, Monsieur le Docteur. Mais vous voyez bien qu'elle travaille l'enfant !

- Je vois surtout que vous n'avez pas de certificat médical. Donc, présentement, le règlement ne me permet pas de vous admettre. Passez votre chemin !

- Mais...


Le planton brandit un bâton au-dessus de la tête du pauvre Boubakar-Joseph et crie :

- Foutez-moi le camp ! Revenez demain si vous avez un certificat médical !


Le pauvre Boubakar-Joseph console sa femme avec des gestes pleins de douceur et ils repartent.


- Oh ! Boubakar-Joseph, j'ai mal, j'ai mal...

- Courage ma jolie colombe d'amour. Regarde. Tout près il y a le grand hôtel des français. Ils nous aideront.


Ils stoppent devant une grande bâtisse en béton à l'enseigne : " Grand hôtel de France et du commerce réunis ". Boubakar-Joseph s'adresse au portier noir qui rentre prévenir le patron français. Celui-ci - veste saharienne, chapeau de brousse sur la tête - sort. Dans l'hôtel, on entend les musiques de la fête.

- Bwana Patron, ma femme Chérie-Marie travaille l'enfant. Ils ne l'ont pas voulue à l'hôpital. Pourriez-vous nous autoriser à nous installer dans un petit coin d'une petite pièce de votre grand hôtel ? Il y a sûrement un docteur parmi vos clients...


Le Français le regarde comme il regarderait une merde : on n'a pas d'états d'âme vis-à-vis d'une merde, on l'évite, c'est tout...Puis il éclate de rire en se tapant sur les cuisses et dit :

- Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ben dis donc ! Il est gonflé celui-là. Il voudrait que sa grosse mette bas donc mon hôtel ! Puis quoi encore ! Fout le camp salopard ! Tu dégueulasses mon entrée ! Dégage vite ou je te fais bastonner !


Il s'approche, la main haute, de Boubakar-Joseph. Le portier noir accourt lui aussi, armé d'un bâton, prêt à frapper. Le malheureux couple s'en va.

- Oh ! Boubakar-Joseph, j'ai mal, j'ai mal. Comme si une hyène me mordait dans le ventre. J'en peux plus Boubakar-Joseph. J'en peux plus...

- Courage mon océan de rêve, ma petite panthère d'amour. Je vois le poste de police tout près. Je vais demander de l'aide. Ce sont des gardiens de la paix. Ils sont là pour nous protéger, pour nous porter assistance...


Ils s'arrêtent devant un immeuble surmonté de la pancarte " Police - Au service du Peuple". Boubakar-Joseph s'approche. On entend des bruits de voix sortant du bureau :

- ...et dix de der ! Vous êtes dedans mon adjudant ! Vous êtes dedans !


Voilà que sort en bougonnant un sous-off noir en short et chemise kakis, képi de travers sur le front, une canette de kronenbourg dans chaque main. Il aperçoit Boubakar et dit :

- Qu'est-ce-qu'y veut çui-là ? Qu'est-ce-qu'y veut ? ...Dedans, dedans. En voilà un que je vais foutre dedans, moi !


Boubakar-Joseph, intimidé, s'approche. Devant l'adjudant, il claque des talons et salue militairement en disant :

- Excusez-moi de vous demander pardon, Chef ! Ma femme que voici est en travail d'enfant. Personne veut nous aider, Chef ! Personne...


Le chien de quartier s'envoie un long gorgeon de bière, s'essuie sur le revers de sa manche, rote un grand coup et gueule :

- Tu veux que je te foute dedans ? Est-ce que j'ai une gueule de sage-femme ? Fout le camp ou c'est moi qui te fout au trou !


Boubakar part en courant, retrouve sa femme qui geint sur la petite remorque. Les larmes aux yeux, il s'efforce de la consoler :

- Du courage jolie fleur de mon cœur, rosée de mes jours, musique de ma vie.


Ils repartent. En passant sous un arbre, un petit singe saute sur la remorque de Chérie-Marie, lui donne une banane,  puis saute sur l'épaule du grand noir et lui parle :

- Boubakar-Joseph, Chérie-Marie, enfin je vous ai trouvé ! Venez vite. Suivez cette traînée de lumière devant vous, dans le ciel. Ce sont les lucioles sacrées.


Chérie-Marie mange la banane du petit singe. Immédiatement son terrible mal de ventre se dissipe.

- Oh ! Boubakar-Joseph, je n'ai presque plus mal ! Je n'ai presque plus mal ! Regarde ! Regarde toutes ces poussières d'étoiles ! Elles bougent comme un nuage de feu. Elles semblent nous montrer un chemin. Suivons-les...


Suivant le nuage de lucioles et le petit singe qui gambade et cabriole joyeusement devant eux, le couple atteint les faubourgs de la ville et gagne la jungle.

- Regarde Chérie-Marie, les grands arbres se penchent sur ton passage comme pour te saluer. Regarde ! Plein de singes nous suivent. Et des gazelles maintenant, tout un troupeau. Et les zèbres. Vois. Même les grands serpents. Même la girafe. Là, regarde, le rhinocéros.

- Je n'ai plus mal Boubakar-Joseph ! Je n'ai plus mal du tout ! Et toutes ces fleurs, tous ces arbres, tous ces animaux qui nous veulent du bien ! Regarde Boubakar-Joseph, là le grand baobab. Les lucioles sacrées lui font comme une couronne scintillante. C'est là qu'il nous faut aller Boubakar-Joseph ! C'est là. Je le sens. Je le sais.

- Chérie-Marie, c'est merveilleux. Qu'est-ce qu'il nous arrive ! Qu'est-ce qu'il nous arrive ! Là, regarde, au pied de l'arbre. Une grande lionne. N'ai pas peur Chérie-Marie, regarde comme elle est amicale. Elle t'invite à t'étendre près d'elle sur la fourrure si douce de son ventre. Et voilà un éléphant. Il m'aide Chérie-Marie ! Il m'aide avec sa trompe à te déposer délicatement contre le ventre de la lionne. Il te fait de l'air avec ses grandes oreilles pour te rafraîchir !

- Oh ! Boubakar-Joseph. Là, entre mes jambes. Ça coule. Pourtant je n'ai pas mal. C'est chaud. Boubakar ! Boubakar, tiens-moi la main !

Il est là ! Il est là ! C'est un garçon ! C'est notre fils Boubakar-Joseph ! C'est notre fils ! Oh ! Boubakar-Joseph, quel bonheur. Comment allons-nous l'appeler.

- Appelons-le Jésus !



20/12/2009

Gastronomie de Noël: Les cardons à l'anchois




cardons.jpg


On les voit à l'étal des marchands de légumes,

Ils y sont tout 1 'hiver. On les prend, on les hume,

Puis, généralement, on les remet en place,

Car de les préparer, peu de gens ont l'audace.. .

Parce qu'on ne sait pas bien comment les apprêter,

Les cardes et cardons sont souvent contestés.

Et pourtant, en Provence, ils sont indispensables

Quand vient le "Gros souper" des tables calendales.

Le cardon à l'anchois est un plat rituel

Du grand repas festif de la nuit de Noël,

Autant que la morue, l'àpi (1), les escargots,

Le muge (2) et les desserts à tire l'arigo.

On appelle cardon la cote de la carde,

Espèce d' artichaut qui, 1'hiver, s'acagnarde

À l'abri des cébisses (3) et des haies de cyprès.

Les meilleures sont celles qui sont serrées très près

Du sol pour qu'elles restent bien tendres et blanches

Et non fibreuses, raides comme de vieilles branches.

Compte deux bons kilos pour quatre ou cinq personnes:

Il y a du déchet plus qu'on ne le soupçonne.

Jette toutes les feuilles et les côtes squameuses,

Ôte soigneusement les parties filandreuses,

Puis coupe tes cardons en tronçons de trois doigts,

Dans de l'eau vinaigrée plonge-les tout de suite,

Par cette précaution le cuisinier évite

Que les cardons brunissent sans qu'on sache pourquoi.

Puis, en eau abondante, salée et citronnée,

Tu les fais cuire une heure. Lorsque c'est terminé,

Tu va les égoutter et réserver au frais

Jusques au lendemain. C'est là l'un des secrets

Pour réussir ce plat, parce que, je le prétend

La carde est un légume qui se cuit en deux temps.

Attaquons maintenant notre phase finale,

Mais sers-moi un canon: il faut mouiller la dalle!

Dans de l'huile d'olive chaude au fond d'un faitout

Tu fais suer tes cardes doucement, à feu doux.

Pendant ce temps tu prends dix beaux anchois salés,

Sous l'eau du robinet, sépare les filets.

Fait une Béchamel avec un quart de lait,

Ajoute les anchois et, en tournant, fond-les

Dans la préparation avec une cuiller.

Dans le premier faitout, tu verses alors ceci,

Tu mélanges aux cardons en ayant le souci

De ne point écraser tes tronçons légumiers.

Un quart de lait de plus, de noix muscade un peu,

Sel, poivre du moulin, puis retire du feu.

Tu incorpores, alors, du râpé de gruyère,

Enfin verse le tout dans un plat à gratin

Saupoudre de fromage de façon régulière,

Puis tu mets à four chaud sans plus de baratin.

Lorsque c'est gratiné, tu sers chaud et fumant.

Ce plat est idéal en accompagnement

D'une côte de bœuf ou d'un poisson au four.

C'est un plat du terroir, simple comme bonjour,

Mais un plat succulent et, de plus, diététique

Que l'on mange en Provence depuis les temps antiques.

Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire

Ma tripe est assoiffée, remplis raz bord mon verre

De ce nectar divin de la Vallée du Rhône

Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.

 

Ingrédients et proportions pour six personnes:

 

- Trois kilos de cardes, - 1 verre de vinaigre, - 1 jus de citron, - 1 poignée de gros sel, - 3 cuillerées d'huile d'olive de la Vallée des Baux, - 10 anchois salés, - 1 demi-litre de lait, - muscade, - poivre du moulin, - 3 hectos de gruyères râpé.

 

Les vins conseillés:

 

Les cardons étant surtout un plat d'accompagnement, le choix du vin dépend du plat principal. Avec une côte de bœuf, des vins rouges jeunes ou même primeurs. En Côtes-du-Rhône: Sainte-Cécile-Ies-Vignes, Rochegude, Tulette, Saze, Domazan, Gallician. En vins du Languedoc: Aspiran, Berlou, Cournonterral, Poujols. En vins de Provence: Allauch, Châteauneuf-Ie-Rouge, Cuers, Flassans-sur-Issole.

Avec un poisson au four, des blancs capiteux. En Côtes-du-Rhône: Laudun, Uchaux, Châteauneuf-de-Gadagne, Codolet. En Languedoc: Argeliers, Bize-Minervois, Puichéric, Roubia. En Provence: Camps-la-­Soure, Rocbaron, Meyreuil, Le Tholonet.

 

 

(1) L'api : le céleri.

(2) Muge: encore appelé mulet - c'est un poisson de mer qui monte frayer dans fleuves et rivières et particulièrement dans le Rhône.

(3) Cébisses : haies coupe-vent faites en cannes de Provence.

 

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AVIS A LA POPULATION

 

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Merci à Tropicalboy

 

 

 

13/12/2009

Ouiquinde épicurien: après le cul, le ventre!

 

Cassoulet pour web.jpg

 

 

Le Cassoulet de Paulette


 

En ce temps là, petit, les terres occitanes

Subissaient les horreurs des foudres vaticanes.

La conjonction rapace de talibans papistes

Et de seigneurs brumeux aux vues colonialistes

Jetait en pays d'Oc des hordes franchimandes.

Ils tuaient, ils violaient, ces barbares en bandes,

Saccageant les campagnes, pillant villes et bourgs,

Exterminant le peuple, brûlant les troubadours.

Sous les exhortations de l'affreux Dominique

Ils cramaient les parfaits, sous le nom d'hérétiques.

Ces bœufs au front obtus, à l'ombre de leur croix

Menaient honteusement, pour leur pape et leur roi

La razzia des voleurs: la guerre de conquête.

Finies les Cours d'Amour, place au bal des squelettes.

- Ces temps étaient bien durs, ces gens étaient bien laids

Mais, Victor, on devait parler du cassoulet!

- Exactement, petit. Ouvre ce Saint-Nabor

Et buvons à la Dame Jéhanne de Lavaur,

Car c'est elle qui, en ces périodes troublées,

Au front de l'ennemi, créa le Cassoulet!

Ah ! Il fallait la voir notre Dame Jéhanne,

Indomptable, farouche et belle comme Diane,

Culbutant les marauds, écrasant les soudards,

Taillant et estoquant Franchimands et Picards,

Plus de six pieds de haut et lourde d'un quintal,

Sa crinière de geai et ses yeux de cristal,

Galvanisaient le peuple assiégé de la ville

Et glaçaient de terreur les assaillants débiles.

Tous abordaient l'hiver de l'an mille cent onze.

Les rives de l'Agout changeaient leurs ors en bronze,

Les assiégeants, menés par Simon de Montfort

S'efforçaient d'affamer le peuple de Lavaur,

Place fortifiée entre Albi et Toulouse,

Capitale du Sud, de son honneur jalouse.

L'Occitanie d'alors était démocratique,

On discutait de tout sur la place publique,

On s’aimait, s'entraidait, partageait l'assiettée,

Les maîtres mots étaient Amour et Liberté.

Dans Lavaur étranglée, la position est grave.

Jéhanne alors regroupe et harangue ses braves:

- « Monfort veut notre peau, il devra payer cher,

Ne nous nourrissons pas d' avés et de paters !

Amenez tous céans ce qui se peut manger,

Tout ce que vous avez, nous l'allons partager. »

Et chacun apporta, de caves et greniers,

Qui des tours de saucisses, qui des cochons entiers,

Qui des canards confits, qui de la graisse d'oie,

Qui des sacs de Pamiers, qui des fèves de Foix.

Dans de vastes chaudrons on fit cuire le tout.

C'est ainsi que naquit le célèbre ragoût,

L'un des plats les meilleurs qui se puisse avaler,

Puissant, tonitruant, fondant: le Cassoulet!

De Castelnaudary à Toulouse et Lavaur

De Castelsarrasin à Pamiers et Cahors,

Des berges de l'Ariège aux rives de Garonne,

Du château de Phoebus aux tours de Carcassonne,

Le cassoulet est roi, le cassoulet est maître,

Il donne à ses sujets plénitude et bien-être,

De tout le Sud-Ouest il est le plat fanion

Symbole de l'union et de la rébellion.

Voici comment le fait Paula de la Verrière,

Jéhanne d'aujourd'hui, grande, forte et altière.

Les premiers ingrédients, ce sont les haricots,

Il te faut des Pamiers, ou sinon des Cocos.

S'ils sont secs, trempe-les avant de mettre à cuire,

S'ils sont frais, dans de l'eau, tu les mets à blanchir

Demi-heure environ, toujours à gros bouillons,

Du sel évidemment et des petits oignons.

Lorsque les haricots sont souples sous le doigt

Tu égouttes et réserves, au chaud comme il se doit.

Range de belles couennes au fond de la marmite,

Place tes haricots par dessus tout de suite,

Un carré de cochon frotté d'ail et de sauge,

Quelques tours de saucisse, de Foix, Toulouse ou Auch,

(À Toulouse on y met un morceau de mouton,

À Castelnaudary, seulement du cochon),

Trois tomates en quartiers, mondées, épépinées,

Un saucisson de couennes et du petit-salé,

Quelques clous de girofles, poivre, bouquet garni.

Tu mouilles avec le jus où les fayots ont cuit,

Tu couvres et tu mets pour trois heures à feu doux.

Va-t'en boire un canon, et oublies ton faitout.

Deux heures après tu ouvres et vérifies le plat,

Si besoin est, rajoute du bouillon, juste un doigt,

Tu poses sur le tout - avec quelle allégresse! ­

Des cuisses de canard confit, avec leur graisse.

Tu fermes de nouveau et remets sur le feu,

Ou plutôt dans le four, une bonne heure ou deux.

Pour l'onctuosité - c'est un secret, écoute! ­

Sept fois, à la cuiller, tu casseras la croûte

Qui se forme au-dessus de ton plat qui mijote,

Fait délicatement, avec tact et jugeote.

Ton cassoulet est prêt, met l' oulo sur la table

Et sert à tes convives des portions équitables.

Accompagne ce plat d'un vin rouge puissant,

Cairanne, Châteauneuf, Gigondas ou Visan.

Dégustant ce fleuron des cuisines de France,

Tu manges, avec Jéhanne, un plat... de Résistance!

Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire,

Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre

D'un de ces vins subtils, poussés en Languedoc

Qui te rendent gaillard, solide comme un roc.


 

 

Ingrédients et proportions pour six personnes:


 

- 2 kg de haricots frais, des pamiers, des cavaillonnais, des cocos de Paimpol, à la rigueur des soissons (avec des haricots secs, divisez cette quantité par deux et faites tremper une nuit avec un peu de bicarbonate), - 3 couennes de cochon, - 1 carré d'un demi kilo de cochon (rouelle ou filet), - 1 kilo de saucisse de Toulouse, - 1 saucisson de couenne, - éven­tuellement 1 demi kilo de mouton (morceaux pour ragoût), - 2 hectos de petit-salé en dés, - 6 cuisses de canard confit, - 6 gousses d'ail, - 6 feuilles de sauge (fraîche ou sèche), - 1 oignon piqué de six clous de girofle, - 3 tomates coupées en quartiers, - 1 gros bouquet garni (thym, laurier, persil), - 2 cuillerées à café de poivre noir, - 1 poignée de gros sel de Camargue, - de l'eau à la demande (pour cuire les haricots).


 

Les vins conseillés:


 

A plat puissant, vins généreux. Pour le cassoulet, en vins de la vallée du Rhône: Cairanne, Vinsobres, Visan, Tulette, Rochegude, Suzette, Séguret, Violès, Rasteau, Sérignan-du-Comtat, Beaumes-de- Venise, Lirac, Bédarrides, St-Gervais, St-Victor-Lacoste, Estézargues, Domazan.

En vins du Languedoc et du Roussillon: Saint-Chinian, Pic-Saint-Loup, Saint-Georges-d'Orques, La Méjanelle, Faugères, Minervois, Fitou...Cor­bières, Collioure.

En vins de Provence: Bandol, Palette, Barjols, Saint-Maximin, La Roquebrussanne, Cogolin, Le Cannet-des-Maures, Bellet.

Sans oublier, bien sûr, les Gaillac, les Madiran, les Cahors et les Pécharmant.

 

22/11/2009

Gloire au cochon, mon ami, mon frère!

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En ce ouiquinde du vin nouveau, il se boit, il se mange, il se chante partout dans les riches terroirs des Côtes-du-Rhône. Tè, voilà un de nos tubes de la Chorale des Bois-sans-soif que nous allons maintes fois chanter toute la journée, d'une cave à l'autre. Au son du canon évidemment. Mais, avec modération, bien sûr!

Ami Cochon, mon frère.

 

Je te salue bien bas, ami cochon, mon frère,

Ô toi, dont le trépas annonce bonne chère,

Je te salue bien bas, toi dont le sacrifice

Fournit à nos repas fricassées et saucisses.(bis)

Merci pour ton boudin, merci pour tes jambons,

Merci, merci pour tout, car en toi tout est bon !

Pour fêter le Cochon, amis, levons nos verres,

Que le Côtes-du-Rhône, toujours, nous désaltère.(bis)

 

Je te salue bien bas, ami cochon, mon frère,

Tu sais rassasier nos ardeurs carnassières,

Nous aimons tout en toi, ta tripe, ta chair fraîche

Tes bajoues, tes rognons, ta langue, ta ventrèche.(bis)

Merci pour tes pâtés, merci pour tes caillettes,

Tes quatre pieds panés, ton fromage de tête.

Pour fêter le Cochon, amis, levons nos verres,

Que le Côtes-du-Rhône, toujours, nous désaltère.(bis)

 

Je te salue bien bas, ami cochon, mon frère,

En humant les parfums montant de la daubière

Où mijote à feu doux dans du Côtes-du-Rhône

Les morceaux succulents que ton trépas nous donne.(bis)

Merci pour ton échine et ton  filet mignon,

Merci pour ton jésus et pour tes saucissons.

Pour fêter le Cochon, amis, levons nos verres,

Que le Côtes-du-Rhône, toujours, nous désaltère.(bis)

 

cochon broche.jpg

 

 

 

Je te salue bien bas, ami cochon, mon frère

Fidèle compagnon des sorties rabassières

Où dans les bois de chêne, ton odorat subtil

Te fait trouver les truffes de décembre à avril. (bis)

Merci pour ton regard espiègle et rigolard,

Pour ton grand appétit, pour tes chants, pour ton lard.

Pour fêter le Cochon, amis, levons nos verres,

Que le Côtes-du-Rhône, toujours, nous désaltère.(bis)

 

Je te salue bien bas, ami cochon, mon frère,

Car toi seul assouvit nos passions charcutières,

Salé, fumé, grillé, braisé ou même cru,

Tu es le compagnon des meilleurs de nos crûs. (bis)

Merci pour les ardeurs que chez nous tu éveilles,

Car en chacun de nous, un peu de toi sommeille !

Pour fêter le Cochon, amis, levons nos verres,

Que le Côtes-du-Rhône, toujours, nous désaltère. (bis)

 

Je te salue bien bas, ami cochon, mon frère

Car ta réputation excite les rosières

Idol’ des sautopafs et terreur des cocus

Tu portes le flambeau de ceux qui aim’ le cul. (bis)

Merci pour les tétons et pour les rondes fesses

Pour les peaux satinées appelant les caresses.

Pour fêter le Cochon, amis, levons nos verres,

Que le Côtes-du-Rhône, toujours, nous désaltère.(bis)

 

 

 

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06/11/2009

En Arizona, un immigré irakien tue sa fille, trop occidentalisée

La journaliste Armelle Vincent, en poste aux Etats-Unis rapporte ce fait-divers édifiant dans Rue 89 :

« Noor Faleh Almaleki s'était trop occidentalisée au goût de son père, un immigré irakien arrivé aux USA dans les années 90. Les manières, la vie amoureuse, le choix de vie, les vêtements, la coupe de cheveux de cette belle jeune femme de 20 ans, allaient bien au delà de ce que ce musulman traditionnaliste pouvait supporter sans perdre la face.

Alors, après avoir ruminé son macabre projet pendant plusieurs jours, Faleh Hassan Almaleki est finalement passé à l'acte. Le 20 octobre dernier, il est allé attendre sa fille sur le parking d'un bureau de Peoria (Arizona). En l'apercevant, il a foncé sur elle au volant de sa Jeep Cherokee et l'a écrasée. Pour sauver l'honneur de la famille.

Noor est morte lundi des suites de ses blessures après un coma de deux semaines. A l'annonce de son décès, Faleh Hassan est resté de marbre. En tenue de prisonnier, il s'est présenté devant le tribunal supérieur de Maricopa County. Calmement, il a répondu aux questions du juge qui l'a inculpé d'homicide. Les autres chefs d'accusation ne sont pas encore connusSon meurtre commis, alors que sa fille git dans une mare de sang, Faleh Hassan prend immédiatement la fuite. Il passe au Mexique et abandonne sa voiture dans la ville frontière de Nogales. De là, il prend un bus en direction de Mexico d'où il s'envole pour Londres le 25 octobre.

Mais les douaniers britanniques lui refusent l'entrée de leur pays. Non parce qu'ils sont au courant du crime, mais parce que Faleh n'a que 400 dollars en poche et que son contact en Angleterre est actuellement au chômage. Il est donc renvoyé illico presto aux Etats-Unis, où il est accueilli par un couple de US Marshalls.

Faleh a été identifié par Amal Edan Khalaf. Cette femme de 43 ans, mère du compagnon de Noor, se trouvait avec elle le jour du drame. Elle aussi a été renversée par le véhicule et blessée. Les deux femmes et le jeune homme vivaient ensemble depuis le retour de Noor du Moyen-Orient, où Faleh l'avait envoyée se marier contre son gré.

Avant le décès de sa soeur, le frère de Noor, Peter-Ali, a accordé une interview à une chaîne de télévision locale. Voici ce qu'il a déclaré :

« Depuis qu'elle est rentrée il y a deux ans, ma soeur n'a eu de cesse de manquer de respect à mon père. Nous avons une culture et des valeurs différentes. Certaines d'entre elles n'ont aucun sens pour les Occidentaux. »

Le père et la fille se disputaient sans cesse. Elle voulait vivre sa vie à l'américaine. Pour Faleh, c'était une honte insupportable. D'après Peter-Ali, il avait menacé sa fille à plusieurs reprises. D'ailleurs, il a admis avoir prémédité son crime.

Cette tragédie insensée n'est pas la première aux Etats-Unis. En janvier 2008, Yaser Abdel Said, un Egyptien résidant au Texas, assassine ses deux filles de 17 et 18 ans dans son taxi avant de prendre la fuite. Il n'a jamais été appréhendé. Les deux lycéennes étaient elles aussi accusées par leur père d'être « trop modernes » : elles fréquentaient des garçons.

En juillet 2008, Sandeela Kanwal, 25 ans, est étranglée par son père, le Pakistanais Chaudhry Rashid, après avoir demandé le divorce d'un cousin que sa famille l'a forcée à épouser. »

 

Laissons les "idiots utiles" islamo-gauchistes méditer sur ces réalités, si les boyaux de leur tête ne sont pas trop tartrés.

 

 

04/10/2009

Gastronomie rabelaisienne : la Tête de veau.

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Dimanche dernier, avec une vingtaine solides bambocheurs rustiques et felliniens, nous avons fait la Danse de la Pluie sur la place du village afin de conjurer une sécheresse fatale tant aux cèpes qu’aux pieds de moutons. Puis, dans l’arrière salle du bistrot, nous avons enfourné la Tête de veau cuisiné par mézigue ! Et alors que nous attaquions à pleine voix « La femme qui pète au lit », une superbe averse nous a comblé de joie !

La tête de veau.

Quand revient chaque année le temps du vin nouveau

Je convie mes amis pour la Tête de Veau.

C'est un plat collectif, festif, essentiel;

C'est un repas royal ou... présidentiel!

Me méfiant des veaux qui ont "la vache folle",

Je vais chercher les miens en terres cévenoles.

Pour avoir du bon veau, et pas de la charogne,

Je commande la tête au boucher de Langogne.

Et je vais la chercher moi-même, par le train

Qui, de Nîmes, hardiment, gravit avec entrain

Les mille et un lacets, les soixante tunnels,

Les trente viaducs suspendus en plein ciel

Reliant les splendeurs de la cité romaine

Aux sauvages attraits des terres lozériennes.

Heureux, le nez au vent, ma glacière à la main,

J'en prend plein les mirettes, je hume le terrain

Qui défile et s'enfuit, lentement, pas pressé.

Cités mélancoliques de mines délaissées,

Juvéniles chahuts, rires à chaque arrêt,

À-pics vertigineux, oppressantes forêts,

Rivières et torrents, petits lacs de barrages

Viennent et disparaissent après chaque virage.

Paisibles bovidés paissant dans les prairies,

Spectacle interrompue par chaque galerie,

Le voyage est trop beau, le voyage et trop court...

- Oh ! Victor, bois un coup, arrête tes discours,

Si maïses coume aco, la testa de vedeù

Bouto, la manjaren beleù a l' an nouveù ! (l)

- C'est bien vrai. Sers-moi donc un primeur agréable

- Qui chatouille si bien mon gosier insondable.

Zou ! Trinquons et buvons, et ne fais pas la bête,

Je vais te raconter comment on fait la tête.

Lorsque j'arrive avec mon chef en bandoulière,

La Lionne a déjà sorti la gazinière

Des grandes occasions. Ce qui se fait de mieux:

Un feu sur doubles rampes se croisant au milieu.

Dans une oulo (2) profonde, voire une lessiveuse

On met à dégorger la tête voyageuse

Dans de l'eau claire et froide pendant une heure ou deux.

La laisser une nuit pourrait être hasardeux.

On la sort, on la met sur un large torchon,

On noue les quatre coins tout comme un baluchon.

Ainsi enveloppée, au fond de la bassine

On place, dans l'eau chaude, la caboche bovine.

Trois oignons giroflées, trois poignées de sel gros

Du thym et du laurier, du persil, mais pas trop.

Quand ça bout on écume avec application,

Puis on baisse le feu à tout petit bouillon.

On laisse cuire ainsi entre trois et quatre heures

Cette lenteur voulue rend la cuisson meilleure.

Pour la vérifier, je plante une fourchette:

Quand ça rentre tout seul, on chauffe les assiettes.

Soulevant le torchon, je sors alors la tête

Que je fais égoutter, coiffée d'une serviette

Pour bien tenir au chaud la viande qui tremblote.

Alors ma femme attaque la sauce ravigote :

Pour une tête entière, donc pour dix gros mangeurs,

Gourmands tant que gourmets, solides bambocheurs,

Elle écrase au mortier persil et estragon,

Cerfeuil et ciboulette, câpres et cornichons,

Tout cela manié dans trois hectos de beurre,

Elle s'en servira dans sa phase ultérieure.

Elle met à réduire huit ou dix échalotes

Dans un verre de vinaigre, au fond d'une cocotte,

Lorsque c'est bien réduit, trois cuillers de farine

Dans du beurre fondu (pas de la margarine)

Puis elle mouille avec cinq verres de bouillon,

Le jaune de cinq œufs, sale avec précaution.

Tournant au bain-marie, elle incorpore alors

Deux bons hectos de beurre, du demi-sel d'Armor.

Lorsque la sauce prend certaine consistance

Elle y met 1'appareil préparé par avance

Et manie bien le tout à la cuillère en bois.

La sauce est enfin prête pour un repas de choix.

C'est alors que j'apporte, avec solennité

La tête décorée avec habileté

Par du persil frisé, dans le nez, les oreilles.

L'assemblée s' esbaudit devant cette merveille.

Les manches retroussées, armé du Laguiole,

Je découpe en public la brûlante bestiole

Les joues souples et grasses qui fument et tressautent,

Le dedans du palais, puis la langue et la glotte,

Les viandes délicates, mousseuses du cou,

Les oreilles craquantes, les muscles des bajoues,

Enfin, le dernier bout, le bonheur des gourmets:

La pointe du museau, avec les trous du nez.

Nicole distribue: chacun son bout de veau,

Moi, je remplis les verres avec du vin nouveau.

Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire

Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre

De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône

Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.

Ingrédients et proportions pour huit personnes:

Une tête de veau, même sans la cervelle (depuis la vache folle les bou­chers la vende écervelée), ça pèse autour de dix kilos et plus. Mais il reste beaucoup moins de viande mangeable!

Pour la tête: - 1 tête sans la cervelle (dommage...), - 3 ou 4 gros oignons piqués de clous de girofle, - 2 poignées de gros sel de Camargue, - 6 feuilles de laurier, - 3 branches de persil plat, - eau à la demande (la tête doit toujours cuire entièrement immergée, au besoin mettez un poids dessus).

Pour la sauce ravigotte : - 3 branches de persil plat, - 3 branches d'estra­gon, - quelques tiges de cerfeuil, - autant de ciboulette, - 1 cuillerée à café de câpres, - 2 cornichons. Tous ces ingrédients, pilés au mortier, seront maniés dans un hecto de beurre.

- 5 échalottes, - 1 verre de vinaigre, - 2 cuillerées de farine. - 3 verres de bouillon, - 3 jaunes d'œuf, - 2 hectos de beurre demi-sel.

- persil pour décorer les oreilles et les trous de nez.

Les vins conseillés:

La tête de veau s'accompagne idéalement avec des vins primeurs, des vins de soif, gouleyants, joyeux et sans chichis: Tulette, Sainte-Cécile-­les-Vignes, Rochegude, Gaugeac, Saze.

Ventoux de : Mormoiron, Caromb, Bédoin. Tricastin.

Coteaux du Languedoc.

Côtes de Provence.

Et même, en cas de pénurie de Côtes-du-Rhône, Bordeaux légers et Vins de Loire.

­


(1) Si tu parles comme ça, la tête de veau, on la mangera peut-être, mais l’an prochain !

(2) oulo : grand récipient profond destiné à la cuisson des aliments, soit suspendu à la crémaillère d’une cheminée, soit posé sur un trépied.


*************************************************************

ILS NOUS BOURRENT LE MOU AVEC LE H1N1

MAIS LE VRAI, LE MECHANT, LE TUEUR, C'EST LE H5N1 !!!!

...et lorsqu'il arrivera, depuis le sud!

Aïe! Aïe! Aïe!


NE TOUSSEZ PAS IDIOT !

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D'une actualité explosive!

"CURE US !" - Quand explosera la PANDEMIE

de Jean-Victor Joubert (C'est moi!)


Disponible 10 € franco de port France sur

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17/05/2009

Les lapins de champs du Grand Gaby

lapins de champs pour le web.jpg


Grand long, déguingandé, sec
Perché sur un long cou d'échassier famélique,
Le Grand Gaby est un Prince de la barrique.
Ce fervent défenseur de l'ardeur vigneronne
Est médaillé d'honneur de la Coste-du-Rhône :
N'a-t-il pas englouti, pour se mouiller la glotte
Six cents hectos de vin, sans un verre de flotte!
Ceci en soixante ans d'une soif flamboyante,
Éteinte verre en bouche, de manière constante.
Tout comme d'autres tirent, Gaby boit des deux mains,
En saluant la foule, tel un tribun romain.
Le Grand Gaby, doté d'un vigoureux sésame
Est, cela va de soi, le chéri de ces dames.
Minettes délurées, bourgeoises en goguette
Attirées par sa réputation d'athlète,
Négligeant les on-dit qui prédisent leur perte,
Viennent à son mazet, ouvertes et offertes.
Elles doivent aimer le suint de sanglier
Car leur amant dégage un fumet de gibier.
Priape, Éros, Bacchus, protecteurs de Gaby,
Bénissent les amours cachés dans son gourbi.
Ses conquêtes, souvent, mangeront du lapin
Lorsque leur étalon part avec ses copains...
Le lapin, il est vrai, est sa spécialité,
Tant dans la casserole que contre ses beautés.
Souvent le Grand Gaby, quand vient le crépuscule,
Part hanter la garrigue où la chouette hulule.
Silencieusement, tous les sens aux aguets,
Il s'en va, dans la nuit, pour tendre ses arqués (1) :
De puissants pièges ronds, tendus par un ressort,
Pour les lapins de champs, synonymes de mort...
Quant l'aube aux doigts de roses éveille la nature
Gaby est déjà là pour prendre ses captures.
Les gardes le connaissent, tous veulent le coincer,
Mais le Grand, plus malin que la maréchaussée,
A toujours évité les rencontres néfastes
Tant, de son territoire, sa connaissance est vaste.
- Oh ! Victor, ton Gaby, c'est un bel oiseau rare !
Mais ses lapins de champs, comment il les prépare ?
- Espuillés (2), étripés, coupés en huit morceaux,
Un lapin de garenne chaque deux commensaux,
Tu frottes du thym sec de la dernière estive,
Tu arroses le tout de bonne huile d'olive,
Sel, poivre du moulin et quelques aromates
Et tu fais reposer cela dans une jatte.
Dans ta sartan (3), fond du petit-salé en dés
Dans un peu de saindoux, quantité limitée.
Quand c'est cuit, mets de l'ail, trois oignons émincés
Trois tomates pelées, soigneusement pressées,
Fais réduire à feu vif sans cesser de tourner,
Rajoutes ton lapin à peine fariné,
Fais prendre la couleur en remuant l'ensemble,
Trois verres de vin blanc ou plus si bon te semble,
Plus un morceau de sucre dans quelques verres d'eau.
Encore que la flotte ne sois pas mon credo. . .
Fais cuire sans couvrir, vivement, demi-heure.
Le Gaby l'accompagne par des pâtes au beurre.
Parmi les invités de ces repas de maître,
Le Grand convie parfois... notre garde-champêtre!
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire
Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre
De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.

(1) Arqués: pièges demi-circulaires à ressort central.
(2) (2) Espuillé : écorché.
(3) Sartan : poêle.


Ingrédients et proportions pour six personnes:

- 3 lapins de champs (de garenne), - 2 verres d'huile d'olive la vallée des Baux, - thym sec émietté, - sarriette, - laurier, - sel, - poivre du moulin, -2 noix de saindoux, - 2 hectos de petit-salé, - 6 gousses d'ail pelé et écrasé, 3 oignons finement émincés, - 3 tomates pelées, mondées, épépi-nées, - 1 cuillerée à soupe de farine, - 3 grands verres de vin blanc, - 1 morceau de sucre, - 3 verres d'eau, - 1 kilo de pâtes.

Les vins conseillés:
Tous les vins rosés bien frais: Côtes-du-Rhône, Tricastin, Ventoux, Luberon, Costières de Nîmes, Coteaux du Languedoc, Côtes de Provence, Coteaux varois.

Et tous les vins de France que vous aimez! Ils sont tous bons!

Une Bonheur assiette.jpg

in:

"Le bonheur est dans l'assiette et dans les verres"

de Jean-Victor Joubert.

Ouvrage disponible sur Ayoli.fr

 


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NOUVEAU!


image de Une par MB.jpg

D'une actualité explosive, viens de sortir:

"Cure us!" - Quand explosera la PANDEMIE

de Jean-Victor Joubert

Ouvrage disponible sur Ayoli.fr


19/04/2009

Plus gastronomique: la VRAIE Tête de Veau façon papy Chichi !

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La tête de veau.

Quand revient chaque année le temps du vin nouveau
Je convie mes amis pour la Tête de Veau.
C'est un plat collectif, festif, essentiel;
C'est un repas royal ou... présidentiel!
Me méfiant des veaux qui ont "la vache folle",
Je vais chercher les miens en terres cévenoles.
Pour avoir du bon veau, et pas de la charogne,
Je commande la tête au boucher de Langogne.
Et je vais la chercher moi-même, par le train
Qui, de Nîmes, hardiment, gravit avec entrain
Les mille et un lacets, les soixante tunnels,
Les trente viaducs suspendus en plein ciel
Reliant les splendeurs de la cité romaine
Aux sauvages attraits des terres lozériennes.
Heureux, le nez au vent, ma glacière à la main,
J'en prend plein les mirettes, je hume le terrain
Qui défile et s'enfuit, lentement, pas pressé.
Cités mélancoliques de mines délaissées,
Juvéniles chahuts, rires à chaque arrêt,
À-pics vertigineux, oppressantes forêts,
Rivières et torrents, petits lacs de barrages
Viennent et disparaissent après chaque virage.
Paisibles bovidés paissant dans les prairies,
Spectacle interrompue par chaque galerie,
Le voyage est trop beau, le voyage et trop court...
- Oh ! Victor, bois un coup, arrête tes discours,
Si maïses coume aco, la testa de vedeù
Bouto, la manjaren beleù a l' an nouveù ! (1)

- C'est bien vrai. Sers-moi donc un primeur agréable
- Qui chatouille si bien mon gosier insondable.
Zou ! Trinquons et buvons, et ne fais pas la bête,
Je vais te raconter comment on fait la tête.
Lorsque j'arrive avec mon chef en bandoulière,
La Lionne a déjà sorti la gazinière
Des grandes occasions. Ce qui se fait de mieux:
Un feu sur doubles rampes se croisant au milieu.
Dans une oulo (2) profonde, voire une lessiveuse
On met à dégorger la tête voyageuse
Dans de l'eau claire et froide pendant une heure ou deux.
La laisser une nuit pourrait être hasardeux.
On la sort, on la met sur un large torchon,
On noue les quatre coins tout comme un baluchon.
Ainsi enveloppée, au fond de la bassine
On place, dans l'eau chaude, la caboche bovine.
Trois oignons giroflées, trois poignées de sel gros
Du thym et du laurier, du persil, mais pas trop.
Quand ça bout on écume avec application,
Puis on baisse le feu à tout petit bouillon.
On laisse cuire ainsi entre trois et quatre heures
Cette lenteur voulue rend la cuisson meilleure.
Pour la vérifier, je plante une fourchette:
Quand ça rentre tout seul, on chauffe les assiettes.
Soulevant le torchon, je sors alors la tête
Que je fais égoutter, coiffée d'une serviette
Pour bien tenir au chaud la viande qui tremblote.
Alors ma femme attaque la sauce ravigote :
Pour une tête entière, donc pour dix gros mangeurs,
Gourmands tant que gourmets, solides bambocheurs,
Elle écrase au mortier persil et estragon,
Cerfeuil et ciboulette, câpres et cornichons,
Tout cela manié dans trois hectos de beurre,
Elle s'en servira dans sa phase ultérieure.
Elle met à réduire huit ou dix échalotes
Dans un verre de vinaigre, au fond d'une cocotte,
Lorsque c'est bien réduit, trois cuillers de farine
Dans du beurre fondu (pas de la margarine)
Puis elle mouille avec cinq verres de bouillon,
Le jaune de cinq œufs, sale avec précaution.
Tournant au bain-marie, elle incorpore alors
Deux bons hectos de beurre, du demi-sel d'Armor.
Lorsque la sauce prend certaine consistance
Elle y met 1'appareil préparé par avance
Et manie bien le tout à la cuillère en bois.
La sauce est enfin prête pour un repas de choix.
C'est alors que j'apporte, avec solennité
La tête décorée avec habileté
Par du persil frisé, dans le nez, les oreilles.
L'assemblée s' esbaudit devant cette merveille.
Les manches retroussées, armé du Laguiole,
Je découpe en public la brûlante bestiole
Les joues souples et grasses qui fument et tressautent,
Le dedans du palais, puis la langue et la glotte,
Les viandes délicates, mousseuses du cou,
Les oreilles craquantes, les muscles des bajoues,
Enfin, le dernier bout, le bonheur des gourmets:
La pointe du museau, avec les trous du nez.
Nicole distribue: chacun son bout de veau,
Moi, je remplis les verres avec du vin nouveau.
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire
Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre
De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.

tête de veau fleurie.jpgIngrédients et proportions pour huit personnes:

Une tête de veau, même sans la cervelle (depuis la vache folle les bou-chers la vende écervelée), ça pèse autour de dix kilos et plus. Mais il reste beaucoup moins de viande mangeable!
Pour la tête: - 1 tête sans la cervelle (dommage...), - 3 ou 4 gros oignons piqués de clous de girofle, - 2 poignées de gros sel de Camargue, - 6 feuilles de laurier, - 3 branches de persil plat, - eau à la demande (la tête doit toujours cuire entièrement immergée, au besoin mettez un poids dessus).
Pour la sauce ravigotte : - 3 branches de persil plat, - 3 branches d'estra-gon, - quelques tiges de cerfeuil, - autant de ciboulette, - 1 cuillerée à café de câpres, - 2 cornichons. Tous ces ingrédients, pilés au mortier, seront maniés dans un hecto de beurre.
- 5 échalottes, - 1 verre de vinaigre, - 2 cuillerées de farine. - 3 verres de bouillon, - 3 jaunes d'œuf, - 2 hectos de beurre demi-sel.
- persil pour décorer les oreilles et les trous de nez.

Les vins conseillés:

La tête de veau s'accompagne idéalement avec des vins primeurs, des vins de soif, gouleyants, joyeux et sans chichis: Tulette, Sainte-Cécile--les-Vignes, Rochegude, Gaugeac, Saze.
Ventoux de : Mormoiron, Caromb, Bédoin. Tricastin.
Coteaux du Languedoc.
Côtes de Provence.
Et même, en cas de pénurie de Côtes-du-Rhône, Bordeaux légers et Vins de Loire.
-


(1) Si tu parles comme ça, la tête de veau, on la mangera peut-être, mais l’an prochain !

(2) oulo : grand récipient profond destiné à la cuisson des aliments, soit suspendu à la crémaillère d’une cheminée, soit posé sur un trépied.

22/03/2009

Une partie de pétanque, ça fait plaisir...

Fanny4.jpg

Fanny

La Fanny est serveuse au café des Platanes
Elle a de ces rondeurs que les dévots condamnent
Mais que les jouisseurs lorgnent avec désir
Tant elles sont promesses de joies et de plaisirs.

Elle ondule parmi les joueurs de pétanque,
Ces acteurs naturels, ces presque saltimbanques,
Perturbe les tireurs, énerve les pointeurs,
Prive de leurs moyens ces superbes menteurs.

Sous l’effet ravageur de ses hanches qui roulent
Tous restent bouche bée et en perdent la boule
Parmi les équipiers, voilà la zizanie :

On s’insulte, on se crie, pour un point on s’encagne
On joue contre son camp, on joue à Qui-perd-gagne
Tous rêvent du Zéro… et de baiser Fanny !


Fanny2.jpg


La brandade de Serge et Wladimir

— Victor ! Tes pétanqueurs qui rêvent d’embrassades
En matant les rondeurs de la belle Fanny,
Ils devraient s’entraîner à faire la brandade,
Ça calmerait un peu leur érotomanie !
Voici comment la font, pour leur table éponyme
Serge et Wladimir, restaurateurs à Nîmes.
Pour réussir ton plat, éloigne les intrus,
Une nuit, à l’eau fraîche, dessale ta morue,
En six coups de hachoir frappés sur une planche,
Sans enlever la peau, en portions tu la tranches.
Tu la mets, à l’eau froide, dans un large faitout
Que tu lèves du feu quand le liquide bout,
Et tu laisses tremper dix minutes environ,
Le temps de te verser quelques petits canons.
Puis égoutte, essore, et lève les arêtes,
Dans une casserole, mets ta morue défaite,
Dès lors, tu vas chauffer l’ensemble au bain-marie.
A la cuillère en bois, à tour de bras, manie,
Ecrase la morue d’une main combative
En ajoutant du lait et de l’huile d’olive,
L’un et l’autre, tiédis, de façon mesurée
Pour obtenir enfin une lisse purée.
Cette crème doit être onctueuse et épaisse
Pour cela, il te faut branler fort, sans faiblesse.
Lorsque tu en es là, prends le temps de souffler,
Décontracte ton bras, laisse-le dégonfler,
Verse-toi volontiers un vin blanc des Costières
Et va faire un câlin avec la cuisinière.
Reprends ton appareil, oublie la rigolade
Si tu veux, comme un chef, réussir ta brandade.
Il faut la parfumer, la monter en saveur.
Elle doit embaumer pour chavirer les cœurs.
Ecrase, au mortier, une gousse d’ail blanc,
Râpe un peu de muscade — excellent stimulant ! —
Un zeste de citron que finement tu haches,
Un peu de poivre blanc, un soupçon de pistache,
Du sel si nécessaire, mais reste circonspect,
Enfin, lorsque tu sers, une truffe râpée.
Ce plat emblématique de Nîmes-la-Romaine
Incitera Fanny, à la dernière mène,
À laisser les vainqueurs autant que les vaincus,
Selon la tradition, lui embrasser le cul !
À nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.
Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.
Chantons, rions, mangeons et trinquons nuit et jour
À la beauté des femmes, au vin et à l’amour !


Fanny3.gifIngrédients et proportions pour six personnes:
- 1 grosse morue sèche, - 1 demi litre de lait tiède, - 1 demi litre d'huile d'olive tiède, - 3 gousses d'ail de belle taille, - 1 zeste de citron, - 1 cuillerée à dessert de poivre blanc, - 1 peu de muscade râpée, - 2 graines de pistache, - 1 truffe (accessoire), - beaucoup de vigueur dans le bras (indispensable !)


culs tournés.jpgLes vins conseillés:
Profitez de ce plat gardois pour apprécier les vins rouges des Costières-de-Nîmes mais aussi les blancs vifs de la vallée du Rhône: blancs tranquilles de Saint-Péray, vins tranquilles du Diois, Saint-Gervais, Uchaux, Bollène, Mondragon, Piolenc, Sarrians, Bagnols-sur-Cèze, Codolet, Laudun, Saint-Just-d'Ar-dèche, Saint-Marcel-d'Ardèche, Villeneuve-Pujaut, Ventoux, Luberon.
En vins du Languedoc: Quatourze, La Méjanelle, Picpoul-de-Pinet. En vins de Provence: Palette, Seillons-source-d'Argens, Brue-Auriac, Châteauvert.
Vous pouvez aussi accompagner ce plat avec bonheur par des vins primeurs: Rochegude, Sainte-Cécile-les-Vignes, Sabran, Codolet, Rochefort, Lirac, Laudun.
















15/03/2009

Gastronomie printanière: L'alose d'Avignon comme ma mère

alose pour web.jpg
- Regarde bien, petit, cette superbe alose
Les anciens l'appelaient «la princesso dou Rose»
Éclair de vif argent, longue, fine et puissante
Bien que lourde des flancs, elle reste élégante.
Sais-tu que c'est l'amour dont elle est satisfaite
Qui va te l'amener, demain, dans ton assiette?
Respecte-la, petit, et débouche le vin
Car manger de l'amour est un plaisir divin.
C'est un poisson magique, délicieux à manger
En bonne compagnie. Et subtil à pêcher!
Lorsque le Rhône était le Fleuve-Dieu sauvage,
Point encore castré par digues et barrages,
Indomptable et fougueux quand le mistral le fouette,
Crainte des riverains et bonheur des poètes,
Braconniers et pêcheurs, au mois des primes roses
Armaient les vire-vire pour pêcher les aloses.
C'étaient des bateaux larges aux ailes de moulin
Arrimés à la rive par quatre gros filins.
Deux paniers grillagés, avec le courant, tournent.
Lorsque l'un est en haut, son opposé s'enfourne
Dans l'onde trouble et vive où peinent les aloses
Cherchant un abri sûr pour que leurs œufs éclosent.
Beaucoup n'arriveront jamais à leur frayère,
Cueillies par les paniers montant vers la lumière.
Enlevée dans les airs, l'alose se tortille
Dans une pluie dorée de gouttes qui scintillent.
Elle tombe, ahurie, dans le fond de la barque
Où le fil de sa vie est coupé par les Parques.
Le pêcheur, averti, en interrompt sa sieste,
Achève le poisson d'un coup de barre preste,
Bois un coup de rosé si sa gorge s'assèche,
Puis se rendort, heureux: pour lui le Rhône pêche!
Cette façon subtile, je crois unique en France
N'a pu être inventée que chez nous, en Provence!
Il paraît que certains, les nuits de pleine lune,
Jouant flûte et violon au bord de la lagune
Ont eu, comme Aristote, la fantastique chance
De voir, debout sur l'eau, les aloses qui dansent...
Les belles ménagères avaient leur opinion:
"Les meilleures sont les aloses d'Avignon."
En dessous d'Aramon, elles sentaient la vase,
Et après Caderousse, ce n'était que carcasses,
Mais dans le Rhône vif courant sur les galets
Roulés de Villeneuve, ou au pied du Palais
Des Papes d'Avignon, elles étaient à point:
Dévasées, mais encor avec de l'embonpoint.
- Et comment tu la cuis, ton alose, Victor?
- Oh ! Vaï t'en plan, pitchoun, y a pas lou fio a bord!
Sers-moi d'abord un coup de rosé du Ventoux
Ou de Côtes-du-Rhône, et je te dirais tout.
L'alose, tu la laves, tu l'écailles, la vides.
Tu réserves les œufs dans un torchon humide,
Prends-en un soin jaloux, c'est les meilleurs morceaux.
Pour les gourmets, c'est le caviar des Provençaux.
Puis tu tranches la tête et la fends en longueur,
Coupe l'alose en darnes de deux doigts d'épaisseur.
Tu auras pris chez un compère jardinier
Une brassée d'oseille, des épinards triés.
Tu vas hacher ces herbes assez grossièrement:
Elles vont te servir en accompagnement.
Tu prends une cocotte, mais une vrai, en fonte!
Des cocottes-minute n'accepte pas la honte.
Tu graisses bien le fond, mais à l'huile d'olive
C'est le nec plus ultra, faut pas que tu t'en prives.
Au tonneau de vin blanc, tu remplis un cruchon,
Puis tu places la tête, ouverte, sur le fond.
Tu recouvres d'un lit d'oseille et d'épinards
Sel, poivre noir, muscade, va-z-y, sois pas flemmard.
Tu dois y mettre aussi des oignons émincés,
Certains cuistots rajoutent... oui, du petit-salé.
De ton huile d'olive, une bonne giclée
Car pour ta réussite c'est là l'une des clés.
Mets tes darnes à plat, sur l'herbe, bien serrées,
Qu'elles ne bougent pas quand ça va macérer.
Un autre lit d'oseille, encore un de poisson
Chaque fois sel et poivre et de l'huile, un soupçon.
Lorsque tout est placé, bien délicatement,
Tu poses sur le tout les œufs avec leur poche.
N'aie pas peur de forcer sur l'assaisonnement
Car ce n'est qu'un poisson, et pas de la bidoche.
On atteint maintenant un moment crucial,
Pour réussir ton plat, voilà le principal:
Tu arroses le tout de trois verres de gnole.
Des verres de soiffards, pas des verres symboles.
Enfin tu mouilles avec du blanc sec de Laudun,
Mais pas trop tout de même: ce qui est opportun.
Tu fermes ta cocotte bien hermétiquement
Avec la mie de pain mouillée légèrement.
Arrive maintenant le temps de la cuisson,
Sa longueur fondra les arêtes du poisson.
C'est sous la cendre chaude, dans un cantoun de l'âtre
Que doit cuire l'alose, dans les braises rougeâtres.
Cuit-la huit heures au moins d'une chaleur tranquille
Le tout sera confit. Une alchimie subtile
Des herbes et de l'alcool dissoudra les arêtes.
Petit, sers-moi à boire, ou sinon je m'arrête!
C'est un plat rituel pour tous les gens du Rhône.
Enfin, écoute-moi: l'alose est très friponne,
Après tout le plaisir qu'elle te donne à table
Elle fera de toi un gaillard redoutable!
Tu seras comme un cerf quand résonne son brame:
Ce plat est souverain... pour le bonheur des dames.
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire
Ma tripe est assoiffée, remplis raz bord mon verre
De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.

Ingrédients et proportions pour six personnes:

- Deux belles aloses d'un kilo et demi chacune, - un kilo d'oseille, - un kilo d'épinards en branches ou - mieux - de vert de blettes, à défaut, de la laitue, - trois oignons émincés, - 2 hectos de petit-salé haché, - deux verres d'huile d'olive, - trois cuillerées à soupe de sel fin, -poivre noir du moulin, - muscade (à votre appréciation, mais généreusement), - une bouteille et demi de vin blanc sec, - trois verres d' "aigarden" (eau-de-vie).

Les vins conseillés:

Ce plat de poisson à la saveur puissante, animale, s'accommode parfai-tement de vins blancs ayant du caractère:
Côtes-du-Rhône de Laudun, Villedieu, Lirac, St-Hilaire-d'Ozilhan, Châteauneuf-du-Pape.
Coteaux du Languedoc de La Clape, Picpoul de Pinet, Clairette de Bellegarde.
Côtes de Provence de Palette, Coteaux varois de Salernes, Saint-Maxi-min, Bellet.
Il accepte aussi parfaitement des vins rouges frais: Côtes-du-Rhône d'Estézargues, Coteaux-d'Avignon, Chusc1an, Roche-gude, Saint-Mau-rice-sur-Aygues, Sablet. Costières de Nîmes. Coteaux du Languedoc de St-Drézery, Saint-Christol ou encore le "vin d'une nuit" de Saint-Saturnin. Coteaux varois de Tourves, Barjols, Nans-Ies-Pins.

07/03/2009

Gloire aux buveurs de vin!

Gloire à toi, Ollier
Pour qui je n’ai d’ordinaire qu’une estime mesurée
Tu as su imposer
A l’assemblée
Un amendement salvateur
Pour nous, les fins buveurs
Non pas de sales gnoles industrielles
Mais de nos nectars arc-en-ciel

buveur joyeux.jpg


Gloire au vigneron, il nous désaltère
Sa sueur féconde les entrailles de la terre
Paysan sacré qui crée le sang de dieu
D’arides cailloux, il fait du vin, Mordieu

Refrain
Gloire, gloire aux vins de la Vallée du Rhône
Superbes joyaux de l’ardeur vigneronne
Gloire à nous mes frères, les buveurs de vin
Sans qui tous ces gens travailleraient pour rien

Refrain

Gloire à la futaille, aux tonneaux, aux barriques
Qui gardent et mûrissent des nectars uniques,
Leur ventre est sacré, leur ventre est divin
Car c’est lui qui enfante les meilleurs vins.

Refrain

Gloire à la bouteille, dont la belle panse
Oblongue ou ventrue est une récompense
Du Jéroboam au Mathusalem
Du vin est dedans et c’est pour ça qu’on l’aime

Refrain

Gloire à toi, bouchon, gardien d’éternité,
Toujours au contact du vin enchanté
On t’aime beaucoup, surtout quand tu pètes
Car tu donnes alors le signal de la fête

Refrain

Gloire à vous hanaps, calices, tastevin
Coupes, flûtes, gots, verres cristallins
Derniers traits d’union entre l’homme et le vin
Soyez les écrins de nos nectars divins

Refrain

01/03/2009

A s'en faire pêter l'embouligue!

Coq au vin copie.jpg
Le coq au vin de Ginette et Nicole

- « Allez, Zou ! Viens mon beau. On va tuer le coq! »
C'est ainsi que Ginette, femme du Pays d'Oc
Fit de moi son complice pour saigner "Pyjama"
Et en faire une fête pour tous nos estomacs.
- « Il honore mes poules, mais il me les esquinte.
C'est "viol avec violence", si elles portent plainte! »
Je tiens solidement Pyjama par les pattes
Et lui bloque les ailes pour qu'il ne se débatte,
Elle lui tend le cou sur une casserole
Et plante franchement l'Opinel à virole.
Le sang de Pyjama s'écoule volontiers,
Un grand frémissement et il meurt sans crier...
Telle est la dure et saine loi de la nature :
Tout être est prédateur mais aussi nourriture !
En quatre mouvements, Pyjama est plumé,
Vidé et nettoyé, puis flambé et coupé
En solides portions et mis à mariner
Dans un Cairanne rouge où l'on a ajouté
Oignons piqués de clous de girofle et carottes,
Quelques baies de genièvres, sel, poivre et pas de flotte.
On laisse reposer au frais, toute une nuit.
Au matin on sort les morceaux que l'on essuie.
Au fond d'une sauteuse ou mieux d'une... cocotte,
Faites mousser du beurre dans de l'huile bien chaude,
Et faites-y dorer vos morceaux de volaille
Avec un peu d'oignon et quelques gousses d'ail.
Saupoudrez sur la fin avec de la farine
Toujours en remuant. Faut pas que ça calcine.
Flambez alors le tout avec un Armagnac,
Un marc de Châteauneuf ou bien un bon Cognac.
Puis vous passez dessus le jus de marinade,
Poivre, bouquet garni, sel (pas comme un malade).
Montez alors jusqu'à petite ébullition
Et cuisez doucement. La durée est fonction
De ce qu'est le bestiau. Pour Pyjama trois heures
Mais pour un coq d'hyper entre une et deux heures.
Préparez quelques cèpes, frais ou secs mais trempés,
Vous les sautez dans l'huile, les poivrez, les salez,
Puis vous les rajoutez à la préparation
Demi-heure avant la fin de votre cuisson.
À votre liaison il faut alors penser:
Sortez un verre de sauce, laissez-là reposer,
Puis battez-la avec jaune d'œuf et vinaigre,
De la farine en pluie. Fouettez d'un ton allègre!
Si vous l'avez gardé, vous rajoutez le sang.
Incorporez le tout dans le jus frémissant.
C'est prêt. Sans plus tarder arrêter le réchaud.
Vous buvez un canon et vous servez très chaud.
Avec des tagliatelles ou des pommes vapeur,
Et un bon Châteauneuf, on atteint le bonheur!
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire
Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre
De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.


Ingrédients et proportions pour six personnes

Le coq au vin est un plat qui doit mijoter. Il s'accommode donc parfaite-ment d'une volaille ayant de l'âge. Il faut une viande qui tienne aux os, et des os solides. Il vous faut donc:
Pour la marinade: - l coq ancien de deux kilos, - 2 bouteilles de bon vin rouge A.a.C., - 2 oignons pour la marinade, - 1 demi kilo de carottes coupées en rondelles, - 4 clous de girofle, - l dizaine de baies de geniè-vre, - 2 cuillerées de gros sel, - poivre du moulin.
Pour le plat: - 2 cuillerées à soupe d'huile d'olive, - gros comme un œuf de beurre, - l oignon émincé, - 3 gousses d'ail, - un peu de farine, - l verre d'Armagnac, Cognac ou Marc de Provence, - l bouquet garni, - l cuillerée à soupe de sel fin.
Pour la sauce: - 1 jaune d' œuf, - l demi-verre de vinaigre de vin, - 2 cuillerées à soupe de farine, - le sang du coq si vous l'avez gardé, - 1 sachet de cèpes secs mis à tremper.

Les vins conseillés:

Pas de demi-mesure pour le coq au vin: les meilleurs rouges de la vallée du Rhône: Côtes-Rôties, Hermitage, Croze-Hermitage, Saint-Joseph, Châteauneuf-du-Pape, Lirac, Gigondas, Vacqueyras, Cairanne, Saint-Gervais, Séguret, Vinsobres, Visan, Sainte-Cécile-Ies- Vignes, Cornillon. En Coteaux du Languedoc, les vins chaleureux de Saint-Chinian, Faugères, Minervois, Corbières, Fitou.
Les Côtes du Roussillon "Villages" de Belesta, Estagel, Maury, les Col-lioure.
Les vins de Provence Coteaux des Baux, Palette, Bandol évidemment, Les Arcs, les grands rouges de Bellet.


15/02/2009

Laissons exulter les corps! Après le coeur et le cul, le VENTRE!

Gardiane copie.jpg

La gardiane camarguaise

Tout Provençal se doit, au moins une fois l'an,
D'aller se ressourcer, reprendre son élan,
De mettre le vaisseau de sa vie au grand largue
Dans l'eau, le sel, le vent, le soleil de Camargue.
Terres demi noyées, secouées de mistral
- Jumeau du fleuve-dieu, fleuve d'air magistral - -
Pétries et façonnées par le Rhône et la mer,
Puis soudain ravagées par le fleuve en colère.
Terres où le soleil fait naître des mirages,
Terre où le sol et l'onde hésitent leur partage,
Terres de solitude, rivages de naufrage,
Qui mesurent les hommes à l'aune du courage.
Digues, lônes, marais, étangs, sables mouvants,
Boue sèche et craquelée, cristaux étincelants
Du sel sur la sansouire, faisceaux arachnéens
Des tamaris en fleurs d'où s'envolent soudain
Des millions d'oiseaux venus d'ailleurs lointains,
Royaume incontesté des flamands africains.
Terre des chevaux blancs et des taureaux sauvages,
Où Mitrhra règne en dieu depuis le fond des âges.
Il faut voir la Camargue lorsque 1 'hiver l'étreint
Lorsque le ven terraù sauvage court sans frein,
Lorsque les Camarguais déplacent la manade:
Des milliers taureaux menés en cavalcade.
Conduits par cent gardians, par cent puissants centaures
Défile l'infernal troupeau de minotaures,
Taureaux noirs, chevaux blancs, aux narines fumantes
Remplissent la contrée d'une clameur géante.
Taureaux dont les meilleurs combattront dans l'arène
Face aux hommes, mains nus, que leur fierté entraîne
Entre les noirs poignards. Pour la rouge cocarde
Et les yeux d'une belle, ils défient la Camarde!
Certains de ces taureaux, à l'ardeur légendaire,
Adulées tels des dieux par la gent populaire,
Sont enterrés debout et ont leur mausolée,
Comme le grand Goya (1), l'immense Sanglier (2).
Ceux qui n'ont pas le sang pour les j eux et la gloire
Termineront leur vie dans une rôtissoire,
Car en mangeant Mytrhra, les Provençaux dévorent,
Avec sa chair, sa force. Et, ce faisant, l’honorent.
Cette hostie des gardians s'appelle "La gardiane".
— Oh ! Victor. Et alors, on les coupe ces couennes?
— Bien sûr, petit, mais je voulais que tu comprennes
Que c'est un plat sacré, et qu'il en vaut la peine.
Fais mariner trois tranches de taureau bien épaisses
Dans le l'huile d'olive. Rajoute avec largesse
Poivre et clous de girofle, ail, oignon, thym, laurier.
Laisse toute la nuit, comme pour du gibier.
Au fond de ta marmite, en fonte uniquement,
Dispose quelques couennes, de porc évidemment,
Sur lesquelles tu places une première tranche.
Couvre avec de l'oignon et de l'ail effilés,
Carottes en rondelles et du persil en branche,
Sel, poivre du moulin, un anchois en filets.
Tu fais ainsi trois couches. Enfin, pour terminer,
Zeste d'orange séché, girofle, laurier, thym,
Puis tu mouilles avec six grands verres de bon vin,
Du Costières de Nîmes, rouge carabiné.
Met ta marmite au four, fermée soigneusement,
Et fais cuire cinq heures, doucement, lentement.
Ce taureau parfumé, tendre, confis, moelleux,
Découvre-le sur table, et accompagne-le
D'une jatte fumante de long riz camarguais.
Dans les verres tu sers un Gallician bien gai.
Mais attention, petit, le riz est un plat riche,
N'en fais pas - c'est courant - de la colle d'affiche.
Pour qu'il ne colle pas, tu dois bien le laver,
C'est donc tout l'amidon qu'il te faut enlever.
Dans une jatte creuse ou un plat similaire,
Tu frottes entre tes mains le riz dans de l'eau claire,
Tu changes et recommences dès que ton eau blanchit,
Après quoi tu égouttes, tu bois et réfléchis:
Il y a plusieurs façons de cuire le riz blanc,
Comme les Espagnols, comme les Catalans,
Comme les Vietnamiens ou comme les Créoles,
Surtout pas comme les Français de métropole!
À Saïgon ou Vientiane, à Pnom Pen ou... Paris
C'est deux mesures d'eau par mesure de riz,
Tu couvres quand ça bout et tu réduis la flamme,
Si ça attache au fond, tu n'en fais pas un drame,
Tu ne sales pas l'eau, tu ne remues jamais,
Et tu laisses gonfler en tenant bien fermé.
Mais comme à Fort-de-France ou bien à Pointe-à-Pitre,
Tu fais bouillir ton riz dans de l'eau, plusieurs litres,
Légèrement salée. Quand c'est cuit tu égouttes,
Puis tu réserves au chaud, du beurre tu ajoutes.
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire,
Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre
D'un de ces vins subtils, poussés en Languedoc
Qui te rendent gaillard, solide comme un roc.


Ingrédients et proportions pour six personnes:

- Trois tranches épaisses de taureau à braiser, environ un kilo, - 4 ou cinq couennes de porc, - 1 kilo d'oignons paille émincés, - 2 têtes d'ail éplu-chées et également émincées, - 1 kilo de carottes découpées en rondel-les, - 4 ou 5 branches de persil non frisé, - 3 anchois en filets, - 3 verres d'huile d'olive, - 3 cuillerées à soupe de sel de Camargue, - poivre noir du moulin à la demande, - 6 clous de girofle, - 4 feuilles de laurier, - 3 cuillerées à soupe de sommités sèches de thym ou 3 ou 4 belles bran-ches de thym frais, - 1 zeste d'écorce d'orange séché, - 1 bouteille de bon vin rouge, - 500 grammes de riz long de Camargue.

Les vins conseillés:


La gardianne est un plat de haut goût qui demande des vins rouges puissants, épicés, tanniques. De grands Costières de Nîmes, comme
les Gallician font parfaitement l'affaire. Mais on l'accompagnera éga-lement avec bonheur d'un Côtes-du-Rhône de Saint-Joseph, d'un Croze-Hermitage, d'un Vacqueyras, d'un Gigondas, d'un Lirac ou d'un des nombreux crus "Villages" des Côtes-du-Rhône.
En vins du Languedoc et du Roussillon: Saint-Chinian, Faugères, Mi-nervois, Fitou, Collioure.
En vins de Provence: Bandol, Bellet, Palette, Pierrefeu, Gonfaron.

(1) (2) "Goya ", "Sanglier": noms de taureaux cocardiers célèbres. "Goya" a une statue à Beaucaire, "Sanglier" un mausolée à l'entrée de Le Cailar, en Camargue.


19/12/2008

Alerte! V'là des Pères Noël d'ultra-gauche!

père noël ordure.jpgDans une pièce quelque part dans le Grand Nord se tiennent quatre personnages. Au centre, un homme d’affaire avec l’uniforme de sa fonction : costumes sombre, cravate, attaché-case. Il fait les cent pas nerveusement. A ses côtés, trois pères Noël en robe rouge.

L’homme d’affaires les tance :
— Messieurs les père Noël, votre attitude est inadmissible ! Vous mettre en grève, dans le monde entier, la veille de Noël ! C’est un coup de force inacceptable. Virés ! Tous ! Vous allez tous être virés ! Un plan social planétaire !
Auriez-vous oubliés, Messieurs que c’est nous — le monde des affaires, les usines de jouets, le grand commerce — qui vous avons créé ? Qui vous avons inventé pour servir les intérêts de nos actionnaires ?

Auriez-vous oubliés que vous n’avez d’autre légitimité que celle du commerce ? Votre existence même est liée à l’efficacité avec laquelle vous incitez les enfants, et surtout leurs parents à acheter, acheter, acheter ! Acheter toujours plus de jouets toujours plus chers, toujours plus compliqués. Ceci afin que nos usines tournent, que nos établissements vendent, que nos profits se gonflent. Pour le plus grand bien de nos actionnaires, les retraités américains. Votre seule fonction est de faire en sorte que les enfants engraissent les retraités du Wisconsin et de Dallas ! Compris ?

noël sexy2.jpgLe père Noël le plus barbu prend alors la parole :

— Nous savons pertinemment que c’est vous, les gens des affaires, qui nous avez inventés. Nous savons très bien que nous n’avons pas de légitimité religieuse ou mythique, comme Saint-Nicolas, comme la Babouchka, comme la Béfana. Autant de personnages sympathiques, reflets de cultures ancestrales à travers le monde, et que vous avez — à travers nous — ridiculisés, ringardisés et jetés aux oubliettes. Nous savons tout cela.

— Alors fermez-là et travaillez ! Travaillez ! Vous m’entendez ? Prenez vos rennes — un troupeau dont l’entretien toute l’année nous coûte beaucoup d’argent tout comme ce siège social en Laponie, dans le grand nord de la Suède. Prenez vos rennes et partez livrer les produits de nos usines. Nous avons investi en promotion et publicités des milliards et des milliards. Ce n’est pas pour que le profit qu’en attendent nos actionnaires soit mis à mal par les états d’âme d’employés subalternes tels que vous !

— Non. Nous ne travaillerons pas cette nuit de Noël. Nous refusons de continuer à nous faire les complices d’une gigantesque opération de racket mondial et d’abrutissement de l’enfance. Nous ne livrerons pas vos jeux électroniques basés sur la violence et la mort. Nous ne livrerons pas tous ces gadgets, très chers, trop chers, qui ruinent les parents et n’intéressent que peu les enfants.

— Ggrrrr ! ! ! ! C’est une catastrophe ! Nos profits ! Mes stock-options ! Avec le mal que nous nous donnons depuis des années pour imposer aux enfants l’usage de nos jeux électroniques…

— Nous qui connaissons les gosses, nous qui voyons le rêve dans leurs yeux la veille de Noël, savez-vous ce que nous avons remarqué ? C’est que les enfants, au matin tant attendu jouent surtout… avec les cartons d’emballage des jouets coûteux que vous leur imposez ! Voilà pourquoi nous refusons dorénavant de nous faire les complices de votre entreprise de négation du rêve, de négation de toute culture. Nous refusons — nous pères Noël du monde — d’être vos instruments dans cette entreprise d’acculturation mondiale : partout une seule et même musique, partout les mêmes jouets chers et tuant l’imagination, partout une seule idéologie, celle de l’argent, du fric, du pognon.

Nous voulons, nous, pères Noël, que les enfants du monde rêvent, réfléchissent, s’épanouissent dans la diversité et la richesse de leurs cultures.
Noël bordel.jpg

— Mais c’est une révolution ! Apprendre à réfléchir aux gosses… Puis quoi encore ? Ont-ils besoin de réfléchir pour devenir de bons consommateurs adultes ? Bien dociles et réceptifs à nos messages publicitaires ? Mais vous voulez tout foutre en l’air, ma parole ! Mes profit… Mes stock-options…

Avec tout l’argent que nous dépensons dans les télévisions, dans les ordinateurs, dans les play-stations pour empêcher les gens de réfléchir. Pourquoi pas la liberté, l’égalité, la fraternité puisque vous y êtes ? Révolutionnaires ! Sans-culottes ! Bolchéviques ! Vous allez nous ruiner avec vos dangereuses utopies ! Mais pour qui vous prenez-vous ?

— Pour des gens qui ont une grande responsabilité. Bien sûr, nous sommes vos créatures, mais nous tenons maintenant notre légitimité de notre succès. Des millions d’enfants du monde croient en nous et nous attendent avec espoir, la tête pleine d’étoiles. Nous ne pouvons pas les décevoir. Nous ferons donc notre tournée cette année encore…

noël sexy1.jpg

— Ah ! Enfin une bonne parole ! Alors finis de jaser pour ne rien dire. Remplissez vos hottes, vos traîneaux, atteler vos rennes et, Oust ! Partez !

— Je crois que nous nous sommes mal compris. Nous allons faire notre tournée, mais pas pour livrer vos niaiseries. Nous allons porter aux enfants du monde des messages d’intelligence, des ferments de liberté, des gages d’égalité, des élans de fraternité.

— Ah ! Ah ! Laissez-moi ricaner… Et comment donc ?

— N’oubliez pas que nous sommes en Scandinavie, patrie des célèbres Prix Nobel. Eh bien nous, nous allons créer les “ Prix Noël ” ! Nous allons livrer dans les cheminées des enfants du monde des Livres ! Des Livres ! Car c’est dans les Livres que se trouve le Savoir, l’Intelligence, la Tolérance, la Concorde, l’Entraide, l’Amitié et l’Amour entre les enfants, entre les Hommes.

Tandis que l’homme d’affaire se ronge les poings en morigénant, les pères Noël s’en vont, leurs hottes pleines de livres, au trot tintinnabulant de leurs rennes ailés.

Rêve ? Heureusement qu’il reste le rêve : la dernière liberté…


10/11/2008

Je con mémore, tu con mémores, nous con mémorons...

Brassens 2.jpgEn ces époques de « con mémoration », il n’est pas inutile de demander à Tonton Georges une petite piqure de rappel !

Georges Brassens
LES DEUX ONCLES



C'était l'oncle Martin, c'était l'oncle Gaston,
L'un aimait les Tommi's, l'autre aimait les Teutons.
Chacun, pour ses amis, tous les deux ils sont morts.
Moi, qui n'aimais personne, eh bien! je vis encore.

Maintenant, chers tontons, que les temps ont coulé,
Que vos veuves de guerre ont enfin convolé,
Que l'on a requinqué, dans le ciel de Verdun,
Les étoiles ternies du maréchal Pétain,

Maintenant que vos controverses se sont tues,
Qu'on s'est bien partagé les cordes des pendus,
Maintenant que John Bull nous boude, maintenant,
Que c'en est fini des querelles d'Allemand,

Que vos filles et vos fils vont, la main dans la main,
Faire l'amour ensemble et l'Europe de demain,
Qu'ils se soucient de vos batailles presque autant
Que l'on se souciait des guerres de Cent Ans,

On peut vous l'avouer, maintenant, chers tontons,
Vous l'ami les Tommi's, vous l'ami des Teutons,
Que, de vos vérités, vos contrevérités,
Tout le monde s'en fiche à l'unanimité.

De vos épurations, vos collaborations,
Vos abominations et vos désolations,
De vos plats de choucroute et vos tasses de thé,
Tout le monde s'en fiche à l'unanimité.

En dépit de ces souvenirs qu'on commémore,
Des flammes qu'on ranime aux monuments aux Morts,
Des vainqueurs, des vaincus, des autres et de vous,
Révérence parler, tout le monde s'en fout.

La vie, comme dit l'autre, a repris tous ses droits.
Elles ne font plus beaucoup d'ombre, vos deux croix,
Et, petit à petit, vous voilà devenus,
L'Arc de triomphe en moins, des soldats inconnus.

Maintenant, j'en suis sûr, chers malheureux tontons,
Vous, l'ami des Tommi's, vous, l'ami des Teutons,
Si vous aviez vécu, si vous étiez ici,
C'est vous qui chanteriez la chanson que voici,

Chanteriez, en trinquant ensemble à vos santés,
Qu'il est fou de perdre la vie pour des idées,
Des idées comme ça, qui viennent et qui font
Trois petits tours, trois petits morts, et puis s'en vont,

Qu'aucune idée sur terre est digne d'un trépas,
Qu'il faut laisser ce rôle à ceux qui n'ent ont pas,
Que prendre, sur-le-champ, l'ennemi comme il vient,
C'est de la bouillie pour les chats et pour les chiens,

Qu'au lieu de mettre en joue quelque vague ennemi,
Mieux vaut attendre un peu qu'on le change en ami,
Mieux vaut tourner sept fois sa crosse dans la main,
Mieux vaut toujours remettre une salve à demain,

Que les seuls généraux qu'on doit suivre aux talons,
Ce sont les généraux des petits soldats de plomb.
Ainsi, chanteriez-vous tous les deux en suivant
Malbrough qui va-t-en guerre au pays des enfants.

O vous, qui prenez aujourd'hui la clé des cieux,
Vous, les heureux coquins qui, ce soir, verrez Dieu,
Quand vous rencontrerez mes deux ondes, là-bas,
Offrez-leur de ma part ces "Ne m'oubliez pas",

Ces deux myosotis fleuris dans mon jardin:
Un petit forget me not pour mon oncle Martin,
Un petit vergiss mein nicht pour mon oncle Gaston,
Pauvre ami des Tommi's, pauvre ami des Teutons...

26/10/2008

Le civet de sanglier de Sébastien et Magali

civet sanglier.jpg


Il y a trois jours, mon voisin m'a apporté une superbe rouelle de sanglier, sanguinolente à souhait. Alors, aujourd'hui, on va se faire un machon solide, accompagné de cèpes, de charbonniers et de sanguins!


Mon ami Sébastien, redoutable tueur,
Utilise son temps, son flair et sa sueur
À courir les forêts, les bois et les broutières,
À sauter les ruisseaux des terres de Lozère
Pour traquer, débusquer, viser et fusiller
Son gibier préféré: le cochon sanglier.
Dès que pointe le jour vrombissent les quat'quatres
Où piaffent les chasseurs équipés pour combattre,
Montent les hurlements des meutes carnassières
Serrées dans des remorques, dans des malles arrières.
La battue se déploie par chemins et sentiers,
S'efforçant de boucler le massif forestier
Où laies et marcassins, cochons et sangliers
Commencent à gratter le sol d'un pied inquiet.
Le journée sera rude pour la bête à poil dur
Quand, poussées par les chiens hors des fourrés obscurs,
Pour tenter d'échapper à la meute hurlante,
Ses courses, à découvert dans les clairs et les pentes,
L'amènent à croiser les chemins et les sentes
Qui sont autant d'affûts où les fusils l'attendent.
Les coups de feu éclatent à travers la nature.
Si la bête s'échappe, on reprend les voitures -
Pour lui couper la fuite au bord d'une autre route.
Parfois le sanglier met la meute en déroute,
Quand, acculé, blessé, forcé hors de son antre
Il se rue sur les chiens qu'il piétine et éventre.
Très souvent Sébastien, heureux bien que fourbu,
S'en retourne bredouille, au soir de la battue.
Mais lorsqu'un animal est tombé sous les balles,
Il faut voir son sourire, son allure martiale
Lorsqu'il brandit sa part de viande dépecée
Qu'il — fier comme Artaban — offre à sa fiancée.
Alors, tranquillement, avec ses doigts d'artistes
Dégoulinant de sang, Magali entre en piste.
Pour faire un bon civet, l'épaule ou le cuissot
Sont des pièces de choix. Coupez-les en morceaux
De taille conséquente. Récupérez le sang
Qui, pour lier la sauce, est bien intéressant.
Gardez-le au frigo pour qu'il ne se dégrade.
Préparez ce qu'il faut pour votre marinade.
Celle de Magali est un poème en soi:
Quatre, cinq oignons moyens, cévenols ou niçois;
Cinq ou six gousses d'ail et autant de carottes;
Un bouquet de persil; céleri, feuilles, côtes;
Du thym et du laurier; un peu de noix muscade;
Une écorce d'orange et quelques grains de cade;
Du poivre du moulin; du gros sel de Camargue.
Deux litres de Côtes-du-Rhône d'Estézargues,
Un verre d'huile d'olive et deux de bon vinaigre.
Vous cuisez demi-heure à feu vif et allègre.
Rangez le sanglier au fond d'un pot en grès,
Un grand verre de marc pour rendre du degré
À votre marinade versée, chaude, dessus.
Le pot, au frais trois jours, recouvert d'un tissu
Est alors le théâtre d'une superbe idylle
Entre les ingrédients. Une alchimie subtile
Va attendrir la viande, sublimer les parfums
Et les goûts de gibier du sanglier défunt.
Quand, le jour du repas, l'aurore aux doigts de roses
Du sommeil des Buveurs dissipe les hypnoses,
Vous sortez et séchez à l'aide d'un torchon -
Les morceaux marinés de viande de cochon.
Séparez au chinois légumes et liquide.
Petit, sers-moi un verre, j'ai le clapoir acide!
Dans de l'huile d'olive, au fond d'une toupine
Votre petit-salé embaume les narines.
Rajoutez en tournant les légumes essorés,
Puis intégrez la viande que vous faites dorer.
Mouillez alors avec le jus de marinade,
Et cuisez à feu doux, cinq heures, à l'estouffade.
Il faut voir le sourire heureux de Sébastien
Quand Magali apporte, de son pas aérien
Son plat qu'elle découvre, très fière, sur la table
Exhalant en volutes des parfums admirables.
Ce chef-d'œuvre requiert, pour de grande agapes,
Rien moins que le meilleur des Châteauneuf-du-Pape.
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire
Ma tripe est assoiffée, remplis raz bord mon verre
De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.

Ingrédients et proportions pour six personnes:

Pour la marinade: - 4 oignons moyens coupés en quarts et piqués de clous de girofle, - 6 gousses d'ail écrasées, - 6 à 8 carottes en tronçons, -l bouquet de persil grossièrement coupé, - l pied de céleri côtes et feuilles, grossièrement coupées, - l gros bouquet de thym, - 6 feuilles de laurier, - l douzaine de grains de genièvre, - 2 poignées de gros sel de Camargue,
- l cuillerée à soupe de poivre noir du moulin, - noix de muscade, - l écorce d'orange séchée, - l verre d'huile d'olive, - 2 verres de bon vinaigre, - 2 litres de bon vin rouge. N'oubliez pas de cuire cette mari-nade et de la verser chaude sur les morceaux de sanglier avant de laisser reposer trois jours.
Pour le plat: - l cuissot ou l épaule de sanglier, - le sang récupéré ou l verre de sang (à demander à votre boucher), - l verre d'huile d'olive, - 250 grammes de petit-salé coupé en dés, - les légumes essorés de la marinade cuite, - le jus de la marinade.

Les vins conseillés:

Le civet de sanglier préparé de cette manière est un plat somptueux, à la fois puissant et très parfumé. Il faut donc des vins à la hauteur.
En vallée du Rhône: Châteauneuf-du-Pape, Gigondas, Lirac, Vacqueyras, Cornas, Hermitage, Crozes-Hermitage, Saint-Joseph, Côte-Rôtie.
On peut également l'accorder avec bonheur à de vieilles bouteilles de Cairanne, Visan, Séguret, Valréas, Gallician.
En vins du Languedoc et du Roussillon: Saint-Chinian, Faugères, Fitou, Collioure, Maury.
En vins de Provence: Bandol, Palette, Pierrefeu, Puyloubier, Cabasse, La Cadière-d'azur, vins de Bellet.