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11/07/2017

Au bistro de la Toile : un Avignonnais loin du Festival.

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- Oh Victor, je te vois plus. Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

- Eh ! Tu sais bien que l'été, quand le soleil-lion écrase la ville de sa chape de plomb, je fous le camp vers les Hautes Terres, bien au frais dans les terres de la Bête du Gévaudan ! Ce qui ne m'empêche pas de te bigophonner pour connaître un peu les nouvelles du pays.

- Ici, Victor, c'est l'effervescence annuelle du Festival. Les cigales doivent avoir soif à force de déclamer leur staccato d'amour dans les toisons vertes des grands platanes.Enfin, de ceux qui restent parce que la plupart tombe sous les tronçonneuses. Parait qu'ils ont le chancre.

- Et sais-tu que ce chancre, on le doit aux Yankees ? Il est venu avec les caisses en bois de platanes des caisses de munitions venant des États-Unis… D'un côté ils nous ont aider à se libérer des Casques à boulon, de l'autre, ils nous ont emboucané nos arbres…

- Il faudra dire à Macron d'écraser un peu plus la pogne de Trump pour lui faire payer les dégâts…Parle-moi plutôt de la ville.

- Ah ! Victor, Avignon, l'été, c'est une somptueuse salope, alanguie au bord du Rhône et cambrée sous les caresses du mistral, qui s'ouvre et qui s'offre pour son grand rut de l'été. C'est comme chaque année, à l'intérieur du collier de pierres blondes des remparts une foule cosmopolite et bigarrée d'artistes et de touristes, d'intellos et de clodos, de saltimbanques et de rêveurs, de poètes et de voleurs, tous attirés comme les éphémères par la flamme vers cette scène planétaire de l'illusion théâtrale, ce grand marché du rêve.

Près de note rade, Victor, Place de l'Horloge, c'est un tourbillon de couleurs et de bruits, un forum grec où la cité festivalière joue, chante, danse, boit à longs gorgeons des nectars odorants et capiteux sous l'ombre bruissante des platanes aux larges poitrails.

- Fatche, Loulle, tu me donnes la nostalgie. Ici, c'est plutôt les vaches qu'on croise, et le soir, on allume de chauffage… Raconte-moi encore.

- Ici, les monuments, les livrées et les tours semblent fumer sous la tremblante réverbération des murs gorgés de lumière. Et puis il y a surtout le Palais des Papes, et sa Cour d'honneur, centre de gravité de la bourrasque festivalière. C'est en ce lieu fermé par les falaises minérales abruptes de la forteresse papale que tremblent et jouissent auteurs, metteurs en scène et acteurs. Là que se font et se défont les réputations. Là que l'aile de la grâce transforme de simples acteurs en monstres sacrés. Là que flotte la présence palpable des glorieux fantômes de Jean Vilar, de Gérard Philippe, de Daniel Sorano. Cette année, Victor, ça joue et sa jacte en Japonais dans la Cour d'honneur ! Mais avec le « Off » le spectacle est partout dans la ville et même aux alentours, comme à Villeneuve-sur-Avignon. On doit le « Off » à notre regretté pote Dédé Benedetto. Depuis qu'il a osé imposer sa troupe, d'autres lui ont emboité le pas et maintenant il y a cent lieux scéniques et plus, mille spectacles et plus. Des acteurs connus, d'illustres inconnus, tous emportés par cette folie démonstratrice, cette cataracte de l'illusion, cet infini du rêve qu'est le Festival. Des milliers d'affiches multicolores accrochées partout, des parades cocasses ou dérangeantes, mais qui font tout pour accrocher ton attention, des musiques partout, tout le temps. Et puis cette foule qu'on dirait la sortie du Stade Vélodrome… Mais enfin, tout ça tu connais Victor.

- Ouais. Évidemment que je connais. Les Avignonnais ont une approche contradictoire de leur festival. Lorsqu'ils sont à l'extérieur de leur ville, ils ne tarissent pas d'éloge sur lui. Et à les entendre pérorer, tous ont bu le pastis avec Vilar, joué aux boules avec Philippe (Gérard, pas Édouard !) où mangé l'aïoli avec Darras. Ils sont fiers de ce monument virtuel même si beaucoup n'y mettent jamais les pieds. Mais pourtant, lorsque juillet annonce le grand chambardement, les avignonnais, en masse, fuient leur ville chérie, l'abandonnant pour une lune entière aux hordes lutéciennes et franchimanes, outre-quiévrines et bataves, albioniennes et tudesques, helvètes et transalpines, ibères et lusitaniennes, africaines et orientales, américaines et nipponnes. Ils retrouveront plus tard leur ville, cette somptueuse salope comblée, apaisée et fécondée par les semences mêlées de ses milliers d'amoureux de l'été.

- Allez, je te laisse Victor, j'ai une équipe de gosiers en pente qui m'appelle. A bientôt.

 

Illustration: merci au regretté Chimulus

 

07/07/2016

Avignon, l'espace d'un Festival.

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Quand le soleil-lion de juillet écrase la ville de sa chape incandescente, quand les lancinantes stridulations des cigales font vibrer les vertes toisons aériennes des grands platanes, quand les monuments, les livrées et les tours semblent fumer sous la tremblante réverbération des murs gorgés de lumière, Avignon-la-Sensuelle, alanguie au bord du Rhône et cambrée sous les caresses du mistral, s'apprête à s'ouvrir et à s'offrir pour son grand rut de l'été. Une lune durant la belle va se donner sans retenue, de toutes ses pores de pierres, de toutes ses ruelles, de tous ses cloîtres, de toutes ses places, de tous ses patios mystérieux, de tous ses forums, de tous ses lieux scéniques à son dévorant amour estival : le Festival.

 

Troisième monument historique de la cité papale, après le célèbre Palais et le non moins fameux Pont-Saint-Bénézet, le Festival de théâtre - premier d'Europe - draine vers l'intérieur du collier de pierres blondes des remparts une foule cosmopolite et bigarrée d'artistes et de touristes, d'intellos et de clodos, de saltimbanques et de rêveurs, de poètes et de voleurs, tous attirés comme les éphémères par la flamme vers cette scène planétaire de l'illusion théâtrale, ce grand marché du rêve.

 

Acteurs et publics mêlés, le spectacle est partout. Avignon fait la fête, Avignon est la Fête.

 

Voici la Cour d'honneur, centre de gravité de la bourrasque festivalière. C'est en ce lieu fermé par les falaises minérales abruptes de la forteresse papale que tremblent et jouissent auteurs, metteurs en scène et acteurs. Là que se font et se défont les réputations. Là que l'aile de la grâce transforme de simples acteurs en monstres sacrés. Là que flotte la présence palpable des glorieux fantômes de Jean Vilar, de Gérard Philippe, de Daniel Sorano.

 

Voilà la Place de l'Horloge, tourbillon de couleurs et de bruits, forum grec où la cité festivalière joue, chante, danse, boit à longs traits des nectars odorants et capiteux sous l'ombre bruissante des platanes aux larges poitrails.

 

Enfin voici la ville entière dans toutes ses rues, ses places, ses venelles étroites, ses placettes. La cité est une énorme caisse de résonance où s'entrechoquent les musiques et les cultures, le drame et la comédie, le rire et les pleurs.

 

Les avignonnais ont une approche contradictoire de leur festival. Lorsqu'ils sont à l'extérieur de leur ville, ils ne tarissent pas d'éloge sur lui. Et à les entendre pérorer, tous ont bu le pastis avec Vilar, joué aux boules avec Philippe où mangé l'aïoli avec Darras. Ils sont fiers de ce monument virtuel même si beaucoup n'y mettent jamais les pieds. Mais pourtant, lorsque juillet annonce le grand chambardement, les avignonnais, en masse, fuient leur ville chérie, l'abandonnant pour une lune entière aux hordes lutéciennes et franchimanes, outre-quiévrines et bataves, albioniennes et tudesques, helvètes et transalpines, ibères et lusitaniennes, africaines et orientales, américaines et nipponnes. Ils retrouveront plus tard leur ville, cette somptueuse salope comblée, apaisée et fécondée par les semences mêlées de ses milliers d'amoureux de l'été.

 

Avignon, ma ville, aura, pour un temps, retrouvée son rang naturel de capitale.

 

L'espace d'un Festival.

 

Photo X - Droits réservés

30/06/2015

Voici venir la canicule. Comment veux-tu... Comment veux-tu...

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Ça y est. Nous y sommes. Avignon-la-Sensuelle, alanguie au bord du Rhône et cambrée sous les caresses du mistral, s'apprête à s'ouvrir et à s'offrir pour son grand rut de l'été. Une lune durant la belle va se donner sans retenue, de tous ses pores de pierres, de toutes ses ruelles, de tous ses cloîtres, de toutes ses places, de tous ses patios mystérieux, de tous ses forums, de tous ses lieux scéniques à son dévorant amour estival : le Festival.

 

Troisième monument historique de la cité papale, après le célèbre Palais et le non moins fameux Pont-Saint-Bénézet, le Festival - premier d'Europe - draine vers l'intérieur du collier de pierres blondes des remparts une foule cosmopolite et bigarrée d'artistes et de touristes, d'intellos et de clodos, de saltimbanques et de rêveurs, de poètes et de voleurs, tous attirés comme les éphémères par la flamme vers cette scène planétaire de l'illusion théâtrale, ce grand marché du rêve.

 

La cité est une énorme caisse de résonance où s'entrechoquent les musiques et les cultures, le drame et la comédie, le rire et les pleurs.

 

Les Avignonnais ont une approche contradictoire de leur Festival. Lorsqu'ils sont à l'extérieur de leur ville, ils ne tarissent pas d'éloge sur lui. Et à les entendre pérorer, tous ont bu le pastis avec Jean Vilar, joué aux boules avec Gérard Philippe où mangé l'aïoli avec Jean-Pierre Darras. Ils sont fiers de ce monument virtuel même si beaucoup n'y mettent jamais les pieds.

 

Pourtant, lorsque juillet annonce le grand chambardement, les Avignonnais, en masse, fuient leur ville chérie, l'abandonnant pour une lune entière aux hordes lutéciennes et franchimanes, outre-quiévrines et bataves, albioniennes et tudesques, helvètes et transalpines, ibères et lusitaniennes, africaines et orientales, américaines et nippones. Ils retrouveront plus tard leur ville, cette somptueuse salope comblée, apaisée et fécondée par les semences mêlées de ses milliers d'amoureux de l'été.

 

Si tu y passes en été, ami, quand le soleil-lion de juillet écrase la ville de sa chape incandescente, quand les lancinantes stridulations des cigales font vibrer les vertes toisons aériennes des grands platanes, quand les monuments, les livrées et les tours semblent fumer sous la tremblante réverbération des murs gorgés de lumière, va faire un petit pèlerinage païen sur la fameuse place de l'horloge. Lorsque le soleil cru ne permet plus que le mouvement des langues dans les bouches, assied-toi à l’abri délicieux de ces grands platanes aux larges poitrines, dont les bras jamais taillés dressent jusque dans les hauteurs du ciel des toisons miraculeuses d’ombres vertes qui sentent l’anis, bruissantes de la symphonie lancinante des cigales et cigalons.

 

Sur cette agora, en buvant le pastis, tu peux savourer les trésors que t’offre Avignon-le-Belle, t’enivrer de la vie qui l’enfièvre, essayer de découvrir l’âme de la Provence à travers les Avignonnais, leur art de vivre, leurs légendes, leur cuisine, leurs vins, leurs divertissements, leurs festivals. Avec en prime ce sens inné, naturel, de la palabre, du geste, de la “ tchatche ”, propre à tous les peuples de la Mare Nostrum.

 

Moi, j'ai déjà fui vers les Hautes Terres où le vent léger chante dans les sapins, les épicéas, les grands frênes et les boulots compliqués. Où les vaches aux grands yeux en amande se prélassent, alanguies et opiniâtres pour refaire et refaire leur repas. Où le moindre pas dans les hautes herbes soulèvent des gerbes bruissantes de sauterelles et de grillons. Où, la-haut, les grandes buses planent et tournent, ponctuant leur vol de sifflements brefs et impératifs, voulant dire aux autres rapaces : attention, ici, c'est chez moi ! Puis en voilà une qui plonge, flèche de vie agressive, et saisit entre ses serres un de ces rats-taupiers qui pullulent.

 

Moi, j'ai installé mon « bureau » - un hamac ! - entre deux sapins et je glande ! Je glande ! Je glande ! J'écoute pousser l'herbe, je goûte le vent, je compose avec le soleil. Et je laisse mes pensées s'évader et se perdre dans des prairies de rêves cosmiques.

 

Glander : un bonheur réservé à cette élite somptueuse : les fainéants !

 

Photo X - Droits réservés

 

 

26/07/2012

Avignon. Allez, un dernier tour dans l’intimité de la belle !

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On continue la visite ? Allez, zoù !


Gagnons la porte Saint-Lazare en longeant les remparts par l’intérieur. En franchissant cette porte, nous voici sur un terre-plein ombragé, fief des boulistes Asseyons-nous à la terrasse du bistrot, devant un petit blanc des Côtes-du-Rhône bien frais, et regardons, et écoutons, et savourons :

 

 

- Oh ! putaing ! Y s'est pas narré ! Sa boule, elle tête le garri, ça leur en fait trois et y finissent. Coquin de sort Loulle, tire volontiers ou on est foutu !

 

- Oh, fatche ! Si j'avais pas ce rhumatisme qui me mange le bras... Ça me prend au poignet, ça me monte au coude et ca m'estransigne l'épaule.

 

- Ca serait pas plutôt la paoule de baiser Fannie qui te mange le bras ?

 

Et Loulle, souverain, sans relever le lazzi lourd de menace pour son honneur de boulomane, essuie son intégrale, se concentre et rapidement son bras se déploie, la boule part, monte et... s'abat en un claquement de triomphe sur la boule adverse qu'elle chasse, prenant exactement sa place. Le carreau parfait qui douche l'enthousiasme de ses adversaires et fait sauter de joie, bras au ciel, ses partenaires.

 

- Un rhumatisme comme ça, si tu veux me le vendre, je suis preneur... 

 

La pétanque, c'est la scène ombragée où les provençaux, sans se forcer, expriment leur talent inné, naturel pour le théâtre, la geste, la répartie cinglante, l'humour ravageur. Bref, pour l'estrambord.

 

Quand reviennent les beaux jours, comme dit la chanson, va les voir ces fameux boulomanes à Saint-Lazare ou aux Allées de l'Oulle. Mais fais-toi petit, ne gênes pas : il y a des réputations en jeu... et parfois même du pognon, beaucoup de pognon. Un régal !

 

 

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La mine réjouie, retournons à l’intérieur des remparts par la porte de l’ancien hôpital Sainte-Marthe, fondé au XIVe siècle. L’édifice actuel date des XVIIe  et XVIIIe siècles. Il fallut beaucoup d’écus, de nombreuses années et plusieurs grands architectes et sculpteurs dont Borde, Delbène, Péru, Pierre Mignard, Franque père et fils pour achever l’établissement dont la superbe façade mesure 175 mètres ! Les services hospitaliers, regroupés hors murs, ont laissé place à l’Université. Un peu plus loin, après la porte Thiers, voici la rue des Teinturiers et ses grandes roues à aubes qui tournent au courant d’une des nombreuses Sorgues. C’était le fief des “ indienneurs ” d’Avignon, fabricants de ces délicats tissus imprimés originaires de Madras. Ils étaient cinq cents à laver, teindre et sécher leurs tissus multicolores dans les eaux de la Sorgue. Leur industrie fut ruinée par un concordat entre le Saint-Siège et le Royaume sur plainte des Fermiers généraux français sous prétexte…de contrebande. 

 

Par la rue des Lices, qui marque l’enceinte du XIIe siècle, voici l’Aumônerie générale, encore appelée « caserne des passagers ». Ce grand et bel édifice a été fondé par le Conseil de Ville de 1546 à 1557. Il était destiné à recueillir les pauvres, les vieillards, les mendiants. C’était les restos du cœur de l’époque. Ce qui nous donne une bonne leçon à distance de siècles…

 

L’ombre des démolisseurs a longtemps plané sur cet harmonieux bâtiment de trois étages ouvert de larges baies et d’arcades élégantes. Fort heureusement, il a enfin été réhabilité. Toute proche, la place des Corps Saints. Elle fut cimetière à l’époque romaine, puis porte de l’ancienne enceinte du XIIIe, aboutissement de ruelles chaudes où des dames à la cuisse hospitalière accueillaient les tracassés de l’asperge du temps des garnisons. C’est actuellement le centre actif, agréable et ombragé d’un véritable village dans la ville. En flânant dans les rues adjacentes, le soir, tu peux trouver quelques accortes personnes court vêtues et au sourire forcé qui s’enquerront : « J’te plais mon loup ! »

 

Tu ne peux pas connaître Avignon sans voir sa ville sœur et concurrente : Villeneuve. Allez, zou ! On retraverse le Rhône. Te voici à Villeneuve, la cité qui, côté « Riaum » - côté royaume de France – a, de tous temps, été la rivale complémentaire d’Avignon. Tout comme celle-ci, elle fut fondée sur un rocher, le Mont-Andaon, où des moines bénédictins élevèrent le monastère de Saint-André au Xe siècle. Pour s’affranchir de la tutelle des Avignonnais, les bénédictins conclurent un traité de paréage avec le roi Louis VIII, puis avec Philippe-le-Bel et Jean-le-Bon. C’est ce dernier qui fit construire l’enceinte du Fort Saint-André pour lutter contre les Grandes Compagnies qui semaient la terreur. Admire-le ce fort Saint-André qui fait de Villeneuve une sorte de Jérusalem provençale avec son enceinte crénelée et ses tours jumelles puissantes et majestueuses. La tour Philippe-le-Bel, qui se reflète dans les eaux fraîches du Rhône, est le dernier vestige d’une puissante forteresse militaire qui commandait le débouché du pont Saint-Bénezet. La ville neuve s’est construite autour de son église collégiale entre le Fort et la Tour. Flâne sous les arcades de la rue qui fait face à la collégiale et à son puissant clocher carré. Puis par la rue de la République et ses coquets commerces, gagne la Chartreuse du Val de Bénédiction. Elle fut la plus grande de France et possède des trésors architecturaux. Réhabilitée, elle abrite une institution culturelle importante qui accueille de nombreux écrivains de théâtre.Les villeneuvois, malicieusement, appellent leur cité Villeneuve-sur-Avignon pour bien marquer leur indépendance par rapport à la ville papale, estimant qu'Avignon n'est qu'une banlieue de Villeneuve !

 

La journée s’achève, le soleil descend vers les collines de l’Ouest. C’est la meilleure heure pour retourner vers Avignon par le pont Daladier. La lumière chaude du soleil couchant peint d’ocres roses et blondes les remparts, le Pont, les églises et les vertiges de pierre du Palais des Papes. C’est du grand spectacle.

 

Voilà, ami. La boucle est bouclée. Au gré de tes flâneries dans la ville et ses environs, tu as vu se dessiner cette âme provençale faite des strates des civilisations qui la génère : la finesse et la culture grecque, la fougue gauloise, la ruse ligure, la rigueur romaine, la faconde levantine, la passion mauresque, la rudesse franque, la gaieté italienne, le goût du mystère ibère. Et toujours le sens naturel de la palabre. Bienvenu ! Ami venu d’ailleurs. La ville est à toi !


VictorAyoli


Nonidi 9 Thermidor 220


Illustrations X - Droits réservés

 

25/07/2012

Dans les secrets d'Avignon-la-belle

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Tout autour de la place de l’Horloge, centre vital du festival de théâtre le plus célèbre du monde, tu découvriras, si tu lèves le nez, des peintures en trompe-l’œil qui permettent, toute l’année, une complicité amicale avec Jean Vilar, Gérard Philippe, Georges Wilson, Daniel Yvernel, Maria Casarès…

 

Au débouché Sud de la Place de l’Horloge, la rue de la République est la seule véritable avenue de l’Avignon intra-muros. Percée sous le second Empire sur l’emplacement de l’ancienne rue Saint-Marc, elle s’appela d’abord rue Bonaparte. C’est l’artère commerçante par excellence. On y trouve quelques belles boutiques de mode, mais malheureusement beaucoup de ces vitrines opulentes qui faisaient d’Avignon un petit Paris ont plié bagages devant l’invasion des franchises stéréotypées et des vendeurs de mal-bouffe… Il reste quelques belles terrasses de cafés, deux cinémas.  Les jeunes et jolies avignonnaises viennent toujours y parader devant une gent masculine qui apprécie.

 

Un coup d’œil, à droite, vers deux superbes hôtels particuliers qui se font face, l’Hôtel de Forbin, qui abrite à présent la Préfecture et l’Hôtel Desmarets de Montdevergues, siège du Conseil Général de Vaucluse.

 

Les immeubles haussmaniens qui bordent cette avenue sont cossus, ornés avec une opulence un peu m’a-tu-vu très second Empire. En descendant, à main gauche, voici un immeuble superbe, avec en façade d’inspiration corinthienne, un fronton supérieur triangulaire orné de l’écusson de la Compagnie de Jésus. Cette ancienne Chapelle des Jésuites, construite au XVIIe siècle, abrite maintenant un très riche musée lapidaire qui recèle des sculptures dont les plus anciennes sont celto-ligures.

 

Tiens, revoilà les platanes ! Et l’avenue change de nom, devenant le cours Jean-Jaurès. D’un côté, le Syndicat d’Initiatives, abrité dans l’immeuble de l’ancienne Poste et qui jouxte un Temple protestant. De l’autre le cinéma Palace qui résiste (encore un peu, l'été...) et demeure un centre de vie nocturne avec brasseries et restaurants accueillant les chalands. Les rues chaudes qui lui faisaient face – rue de la Bourse et rue Agricol Perdiguier – se sont refroidies et n’abritent plus que quelques sex-shop… Au bout du cours, la cité administrative, ancienne caserne Hautpoul et en face la Chambre de commerce ainsi que la Poste centrale. Par la percée des remparts flanquée de deux tours signées Viollet-le-Duc, voici la gare d’Avignon-ville. L’autre, Avignon-TGV, est à quelques kilomètres au Sud-ouest, en zone industrielle de Courtine.

 

Allez ! On remonte. Par des petites rues, on atteint la place Saint-Didier. Cette charmante place fut autrefois le lieu des exécutions capitales, en concurrence avec la place du Palais. Un bourreau maladroit y fut lynché par la foule et le supplicié, un peu amoché tout de même par quelques coups de haches mal placés, fut gracié par le vice-légat ! C’est maintenant un  parking incongru. Regarde l’église, érigée sous le pontificat d’Innocent VI, et son étonnant clocher octogonal à pignons dépassants. Prend la petite rue de la Masse et admire deux des plus beaux hôtels particuliers d’Avignon : l’hôtel de Crillon, modèle d’architecture italienne et l’hôtel Fortia-de-Montréal qui lui fait face. Regarde ces deux maisons superbes, très italiennes avec leurs frontons, leurs médaillons, leur décoration luxuriante, leurs puissantes corniches. Malheureusement, les ans et la pollution urbaine font des ravages sur leurs pierres…

 

Par d’étroites rue commerçantes et piétonnières, nous voici place Pie où se trouvent les halles centrales, haut lieu gamélistique de la ville. Il faut y venir le matin, se laisser guider d’échoppes en échoppes par les fragrances, les couleurs, le brouhaha joyeux et imagés des marchands et des clients commerçant à la méditerranéenne : avec la tchatche, la faconde et l’accent. L’élégante façade est tombée sous les coups des bull-dozer pour faire place à un parking en étages…mais très heureusement caché derrière un remarquable mur végétal.

 

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Tiens ! buvons un coup à la terrasse de l’un des nombreux bars et restaurants qui jouxtent la place. Regarde, là en face, cette tour. C’est la Tour-Saint-Jean, dernier vestige de la Commanderie des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, superbe ensemble de bâtiments jetés bas au nom du “ progrès ” par le redoutable Pourquery-de-Boisserin… Oui, le massacreur de la porte de l’Oulle et de la porte Limbert.

 

Tout autour de cette place, flâne de bar en bar, parcourt les rues marchandes et piétonnières, savoure la faconde des habitants qui s’interpellent d’une boutique à l’autre, laisse-toi imprégner de l’âme avignonnaise.

 

Nos pas nous mènent vers la place Carnot. Tout à côté, rue des Marchands, voici l’hôtel Gilles-de-Ribas, une superbe bâtisse moyenâgeuse, avec ses étages décalées en saillie sur la rue. Puis c’est l’église Saint-Pierre, dont la façade est la plus ornée de toutes les églises d’Avignon. Elle marie harmonieusement la rigueur du gothique et la flamboyance du style Renaissance.

 

Par la rue Carnot et ses boutiques bien achalandées, nous voici à la place du Portail-Matheron, limite de la ville romaine et gardant encore le nom d’une porte de l’enceinte du XIIIe siècle. Descendons la rue Carreterie qui, aux temps jadis, était hors de la première enceinte. Elle mène vers les extérieurs Est de la ville. En passant, à gauche, la place des Carmes. C’était autrefois la halle aux grains de la ville, avec une élégante charpente métallique genre Baltard. Fracassée pour laisser place à un parking… Elle reprend vie pourtant la samedi matin avec le marché aux fleurs et le dimanche matin avec le marché aux puces. En face, l’église Saint-Augustin, contemporaine de celle de Saint-Didier, possède un superbe clocher qui, comme la Tour de Pise, penche ! Mais il tient toujours, depuis le XIVe siècle !

 

A la rencontre de la rue Carreterie et de la rue des Infirmières – autrefois le quartier des immigrés italiens – se trouvait une superbe croix couverte. Victime du vandalisme, elle a disparu. La façade s’agrémente à présent d’un agréable dessin en trompe-l’œil.

Perdons-nous dans le dédale de petites rues coupe-vent qui remontent vers le Rhône, à l’Ouest. Rue Banasterie, voilà un bâtiment qu’il vaut mieux voir de l’extérieur que de l’intérieur, c’est ce qui fut la prison Sainte-Anne, l’une des plus insalubres de France mais à présent remplacée par une taule flambant neuve au milieu de la zone commerciale du Pontet, à l’Est de la ville. D’en haut du Rocher des Doms, une esplanade domine ce qui était la prison. Et tous les jours, des dialogues pathétiques se nouaient entre les taulards et leurs familles ou leurs amis, juchés sur les rochers. « Roger ! Roger ! Oh ! Roger ! Tu m’entends ? J’ai vu ton bavard. Ça devrait bien s’arranger. Dis à Rachid que sa femme a fait le petit. C’est un beau garçon. Courage, Roger. Je te papouille tendrement. A demain. » Tout ça en gueulant et multiplié par dix, quinze conversations…Ça mettait de la vie pathétique sur ce cloaque de souffrance.

 

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Un peu plus loin, adossé aux remparts, regarde la très élégante façade de la chapelle des Pénitents Noirs, due à l’architecte Thomas Lainée. Elle contraste par sa flamboyance avec la rigueur de l’ordre qui l’a faite construire. Cette confrérie avait le privilège de pouvoir délivrer un condamné à mort au cours d’une cérémonie redoutable. Ceux qui allaient passer au barbecue ou se faire raccourcir traversaient la ville enchaînés, vêtus et cagoulés de noirs, précédés par les moines pénitents qui chantaient des psaumes de mort en les menant assister à leur messe de requiem avant le supplice. Sympa les ratichons… Et l’un d’eux, choisi au hasard, était sauvé au dernier moment ! Ouarf ! Le suspense macabre… C’est vrai que les tonsurés de l’époque étaient aussi ouverts que les talibans actuels…

 

Allez ! allons boire une romaine sous les ombrages de la terrasses du cinéma Utopia. On continuera demain.

 

 

Photos Michel Benoit

 

 

 

24/07/2012

ALLEZ ! SUIS-MOI ET DECOUVRONS AVIGNON-LA-BELLE.

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Salut ! Ami venu d’ailleurs ! Tu veux connaître Avignon ? Alors suis pas à pas un vieil épicurien qui, si tu le veux bien, va t’ouvrir la piste.

 

Avignon, la ville sonnante aux vingt clochers et aux cent madones. Avignon la Florentine. Avignon qui n’a jamais su oublier qu’elle a été pour un siècle la capitale du monde chrétien.

C’est par la rive gardoise qu’il te faut la découvrir. Toutes les autres entrées ont été salopées – comme toutes les villes française d’ailleurs – par d’impersonnelles zones commerciales où les mêmes enseignes surmontant les mêmes bâtiments, les mêmes parkings de grandes surfaces, partout, gâchent les abords des villes.

 

Te voilà donc sur le pont Daladier qui franchit le Rhône entre Gard et Vaucluse. Retourne-toi pour un dernier coup d’œil vers les riches coteaux arborés du Gard  parsemés de villas cossues, puis ouvre grands les yeux : l’un des plus somptueux paysages urbains du monde va s’offrir à toi.

 

Avant de pénétrer la belle, retiens-toi un peu, fais durer les prémisses. Arrête-toi sur la Barthelasse – plus grande île fluviale de France – et, assis à l’ombre des grands peupliers blancs, écoute parler le fleuve et chanter le mistral. Ecoute-les te raconter, de leurs paroles d’eau et de vent, le destin de cette cité choisie.

 

Médite devant la puissance et l’harmonie de ce rêve de pierres, de ciel et d’eau. De cette cité que l’Histoire a marquée de son sceau indélébile. De cette ville de Provence qui a été le centre politique et spirituel du monde.

 

Le voici ce fameux pont que les enfants du monde entier chantent en leurs tendres années. Ce pont qui unissait Empi – les terres du Saint Empire Romain Germanique – et Riaum – celles du Royaume de France, mais sur lequel on n’a pas toujours dansé, comme en témoignent la Tour de Garde, côté avignonnais et la puissante Tour Philippe-le-Bel, côté villeneuvois. Il a un petit côté surréaliste ce pont qui débouche…sur de l’eau  au lieu de l’enjamber ! Il faut dire qu’il a été maintes fois cassé,  reconstruit, ravagé de nouveau par la furie destructrice des soudards et du fleuve en colère.

 

Un fleuve qui imprègne la vie de la ville. Il en est source de vie et bourreau terrifiant. Lorsqu’il était le Fleuve Dieu, sauvage, redoutable, impétueux, les avignonnais rejoignaient la grande île par une ingénieuse barque à traille qui, accrochée à un câble transversal, utilisait le courant pour sa propulsion ! Au même endroit existe maintenant un vaste et confortable bateau électrique qui transporte, l’été,  gratuitement promeneurs et touristes de la rive avignonnaise à la rive orientale de l’île.

 

Le Rhône, avant digues et barrages, au temps de sa puissance, aimait tellement Avignon qu’il l’investissait de ses eaux ! Des plaques commémoratives, sur les murs des remparts, indiquent les niveaux effrayants qu’il atteignait. Mais le fleuve a aussi fait la richesse de la cité lorsque débarquaient le long de ses quais les marchandises transitant entre Méditerranée et Europe du nord. Les berges grouillaient d’une vie laborieuse, rythmée par les palabres interminables et gouailleuses qui sont un des charmes de la joie de vivre provençale. Un port de plaisance occupe à présent les quais, mais l’animation n’est plus la même.

 

Avant de laisser tes pas te conduire à la découverte de la Cité des Papes, approche-là, courtise-là en longeant ses remparts, les plus longs du monde après la Muraille de Chine ! Tant de l’intérieur que de l’extérieur, apprécie la largeur des fondations, la multiplicité des tourelles de défense, la puissance de la muraille crêtée de mâchicoulis et de créneaux que prolongeaient des fossés remplis d’eau, aujourd’hui comblés. Plusieurs fois menacés, plus par un modernisme pas toujours heureux que par guerres et inondations, les remparts, incomparable parure de pierres blondes de la ville, ont été souvent restaurés, notamment par Viollet-le-Duc. Un esprit moderniste brillant avait même projeté d’y faire courir…la voie ferrée ! De nombreuses constructions inesthétiques s’y adossaient. Elles ont heureusement été enlevées. L’un des édiles avignonnais, Pourquery de Boisserin, fit venir en son temps les soldats du Génie pour abattre, de nuit, la Porte de l’Oulle, celle qui est en face du pont Daladier… Le même avait déjà sévit en détruisant la Porte Limbert. Une rue porte tout de même son nom : les avignonnais sont magnanimes !

 

Pénètre enfin cette ville aux airs de capitale par la Porte de l’Oulle. Te voilà sur l’harmonieuse place Crillon. Admire les chaudes couleurs des pierres de Fontvieille du fronton de la Comédie, avec sa superbe tête d’Apollon radiée. Au nord de la place, l’Hôtel d’Europe – reconnu comme l’un des plus beaux établissements du monde – propose son luxe feutré aux voyageurs fortunés. Tu peux te rafraîchir ou te restaurer aux nombreuses terrasses de la place.

 

La rue du Limas, toute proche, doit son nom aux limons du Rhône, à l’époque où elle était hors la première enceinte. Car Avignon a eu trois enceintes concentriques. Cette rue conduisait vers un quartier chaud de la ville, la Balance, où de belles ou moins belles hétaïres peinturlurées proposaient leurs charmes tarifés. Maintenant réhabilité avec plus ou moins de bonheur, ce quartier fait la liaison avec le Palais des Papes.

 

Par la ruelle de la Pente Rapide, traverse un quartier qui, à l’époque pontificale, abritait les juifs d’Avignon. Elle débouche sur la Place du Palais avec, à gauche, la façade du Petit Palais qui fut un collège avant d’abriter le Musée Campana et ses inestimables collections de primitifs italiens.

 

Et le voici ce Palais des Papes, la demeure fortifiée la plus puissante du monde, faite de façades abruptes, de tours puissantes, d’arcatures élégantes. La masse, la force, la verticalité, l’harmonie donnent un choc à qui découvre pour la première fois ce témoignage de la volonté des Papes de s’installer à demeure sur les rives du Rhône.

 

La cathédrale Notre-Dame-des-Doms – domo episcopali – a connu bien des vicissitudes depuis la première basilique du IVe siècle. Elle reste un chef d’œuvre de l’art roman provençal. Le clocher actuel, reconstruit au XVe siècle, fut surmonté de la vierge en fonte – fort controversée lorsqu’elle fut érigée en 1859 – mais qui fait maintenant partie du paysage. Et elle brille la luronne ! On la voit de loin : elle a été redorée à la feuille d’or véritable il y a quelques années !

 

Gravis les larges rampes ombragées qui te conduiront au Rocher des Doms, berceau de la ville, où se trouvait le castrum romain, puis le fort Saint-Martin qui, transformé en poudrière, explosa en 1650. Sacré feu d’artifice ! Le superbe jardin actuel, agrémenté de pièces d’eau et de statues fort sexy, date du XIXe siècle. On y découvre un paysage grandiose sur Villeneuve, la vallée du Rhône, le Ventoux, les Alpilles, le Luberon, avec, en premier plan, la ville à ses pieds.

 

Face au Palais des Papes, voici l’hôtel des Monnaies : façade du XVIIe, très italienne avec des ornements disproportionnés représentant les armoiries du Pape Paul V. Il a longtemps abrité le conservatoire de musique.

 

A l’angle sud du Palais des Papes, dans le prolongement de l’arc-boutant, la Vice gérance – habitation du Légat du Pape – est devenue une des grandes tables de la ville, où officie le maître queux Christian Etienne.

 

Voici enfin la place de l’Horloge avec le très harmonieux théâtre à l’italienne, l’Hôtel de ville surmonté de la tour avec son célèbre Jacquemart qui bat sa femme toutes les heures ! S’il ne sait pas pourquoi, il prétend qu’elle le sait… Il y avait sur ce forum célèbre, à la place du carrousel, un grand monument plein de lions et de belles callipyges, érigé à l’occasion du centenaire du rattachement de la ville à la France. Il a été exilé…aux allées de l’Oulle.

 

Lorsque le soleil cru ne permet plus que le mouvement des langues dans les bouches, assied-toi à l’abri délicieux de ces grands platanes aux larges poitrines, dont les bras jamais taillés dressent jusque dans les hauteurs du ciel des toisons miraculeuses d’ombres vertes qui sentent l’anis, bruissantes de la symphonie lancinante des cigales et cigalons. Sur cette agora, en buvant le pastis, la tomate ou la mauresque, tu peux savourer les trésors que t’offre Avignon-la-Belle, t’enivrer de la vie qui l’enfièvre, essayer de découvrir l’âme de la Provence à travers les avignonnais, leur art de vivre, leurs légendes, leur cuisine, leurs vins, leurs divertissements, leurs festivals. Avec en prime ce sens innée, naturel, de la palabre, du geste, de la “ tchatche ”, propre à tous les peuples de la Mare Nostrum.

 

Savoure, regarde la comedia del arte de la place. Demain, je t’amènerais ailleurs.

 

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VictorAyoli

 

 

Septidi 7 Thermidor 220

 

 

Photos X – Droits réservés


Pour savourer des images originales de cette ville, faites un saut ici chez mon "bessoun": http://avignon.midiblogs.com/



 

23/07/2012

Eh ! ami festivalier, tu la connais Avignon-la-Sensuelle ?

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Quand le soleil-lion de juillet écrase la ville de sa chape incandescente, quand les lancinantes stridulations des cigales font vibrer les vertes toisons aériennes des grands platanes, quand les monuments, les livrées et les tours semblent fumer sous la tremblante réverbération des murs gorgés de lumière, Avignon-la-Sensuelle, alanguie au bord du Rhône et cambrée sous les caresses du mistral, s'ouvre et à s'offre pour son grand rut de l'été. Une lune durant la belle va se donner sans retenue, de tous ses pores de pierres, de toutes ses ruelles, de tous ses cloîtres, de toutes ses places, de tous ses patios mystérieux, de tous ses forums, de tous ses lieux scéniques à son dévorant amour estival : le Festival.

Alors si veux bien, ami festivalier, je vais essayer de te présenter l’écrin de ces spectacles qui t’enchantent : ma ville, notre ville. Commençons par un peu d’histoire.

 

Avignon serait née… à Villeneuve ! Elle serait née quelque part dans une grotte de la rive gardoise du Rhône, il y a quinze millénaires, des épousailles d’un chasseur d’aurochs venu de l’Est, nommé Haavig, avec la fille du chef d’un clan de chasseurs d’esturgeons, la belle Higghnon.

 

Lors de la fête nuptiale, les membres de la tribu, enthousiastes, scandaient les noms des jeunes époux.

- “Haavig !

- Higghnon !

- Haavighnon !

- Haavignon !

- Havignon !

- Avignon ! ”

 

Ainsi fût prononcé, pour la première fois, le nom qui sera bientôt celui de l’une des capitales du monde… Comme disait Pagnol, « ce n’est peut-être pas vrai, mais ça pourrait l’être ! Alors c’est pareil. »

 

Plus tard, bien plus tard, les celto-ligures établis sur le Rocher des Doms reprirent le nom d’Avenio. Puis grecs, massaliotes et romains en firent une fière et opulente cité marchande entre Arles et Lyon.

 

Les grecs de Massalia y avaient des comptoirs commerciaux fortifiés. Les romains à leur apogée en firent une place stratégique de plus de vingt mille habitants, commandant la vallée du Rhône et celle de la Durance. C'était alors une place forte accrochée à son rocher et protégée par le fleuve qui l'entourait au deux tiers.

 

La période glorieuse de la Provence gréco-romaine s'acheva sous les coups des barbares de tous poils. Avignon, arc-boutée à son rocher forteresse, résista longtemps puis fut prise par les Goths dont elle devint une redoutable place forte. Trois ans après leur raclée de Poitiers, les Arabes envahirent la Provence, faisant d'Avignon une de leurs plus redoutables positions. Charles Martel lui-même en fit le siège, prit la ville, la perdit, la reprit et massacra tout le monde, laissant la ville en ruine. Pas de détail. Adieu les beaux monuments romains... La population, massacrée par les soudards et anéantie par la peste, se releva pourtant et résista victorieusement à d'autres envahisseurs : les Normands. Puis la ville, réunie au Royaume d'Arles, fut rattachée à l'Empire. Au douzième siècle, Avignon fut politiquement érigée en Commune indépendante. Le pouvoir appartenait alors à huit consuls nommés chaque année par un collège électoral et assistés par un Conseil Général de la cité et par le peuple d'Avignon convoqué en Parlement public. Presque de la démocratie. La commune battit monnaie, légiféra, eût une armée, posséda des terres et des fiefs sur toute la région. Une sacrée puissance !

 

Stratégiquement placée, Avignon a toujours eu vocation à jeter des ponts. Ainsi fût édifié, au XIIe siècle le fameux pont Saint-Bénézet.  Un pont né de la foi d'un petit berger du Vivarais et de la reconnaissance d'amour d'un grand du Royaume de France pour la belle Flamenca... Il était alors le seul pont depuis la mer. La ville devint un incontournable carrefour. C'était aussi une redoutable cité guerrière, avec ses remparts, ses hautes murailles, ses tours crénelées, son rocher escarpé. Une ville cosmopolite de commerce, de passage, d'industries. La ville était opulente, arrogante, cultivée, redoutée, jalousée...

 

Puis vint le temps noir de l'intolérance religieuse et de la « Croisade contre les Albigeois ». Avignon, alliée du Comte de Toulouse, se crut assez forte pour résister au Roi de France… Réduite après un siège de trois mois, elle perdit sa belle indépendance, ses fortifications, ses palais et subit le joug politique du représentant de l'église. Même son fameux pont fut au trois-quarts détruit. Elle se releva une fois encore et s'étendit considérablement. Sous l'autorité du Comte de Provence, Avignon recouvra une opulence paisible, prélude à une extraordinaire période de faste et de puissance : celle de la venue des papes.

 

Philippe-le-Bel - celui de la tour de Villeneuve ! - n'était pas un tendre et était en lutte ouverte avec le pape Boniface VII. Un de ses porte-rapière, Guillaume de Nogaret, avait gratifié le souverain pontife d'une cinglante « bouffe » en pleine tiare ! Et c'est un français, Bertrand de Got qui fut élu et couronné à Lyon à la demande musclée de Philippe-le-Bel, sous le nom de Clément V. Il gagna Avignon en 1309.

 

Son successeur fut élu après deux ans de sanglantes empoignades sous le nom de Jean XXII. Un rugueux vieillard qui établit sa puissance en s'appuyant sur la sordide Inquisition, les intégristes sanguinaires et bornés de l’époque. Les «barbecues » pontificaux firent allègrement griller au nom de la foi les Vaudois, les Cathares, les Fraticelles et tout ce que la rumeur qualifiait de sorciers...

 

Lui succéda Jacques Fournier, un solide ariégeois, milodioù !, élu sous le nom de Benoît XII. C'est lui qui fit bâtir une bonne moitié du Palais des Papes, la demeure fortifiée la plus puissante du monde.

 

Puis vînt Clément VI. Un fastueux celui-là qui bâtit les plus belles parties du palais et fit d'Avignon - qu'il acheta à la flamboyante pétroleuse qu'était le Reine Jeanne - l'une des cours les plus brillantes de la chrétienté.  Sous Clément VI, la ville comptait 120.000 habitants, dont 100.000 étrangers. Italiens surtout, français du sud-ouest, catalans et aragonais, allemands, anglais, scandinaves, grecs, levantins, juifs. Une cité extrêmement cosmopolite qui se transforma. Chaque dignitaire construisit sa « livrée » avec une tour, symbole de puissance. Les cardinaux et les ordres mendiants élevèrent des églises. Les laïcs fortunés bâtirent de somptueuses demeures. Une très riche vie intellectuelle, universitaire et artistique, appuyée sur un mécénat généreux draina vers la Cité des Papes les meilleures élites européennes : des lettrés, des artistes, des savants, mais aussi des banquiers et des commerçants. Pour résister aux convoitises, Avignon s'entoura de sa couronne de remparts.

 

Mais la peste noire ravagea la chrétienté, faisant quarante millions de victimes en Europe, dont 62.000 - la moitié de la population - dans la seule ville d'Avignon ! On ne bricolait pas à l'époque !

 

Innocent VI, un limousin âgé et maladif, était un triste qui ne prenait son pied qu’en voyant brûler ceux qui s’opposaient à lui. Les temps devinrent durs avec les Grandes compagnies qui ravageaient le pays pour leur compte. Du Guesclin vint camper à Villeneuve, à la tête d'une armée de rufians. Il fit cracher le Pape au bassinet avant d'aller mourir en Lozère... en buvant de l'eau ! Boire de l’eau… Quelle idée saugrenue ! Surtout pour un Breton... Urbain V, un bénédictin marseillais, voulait faire retourner  la cour pontificale à Rome... Ce qui ne plaisait pas du tout au Roi de France ! Peine perdue : le pape quitta Avignon. Il resta trois ans à Rome mais c’était là-bas un tel foutoir qu’il se résigna à revenir à Avignon. Son successeur, Grégoire XI voulait lui aussi retourner à Rome. Ce qu'il fit en 1376, malgré les larmes et les cris des malheureux avignonnais laissés orphelins...

 

Et c'est donc au Vatican que son successeur, Urbain VI, un italien, fut élu sous la pression de l'émeute. Les cardinaux, divisés en deux clans, élirent quelques mois après un autre pape à Avignon, Robert de Genève, sous le nom de Clément VI. Une belle galère ! Un pape à Rome, un autre à Avignon ! Un brillant, un fringant ce jeunot Clément VI,  trente six ans lors de son élection. Il renoua avec les fastes de la cour avignonnaise.

 

Enfin le catalan Pedro de Luna fut le dernier pape avignonnais sous le nom de Benoît XIII, en cette époque de schisme. Les cardinaux l'ayant laissé tomber, il s'enferma dans son redoutable palais forteresse qui, malgré tous les assauts, demeura inexpugnable. Il restera reclus pendant cinq ans puis réussira à s'enfuir, vivant maintes aventures rocambolesques.

 

Avec le retour des papes en Italie, Avignon perdit son rang de capitale... Mais son prestige survécut quelques temps car la ville gardait l'espoir du retour de la papauté. Restant terre papale, elle reçut un vice-légat avec une grande autonomie politique. L'essor commercial de la ville, dû à sa situation géographique, continua avec les banquiers et les grands commerçants florentins. Le temps de la gloire était passé, mais pas celui de la richesse. Avignon demeura terre papale jusqu'à la Révolution française. La population avignonnaise expulsa alors le représentant du pape et demanda la réunion de la ville à la France. Chose qui fut faite le 14 septembre 1791...

 

La ville entra alors dans le rang, devenant préfecture d'un des plus petits départements de France… Grandeur et décadence ? Bof…

 

Mais regardez-la se pavaner voluptueusement au soleil, triomphante et sûre de son charme avec ses airs de reine ! Elle n’a pas oublié qu’elle fut un jour une des capitales du monde. Et elle a encore de bien beaux restes la mâtine !

 

Si vous voulez, demain, je vous prends par la main pour vous en dévoiler les secrets.

 

 

VictorAyoli


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Sextidi 6 Thermidor 220

 

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17/11/2011

A Avignon : quand les vins primeurs font la Fête.

 

vins primeurs avignon palais papes.jpg

 

 

Tandis que claquent au vent du nord les oriflammes des Confréries vineuses, tandis que sonnent de joie les cent clochers de la cité, la Place du Palais des Papes retrouve pour une fugitive soirée ses fastes multicolores d'antan. Du temps où Avignon était capitale du monde, du temps où défilaient sous les abruptes murailles du plus grand palais gothique de la planète les ambassades chamarrées, colorées et bruissantes de musiques des grands et des puissants de la chrétienté.

 

Mais c'est grâce à Bacchus que la cité provençale - où Saint-Pierre, pour un temps accrocha sa barque - retrouve les fastes pour lesquels elle est née.

Bacchus, le dieu de la vigne qui préside chaque année, le troisième jeudi de novembre, aux grandes bacchanales données en l'honneur de la naissance du Vin Primeur !

 

Les cinq cents robes de satin moiré, de soies multicolores des membres de toutes les Confréries vigneronnes de la deuxième aire d'appellation de France remontent solennellement, sous les vivats de cette foule avignonnaise si friande de fêtes, la principale artère de la ville. Elles se regroupent en un fastueux kaléidoscope aux pieds des imposantes murailles du Palais des Papes, orgueilleusement paré des atours de la Fête.

 

Fête du vin primeur, du vin nouveau, du premier vin sorti en chantant des cuves encore frémissantes.

 

Fête du Vin, fête de Bacchus, fête de la joie de vivre, fête des vignerons dont elle chante la Gloire.

 

Gloire au vigneron, ce poète de la terre, ce magicien qui, d'arides cailloux fait naître le nectar préféré des dieux. Cet humaniste qui offre à ses prochains le moyen d'approcher la Lumière divine. Ce faiseur de vie dont la sueur féconde les entrailles de la terre. Ce paysan sacré qui crée le sang de Dieu.

 

Gloire aussi au Vin, ce dieu végétal qui prodigue généreusement à l'Homme la vigueur et l'esprit, l'humour et l'amour. Ce rassembleur qui rapproche en une communion dionysiaque les puissants et les humbles. Ce sésame du désir et du plaisir qui nous ouvre en chantant le cœur et le piège à bonheur de nos belles compagnes.

 

Gloire encore à la futaille, aux tonneaux, aux barriques, qui protègent, mûrissent et enfantent le Vin.

Et gloire à la bouteille, oblongue ou ventrue, dont la panse repue est une récompense.

 

Gloire au modeste bouchon, gardien de joie et d'éternité, dont le pop joyeux est un signal de Fête.

 

Gloire au hanap, au verre, au calice, au taste-vin et à la Coupo Santo, ultimes véhicules entre le Vin et l'Homme.

 

Gloire enfin aux Buveurs, mes frères,  qui envahissent la Place et cherchent en se serrant l'espace qui dispense généreusement le Premier Vin.

 

Voilà ce qu'est la Fête des Vins Primeurs en Avignon où l'on chante, où l'on danse, où l'on épanche en beauté les plus larges soifs !

 

Septidi 27 Brumaire 220

 

 Photo X - Droits réservés

06/07/2011

Avignon, ma ville, l'espace d'un Festival.

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Quand le soleil-lion de juillet écrase la ville de sa chape incandescente, quand les lancinantes stridulations des cigales font vibrer les vertes toisons aériennes des grands platanes, quand les monuments, les livrées et les tours semblent fumer sous la tremblante réverbération des murs gorgés de lumière, Avignon-la-Sensuelle, alanguie au bord du Rhône et cambrée sous les caresses du mistral, s'apprête à s'ouvrir et à s'offrir pour son grand rut de l'été. Une lune durant la belle va se donner sans retenue, de toutes ses pores de pierres, de toutes ses ruelles, de tous ses cloîtres, de toutes ses places, de tous ses patios mystérieux, de tous ses forums, de tous ses lieux scéniques à son dévorant amour estival : le Festival.

 

Troisième monument historique de la cité papale, après le célèbre Palais et le non moins fameux Pont-Saint-Bénézet, le Festival - premier d'Europe - draine vers l'intérieur du collier de pierres blondes des remparts une foule cosmopolite et bigarrée d'artistes et de touristes, d'intellos et de clodos, de saltimbanques et de rêveurs, de poètes et de voleurs, tous attirés comme les éphémères par la flamme vers cette scène planétaire de l'illusion théâtrale, ce grand marché du rêve.

 

Acteurs et publics mêlés, le spectacle est partout. Avignon fait la fête, Avignon est la Fête. Voici la Cour d'honneur, centre de gravité de la bourrasque festivalière. C'est en ce lieu fermé par les falaises abruptes de la forteresse papale que tremblent et jouissent auteurs, metteurs en scène et acteurs. Là que se font et se défont les réputations. Là que l'aile de la grâce transforme de simples acteurs en monstres sacrés. Là que flotte la présence palpable des glorieux fantômes de Jean Vilar, de Gérard Philippe, de Daniel Sorano. Là aussi, hélas, que depuis quelques années, des expériences hasardeuses destinées à quelques centaines de bobos « branchés » déconsidèrent le Festival… Heureusement le off…

 

 Voilà la Place de l'Horloge, tourbillon de couleurs et de bruits, forum grec où la cité festivalière joue, chante, danse, boit à longs traits des nectars odorants et capiteux sous l'ombre bruissante des platanes aux larges poitrails.

 

Enfin voici la ville entière dans toutes ses rues, ses places, ses venelles étroites, ses placettes. La cité est une énorme caisse de résonance où s'entrechoquent les musiques et les cultures, le drame et la comédie, le rire et les pleurs.

 

 Les avignonnais ont une approche contradictoire de leur festival. Lorsqu'ils sont à l'extérieur de leur ville, ils ne tarissent pas d'éloge sur lui. Et à les entendre pérorer, tous ont bu le pastis avec Vilar, joué aux boules avec Philippe où mangé l'aïoli avec Darras. Ils sont fiers de ce monument virtuel même si beaucoup n'y mettent jamais les pieds. Mais pourtant, lorsque juillet annonce le grand chambardement, les avignonnais, en masse, fuient leur ville chérie, l'abandonnant pour une lune entière aux hordes lutéciennes et franchimanes, outre-quiévrines et bataves, albioniennes et tudesques, helvètes et transalpines, ibères et lusitaniennes, africaines et orientales, américaines et nipponnes. Ils retrouveront plus tard leur ville, cette somptueuse salope comblée, apaisée et fécondée par les semences mêlées de ses milliers d'amoureux de l'été.

 

Avignon aura, pour un temps, retrouvée son rang naturel de capitale.

 

L'espace d'un Festival.

 

Octidi 18 messidor 219

 

 

 Photo X - Droits réservés

 

04/07/2009

Avignon, ma ville, l'espace d'un Festival.

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Quand le soleil-lion de juillet écrase la ville de sa chape incandescente, quand les lancinantes stridulations des cigales font vibrer les vertes toisons aériennes des grands platanes, quand les monuments, les livrées et les tours semblent fumer sous la tremblante réverbération des murs gorgés de lumière, Avignon-la-Sensuelle, alanguie au bord du Rhône et cambrée sous les caresses du mistral, s'apprête à s'ouvrir et à s'offrir pour son grand rut de l'été. Une lune durant la belle va se donner sans retenue, de toutes ses pores de pierres, de toutes ses ruelles, de tous ses cloîtres, de toutes ses places, de tous ses patios mystérieux, de tous ses forums, de tous ses lieux scéniques à son dévorant amour estival : le Festival.

Troisième monument historique de la cité papale, après le célèbre Palais et le non moins fameux Pont-Saint-Bénézet, le Festival - premier d'Europe - draine vers l'intérieur du collier de pierres blondes des remparts une foule cosmopolite et bigarrée d'artistes et de touristes, d'intellos et de clodos, de saltimbanques et de rêveurs, de poètes et de voleurs, tous attirés comme les éphémères par la flamme vers cette scène planétaire de l'illusion théâtrale, ce grand marché du rêve.

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Acteurs et publics mêlés, le spectacle est partout. Avignon fait la fête, Avignon est la Fête. Voici la Cour d'honneur, centre de gravité de la bourrasque festivalière. C'est en ce lieu fermé par les falaises abruptes de la forteresse papale que tremblent et jouissent auteurs, metteurs en scène et acteurs. Là que se font et se défont les réputations. Là que l'aile de la grâce transforme de simples acteurs en monstres sacrés. Là que flotte la présence palpable des glorieux fantômes de Jean Vilar, de Gérard Philippe, de Daniel Sorano.

Voilà la Place de l'Horloge, tourbillon de couleurs et de bruits, forum grec où la cité festivalière joue, chante, danse, boit à longs traits des nectars odorants et capiteux sous l'ombre bruissante des platanes aux larges poitrails.

Enfin voici la ville entière dans toutes ses rues, ses places, ses venelles étroites, ses placettes. La cité est une énorme caisse de résonance où s'entrechoquent les musiques et les cultures, le drame et la comédie, le rire et les pleurs.

Les avignonnais ont une approche contradictoire de leur festival. Lorsqu'ils sont à l'extérieur de leur ville, ils ne tarissent pas d'éloge sur lui. Et à les entendre pérorer, tous ont bu le pastis avec Vilar, joué aux boules avec Philippe où mangé l'aïoli avec Darras. Ils sont fiers de ce monument virtuel même si beaucoup n'y mettent jamais les pieds. Mais pourtant, lorsque juillet annonce le grand chambardement, les avignonnais, en masse, fuient leur ville chérie, l'abandonnant pour une lune entière aux hordes lutéciennes et franchimanes, outre-quiévrines et bataves, albioniennes et tudesques, helvètes et transalpines, ibères et lusitaniennes, africaines et orientales, américaines et nipponnes. Ils retrouveront plus tard leur ville, cette somptueuse salope comblée, apaisée et fécondée par les semences mêlées de ses milliers d'amoureux de l'été.

Avignon aura, pour un temps, retrouvée son rang naturel de capitale.

L'espace d'un Festival.

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!!!!! LA PANDEMIE PASSE AU NIVEAU 6 !!!!!!!

...et débarque à Toulouse, à Paris et ailleurs, des rugbymen l'on ramené d'Argentine...


NE TOUSSEZ PAS IDIOT !


image de Une par MB.jpgD'une actualité explosive, viens de sortir:

"Cure us!" - Quand explosera la PANDEMIE

de Jean-Victor Joubert (C'est moi!)


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