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19/11/2012

Au bistro de la toile : l’huile de foie de morue

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- Eh ! Victor, Ali m’a dit qu’il allait probablement se faire virer de la boite de BTP où il marne depuis quinze ans. Belle récompense…

 

- Il m’en a parlé. Son patron se débarrasse de ses propres employés, sans s’encombrer de problèmes humains, pour sous-traiter en cascade le travail à des entreprises étrangères. Résultat : à la place de gars comme Ali, régulièrement affiliés à toutes les obligations sociales françaises, ce sont des Portos et des Polacks qui viennent faire le boulot, dans des conditions de travail déplorables et à des conditions aberrantes. Sans que les autorités compétentes françaises ne puissent rien faire, l’inspection du travail ayant été quasiment démantelée sous Sarko. C’est une manière de délocaliser des emplois sur place. Ces magouilles ont cours essentiellement dans le BTP, la restauration, voire l’agriculture. C’est le retour de Bolkeinstein…

 

- Puteng ! Mais elle sert à quoi alors l’Europe ? C’est pas normal que des travailleurs européens puissent venir mettre à la rue d’autres travailleurs européens.

 

- Tout ça parce qu’il n’y a pas d’harmonisation fiscale et sociale. Cette aberration remonte au traité de Maastricht. Elle est l’œuvre de la toujours perfide Albion. Les Anglais ont imposé en loucedé dans ce fameux traité fondateur de l’Union Européenne actuelle, un petit paragraphe qui dit que « les questions fiscales et sociales doivent être réglés à l’unanimité », et non à la majorité. Ce qui revient à dire que chaque pays a droit de véto sur ces questions. C’est la prime au moins-disant social et fiscal. D’où l’existence au cœur de l’Europe de pays voyous comme Luxembourg, Pays-Bas, Irlande, Grande-Bretagne. Ces pays, avec des pratiques fiscales et sociales au plancher, pompent l’énergie et les forces vives des autres…

 

- C’est dégueulasse…

 

- Eh ! Faut poser les valises les mecs ! L’Europe ultralibérale actuelle, c’est ça : liquider les acquis sociaux et les protections sociales, saccager les codes du travail en alignant tout cela sur le moins-disant. Pour y arriver, il suffit d’instituer une concurrence « libre et non faussée » entre travailleurs, un chômage de masse et de mettre une bonne dose de déficit pour installer une précarité générale de façon à créer une ambiance de peur bloquant toute revendications, qu’elles soient salariales, de conditions de travail ou de protection sociale. Cette volonté de plongée vers le bas ne s’arrêtera que lorsque les travailleurs européens en seront réduits aux conditions des travailleurs chinois.

Ecoute-les, à la télé, les parasites et autres « pigeons » qui, retour d’un ouiquinde aux îles Caïman, garent leur Ferrari pour venir nous seriner à longueur d’émission, à travers la voix de leurs lèche-cul attitrés, les « zéconomistes distinguées », qu’il faut baisser le « coût du travail », qu’ils sont étranglés par les impôts ( ???!!!), qu’ils vont foutre le camp à l’étranger. Ecoute-les nous baver que tout ça, c’est la faute du smicard trop payé qui ruine le pays, la faute du salaud de vieux qui prétend se faire soigner, la faute de ces bandes de feignasses qui veulent prendre leur retraite à 60 balais… Ecoute les « zéconomistes distinguées » qui nous serinent qu’il convient de faire des sacrifices ! Allez les petits, prenez votre huile de foie de morue, c’est pas bon, mais c’est pour votre bien !

 

- Alors qu’est-ce qu’on fait ? On aiguise les faux ? On prépare les cordes ? On chante « Ah ça  ira ça ira, ça ira » ?

 

- Il faudra bien y venir Loulle. En attendant, sers ma tournée.

 

 Nonidi 29 Brumaire 221


Merci à Chimulus