Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

22/06/2015

TAFTA : l'horreur qui nous guette au vu des résultats de l'ALENA .

alena griffe.gif

 

 Tandis que se poursuivent dans la plus grande opacité les tractations « TAFTA » (le grand marché transatlantique), il est fort éclairant de voir les résultats d'un accord similaire, l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), entré en vigueur le 1er janvier 1994. Là encore ses promoteurs ne tarissaient pas d'éloges et de belles promesses : développer les échanges commerciaux, doper la croissance, créer des emplois, réduire l'immigration clandestine.

 

Après plus de vingt ans, le bilan est accablant ! A tel point que même les parlementaires étazuniens, au vu de ces résultats, ne sont pas très chauds pour ratifier le traité transpacifique, bis repetitas de l'Alena et du Tafta ! Le commerce sauvage, sans aucune régulation, aurait-il du plomb dans l'aile ?

 

L'Alena, tout comme Tafta, permettait non seulement de réduire les droits de douane et de relever les quotas d'importation, mais il introduisait un nivellement vers le bas des normes tant sanitaires qu'environnementales et surtout autorisait les investisseurs, les entreprises multinationales à contester directement les politiques nationales en assignant les États devant des tribunaux privés, tranchant toujours, évidemment, en faveur des entreprises et au détriment des États. Exactement les dispositions que l'on trouve dans le projet Tafta...

 

Les travailleurs étazuniens ont sérieusement pâti de ce traité qui a occasionné une perte nette de 700.000 emplois aux États-Unis et, conséquemment, une pression à la baisse sur les salaires ! En 2013, 845.000 Etazuniens ont demandé à bénéficier du Trade adjustment assistance destiné aux travailleurs ayant perdu leur emploi par suite des délocalisations au Mexique et au Canada et de l'augmentation des importations depuis ces pays. Car au lieu de procurer de nouveaux marchés aux entreprises étazuniennes, l'Alena a favorisé les délocalisations industrielles à l'étranger, particulièrement au Mexique, pays de bas salaires.

 

On pourrait penser que cet accord aurait profité au Mexique. Tè ! Fume... Il a été encore plus désastreux.

 

Autorisées à exporter sans limitation, les USA ont inondé le Mexique de leur maïs subventionné, OGM et produit en agriculture intensive. Résultats :

 

- une baisse des prix qui a ravagé l'économie rurale mexicaine (le prix de la tortilla, nourriture de base, est augmenté de 280% entre 1994 et 2004!!!) ;

- des millions de paysans ruinés ont généré un exode rural massif, vidant les campagnes vers les villes où les paysans tentent de se faire embaucher pour quelques pesos, pesant lourdement sur les salaires ;

- une exacerbation des problèmes sociaux et de sécurité dans les villes mexicaines conduisant à une montée en puissance du trafic de la drogue menant à la situation apocalyptique que connaît le Mexique avec une guerre de la drogue;

- une multiplication des travailleurs sans emplois tentant de quitter le Mexique pour passer aux Etats-Unis, grossissant le flot de clandestins.

 

Parce que la promesse de tarir le flot des clandestins tentant de rejoindre les États-Unis a fait un énorme bide... En 1993, 370.000 Mexicains avaient rejoint les États-Unis ; ils étaient 770.000 en 2000 ; 4,8 millions d’entre eux y vivaient clandestinement en 1993 ; 11,7 millions en 2012...

 

Quant à la promesse de leur apporter la prospérité et le mieux-vivre, les chiffres sont là encore édifiants : la moitié des Mexicains vivent aujourd'hui sous le seuil de pauvreté ; - entre 1994 et 2014, le PIB du pays n'a augmenté que de 24% alors qu'entre 1960 et 1980, dans les vingt ans précédant l'Alena, il avait bondi de 102% ! A ce rythme, le Mexique serait aujourd'hui an niveau de l'Europe, mais l'Alena est passé par là...

 

Les promesses n'engageant que ceux qui y croient, les Mexicains, mais aussi les travailleurs étazuniens en font aujourd’hui amèrement les frais. Et n'oublions pas les États qui doivent des milliards aux multinationales étazuniennes qui les attaquent devant ces « tribunaux » privés...

 

Les négociateurs européens sauront-ils tirer les leçons de ce naufrage ? Au besoin, les peuples de l'U.E. pourraient pratiquer avec eux la podoculothérapie pour les inciter à la vigilance !

 

Illustration X - Droits réservés

 

 Sources: http://www.monde-diplomatique.fr/2015/06/WALLACH/53062