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21/07/2008

Corsica bella!

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Ah ! La Scala di Santa Regina, quel lieu sauvage entre tous ! Vous ne connaissez pas ? C’est en Corse évidemment. Ça veut dire l’Escalier de la Sainte Reine. Un passage étroit creusé par le fleuve Golo à travers une montagne aride, sauvage, avec une pauvre végétation rabougrie et plaintive essayant de subsister parmi les escarpements verticaux. C’est la splendeur de la roche rongée par l’opiniâtreté de l’eau, clivée et emportée par les glaces millénaires, avec cet émiettement, cette grandeur dévorée, cette immensité de trous et d’escarpements, cette ruine fondamentale qu’est la montagne. De gigantesques falaises de pierres couleur de sang tombent par des à-pic vertigineux vers les cascades du torrent qui gronde et écume de colère entre les parois resserrées. C’est un endroit qui glace de terreur les plus courageux quant la tempête se déchaîne, que les éclairs strient la gorge de lueurs blêmes et que l’énorme fracas du tonnerre explose et roule entre les murailles de rocs tandis que toute l’eau du ciel s’abat en cataractes. La légende dit d’ailleurs que le diable les habite parfois...

Vous connaissez cette vieille légende corse ?
Non ?

Bon. Je vais essayer de vous la raconter.

Il y a bien longtemps, dit la légende, le haut pays n’était pas comme ça. On pouvait y vivre, y travailler. Un jour, Saint-Martin — un grand brun, costaud, avec une épaisse moustache noire — qui était en train de labourer dans la basse vallée du Golo, se trouve face à face avec le Diable ! Oui ! Le Diable ! Une grande forme noire, velue, avec des pieds de bouc, une queue de dragon, des cornes longues d’une coudée, des yeux de sang, des narines fumantes et la bave à la gueule. Tout autre que Saint-Martin serait mort de peur, mais celui-là était un solide. Il se querelle avec le Diable qui lui reprochait de ne pas tirer ses sillons droits ! « Vade retro, Satanas ! » lui dit-il (forcément ! ‘est comme ça qu’on dit toujours quand on voit le diable !) en brandissant sur lui sa charrue en forme de croix. Mais il en faut plus pour effrayer le Diable ! Il attrape la charrue du pauvre Saint-Martin et, d’une formidable poussée, la lance vers le haut de la vallée du Golo. Aussitôt, c’est un cataclysme terrible. La terre gronde, tremble et s’ouvre. La montagne se fend en masses croulantes, éclate en blocs pulvérulents dans des exhalaisons de soufre. Des rochers énormes, des pyramides de granit, projetés par des forces fantastiques s’amoncellent en un infernal chaos minéral tandis que s’ouvrent des gouffres livides. Le fleuve — au débit multiplié par mille — bondit furieusement parmi les accumulations de roches, détruisant tout sur son passage. Le ciel, soudainement obscurci, se zèbre de fantastiques éclairs dans un grondement d’apocalypse. La férocité des vents pulvérise toute vie végétale.

Saint-Martin, malgré son épouvante, se jette à genoux et prie avec ferveur la Sainte Vierge. Aussitôt, les falaises de granit s’ordonnent de façon à contenir le terrible fleuve et à ouvrir un passage vers les hautes terres jusque là enclavées du Niolo. Puis tout se calme et, sous un soleil neuf, une aube cristalline de paix cosmique retrouvée marque le triomphe du Bien sur le Mal.

Le saint donna alors à ce passage le nom de Scala di Santa Regina : l’escalier de la Sainte Reine !

Vous n’y croyez pas ? Moi non plus, mais c’est joli, alors c’est pareil !

11:20 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0)

21/03/2008

Mon mai 68 ? Dans le Triangle d’or !

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C'est mézigue...

- Ta, ta, ta... tiouu, tiouu, tiouu !

Ça y est, ils nous tirent dessus les cons ! Manquait plus que ça ! La rafale de mitraillette a fait gicler la flotte sur l'avant de notre radeau de bambou. L’un des bambous a éclaté sous l'impact... Sans rien piter au charabia des mecs qui font l'ouverture de la chasse sur notre paquebot, nous comprenons vite que ça veut dire HALTE ! Et qu'on nous intime l'ordre express de nous arrêter. Tu parles... On se le fait pas dire trois fois ! On a quand même du mal à manœuvrer notre radeau de bambous à cause du courant de la Nam Kok, assez puissant à cet endroit.
Ca faisait deux jours que nous descendions les gorges de cette rivière de montagne, sur le radeau que nous avaient fabriqué des “Karennes ” d'une tribu chez qui nous étions restés quelques temps.

La Nam Kok, elle coule quelque part dans les jungles de montagne d'une région aux frontières indéfinies, au nord de la Thaïlande, aux confins de la Birmanie, du Laos et de la Chine du sud. On sait jamais où on est, et à Bangkok, c’est considéré zone d'insécurité. Pas trop de touristes dans le coin...

Nous les avions vus, les troufions, au coude la rivière. Y en avait quelques dizaines, à poil, en train de déconner joyeusement et de se baigner, rive droite. Il y avait des chevaux, des mulets aussi... Ils nous avaient pas vu tout d'abord les mecs, vu qu’on glissait silencieusement le long de la rive gauche, sous une voûte végétale ombragée. Mais nous, nous avons vite vu le village investi par des troufions en armes, une centaine peut-être... Une petite île nous a planqués pendant quelques instants à la vue des mecs, puis le courant nous a repoussé en plein milieu de la flotte, sous le soleil... C’est là que les sentinelles qui surveillaient l'aval de la rivière nous ont repérées, et qu'elles nous ont défouraillées dessus.

Merde. Qu’est-ce qu'il va se passer ? Ils ont pas l'air commodes les mecs ! Ils rigolent plus... Nous non plus ! Putain ! Ils sont armés jusqu'au dents. Ça va de la traditionnelle U.S.30 aux mitrailleuses lourdes ! Avec des mecs la poitrine barrée d’énormes bananes de cartouches. On se croirait au Mexique ! Puis ils ont pas l'air déguisés, comme les troufions thaï ou lao, qu’on a l'habitude de voir. Des treillis de toute provenance, délavés mais en état. Des godasses de basket aux panards… Les mecs du village, des Méos, sont parqués sur un terre-plein. Les hommes d’un côté, les fumelles et les lardons de l’autre. Ça chiale chez les fumelles... Au fond du village, y a une hutte calcinée qui a cramé récemment.

Nous débarquons tant bien que mal, sous les regards des troufions. On nous amène à celui qui semble être le chef. Pas de galons, mais c’est vite vu. Grand, maigre, osseux, la quarantaine environ, petite moustache à la Errol Flynn sous le blair, stick à la main. Il a l'œil à tout. Il prend nos passeports, vérifie nos noms, nos gueules et fout nos papelards dans sa poche. Très correct le mec. Mais ferme. Il nous dit de rester là jusqu'a nouvel ordre. Comme il parle quatre mots d'anglais, on en profite pour lui demander quelles forces lui et ses mecs représentent.

- “ Kuomingtang ” qu'il nous répond laconiquement...

Eh bè ! Ça y est ! Nous les tenons nos Kuomingtang ! Ou plutôt ils nous tiennent... On connaissait vaguement leur existence quand on est monté sans cette région, mais ça restait nébuleux...

Quand le petit père Mao a flanqué la grande pâtée à son confrère Tchang Kaï Tcheck, en 48, y a toute une armée du Kuomingtang, celle du Yunnan, en Chine du sud qui a rien voulu savoir. Les troufions ont pas voulu se rendre aux rouges et n'ont pas voulu non plus se replier sur Formose. Ils ont pris le maquis ou plutôt la jungle avec armes et bagages. Des milliers de troufions, avec encadrement et tout. Au début, ils ont continué à faire chier les mecs à Mao, mais à la longue, quand ils ont compris que c’était pas demain qu’ils feraient marrons les Camarades, ils ont changé d’objectifs. Et depuis ils travaillent pour leur propre compte. Ils sont les véritables maîtres des montagnes, se foutent complètement des frontières et ont la haute main sur le trafic des armes, de l'or et de l'opium entre la Birmanie, la Thaïlande du nord, la Chine sud et le Laos.

Les armées régulières lao ou thaï ont bien essayé des opérations conjuguées pour les déloger, avec l’appui de l’aviation ricaine et tout le bordel... Mais elles se sont toujours faites étriller par ces Chinois pirates qui, eux, ne sont pas des guerriers de salon et qui savent pourquoi ils se battent : leur intérêt et un genre d’existence qu’ils aiment...

Voilà ce que c’était mon mai 68 à moi ! L’Aventure ! J’ai appris bien plus tard, au hasard d’une revue illustrée, à Saigon, Bangkok ou Pnom Pen ce qui se passait en France…

09/05/2006

Oh! Ulysse, tu piques..

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La blogosphère est un peu morose aujourd'hui - actualité sordide oblige - alors pour se détendre un peu, voici Ulysse quelque part sur le Larzac !

01/05/2006

Respectable mesdames ! Non ?

Je reviens de la traditionnelle balade du 1er mai et je crois que j'ai rencontré Ulysse!

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18:35 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (5)

05/03/2006

Le combat des Voraces et des Coriaces

Le combat des Voraces et des Coriaces.

Or donc en ce temps-là le vieux roi cacochyme
Entendait bien gagner en ce combat ultime
Qu’il menait durement contre son chef des flics
Un nain plein d’ambition : Sarconar-le-lombric.

Les chroniques du temps traitent ces avatars
Sous le nom générique de « Guerre des nullards ».
Le nabot la voulait la place du Chichi
Et cela enrageait le vieux roi défraîchi.

Pour contrer Sarconar, il lui mit dans les pattes
En temps que Grand Vizir un fougueux diplomate,
Un bellâtre doublé d’un fringant aristo
Au nom turfiste : Galopin de Ville-aux-Eaux.

Le premier faisait preuve d’un appétit vorace,
Le second se montrait charmeur mais coriace.
L’un jouait du quart-cher, fustigeant la racaille ?
L’autre dynamitait le Code du Travail !

Sarco mettait ses pas dans les pas du Médef ?
L’autre avec ses grands pieds désespérait l’Unef !
Le nabot, irrité, envoyait ses condés
Quand la France-d’en-bas commençait à gronder…

Cessons pour aujourd’hui ce conte atrabilaire
Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre
De ce nectar divin de la Coste-du-Rhosne
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne !

(à suivre)