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23/12/2016

Hosannah! Hosannah! La Nativité selon Sein-Cavanna

cavanna les écritures.jpg

 

La Nativité selon Sein-François Cavanna

/...

1. Or Joseph vit le ventre de Marie, et il demanda : « Qu'est cela ?»

2. Et Marie lui répondit qu'il ne devait pas aller imaginer je ne sais quelles bêtises, que ce n'était pas du tout ce que n'importe quel imbécile pourrait penser à première vue, qu'il fallait examiner tout ça bien posément entre gens civilisés, et d'abord prends donc un siège et bois un petit coup de ratafia, et ne quitte pas ta laine, te voilà tout en nage, un chaud et froid est si vite attrapé. Là ... Voilà, mon gros Jojo, encore une petite goutte ?

3. Et elle lui raconta l'ange, et l'opération du Saint-Esprit, et le tressaillement de l'enfant dans sa cousine, et les Prophètes qui avaient prédit tout ça mot pour mot, si, si, je t'assure, tu n'as qu'à regarder toi-même, tel et tel chapitre, tel et tel verset, les hommes vous êtes bien tous les mêmes, vous faites des tas d'histoires pour les choses les plus simples.

4. Et Joseph retourna dans sa maison, et il n'était pas sûr d'avoir tout compris, et il se coucha en pensant à tout ça dans sa tête, et il se disait que c'était bien la peine d'avoir attendu si longtemps avant de se marier pour se faire finalement faucher sa fiancée par le Seigneur, un type encore plus vieux que lui, si on veut aller par là.

5. Et puis il s'endormit. Or un ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, tout ce que t'a dit Marie est vrai. Ne crains point de la prendre pour épouse, car ce qu'elle a conçu se trouve en elle par l'opération du Saint-Esprit .

6. Et elle enfantera un fils auquel tu donneras le nom de Jésus afin que soit accompli ce que le Seigneur Dieu a dit par Son prophète : « Voici. Une vierge sera enceinte, et elle enfantera un fils, et on le nommera Emmanuel, ce qui signifie : Dieu avec nous ». (Jésus ou Emmanuel ? Si vous trouvez que tout ça ne fait pas très sérieux, reportez·vous à l'Évangile selon saint Matthieu, l, 21-22-23.)

7. Alors Joseph fut convaincu. Et il se dit en lui-même que, bof, puisqu'il était écrit qu'il fallait qu'il y passe, autant que ce soit par le Seigneur.

8. Et il se dit encore qu'il s'en tirait même plutôt bien, car les Prophètes auraient tout aussi bien pu écrire qu'il devait l'être par le facteur.

9. Et, sur son élan, il continua à penser dans sa tête - la pensée, c'est comme ça quand on commence on ne sait jamais où ça va vous emmener - que la Bible tout entière n'avait été écrite que pour prédire par qui il serait fait cocu, lui, Joseph.

10. Et, certes, c'était pas tout le monde qui pouvait en dire autant.

 

1. Et donc Joseph épousa la vierge Marie.

2. Or; les premiers temps, il était un peu gêné, à cause du gros ventre de la jeune épousée, et à cause des gens qui le montraient du doigt et riaient sur lui.

3. Et Joseph dit aux gens: «Sachez que cette femme, mon épouse, est vierge comme le jour où sa mère la mit au monde. Et je ne l'ai moi-même jamais touchée, bien qu'elle soit mon épouse devant la loi.

4. Or les gens rirent de plus belle. Alors Joseph leur dit : «L'ange m'a très bien expliqué cela, mais je ne me rappelle pas tout. Cependant, je peux vous faire voir. »

5. Et Joseph emmena les gens dans sa maison, et il pria Marie de leur faire voir sa virginité, et c'était une très belle virginité, car Marie était fort brune et bien dodue

6. Et les gens s'étonnèrent, et ils n'en crurent pas leurs yeux, et ils dirent : «Nous n'en croyons pas nos yeux !»

7. Et Joseph leur dit : «Vous pouvez toucher. Mais n'appuyez pas trop fort, s'il vous plaît. »

8. Et les gens touchèrent, et ils furent convain­cus.

9. Et ils allèrent partout portant la bonne parole.

10. Mais certains, dont le cœur était perverti, dirent que peut-être c'était là le résultat d'un coït contre nature qui aurait défoncé une cloison d'entre les fragiles cloisons que l'Éternel a placées entre l'orifice excrémentiel et la porte des bénédictions. Le monde est si méchant.

10. Quoi qu'il en soit, les gens accoururent toujours plus nombreux pour voir et toucher la virginité de Marie, et Joseph la leur montra volontiers moyennant une modeste participation aux frais fixée à une drachme par per­sonne.



1. En ce temps-là, l'empereur César Auguste fit publier un édit afin que l'on effectuât le dénombrement des habitants de toute la Terre.

2. Or chacun devait aller se faire recenser à l'endroit d'où était issue sa famille.

3. Et donc Joseph quitta la ville de Nazareth, où il demeurait, et s'en alla en Judée, à Bethléem, car il était de la race de David,

4. Et Marie, son épouse, partit avec lui.

5. Et pendant qu'ils étaient à Bethléem, le temps auquel elle devait accoucher arriva.

6. Or il n'y avait point de place à l'hôtellerie, à cause de la grande affluence du recensement, et ils finirent par s'installer dans une étable.

7. Et Marie accoucha, et elle eut très mal, car le passage n'avait point été ouvert et assoupli par l'action du membre de l'homme, ainsi qu Il est d'usage,

8. Et elle pensa que si Dieu avait voulu Se faire un petit peu souffrir pour sauver les hommes, c'était Son affaire,

9. Mais que ce n'était en tout cas pas une raison pour la faire souffrir plus que son compte, elle à qui l'On n'avait pas demandé son avis.

10. Et tout ça parce que Monsieur ne voulait pas naître comme tout le monde, et qu'il fallait toujours qu'Il Se fasse remarquer !

11. Ça prétend vouloir partager le destin des hom­mes, et vivre, et souffrir, et mourir comme un homme ordinaire, et Ça commence par naître d'une vierge, comme si c'était vraiment là le cas de tout un chacun, je vous demande un peu !

12. Ah, là là, ces aristocrates, quand ça veut jouer au peuple, c'est bien tous les mêmes, Trianon et compagnie.

13. Or il y avait dans la crèche un âne, et il y avait aussi un bœuf.

14. Et c'était la divine Providence qui les avait mis là afin que le petit eût de quoi se nourrir.

15. Car la divine Providence est comme ça : pleine de bonnes intentions, mais pas très renseignée.

16. Et l'âne et le bœuf essayèrent de toutes leurs forces d'avoir du lait, mais ils eurent beau pousser, ce n'est jamais du lait qui sortit. Les miracles, ça ne fonctionne que quand on n'en a pas vraiment besoin.

17. Or il y avait une campagne autour de Bethléem, et dans cette campagne il y avait des bergers qui gardaient leurs moutons.

18. Et les moutons faisaient une mine renfrognée, et ils bêlaient des bêlements mécontents, car on était dans la nuit du 25 décembre, et il n'est pas coutume d'emmener paître les moutons au cœur de l'hiver, et ils ne trouvaient à brouter que de la neige, et ils se gelaient les pattes,

19. Mais la divine Providence s'était avisée au dernier moment que ce serait plus joli avec des bergers, et alors elle avait arrangé ça en vitesse, et en effet c'était très joli très réussi, et il faut avoir le cœur bien sec pour aller chicaner sur des détails.

20. Tout à coup, une grande lumière entoura ces bergers, et du firmament descendirent des légions d'anges aux trompettes éclatantes.

21. Et les bergers, voyant cela, furent saisis d'une grande peur, et ils cachèrent derrière leur dos les gigots des tendres agneaux qu'ils avaient fait rôtir pour se tenir chaud au ventre, et ceux qui étaient en train de forniquer avec les brebis se reboutonnèrent discrètement.

2. Et ils se dirent entre eux : « N’était-ce donc pas assez que nos cruels patrons, les propriétaires de ces moutons, nous envoyassent garder les troupeaux aux champs par ce temps de chien ? Voilà maintenant que ces méfiants-là nous envoient ces espèces de flics emplumés afin de nous prendre sur le fait, et de compter les agneaux mangés pour les déduire de nos maigres gages, et de déceler notre jeune semence sur la laine des brebis pour nous faire payer le nettoyage ! »

23. Mais le chef des anges leur dit de sa voix formidable : « Ne craignez point, ô culs-terreux, car le Seigneur Dieu m'envoie vous annoncer une grande joie. »

24. Et les bergers répondirent : Merci, ô plume­au-cul, mais tu nous as fait une belle peur. Merci quand même pour la grande joie. Or le Seigneur, qui sait tout, sait que la seule joie qui puisse nous toucher, nous autres pauvres bergers, maintenant que nos ventres sont pleins, c'est du vin et des femmes. Pose donc les tonneaux à droite et les femmes à gauche, et dis merci au Seigneur de notre part. Bien blanches et un peu grasses de la motte, les femmes, s'il te plaît. »

25. Alors le chef des anges fit « Ts, ts... », et il roula sur son tambour un formidable roulement, et il dit : « Si vous m'interrompez tout le temps, jamais on n'y arrivera. » Et puis il fit encore tonner son tambour, et il lut ceci sur un parchemin qu'il avait apporté roulé sous son bras :

26. «Avis. Il vous est né un Sauveur dans la ville de David, et ce Sauveur est le Christ, le Seigneur, le fils de l'Éternel votre Dieu. Et les populations le reconnaîtront à ceci : Il est enveloppé de langes et couché par terre dans une étable. Il est vivement recommandé d'aller lui rendre spontanément hommage et de l'adorer. Les heures de visite seront inscrites à la porte. Qu'on se le dise ! »

27. Et l'ange frappa son tambour, et au même instant la multitude des anges souffla dans les binious et tapa sur les grosses caisses, et ils entonnèrent bien en mesure ce cantique qui n'est pas de la crotte de bique:

28.                                                      Gloire, gloire, gloire

A Dieu au plus haut des cieux !

Et

Paix, paix, paix

Sur la terre

Aux hommes, zommes, zommes

De bonne volonté!

Hosannah! Hosannah!

Cornes au cul ! (bis)

Vive le petit Jésus !

 

 

 

 

Extrait de "Les Ecritures"

"Les aventures du petit Jésus"

ISBN: 2-253-03400-2

 

Photo X - Droits réservés

 

 

30/01/2014

Cavanna: "Peu importe"

cavanna ciel.jpg

 

Peu importe

 

Peu importe que la vie soit un accident, une chimie de hasard,

 

Peu importe que ce qui n'était même pas un point ait soudain explosé, que l'espace et le temps aient alors commencé, que champs et particules déchaînés aient poussé devant eux cet espace-temps au fur et à mesure qu'ils le créaient en se créant eux-mêmes,

 

Peu importe que se soient condensés galaxies et soleils, planètes et satellites,

 

Peu importe que quelques molécules se soient accolées en une première gelée vivante,

 

Peu importe que la vie ait empli les océans, et puis en soit sortie, et puis soit devenue crapaud, lézard, singe et enfin homme,

 

Peu importe.

 

Tu es là.

 

Au bout de tout cela, Tu es là.

 

Tout cela s'est fait pour toi.

Ces milliards d'années, ces univers, ces hécatombes,

Tout cela pour aboutir à toi.

Et voilà: tu es là.

 

Tu n'es pas un « maillon de la chaîne ».

Tu es toi.

Toi tout seul.

 

Tu es un point infime de l'espace, un instant fugitif du temps,

Mais tu es toi.

Toi tout seul.

 

Tu n'es pas la continuation de ton père, ni du père de ton père, ni des pères des pères de tes pères.

Tu n'as pas demandé à être là,

Mais tu y es.

Tu es là,

Tu es toi,

Toi tout seul.

 

Tu ne dois rien à personne ni à rien.

Tu ne peux savoir pourquoi tu es là, ni si quelqu'un t’y a mis, pas même s'il y a un « pourquoi» ni s'il y a « quelqu'un »,

Et qu'importe?

Tu es là.

 

N'écoute pas les menteurs.

N'écoute pas les peureux.

N'écoute pas la peur au fond de toi,

 

N'écoute pas la tentation de la peur au fond de toi,

N'écoute pas les profiteurs de la peur.

 

Surtout,

Surtout,

Ne crois pas.

Ne crois en rien, jamais,

Ni par peur,

Ni par amour,

Ni par pitié,

Ni par faiblesse,

Ni par convenance.

Ne crois pas!

 

François Cavanna

 

 

Illustration X - Droits réservés

 

25/10/2009

Dégustez le formidable "Non credo" du Maître François Cavanna.

cavanna ciel.jpg


Peu importe

 

Peu importe que la vie soit un accident, une chimie de hasard,

 

Peu importe que ce qui n'était même pas un point ait soudain explosé, que l'espace et le temps aient alors commencé, que champs et particules déchaînés aient poussé devant eux cet espace-temps au fur et à mesure qu'ils le créaient en se créant eux-mêmes,

 

Peu importe que se soient condensés galaxies et soleils, planètes et satellites,

 

Peu importe que quelques molécules se soient accolées en une première gelée vivante,

 

Peu importe que la vie ait empli les océans, et puis en soit sortie, et puis soit devenue crapaud, lézard, singe et enfin homme,

 

Peu importe.

 

Tu es là.

 

Au bout de tout cela, Tu es là.

 

Tout cela s'est fait pour toi.

Ces milliards d'années, ces univers, ces hécatombes,

Tout cela pour aboutir à toi.

Et voilà: tu es là.

 

Tu n'es pas un « maillon de la chaîne ».

Tu es toi.

Toi tout seul.

 

Tu es un point infime de l'espace, un instant fugitif du temps,

Mais tu es toi.

Toi tout seul.

 

Tu n'es pas la continuation de ton père, ni du père de ton père, ni des pères des pères de tes pères.

Tu n'as pas demandé à être là,

Mais tu y es.

Tu es là,

Tu es toi,

Toi tout seul.

 

Tu ne dois rien à personne ni à rien.

Tu ne peux savoir pourquoi tu es là, ni si quelqu'un t’y a mis, pas même s'il y a un « pourquoi» ni s'il y ; « quelqu'un »,

Et qu'importe?

Tu es là.

 

N'écoute pas les menteurs.

N'écoute pas les peureux.

N'écoute pas la peur au fond de toi,

 

N'écoute pas la tentation de la peur au fond de toi,

N'écoute pas les profiteurs de la peur.

 

Surtout,

Surtout,

Ne crois pas.

Ne crois en rien, jamais,

Ni par peur,

Ni par amour,

Ni par pitié,

Ni par faiblesse,

Ni par convenance.

Ne crois pas!

 

François Cavanna

 

18:24 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : cavanna, poésie, religion

23/05/2009

Charlie Hebdo : finis les temps glauques de l’occupation ?



cavanna.jpgBon. J’avoue. Mercredi matin, en achetant le Canard Enchaîné et Siné Hebdo, j’ai craqué… J’ai acheté aussi – la main tremblante et le fiel de la culpabilité insinuant son poison dans les boyaux de la tête – Charlie Hebdo. J’ai osé. Je me suis parjuré. Je plaide coupable. Mais j’ai des circonstances atténuantes : fils de la génération Hara-Kiri, je suis un lecteur ancestral de Charlie Hebdo. Qui s’appelait Hara-Kiri Hebdo au départ, et qui a changé de nom, bravant l’interdiction de paraître des terribles censeurs de l’époque après la couverture fameuse « Bal tragique à Colombey : 1 mort » mettant en parallèle la mort du général-président avec un incendie catastrophique dans une discothèque de St-Laurent-du-Pont.

C’était le Charlie de la Grande Epoque, bousculant joyeusement tous les tabous, avec des plumes et des dessinateurs flamboyants, incomparables. Les chroniques au vitriol du grand François Cavanna, les élucubrations écolos de Fournier, les inventions du Professeurs Choron, les dessins ravageurs du grand Reiser, les premiers pas de Wolinski avec les deux mecs au bistrot, le grand Duduche de Cabu, Willem, Gébé, etc… Puteng ! Sacré casting ! Nostalgie, nostalgie…


Puis Charlie est mort… Faute de lecteurs. Laissant orphelins bien du monde. Il a été relancé, quelques années après, par une nouvelle équipe animé par Philippe Val, et où l’on a retrouvé avec délectation les signatures de Cavanna, les dessins de Cabu, Wolinski, Willem, renforcées puis plus ou moins remplacés par de nouveaux venus talentueux…

C’est à Philippe Val que nous devons cette résurrection. Faut pas lui enlever ça. C’est lui qui a fait de Charlie un des rares organes réellement d’opposition. Puis Val est tourné sarko-compatible et – terrible bévue, grave erreur, il a viré Siné ! C’te connerie. Depuis ce jour sinistre de l’été dernier, je n’avais plus jamais donné mes kopecks à ce canard renégat.

Mais j’ai craqué parce que le sinistre Val a libéré le territoire pour aller sévir ailleurs (on tremble pour France-Inter, pour Mermet, pour Demorand, pour Guillon…). Alors j’ai racheté Charlie pour me jeter goulûment sur la chronique de Papa : le grand, le seul, l’irremplaçable François Cavanna que je considère comme mon père spitituel. Un François que je ne reconnaissais pas dans les derniers mois avant le putsch d’août dernier : chroniques languissantes, sujets secondaires, style laborieux… Et, miracle voilà notre Cavanna qui dévoile la réalité : « …cette fin de règne s’est soldée pour moi par un paquer d’avanies assez dures à avaler. Dès que j’écrivais, on me tombait dessus : « Tu veux la mort du journal, salaud ! » Et ils y croyaient ! Mais bon, c’est fini, je sèche mes pleurs, je change de slip et je repars du bon pied.
J’espère de tout cœur que, dans Charlie Hebdo n°3, on pourra exercer le sacro-saint droit à l’autosarkasme sans qu’on voie aussitôt rappliquer une délégation vous suppliant à genoux de ne pas « tuer le journal » et « assassiner le gagne-pain » (verbatim).
Si vous saviez, tous les textes qui me sont restés sur le cœur et que vous ne connaîtrez jamais. Il paraît que, désormais, c’est la liberté !
P.S. Ceci est un test »

Puisse ce test être révélateur d’une véritable libération.

Affaire à suivre…



* * * * * * * * * * * * * * *

NOUVEAU!



image de Une par MB.jpgD'une actualité explosive, viens de sortir:

"Cure us!" - Quand explosera la PANDEMIE

de Jean-Victor Joubert (C'est moi!)


Ouvrage disponible sur Ayoli.fr

13/04/2009

Cavanna: L'Autre

cavanna.jpgFrançois Cavanna : L'Autre

Il y en a,
Tu as beau leur dire:
Dieu est bon!
Dieu t'aime!
Dieu veut ton bonheur!
Dieu a tout prévu pour ton bonheur
Futur.

Il y en a,
Tu as beau, tu as beau
Leur dire
Ça,
Ils regardent alentour,
Et partout ils voient
Le malheur,
L'horreur,
Le méchant triomphant,
L'innocent condamné,
L'enfant qui naît sans pieds
Ou sans mains,
Les vies saccagées,
Et la mort,
La Mort.

Alors ils se disent, ceux-là,
Ils se disent:
Ce n'est pas possible.
Un Dieu bon ne peut pas avoir voulu cela.
Une mère ne pourrait pas torturer son enfant
Pour lui faire mériter son lait.
Un Dieu bon ne pourrait pas
Faire de la vie de sa créature
Bien-aimée
Une course d'obstacles et de souffrances
pour lui faire mériter le Ciel.

Et alors ils se disent, ceux-là:
De deux choses l'une,
Ou Dieu n'est pas bon,
Ou Dieu n'est pas tout-puissant.

Alors ceux qui savent les choses
Leur répondent, à ceux--là:
Dieu est bon.
Dieu t'aime.
Mais il y a le Diable. Hélas!
Le Diable est mauvais.
Le Diable est le Mal.
Le Diable est la Haine.
Le Diable te hait.
Hélas! Hélas! Hélas!


Alors ils disent, ceux-là:
De deux choses l'une,
Si le table existe,
C'est que Dieu l'a permis,
Et donc Dieu n' est pas bon.

Si Dieu ne l'a pas permis,
Alors le Diable
Est aussi puissant
Que Dieu.
Dans ce cas le Diable est un Dieu,
Lui aussi.

Ils disent encore, ceux-là:
Puisque partout triomphe le Mal,
Alors non seulement le Diable est un Dieu,
Mais il est un Dieu
Plus fort que Dieu.
Peut-être même,
Peut-être même
Est-il le seul Dieu.
Pourquoi pas?

Ils s'exclament alors, ceux-là:
Celui qu'il faut prier,
Celui qu'il faut adorer,
C'est le Dieu le plus fort!
C'est le Dieu méchant!
Prions, prions, mes frères,
Prions le grand Satan,
Dieu fort par-dessus Dieu,
Et peut-être seul Dieu,
Pourquoi pas?

Sacrifions-lui des victimes,
Offrons-lui des horreurs!
Faisons, faisons le Mal!
Baisons ses pieds fourchus!
Léchons son cul merdeux!
Conchions la croix,
Compissons la Vierge,
Egorgeons l'agneau!
Crachons sur nos pères,
Profanons nos mères,
Défonçons nos sœurs!
Forniquons des fornications immondes,
Car Il aime ce qui pue,
Car Il aime ce qui souille.
Il est le Maître de l'infâme et de l'ignoble.

Or il y en a,
De ceux-là,
Plus qu'on ne croit.
Il y en a
Qui croient adorer l'Autre,
Et se vouent à Celui-là.

Or qui sont les plus fous?
Ceux qui croient au Dieu bon?
Ceux qui croient au Malin?

Aux uns comme aux autres,
Grand bien leur fasse !
Amen.

In Lettre ouverte aux culs bénis – Collection lettre ouverte – Albin Michel 1994

La démonstration du Maître est éclatante.

14/09/2008

Lourdes

Le ci-devant SEIZE Benoit vient de faire son cirque à Lourdes. Je ne résiste pas au plaisir de vous offrir ce morceau de bravoure du grand François Cavanna alors au sommet de sa forme:
cavanna.jpg


Parmi les, hélas, nombreux « actes de foi» collectifs et saisonniers ou, pour être franc, les témoignages hurlants de la stupidité moutonnière qui font désespérer de toute possibilité d'amélioration de l'espèce humaine, il ya le pèlerinage de Chartres, il y a celui de Compostelle, il y a celui de La Mecque (là, Cavanna, tu ne devrais pas, ceux--là sont des méchants !), il y a les barbus austères accourus se balancer en cadence devant le Mur des Lamentations (ah, non, Cavanna, pas ceux-là: ils sont sanctifiés par le Martyre !), il y a le bain rituel de millions d'Hindous dans les eaux sacrées et putrides du Gange (ceux-là, tu peux y aller, ils ont des crocs mais ils sont loin), il y a les bolcheviks repentis qui, devant la Vierge de Kazan, se traînent aux pieds des popes couverts de dorure comme du papier à chocolats (décidément, tu veux te mettre tout le monde à dos, il finira par t'arriver un mauvais coup !) et il y a (roulement de tambour), et il y a le pèlerinage de Lourdes.

Ceux-là, ceux qui s'entassent dans les trains spéciaux pour Lourdes, seraient plutôt un peu moins... un peu plus... enfin, bon, leur foi est, disons, pas tout à fait aussi gratuite que celle des fervents pèlerins cités plus haut. Eux, ils en attendent quelque chose, de leur dévotion. Ils en attendent un miracle. Oh, pas un miracle fracassant! Juste un petit miracle personnel rien que pour chacun d'eux: la guérison.

Y croient-ils, au miracle? Bien sûr, sans quoi ils n'iraient pas. C'est-à-dire, avant d'être malades, ils ne pensaient même pas à l'existence possible du miracle, voire en rigolaient après boire avec d'autres esprits forts de leur acabit. Mais la maladie vous change un homme. Alors, «on ne sait jamais... », «si ça ne fait pas de bien... », etc.

L’espèrent-ils vraiment, le miracle? Bof... Comme on espère gagner le gros lot. En tout cas, on n'a jamais entendu parler d'une émeute sanglante de non-miraculés déçus, cassant tout dans la grotte, foutant le feu, éparpillant aux quatre vents médailles bénites et chapelets, déculottant curés et bonnes sœurs pour les fesser férocement... Il faut donc croire qu'ils sont, sinon satisfaits, du moins pas découragés, puisqu'ils reprennent le train spécial en sens inverse en chantant des cantiques.

Et ce qui tendrait à prouver qu'il y a un bon Dieu, tout au moins dans le ciel de Lourdes, un micro-climat de bon Dieu, c'est que lorsque ces braves gens voient un confrère envoyer soudain promener béquilles ou petite voiture, ou chasser son chien d'aveugle à coups de latte dans le fion en criant« Miracle! », eh bien, ils ne lui cassent pas la gueule, à cet enviandé de chouchou, pas du tout. Ils tombent à genoux s'ils ont des genoux, ils prient, ils sont bien contents. Vous comprenez: ça prouve que le truc fonc-tionne! Simplement, la Sainte Vierge a ses têtes, ce sera peut-être notre tour l'année prochaine.

La bonne combine, c'est d'arriver juste quand on vient de changer l'eau de la piscine, avant que sa capacité de miracle n'ait eu le temps de se diluer dans les microbes d’autrui.

In : Cavanna : « Lettre ouverte aux culs-bénits » - Albin Michel – collection Lettre ouverte