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23/11/2014

Ouiquinde bacchique: des goûts et des liqueurs.

Triomphe de Bacchus par Cornelis de Vos.jpg

 

Le meilleur vin

 

Le vin dans les humeurs verse son influence :

Est-il noir? Dans le sang il répand l'indolence.

J'estime un vin mûri dont la chaude liqueur

Fait sauter le bouchon et ravit le buveur;

Quand sa vertu dénote une illustre vieillesse,

De ses dons généreux usons avec sagesse.

Je cherche dans un vin le brillant, la couleur,

J'y cherche plus encor le bouquet, la chaleur ;

Je veux qu'il ait du corps, une teinte écarlate,

Que pétillant, mousseux, en écume il éclate.

À l'écume le vin se jugera d'abord:

Bon, elle reste au centre, et, mauvais, court au bord.

 

 

Effets du bon vin.

 

Le bon vin au vieillard rend vigueur de jeunesse;

Au jeune homme un vin plat prête un air de vieillesse.

Le vin pur réjouit le cerveau contristé,

Et verse à l'estomac un ferment de gaieté.

Il chasse les vapeurs et les met en déroute,

Des viscères trop pleins il dégage la route,

De l'oreille plus fine aiguise les ressorts,

Donne à l'œil plus d'éclat, plus d'embonpoint au corps,

De l'homme plus robuste allonge l'existence,

Et de l'esprit dormant réveille la puissance.

De ta table aie bien soin d'exclure

Le pain encore chaud et le pain qui moisit,

Le dur biscuit, les pâtes en friture.

Que ton pain soit d'un bon grain, bien cuit,

Plein d’yeux et peu salé, ce pain fait un bon chyle.

 

 

Bière

 

La bière qui me plaît n'a point un goût acide;

Sa ligueur offre à l'œil une clarté limpide.

Faite de grains bien mûrs, meilleure en vieillissant,

Elle ne charge point l'estomac faiblissant.

Elle épaissit l'humeur, dans les veines serpente

En longs ruisseaux de sang, nourrit la chair, augmente

La force et l'embonpoint; l'urine accroît son cours;

Et du ventre amolli se gonflent les contours.

 

 

L'eau comme boisson

 

L'eau, fatale boisson, nuisible en un repas,

Refroidit l'estomac qui ne digère pas:

Bois-en, soit, mais très peu, si la soif te talonne;

Assez, pas trop: ainsi la sagesse l'ordonne.

D'une eau trop abondante en l'estomac noyé,

Ne va pas submerger l'aliment délayé.

Pour éteindre le feu de ta soif dévorante,

Ne bois pas à longs traits une eau froide et courante,

D'un peu d'eau fraîche humecte un gosier irrité.

Au tempérament buveur, inspirant la gaieté,

Dissolvant et cuisant tous mets, l'eau pluviale

Propice à la santé, ne craint pas la rivale.

La source, à l'est coulant, se boit avec plaisir;

Descend-elle du midi? réprime ton désir.

 

 

Des excréments, des vents et de l’urine.

 

Pissez six fois par jour, et dans le même temps

Rendez deux ou trois fois les plus gros excréments.

De péter en pissant ne faites pas mystère

C'est un ancien usage, aux reins fort salutaire ;

Pratiquez-le sans honte, ou bien dans l'intestin,

Reste un gaz malfaisant rapporté du festin.

En grande pompe un roi traverse-t-il la ville?

Occupé de pisser, demeurez immobile.

Ta main, pressant ton ventre empêchera souvent

Qu'il ne s'y loge à l'aise et n'y séjourne un vent;

Aux replis d'intestin sa nuisible présence

D'un mal long et secret peut hâter la naissance.

 

 

Contre l'excès de boisson

 

Si pour avoir trop bu la nuit,

Vers le matin il t'en cuit,

Dès le matin, reprends la bouteille:

Le remède fera merveille.

 

 Jean de Milan - De l'École de Salerne  -  (fin XIème - début XIIème) - traduction en vers français par Charles Meaux-Saint-Marc.

 

 Photo X - Droits réservés

 

03/11/2008

Bacchus, Rabelais ! Au secours ! Ils sont devenus fous…

ban2003.jpg


Traditionnellement, la troisième semaine de novembre, Avignon – ma ville – est le théâtre (normal !) de grandes festivités bachiques à l’occasion de la sortie des vins Côtes-du-Rhône nouveaux. Je préfère le terme vin nouveau à celui de vin primeur, trop marqué Beaujolais, et résultant de vinifications spécifiques.

Et donc à cette époque de l’année, cette cité superbe, cette ville sonnante au cents clochers qui n’a jamais pu oublier qu’elle fut, pour un temps, la capitale étincelante du monde chrétien, renoue pour une soirée avec les somptueuses festivités de son époque glorieuse. Capitale elle fut, capitale elle demeure puisqu’elle est, aujourd’hui celle des Côtes-du-Rhône.

Les confréries bachiques en grand apparat défilent dans les artères de la ville, précédées et accompagnées d’orchestres, bandas, chorales vigneronnes. Les producteurs ont envahis la célèbre place du Palais, haut lieu du Festival et proposent aux milliers d’acteurs spectateurs un verre de leur vin nouveau.

Quel bonheur pour ces vignerons - paysans sacrés, laboureurs des cieux dont la sueur féconde les entrailles de la terre pour, d’arides cailloux, tirer le sang de dieu – de communier avec leur public, leurs clients, leurs amis. Les restaurants de la ville se mettent en quatre pour offrir aux joyeux commensaux des mets qui s’accordent avec les vins nouveaux. La ville chante, la ville danse, la ville est heureuse…

Mouais… Pour combien de temps ? Cette joie de vivre risque de tomber sous les coups de boutoir des pisse-froid qui, sous couvert de lutter contre certains abus, se font les chantres de toutes les interdictions, les procureurs de toutes les convivialités, les fossoyeurs de l’essence même de la culture française.

Dans le projet de loi « hôpital, santé, patient, territoire », l'article 24 est tout ce qu’il y a d’inquiétant. Il interdit d'offrir gratuitement des boissons alcoolisées dans un but promotionnel. Cela vise la consommation « open bar » (à volonté après avoir payé un ticket d'entrée) et les soirées étudiantes sponsorisées par les multinationales de l'alcool. Je suis absolument d'accord. Mais le problème, c'est que le texte met dans le même sac les alcools forts (vodka, whisky...), responsables de l'alcoolisation des jeunes, et les vins dont le mode de consommation est complètement différent. Tel qu'il est rédigé, l'article 24 revient à interdire la dégustation gratuite dans les caveaux des domaines, dans les salons et foires aux vins. Pire il signe l’arrêt de mort de toutes les festivités telles que celle dont je viens de vous parler !

Eh! Oh! Les députés des régions vigneronnes, vous comptez être réélus si vous votez une saloperie pareille?

La France, première destination touristique du monde grâce à son art de vivre, n’est-elle pas en train de se tirer une balle dans le pied ? Les Espagnols, pas si cons, ont juridiquement établis une différence entre le vin et les alcools forts.

Tè ! Je vais boire un canon… Mais devrais-je, à l’avenir, le boire seul ce canon, honteux et caché ? Eh merde !