28.06.2009
Faites le plein des sens: la soupe au pistou !

La soupe au pistou
Comment peut-on servir, les soirs de canicule
Une soupe brûlante sans être ridicule?
Et pourtant, en Provence, terre où l'on ose tout,
Il en existe une: c'est la soupe au pistou.
Nous l'avons héritée de nos amis niçois,
Eux-mêmes la tenant de nos cousins génois.
C'est vrai que de chez nous, l'Italie est bien proche,
Le cœur, les chants, le goût, presque tout nous rapproche.
"Pistar", c'est "écraser" en langue provençale.
Et le fameux "pistou" dont chacun se régale
C'est l'ail, le basilic, le fromage mêlés
Dans le mortier de marbre, et simplement pilés.
Le basilic, chez nous, ce n'est pas le "pistou"
Mais c'est" lou balicot ". Voilà. Un point, c'est tout!
- Oh ! Doucement, Victor! Tu as les arcanettes ? (1)
Respire, bois un coup et dis-moi ta recette!
- Tu as raison, petit, fais péter le bouchon!
Pour une bonne soupe, il te faut du cochon.
Une couenne, un pied, un petit jambonneau
Que tu vas nettoyer et que tu mets en eau
Froide dans un faitout, puis que tu fais bouillir.
Tu laisses demi-heure et souvent tu écumes.
Pendant que ça cuira, épluches tes légumes:
Des haricots blancs, verts, rouges. Et sans mollir.
Quatre grosses courgettes, quatre belles tomates
Mondées, épépinées, et cinq ou six patates.
Dans ta viande qui bout, met tes légumes entiers,
Sale et fais cuire une heure. Prépare ton mortier.
Du sel, dix gousses d'ail, deux pieds de basilic,
Qu' avecque ton pilon, cet emblème phallique,
Tu écrases en pommade. En tournant vivement
Verse l'huile d'olive, et ne soit pas feignant.
Rajoute trois tomates pelées, mondées, hachées,
Enfin du parmesan ou de l'edam rapé.
Vérifie si la viande est correctement cuite,
Et rectifie le goût. Écoute bien la suite:
Avec une écumoire, sort patates, courgettes
Que tu vas écraser avec une fourchette.
Elle te serviront de liant pour ta soupe.
Enfin tu mets les pâtes. Pour pas que tu les loupes
Tu les tastes souvent et tu les cuis" al dente".
Quand c'est prêt, hors du feu, dans l' oulo qui chuinte,
Introduit ton pistou en mélange homogène
Directement à table, comme l'on fait à Gênes.
Respire ce parfum d'ail et de balicot,
Qui transcende cochon, tomates, haricots!
Cette soupe est un plat complet à elle seule,
Qui ravit les gourmets et les plus fines gueules.
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire
Ma tripe est assoiffée, remplis raz bord mon verre
De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.
Ingrédients et proportions pour six personnes:
Pour la soupe: - 1 couenne, - 1 pied, - 1 jambonneau de cochon, - 150 g de haricots blancs secs, - 100 g de haricots rouge (ces haricots seront mis à tremper une nuit), - 500 g de haricots verts frais, - 4 ou 5 belles courget-tes non pelées, - 4 ou 5 tomates (saint-pierre si vous en trouvez), - 5 ou 6 pommes de terre, - 500 g de pâtes genre petits macaronis, - 3 litres d'eau, - 2 cuillerées de gros sel de Camargue.
Pour le "pistou" : - 2 pieds de basilic à grandes feuilles, - 10 gousses d'ail, - 1 cuillère à café de sel fin, - 200 g de parmesan ou d'edam rapé (évitez le gruyère qui fait trop de fils), - 2 décilitres d'huile d'olive.
Les vins conseillés:
La soupe au pistou est un plat très parfumé qui se sert très chaud, en période estivale! Il faut donc l'accompagner d'un vin frais, léger, gou-leyant et, lui aussi, parfumé. Les vins rosés sont parfaits.
En Côtes-du-Rhône: rosés de Tavel, de Chusclan, de Travaillan, de Camaret, de Suze-la-Rousse, du Ventoux, du Luberon, des Costières-de-Nîmes, de Saint-Désirat, de Bouchet, de Nyons, de Bollène, de Roaix, de Saint--Pantaléon-les-Vignes.
En Coteaux du Languedoc: rosés de Cabrières, de Faugères, des Corbiè-res.
En vins de Provence: les rosés de Pierrefeu, Brignoles, La Selle, Ollières, Saint-Zacharie, Tourves, Tavernes.
(1) Avoir les arcanettes .. faire preuve d'une certaine irritation.
in: Le Bonheur est dans l'Assiette et dans les Ver(re)s. Disponible sur : ayoli.fr
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21.06.2009
Gastronomie érotique: délices crêtois!
Perrine
Perrine dansait nue sur la grève luisante,
Pieds légers, ondulante, bras tendus vers Phébus,
Dans les fraîches senteurs de l’aurore naissante,
Elle sacrifiait au culte de Vénus.
Sa taille se ployait jusqu’à frôler l’arène
Puis elle s’élançait pour caresser les cieux,
Ventre offert, seins dressés, plus fière qu’une reine.
Perrine avait vingt ans et tutoyait les dieux.
Un grand faune barbu, velu et chevelu
A la flûte de Pan rythmait la sarabande.
Il dévorait des yeux le corps de son élue
Et savait que bientôt il aurait sa prébende.
Il sauta sur la nymphe, l’entraîna dans la mer
Où il la posséda d’une étreinte primaire.
La salade crétoise
— En ce temps là, petit, la Grèce était à terre
Ecrasée sous le joug de troufions sanguinaires :
Des colonels bornés alliés à des popes
Martyrisaient sans fin le berceau de l’Europe.
Pourtant à Matala, au fin fond de la Crête
Existait une baie retirée et discrète
Où quelques chevelus à la barbe fleurie
Vivaient en troglodytes dans de curieux abris,
Grottes aménagées dans le roc des falaises
Qui regardent la mer jusqu’au Dodécanèse.
Ils vivaient là heureux, simplement différents,
Tolérés des Crétois, oubliés des tyrans.
Sur la plage, la nuit, au son des bouzoukis
Ils dansaient jusqu’aux transes d’aériens sirtakis
Buvant force hanaps de vin à la résine
Tout en mangeant tomates, oignons et aubergines.
— Alors dis-moi, Victor, ce régime crétois
Dont on nous parle tant. Qu’est-ce que c’est d’après toi ?
— Avant tout des légumes de façon exhaustive,
Du poisson, du fromage et de l’huile d’olive.
Le plat de tous les jours : la salade crétoise
Qui rappelle parfois la salade niçoise.
Tu coupes des tomates assez mures en tranches,
Des morceaux de fêta, fromage à pâte blanche,
Tu épluches un concombre et le coupes en rondelles,
Un poivron vert coupé, sans pépins ni carpelles,
Tu éminces un oignon, cisèle des pourpiers
Et tu ranges le tout dans un grand saladier.
Ajoute une poignée de belles olives noires,
Ça apporte du goût et en plus, ça fait boire.
Tu assaisonnes avec beaucoup d’huile d’olive,
Poivre, jus de citron, fleur de sel, quelques cives.
C’est un plat délicieux, remontant, simple à faire
Et qui — c’est reconnu — fait de verts centenaires !
Voilà ce que mangeait le faune de Perrine
Avant de l’entraîner dans des amours marines.
À nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.
Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.
Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour
À la beauté des femmes, au vin et à l’amour !

Ingrédients et proportions pour six personnes :
- 12 tomates, - 3 concombres, - 3 poivrons verts, - 3 oignons doux, - la valeur de 3 bols de pourpiers (c'est une plante très commune, avec de petites feuilles épaisses et arrondies, presque grasses, sur des tiges un peu rosées. Les jardiniers les arrachent comme des mauvaises herbes et c'est pourtant l'une des bases du fameux régime crétois! Ne garder que les feuilles, pas les tiges.) - quelques cives si vous en avez, - 3 hectos de feta coupée en petits dés, - 3 poignées d'olives noires dénoyautées, - 1 quart de litre d'huile d'olive, - sel, - poivre, - le jus de deux citrons.
Les vins conseillés:
Les crétois boivent beaucoup de vin blanc à la résine, mais à défaut, essayez avec des vins blancs secs des Côtes-du-Rhône, Coteaux-du-Tricastin, Coteaux-du-Diois, Coteaux-du-Luberon, Côtes-du-Ventoux, Costières-de-Nîmes.
En vins du Languedoc: Picpoul-de-Pinet, blancs de La Clape.
En vins de Provence: Cassis, Palette, Coteaux-d'Aix.
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de Jean-Victor Joubert (C'est moi!)
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14.06.2009
Sexy gastronomie: Wanda la sauvageonne

Wanda
A Bauduc, en Camargue, sur le sable doré,
Wanda sculptait les bois déposés par le Rhône
Et vivait libre et nue comme une sauvageonne
Dans une simple hutte à l’orée des marais.
Sur une planche à voile, je chevauchais les flots.
Wanda voulut monter sur mon engin rétif
Mais ne pouvant lever la voile de l’esquif
Elle lâcha la corde et chuta dans les eaux.
Pour l’aider à monter je la soulève au fesses
Mais, troublé, ma poussée devient vite caresse,
Ma peau frôle sa peau et nos jambes s’emmêlent,
En un baiser salé, nos deux langues se mêlent,
Puis, au gré de la vague se redresse le mat,
Et c’est dans l’eau complice que la belle m’aimât.
Le lièvre des sansouires
— Se servir de la mer comme d’un grand plumard,
Ben ! dis donc ! T’as dû faire rougir les homards !
Les girelles devaient frétiller d’allégresse
Et l’onde bouillonner comme une bouillabaisse !
— Ce n’est pourtant pas ça que nous avons mangé
Lorsque, après nos ébats, nous avons partagé
Un excellent repas préparé par la belle,
Devant son cabanon, assis sous la tonnelle.
Wanda, fine fourchette, la veille avait fait cuire
Un régal camarguais : un lièvre des sansouires.
Dépouille l’animal, vide-le, sèche-le
Et puis ampute-le de la tête et la queue.
Coupe-le comme un lièvre en quartiers et portions,
Epluche et émince quelques jolis oignons,
Au fond d’une terrine, mets tes morceaux de viande,
Ajoute thym, laurier, romarin et amandes,
Du poivre du moulin, puis de l’huile d’olive,
Arrose à l’Armagnac de façon attentive,
Et laisse macérer, au frais, toute une nuit,
Il ne s’en ira pas, ne t’en fais pas pour lui !
Dans comme un œuf de beurre, fais dorer des lardons,
Tu égouttes et réserves. Fais blondir deux oignons
Dedans le même beurre, saupoudre de farine,
Fais revenir pour que ça prenne bonne mine.
Rajoute tes morceaux de viande macérée,
Tu remues bien le tout pour les faire dorer,
Introduis tes lardons, ail et bouquet garni ;
Mouille d’une bouteille de Costières-de-Nîmes,
Rectifie sel et poivre, que ce soit de haut goût,
Et laisse mijoter, une heure, à feu doux.
Pendant ce temps glace un quart de petits oignons
Avec un peu de beurre, du sucre et un peu d’eau,
Fais caraméliser. Saute tes champignons
De couche avec de l’huile, dore-les ventre et dos,
Rajoute, après une heure, au premier appareil,
Passe ta marinade, introduis-la pareil,
Et tu laisses frémir une bonne heure encore
Pour que les sucs expriment harmonie et accord.
Mixe le foie du lièvre, la crème et le boudin,
Mets un peu de vinaigre, du poivre du jardin.
Avec ces ingrédients, tu vas lier ta sauce
Juste avant de servir ce plat digne d’Eros.
À nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.
Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.
Chantons, rions, mangeons, et trinquons nuit et jour
À la beauté des femmes, au vin et à l’amour !
Ingrédients et proportions pour six personnes :
Pour la marinade: - 1 lièvre des sansouires (encore appelé ragondin), - 3 oignons émincés, - thym, - 3 feuilles de laurier, - 1 branche de romarin, - 1 poignée d'amandes sèches, - 1 cuillère à soupe de poivre grossièrement concassé, - 1quart de litre d'huile d'olive, -1 verre d'Armagnac.
Pour la cuisson du plat: - la valeur d'un œuf de beurre, - 2 hectos de lardons, - 2 oignons hachés, - 1 peu de farine, - 3 gousses d'ail épluchées et écrasées, - 1 bouquet garni, - 1 bouteille de vin rouge AOC Costières--de-Nîmes.
Pour la sauce: - 1 quart de kilo de petits oignons entiers, - 1 noix de beurre, - 1 cuillère à soupe de sucre en poudre, - 1 livre de petits champignons de Paris, - le foie du lièvre-ragondin, - 1 hecto de boudin, - 1 petit pot de crème fraîche, - 1 cuillère à soupe de bon vinaigre, - sel, - poivre du moulin.
Les vins conseillés:
Ce plat typique des mas de Camargue s'accorde tout natu-rellement avec des vins rouges frais tels, en vallée du Rhône: Costières-de-Nîmes, Domazan, Comps, Estézargues, Fournès, Montfrin, Remoulins, Saze, Saint-Hilaire-d'Ozilhan.
En vins du Languedoc: Saint-Saturnin, Cabrières, Cazevieille, Saint-Gély-du-Fesc, Valflaunès.
En vins de Provence: Coteaux-des-Baux, Coteaux-d'Aix, Coteaux-varois de Saint-Zacharie, Saint-Maximin, Barjols, Ste-Anastasie.
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02.06.2009
Gastronomie étoilée: Les KADINBUDU KOFTE (boules de viandes "cuisses de femme")

On sait être coquin du côté du Bosphore
Faire vibrer les sens et jubiler les corps,
Car au pays du grand Nasr Eddin Hodja
- Ce savoureux poète, celui qui érigea
Dans son œuvre subtile un monument d’humour
Où bon sens, paillardise riment avec amour –
On aime conjuguer les plaisirs de la table
Avec ceux du divan, tout aussi agréables.
C’est ainsi que l’on mange, près du pont Galata
Les « cuisses de jolies femmes » : Kadinbudu kofta.
Faites cuire à grande eau un grand verre de riz
Et préparez le reste durant le temps qu’il cuit :
Emincez une oignon de taille convenable,
Hachez une livre de bœuf de bonne étable
Malaxez à la main tout en incorporant
Une cuillère à soupe de baies qui, au Levant
Portent le nom de kuş uzumu, à défaut
Mettez des baies de myrtes ; ça c’est une info
Me venant d’une Etoile qui connaît le pays
Pour y avoir vécu, et aimé, et joui !
Ajoutez une cuillère à café de piments
Rouges, des pignons ; salez normalement
Puis une cuillerée de poudre de cannelle
Du persil, de l’aneth pour le goût sensuel,
Vous ajoutez un œuf puis le riz égoutté
Malaxez bien le tout ; avec un doigt, goûtez,
Remontez en épices si c’est indispensable
Enfin confectionnez sur le bord de la table
Des fuseaux allongés comme cuisses de femmes
Objets de nos désirs autant que de nos flammes.
Puis dans deux œufs battus vous passez les boulettes
Un peu de chapelure et les cuisses sont prêtes.
Faites-les frire à l’huile et servez sans maraude :
Les cuisses les meilleures sont toujours les plus chaudes !
Cessons pour aujourd’hui ces contes culinaires,
Ma tripe est assoiffée, remplis ras bord mon verre
De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.
Ingrédients et proportions pour six personnes :
1/2kg de viande de bœuf hachée, 1 verre à thé (100 ml) de riz, 1 oignon de taille moyenne, 1 cuillère à soupe de pignons, 1 cuillère à soupe de kuş uzumu (C'est très petit, rond et noir. C’est une petite baie comme la myrte. Les Turcs l’utilisent séchée), 1 cuillère à thé de piment rouge, 1 cuillère à thé de cannelle
1 cuillère à café de sel,1 œuf, un peu d’aneth et un peu de persil. Pour couvrir les boules avant de les frire:
2 œufs battus et de la chapelure.
Boissons conseillées :
Bien sûr le thé si on veut se la jouer à l’orientale… mais on n’est pas obligé !
Ce plat parfumé et relevé s’accorde parfaitement avec des vins rosés frais, soyeux et parfumés comme…des cuisses de femmes. N'oubliez pas, messieurs, que le vin n'est jamais autant aphrodisiaque que lorsque ce sont les femmes qui le boivent!
A EVITER ABSOLUMENT : les tristes breuvages dits « rosés Barroso », du nom du détestable président de la Commission européenne, promoteur – sur la demande du super faux-cul Michel Barnier - des vins « zéros » et non « rosés » confectionnés industriellement par coupage de mauvais vins blancs avec des rouges dégueulasses.
Merci à fotolia
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NOUVEAU!
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31.05.2009
Il faut chaud: mangez les sardines à la "Brulo dé" du Pégot
Éclairs d'acier bleuté bondissant hors de l'onde
Pour tenter d'échapper à la dent furibonde
De quelque carnassier montant des eaux profondes
Pour croquer tout de go ces poissons qui abondent...
C'est la reine des mers! Succulente et divine,
Pas la langouste, non. Simplement la sardine!
Sa réelle fonction, sa vie, son aventure
Généreuse et bornée: c'est d'être nourriture!
Les poissons s'en délectent, 1 'homme la met en boite,
Lui fait boucher le port si la passe est étroite...
Chez nous, dans le Midi, on l'aime tellement
Que chaque Provençal est un peu son amant.
Mon ami le Pégot, marin-pêcheur de Sète,
Les fait à "Brulo dé". En voici la recette.
Prenez-les sur le quai, juste au cul de la barque,
Chez votre poissonnier, la fraîcheur se remarque
Par la roideur arquée du petit corps luisant.
Un bon kilo pour deux, ce sera suffisant.
Devant le cabanon, à l'ombre de la treille,
Tandis que sa moitié débouche les bouteilles,
Le Pégot fait brûler un fagot de "gabel"
C'est les sarments de vignes du côté de Lunel.
Un bon coup de muscat met les convives à l'aIse
Juste le temps qu'il faut pour apaiser la braise.
Sur un bout de grillage il range les sardines,
Ni lavées, ni vidées. Nature les ondines.
Les poissons sur la grille sont posés sur le feu
Puis retournés après une minute ou deux.
Sur un grand plateau rond, au milieu de la table
Calée par des galets pour qu'elle reste stable,
Le Pégot sert en vrac sa première tournée
Puis remet sur le feu la prochaine fournée.
Un jet d'huile d'olive dans le creux de l'assiette,
On mange avec les mains, nul besoin de fourchette.
D'une pression du doigt on enlève la peau
Libérant les filets odorants et bien chauds,
La tête entre deux doigts, dans deux autres la queue,
La sardine grésille. Quel bonheur, maugrebeleu !
On se "rabine" un peu, d'où le nom: "brulo dé"
Mais c'est tellement bon! vous n'avez pas idée.
Avec les dents du haut, on bloque la sardine,
La mâchoire du bas, retroussant les babines
Fort délicatement détache le filet
Qu'un" ggluuff" aspirera jusqu'au fond du palais.
Sous le pin parasol où s'aiment les cigales
Montent les petits bruits des gens qui se régalent.
Ca fait des: "Ah !", des "Hum !" des "Fatche que c'est bon !"
C'est toute la marée, plus un goût de charbon.
Toute les deux sardines on boit un coup de blanc,
De Cassis ou de Saint-Hilaire-d'Ozilhan,
On parle avec les mains, on sort la galéjade
Et la journée se passe en franche rigolade.
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire
Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre
De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.
Ingrédients et proportions pour six personnes:
Rien de plus simple: des sardines, encore des sardines, seulement des sardines (comptez 1 demi kilo par personne, soit 3 kilos). Mais fraîches, pas trop grosses et de Méditerranée évidemment. Plus un peu de fleur de sel de Camargue et de l'huile d'olive dans chaque assiette.
Les vins conseillés:
La sardine est bonne fille et s'accompagne sans problème de vins blancs secs, de rosés, voire de rouges jeunes et frais.
En vallée du Rhône, blancs de Roaix, Saint-Hilaire-d'Ozilhan, Laudun, Villedieu ; rosés de Tavel, Rochefort, Chusc1an, Ventoux, Luberon, Cos-tières de Nîmes; rouges légers de Sainte-Cécile-Ies- Vignes.
En vins du Languedoc blancs Picpoul de Pinet, blancs de la Clape ; rosés de Saint-Saturnin, vins des sables d' Aigues-mortes.
En vins de Provence, les blancs de Cassis, tous les rosés des Côtes-de--Provence et des Coteaux varois.
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18.05.2009
ALERTE ! Arrêtons le bas rosé de Barroso

- Tè ! Loule, serts nous une tournée de rosé. Le matin, ça dégage la tripe et ça fluidifie les pensées !
- Tu veux du quoi ? Rosé de Tavel ? De Provence ? Côteaux-d’Aix ? Lirac ? Ici, t’as le choix. C’est que du bon.
- Loule, tu me fais plaisir. Chez toi, on trouve pas de ces bas rosés Barroso qui sont au Rosé de Tavel ou de Provence ce qu’une branlette est à une nuit d’amour avec Monica Bellucci ! D'ailleurs, le rosé Barroso, faut en parler en verlan: c'est pas du rosé, c'est du zéro! Au diable l’avarice, sert-nous une tournée de Tavel de chez l’ami Maby !
- Quand même, Victor, ils commencent à nous gonfler les aliboffis à cette Commission Européenne avec leurs conneries. Ces types là, Barroso en tête, font détester l’Europe. En plus, juste avant les élections européennes…
Le rosé Barroso - pour ceux qui, dans ce noble bistro, éminent lieu de convivialité et de fructueux débats solidement étayés par des arguments liquides – c’est ce que veut autoriser cette commission de merde : fabriquer du vin de couleur rosé par coupage de vin blanc et de vin rouge. L'autorisation de " fabriquer ", à partir de vins blancs excédentaires, des vins ressemblant à des rosés, mais à moindre coût et à n'importe quelle période de l'année ressemble fort à une manœuvre opportuniste permettant d'attaquer le marché du rosé qui est en progression. Rappelons que le vin rosé s'obtient notamment par un pressurage habile et rapide. La pellicule du grain de raisin est ce qui donne la couleur au vin, moins elle est laissée en contact avec le jus de raisin, plus le rosé sera clair en fin de vinification (de quelques minutes à quelques heures) . A chacun ensuite, de laisser parler son savoir faire et ses terroirs, pour en faire un vin Rosé de qualité. Voilà ce qu’on sait faire chez nous. Quand à Barroso, ce qu’il veut autoriser, c’est la coloration de mauvais blancs invendables par un peu de rouge.
- Il s'agit ni plus ni moins d'une forme de contrefaçon, une véritable tromperie du consommateur qui serait en outre légalisée par un règlement européen !
- T’as tout compris Loule. Mais il faut savoir que c’est ce que font les pisseurs de sarments d’Australie, d’Afrique du sud, du Chili et autres nouveaux venus sur le marché pinardier. En France même, cette méthode a les faveurs de tous les fabricants de saloperies que sont les plus gros négociants. Et qui c'est qui a demandé à la Commission européenne d'autoriser cette merde? Ben, c'est ce faux-cul de Barnier, sous la pression des gougnaffiers du négoce!
- Alors qu’est-ce qu’il faut faire ? Parce que si c’est ce qu’on va trouver maintenant sur les linéaires, on n’est pas plus con que ces chiapacans de négociants. On peut faire comme eux : tu prends dans ton frigo une boutanche de blanc et tu le colores avec un peu de rouge ! Le résultat sera le même…pour beaucoup moins cher ! C’est l’arroseur arrosé !
- T’as raison Loule ! Mais il vaut mieux faire comme toi: servir du vrai Rosé ! Et signer la pétition que tu trouves sur coupernestpasrose.com
- A la vôtre : je remets la mienne. Et que du bon !
Signez la PETITION
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04.05.2009
Bonne bouffe du dimanche: Le catigot d’anguilles d’Alexis
Le métier d'Alexis: facteur, mais en Camargue.
La passion d'Alexis: les taureaux que l'on nargue
En courant la cocarde, le dimanche aux arènes
Pour les yeux de velours d'une belle Arlésienne.
En ces temps difficiles de guerre et de malheur,
Alexis, à vélo, pratiquait son labeur.
Pour livrer dans les mas les colis et les lettres,
Il roulait, chaque jour plus de cent kilomètres.
Il n'hésitait donc pas, pour prendre un raccourci,
À traverser les champs où paissaient les taureaux,
Son vélo à la main, sans beaucoup de soucis,
Car il "sentait" les bioù tout comme un torero.
Or donc voilà qu'un jour, sautant la barricade,
Notre Alexis marchait à travers la manade.
Il venait de quitter les animaux grégaires
Lorsque, venant de loin, un taureau solitaire,
Étalon portugais ombrageux et sournois, -
Chargea notre facteur, son vélo et ses lettres!
Alexis, razeteur, par un écart adroit,
Évite les poignards meurtriers de la bête.
Le vélo vole en l'air ainsi que la sacoche.
Le taureau la reprend et sa corne l'embroche.
Alors notre Alexis fait son plus beau combat.
Il cite le taureau par le haut, par le bas,
Il virevolte autour des cornes de la bête,
Puis, en un geste sûr, enfin sa main crochète
La musette de cuir de l'Administration.
Le fauve, dépité, a baissé pavillon
Pour se fondre à nouveau parmi ses congénères
Et se faire moquer parmi la gent vachère...
C'est à pieds, son vélo démoli sur l'épaule
Qu'Alexis a fini sa tournée un peu folle...
Il ramenait toujours des fermes et des mas
Quelques lapins de champs, des anguilles bien grasses
Que dans tous les canaux on attrape à gogo.
Le plat qu'il préférait: l'anguille en catigot.
- Dis donc, ton Alexis, c'était un homme fort!
Mais comment on les fait ces anguilles Victor?
- Tu prends deux, trois anguilles, pas trop grosses, vivantes,
Que tu vas estourbir de manière décente.
N'enlève pas la peau, mais au papier journal
Enlève le mucus du gluant animal.
Les anguilles trop grosses, pèle, ça va de soi.
Vide-les, coupe-les en bouts de quatre doigts
Que tu farineras et mettras à raidir
Dix petites minutes dans un large faitout.
Puis tu sors les morceaux, sales et poivres le tout
Et tu mets de côté sans laisser refroidir.
Dans de l'huile d'olive tu mets à colorer
Deux oignons émincés et deux blancs de poireaux,
Ne laisse pas roussir, tu fais juste dorer.
Mouille d'une bouteille de rouge de Pujaut,
Incorpore girofles, céleri, thym, laurier,
Gousses d'ail écrasées, tomates concassées,
Sel, poivre du moulin, une écorce d'orange
Sommités de fenouil. Et tu cuis ton mélange
Demi-heure à feu doux. Dans une autre sauteuse,
Avec un peu de beurre, dore des champignons
De couches émincés et des petits oignons.
Tu arrêtes, et réserves quand l'odeur est flatteuse.
Quand ta sauce est bien cuite, tu vas éliminer
Thym, écorce d'orange, le fenouil, le laurier,
Puis au moulin légumes il te faut la passer,
Avec la grille fine, qu'elle soit bien lissée.
Range dans le faitout poisson, légume et sauce,
Tu mijotes un quart d'heure pour que les goûts s'exhaussent,
Puis tu sers, décoré de persil vert et gai,
Avec du riz pilaf, mais du riz Camarguais.
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire,
Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre
De ce divin nectar de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne!
Ingrédients et proportions pour six personnes:
- 3 ou 4 anguilles de taille moyenne, - 1 verre d'huile d'olive, - 2 cuille-rées à café de sel fin de Camargue, - poivre du moulin, - 2 oignons, - 2 blancs de poireau, - 1 bouteille de vin rouge, - 1 branche de céleri épluchée et hachée, côte et vert, - 4 gousses d'ail, - 4 tomates concas-sées, - sommités de trois branches de fenouil, - thym- laurier, - écorce d'orange séchée, - 1 noix de beurre, - 3 hectos de champignons de cou-che, - 1 demi kilo de petits oignons, - 1 branche de persil, - 1 demi kilo de riz long de Camargue.
Les vins conseillés:
Ce plat typique des mas de Camargue s'accorde tout naturellement avec des vins rouges frais tels, en vallée du Rhône: Costières-de-Nîmes, Domazan, Comps, Estézargues, Fournès, Montfrin, Remoulins, Saze, Saint- Hilaire-d' Ozilhan.
En vins du Languedoc: Saint-Saturnin, Cabrières, Cazevieille, Saint-Gély-du-Fesc, Valflaunès.
En vins de Provence: Coteaux des Baux, Coteaux d'Aix, Coteaux varois de Sainte-Zacharie, Saint-Maximin, Barjols, Sainte-Anastasie.
07:26 Publié dans Bouffe, Cuisine/Gastronomie, Culture, poésie, Tauromachie, Traditions | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gastronomie, anguilles, camargue
26.04.2009
Gastronomie dominicale: la truffade de morue
Avoir du poisson frais, aujourd'hui est banal
Même si l'on habite loin du littoral.
Cependant bien souvent, dans les grandes surfaces,
Le frais est remplacé par le froid de la glace,
Si bien que pour le nez, l'étal du poissonnier
Fait penser que le "pei" (1) a dû venir à pieds!
Avant l'avènement du sous-vide attrayant,
Du surgelé vainqueur, du frigo triomphant,
Le seul poisson des provençaux de l'intérieur
N'était pas le plus cher, n'était pas le meilleur,
C'était la "merlusso" (2), c'était la morue sèche
Que les rudes bretons faisant la Grande Pêche
Venaient, par tombereaux, troquer contre le sel
À Salin-de-Giraud, Aigues-Mortes ou Lunel.
Ah ! il fallait les voir tous ces rugueux rouliers
Descendant en convois par chemins et halliers,
Poussant à coups de gueule, coups de fouets, coups de pieds,
Leurs grands chevaux fumants tractant leurs lourds fardiers.
Quand les jours étaient longs et qu'ils étaient pressés,
Ils dormaient à la dure, dehors, dans les fossés,
Et lorsqu'ils emplissaient les auberges routières
Pour boire et pour bâfrer, pour rire sans manière,
Ces hommes au sang chaud et à la poigne leste
Jouaient du poing, du fouet pour la moindre conteste.
Les convois descendant amenaient la morue
Fournie par la Bretagne et ses marins bourrus.
Les convois remontant en un grand carrousel
Vers les ports océans étaient chargés de sel.
De ce commerce ancien sont nées des accointances
Entre gens de Bretagne et gens de la Provence.
C'est ainsi que naquit la morue en truffade
La "merlusso'n raïto » " (3) ainsi que la brandade.
Fais dessaler, petit, une morue épaisse
Vingt-quatre heures au moins en changeant l'eau trois fois,
Ôte peau, cartilage avec délicatesse,
Puis tu coupes, en portions, mais en faisant bon poids.
Dans de l'huile d'olive tu feras revenir
Deux oignons émincés sans les faire roussir,
Ajoute trois tomates pelées, mondées, hachées
Trois belles gousses d'ail, du thym et du laurier
Du poivre du moulin, safran, zeste d'orange,
Mais surtout pas de sel. Tourne bien ce mélange
Qu'après tu vas mouiller avec deux litres d'eau.
Ajoute douze "truffo" (4) coupées grosso-modo.
Les "truffo" par chez nous sont les pommes-de-terre,
Les véritables truffes, elles, sont les "rabasso" (5),
Joie des meilleurs gourmets ainsi que des pourceaux,
Et des chiens "rabassié" (6) qui les sentent sous terre.
Tu fais cuire à feu vif, surveille la cuisson
De tes pommes-de-terre. Goûte. Lorsqu'elles sont
Cuites à mi-parcours, avec une écumoire
Tu déposes dessus tes morceaux de morue.
Complète la cuisson à feu vif maintenu
Tu rectifies en goût, un canon tu vas boire.
Tu sers dans chaque assiette la morue, les patates,
Tu purges le bouillon de tous ses aromates
Et tu le sers à part, en soupière fumante.
Enjolive ton plat de façon élégante
En piquant ça et là quelques brins de persil.
Qui l'agrémenteront de leur parfum subtil.
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire,
Ma tripe est assoiffée, remplis raz bord mon verre
De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.
(1) Pei".. poisson. (2) Merlusso .. morue. (3) Merlusso'n raito" .. morue aux pommes-de-terre. (4) Truffo.. pommes-de-terre (on dit aussi "tartifles "). (5) Rabasso .. truffes véritables (melanosporum).
(6) Chiens rabassié .. chiens truffiers.
Ingrédients et proportions pour six personnes:
- 1 morue sèche de 600 g environ, - 3 cuillerées d'huile d'olive, - 2 oignons émincés, - 3 tomates, - 3 ou 4 gousses d'ail triées, - thym, - laurier, -safran, - poivre, - zeste d'orange, - 12 pommes de terres, - 3 branches de persil plat.
Les vins conseillés:
Tous les vins rosés. En vallée du Rhône: Tavel, Lirac, Jonquières-St-Vincent, Chusclan, Ventoux, Luberon, Valréas, Roaix, Gaujac, Domazan, St- Victor-Ia-Coste, Remoulins.
En vins du Languedoc: Saint-Saturnin, Saint-Drézery, Saint-ChristoL
En vins de Provence: Côtes-de-Provence, Coteaux varois.
Mais surtout pas de rosé Barroso, ces infâmes breuvages fait de mauvais rouges et de blancs invendables !
16:25 Publié dans Bouffe, Cuisine/Gastronomie, Culture | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bonne bouffe, truffade de morue
19.04.2009
Plus gastronomique: la VRAIE Tête de Veau façon papy Chichi !
La tête de veau.
Quand revient chaque année le temps du vin nouveau
Je convie mes amis pour la Tête de Veau.
C'est un plat collectif, festif, essentiel;
C'est un repas royal ou... présidentiel!
Me méfiant des veaux qui ont "la vache folle",
Je vais chercher les miens en terres cévenoles.
Pour avoir du bon veau, et pas de la charogne,
Je commande la tête au boucher de Langogne.
Et je vais la chercher moi-même, par le train
Qui, de Nîmes, hardiment, gravit avec entrain
Les mille et un lacets, les soixante tunnels,
Les trente viaducs suspendus en plein ciel
Reliant les splendeurs de la cité romaine
Aux sauvages attraits des terres lozériennes.
Heureux, le nez au vent, ma glacière à la main,
J'en prend plein les mirettes, je hume le terrain
Qui défile et s'enfuit, lentement, pas pressé.
Cités mélancoliques de mines délaissées,
Juvéniles chahuts, rires à chaque arrêt,
À-pics vertigineux, oppressantes forêts,
Rivières et torrents, petits lacs de barrages
Viennent et disparaissent après chaque virage.
Paisibles bovidés paissant dans les prairies,
Spectacle interrompue par chaque galerie,
Le voyage est trop beau, le voyage et trop court...
- Oh ! Victor, bois un coup, arrête tes discours,
Si maïses coume aco, la testa de vedeù
Bouto, la manjaren beleù a l' an nouveù ! (1)
- C'est bien vrai. Sers-moi donc un primeur agréable
- Qui chatouille si bien mon gosier insondable.
Zou ! Trinquons et buvons, et ne fais pas la bête,
Je vais te raconter comment on fait la tête.
Lorsque j'arrive avec mon chef en bandoulière,
La Lionne a déjà sorti la gazinière
Des grandes occasions. Ce qui se fait de mieux:
Un feu sur doubles rampes se croisant au milieu.
Dans une oulo (2) profonde, voire une lessiveuse
On met à dégorger la tête voyageuse
Dans de l'eau claire et froide pendant une heure ou deux.
La laisser une nuit pourrait être hasardeux.
On la sort, on la met sur un large torchon,
On noue les quatre coins tout comme un baluchon.
Ainsi enveloppée, au fond de la bassine
On place, dans l'eau chaude, la caboche bovine.
Trois oignons giroflées, trois poignées de sel gros
Du thym et du laurier, du persil, mais pas trop.
Quand ça bout on écume avec application,
Puis on baisse le feu à tout petit bouillon.
On laisse cuire ainsi entre trois et quatre heures
Cette lenteur voulue rend la cuisson meilleure.
Pour la vérifier, je plante une fourchette:
Quand ça rentre tout seul, on chauffe les assiettes.
Soulevant le torchon, je sors alors la tête
Que je fais égoutter, coiffée d'une serviette
Pour bien tenir au chaud la viande qui tremblote.
Alors ma femme attaque la sauce ravigote :
Pour une tête entière, donc pour dix gros mangeurs,
Gourmands tant que gourmets, solides bambocheurs,
Elle écrase au mortier persil et estragon,
Cerfeuil et ciboulette, câpres et cornichons,
Tout cela manié dans trois hectos de beurre,
Elle s'en servira dans sa phase ultérieure.
Elle met à réduire huit ou dix échalotes
Dans un verre de vinaigre, au fond d'une cocotte,
Lorsque c'est bien réduit, trois cuillers de farine
Dans du beurre fondu (pas de la margarine)
Puis elle mouille avec cinq verres de bouillon,
Le jaune de cinq œufs, sale avec précaution.
Tournant au bain-marie, elle incorpore alors
Deux bons hectos de beurre, du demi-sel d'Armor.
Lorsque la sauce prend certaine consistance
Elle y met 1'appareil préparé par avance
Et manie bien le tout à la cuillère en bois.
La sauce est enfin prête pour un repas de choix.
C'est alors que j'apporte, avec solennité
La tête décorée avec habileté
Par du persil frisé, dans le nez, les oreilles.
L'assemblée s' esbaudit devant cette merveille.
Les manches retroussées, armé du Laguiole,
Je découpe en public la brûlante bestiole
Les joues souples et grasses qui fument et tressautent,
Le dedans du palais, puis la langue et la glotte,
Les viandes délicates, mousseuses du cou,
Les oreilles craquantes, les muscles des bajoues,
Enfin, le dernier bout, le bonheur des gourmets:
La pointe du museau, avec les trous du nez.
Nicole distribue: chacun son bout de veau,
Moi, je remplis les verres avec du vin nouveau.
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire
Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre
De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.
Ingrédients et proportions pour huit personnes:
Une tête de veau, même sans la cervelle (depuis la vache folle les bou-chers la vende écervelée), ça pèse autour de dix kilos et plus. Mais il reste beaucoup moins de viande mangeable!
Pour la tête: - 1 tête sans la cervelle (dommage...), - 3 ou 4 gros oignons piqués de clous de girofle, - 2 poignées de gros sel de Camargue, - 6 feuilles de laurier, - 3 branches de persil plat, - eau à la demande (la tête doit toujours cuire entièrement immergée, au besoin mettez un poids dessus).
Pour la sauce ravigotte : - 3 branches de persil plat, - 3 branches d'estra-gon, - quelques tiges de cerfeuil, - autant de ciboulette, - 1 cuillerée à café de câpres, - 2 cornichons. Tous ces ingrédients, pilés au mortier, seront maniés dans un hecto de beurre.
- 5 échalottes, - 1 verre de vinaigre, - 2 cuillerées de farine. - 3 verres de bouillon, - 3 jaunes d'œuf, - 2 hectos de beurre demi-sel.
- persil pour décorer les oreilles et les trous de nez.
Les vins conseillés:
La tête de veau s'accompagne idéalement avec des vins primeurs, des vins de soif, gouleyants, joyeux et sans chichis: Tulette, Sainte-Cécile--les-Vignes, Rochegude, Gaugeac, Saze.
Ventoux de : Mormoiron, Caromb, Bédoin. Tricastin.
Coteaux du Languedoc.
Côtes de Provence.
Et même, en cas de pénurie de Côtes-du-Rhône, Bordeaux légers et Vins de Loire.
-
(1) Si tu parles comme ça, la tête de veau, on la mangera peut-être, mais l’an prochain !
(2) oulo : grand récipient profond destiné à la cuisson des aliments, soit suspendu à la crémaillère d’une cheminée, soit posé sur un trépied.
22:39 Publié dans Cuisine/Gastronomie, Culture, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bonne bouffe, tête de veau
17.04.2009
M'ame Michu et M'ame Chazotte mangent du lapin! + Etaix

- Ben, qu’est-ce qu’il vous arrive Ma bonne M’ame Michu ? V’z’avez la figure aussi claire que la conscience d’un député UMP. V’z’êtes malade ou quoi ?
- Ben oui M’ame Chazotte, ch’uis pas bien. Ça fait quelques jours. J’ai dû manger quelqu’chose qui m’a reproché. Faudra peut-être que j’aille au docteur. Qu’y m’donne des antibiotiques…
- Pas la peine M’ame Michu ! Pas la peine ! D’abord les antibiotiques, c’est pas automatiques comme ils nous gonflent à la télé, puis ça creusera encore le trou de la Sécu et enfin, c’est pas la peine. Si vous voulez vous soigner aux antibios, mangez du lapin ! Ou du cochon. Ou du poulet. Mais le lapin, c’est le top !
- Qu’est-ce vous me dîtes M’ame Chazotte. Ch’comprend rien. C’est quoi cette affaire de lapins qui soignent ?
- Ben, l'AFSSA vient de rendre public son rapport sur la consommation des médicaments vétérinaires contenant des antibiotiques en France en 2007. Le tonnage d'antibiotiques a augmenté de près de 7% par rapport à l'année précédente, ce qui représente 1348 tonnes d'antibiotiques. Plus de 93% de ces antibiotiques sont utilisés pour les animaux d'élevage. Le reste, c’est pour les matous et les chien-chiens à sa mémère. Mais l’Afssa précise qu’en proportion, les plus gros consommateurs d'antibiotiques sont les lapins de chair. Pour une production de viande équivalente, il faut 7 fois plus d'antibiotiques pour l'élevage cunicole que pour l'élevage porcin et 32 fois plus que pour l'élevage de volailles !
Autrement dit, selon la gravité de votre maladie, vous avez le choix entre du poulet (qui nourrit plus que ce qu’il soigne), du cochon (qui « soigne » 7 fois plus), et du lapin d’élevage industriel qui « soigne » donc 32 fois plus ! Si avec ça vous n’êtes pas guérie M’ame Michu…
- Ben, ça alors M’ame Chazotte ! Ben, ça alors ! C’est bien ça, qu’on puisse se soigner avec du lapin. Mais faut se soigner en civet, à la gibelotte ou au four avec de la moutarde ?
- Demandez donc à quelques hôpitaux qui sont confrontées à des problèmes d’antibiorésistance grave à cause de ces conneries des gougnaffiers de l’élevage industriel ! Le 4 janvier dernier, une alerte a été donnée au CHU de Caen après la découverte d'une bactérie résistante à la plupart des antibiotiques ! Deux services ont été fermés pendant un mois pour éviter la propagation de la bactérie. Ces dernières années, les alertes se sont multipliées : Clermont Ferrand, Paris, Lille, Strasbourg, Nancy. La France détient le record du taux d'antibiorésistance ! La lutte contre les problèmes de résistance des bactéries aux antibiotiques est une priorité concernant la santé animale et la santé humaine. Voilà pourquoi je vous dit que le lapin soigne. Mais c’est vrai que le second degré et vous, M’ame Michu, ça fait deux…
- Alors c’est pas vrai que le lapin soigne ? Je me faisais déjà une joie d’un traitement à la gibelotte, avec des petits champignons ! Si je comprend bien, c’est surtout lui qu’il fait soigner…
- Ben, voilà ! Pour une fois vous comprenez bien M’ame Michu. Elevage intensif en général et élevage cunicole en particulier sont responsables. La viande de lapin représente entre 1 et 2% de la consommation totale de viande en France, contre 27% et 50% respectivement pour la viande de volaille et la viande de porc. L'élevage cunicole consomme 10,35% des antibiotiques vendus en France pour des usages vétérinaires contre 11,12% et 51,86% respectivement pour l'élevage de volailles et l'élevage porcin. L'élevage intensif est le principal consommateur de médicaments vétérinaires contenant des antibiotiques. L'élevage en claustration totale où les animaux vivent dans une très grande promiscuité nécessite l'apport quasi systématique de médicaments. L'élevage professionnel de lapins est un exemple symptomatique de ce que la France peut faire de pire en matière de modes d'élevage !
- Mais alors, que fait le Gouvernement ?
- Tout ce qu’il ne faut pas faire ! Malgré ces conneries dangereuse pour la santé, le gouvernement français, par l’intermédiaire de son ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, a décidé de venir en aide aux producteurs de lapins, dont la filière ne va pas très fort... En 2007, ceux-ci ont reçu 1 million d’euros, attribués pour moitié à l’élevage et pour moitié aux abattoirs. Dernièrement, une enveloppe de 395.000 euros a été octroyée, ceci sans compter les aides émanant des collectivités locales. Empoisonnez les gens, on vous refilera du pognon !
- Bon. Ben, pour me soigner, M’ame Chazotte, je vais revenir à de bonnes vieilles recettes éprouvées : je vais me mettre au vin chaud, bien poivré, avec du thym et du miel !
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Chers amis,
A quatre-vingts ans, Pierre Etaix, clown, dessinateur et cinéaste ne peut plus montrer ses films !!!
Ses cinq longs métrages (dont quatre co-écrits avec Jean-Claude Carrière) sont aujourd'hui totalement invisibles, victimes d'un imbroglio juridique scandaleux qui prive les auteurs de leurs droits et interdit toute diffusion (même gratuite) de leurs films.
Alors, si comme moi, vous souhaitez comprendre les raisons de ce rapt culturel et signer la pétition pour la ressortie des films de Pierre Etaix, visitez ce lien :
pétitionetaix
N'hésitez pas à faire suivre ce mail à tous vos contacts et amis avant le 10 mai 2009, date de remise de la pétition à Madame Christine Albanel, Ministre de la Culture et de la Communication.
Par avance, merci de votre aide.
07:39 Publié dans à l'attaque !, Actualités, Cuisine/Gastronomie, Economie, Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : lapins, antibiotiques, etaix







