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17/08/2016

Au bistro de la toile : on s’arrange entre amis lorsqu’on fait partie de la Caste des Riches…

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- Alors Victor, qu’est-ce qu’il se passe d’un peu croustillant et caché pendant qu’on nous bourre le mou avec les bourrins des Jiho ?

- Tiens, il y en a une d’histoire qui n’est pas mal. Elle concerne notre grand argentier, le ci-devant Michel Sapin.

- Celui qui rigole toujours en nous prenant nos sous ?

- Celui-là même. Notre ami Abies pectinata ?

- Qui c’est çuilà ? Abies pectinata !… teng, tu fais dans le latin maintenant Victor ?

- Ben ouais quoi, c’est une réminiscence de quand j’étais bûcheron : sapin, l’arbre, c’est un abies et il peut être pectinata, c’est-à-dire pectiné ou encore amabilis, aimable.

- Bon. Revenons à notre maître des sous des autres. Qu’est-ce qu’il a fait ?

- Il se comporte comme un oligarque, un de ces privilégiés de cette bande qui détient tous les pouvoirs, qu’ils soient politiques ou financiers et se partagent la gamelle. Par exemple, il vient d’embaucher – discrètement – comme « conseiller » un jeune « retraité ». Pas n’importe qui : le dénommé Thierry Aulagnon, énarque. Celui-ci avait déjà été son directeur de cabinet de 1992 à 1993 alors que Sapin était ministre des finances du gouvernement de Pierre Bérégovoy, ce socialiste adulé des riches pour avoir dérégulé les marchés, permettant ainsi à la finance d’asseoir son pouvoir sur l’économie et de transformer la bourse en casino. Le ci-devant Aulagnon, fort de son carnet d’adresses et des réseaux qu’il a pu se constituer à Bercy, est ensuite allé pantoufler chez l’assureur privé GAN, au poste de directeur général, puis est passé à un poste de haut dirigeant à la Société Générale.

Bercy est un panier à crabes pourri par l’idéologie ultralibérale. Ainsi les directions du Trésor et du Budget s’entourent de « banques conseil » qui profitent de leur position pour inspirer des réformes ou décisions favorables au monde de la finance ou au contraire pour étouffer dans l’œuf des réformes ou décisions contraires aux intérêts de ce même monde de la finance (voir la calamiteuse réforme bancaire à minima, ainsi que la création d’une entité bidon, la BPI, inexistante sauf pour les dépenses somptuaires de son siège !). Être agréée « banque conseil », c’est une sinécure ! Les places sont chères et font l’objet d’une débauche de concurrence feutrée entre établissements : avoir l’oreille du « Trésor », c’est avoir la main sur les manettes de l’État. Ces « banques conseils » sont écoutées par les haut fonctionnaires de Bercy avec d’autant plus d’intérêt que – outre leur identité de vue ultralibérale – ceux-ci espèrent bien en retour de celles-là de confortables situations de pantouflage à leur sortie de Bercy ! Ben voyons, ça vaut des millions leur influence dans les rouages de l’État et leur carnet d’adresses ! Le ci-devant Aulagnon en est l’exemple caricatural.

- Faut croire qu’il est compétent le mec…

- Espérons ! Manquerait plus qu’il soit une branque en plus. Mais la discrétion de Sapin s’explique par le fait que son poulain surfe allègrement avec des palanquées de « conflits d’intérêts » comme ils disent. Pour tenter d’éviter toute embrouille, Abies amabilis a envoyé une bafouille étrange à tous ses collaborateurs, avec des consignes strictes disant en substance que pour l’ensemble des questions concernant la Société Générale, Thalès, BPCE, Air-France-KLM et les sociétés We share bonds et MAB Finances, des entreprises auxquelles Thierry Aulagnon a été lié d’une manière ou d’une autre, les collaborateurs devront absolument l’ignorer et éviter de lui communiquer toute information.

- À quoi ça sert un collaborateur auquel on ne fait pas confiance ? Ça sert à quoi de le payer, grassement?

- Si Abies Sapin est si prudent, c’est parce qu’il marche sur des œufs. Mais des œufs à un prix exorbitant : 2,2 milliards d’euros.

- Fatche. Et c’est quoi cette montagne de thunes ?

- Ça remonte à l’affaire Kerviel, le mec qui aurait fait perdre 5 milliards à la Société Générale, sans que les plus hauts dirigeants ne soient au courant ! Faut pas nous prendre pour plus kon qu’on est… Et voilà où on retrouve le susnommé Aulagnon Thierry, alors ponte de la pôôvre banque « victime » de son salaud de salarié ! Parce que la banque, considérée comme « victime », a bénéficié de not' bon coeur, à travers Bercy qui a refilé à la Société Générale 2,2 milliards de crédit d’impôts. Aulagnon – qui était aux affaires de la S.G. et donc bénéficiaire au moment de cette fabuleuse ristourne – se retrouve maintenant dans le camp de ceux qui ont payé.

- Si c’est casqué on peut toujours s’aligner…

- Pas sûr Loulle. Pas sûr. Parce que cette affaire doit trouver son épilogue le 23 septembre par la décision en appel du tribunal de Versailles. Et que les largesses de Bercy étaient assorties d’une condition sine qua non : que la justice n’épingle pas les défaillances de la banque dans la faillite de ses mécanismes de contrôle. Ce que la Commission bancaire avait pourtant fait en juillet 2008 en condamnant la "SG" à une amende de 4 millions d’euros pour des "carences graves du système de contrôle interne". Ce qui fait que la S.G. risque d’avoir à rembourser ces 2,2 milliards.

- Position délicate pour le ministre qui embauche un personnage que l’on pourra soupçonner d’avoir joué contre l’institution à laquelle maintenant il émarge !

- Bof. Dan ce milieu, ce n’est pas la vergogne qui les étouffe. Ils bouffent sans états d’âme à tous les râteliers. La classe dominante n’est pas homogène, elle compte des catholiques, des protestants, des juifs. Et des sensibilités politiques diverses, de la gauche socialiste à l’UMP, en passant par le centre. C’est la même caste, la même mafia, ils sortent tous du même moule, se connaissent, se cooptent dans les conseils d’administration, se côtoient dans leurs clubs privés et passent allègrement du public au privé et vice-versa.

- Voilà donc des gens qui ont une éminente conscience de leur classe, qui sont solidaires quand la mode est à l’individualisme, qui sont organisés et mobilisés, qui défendent énergiquement leurs intérêts. Il faut suivre leur exemple ! Faisons comme eux. Battons-nous !

- Exact Loulle. Conclusion : il est temps de nettoyer les écuries d’Augias…


Illustration: merci à Chimulus