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22/12/2010

Le pudding de Noël et les treize desserts

Tè! Je vous ai fait une petite pièce de théatre calendale!

Cuisine-anglaise___.jpg

 

 

La cuisinière anglaise :

— Nous avons, nous aussi, dans la vieille Angleterre

Quelques spécialités, au plan alimentaire.

Celle que nous aimons, celle qui nous rend dingue

Lorsqu’arrive Noël : c’est « Le Chrismas pouddingue » !

Un gâteau bien épais, bien lourd, poisseux et gras,

Qui envahit la bouche et cale l’estomac !

Je vais vous révéler, peuplades autochtones

Le secret de ce savoureux joyau de la Couronne.

Allons. Listen to me ! Et prenez tous des notes

Pour goûter aux plaisirs de mes compatriotes.

Demander au boucher deux gros rognons de bœuf…

 

Quelqu’un l’interpelle depuis la salle :

— Eh ! Oh ! Arrêtez-là ! Allez chercher les « keufs » !

Rien que d’entendre ça, j’ai la cervelle molle !

Margareth, ton pudding, c’est de la vache folle ?

 

La cuisinière anglaise (elle le foudroie du regard, par dessus ses lunettes, et continue sans se départir de son flegme britannique) :

— …Vous en ôtez la graisse et vous la moulinez

Avec du vieux pain sec de Guinness imbibé.

Hachez grossièrement des raisins de Corinthe,

Des écorces confites d’orange et coloquinte.

Dans une grande jatte, ajoutez la farine,

Des fruits confis hachés, un peu de gélatine,

Amandes effilées, sucre roux et mélasse…

 

L’interjecteur de la salle :

— Arrête Margareth ! C’est trop, c’est dégueulasse…

 

La cuisinière anglaise (elle le foudroie de nouveau du regard) :

— …Muscade râpée fin, gingembre, et cannelle

Vous mouillez à la bière, cognac, un peu de sel.

Travaillez à la main cette pâte onctueuse…

 

L’interjecteur de la salle :

— Margot ! Ça ira mieux avec la bétonneuse !

 

La cuisinière anglaise (elle le foudroie de nouveau du regard) :

— …Vous couvrez votre jatte et laissez reposer,

Huit à dix jours au moins. Chaque jour, malaxez !

 

L’interjecteur de la salle :

— Margareth, maintenant, il te faut nous instruire :

Ce plat, tu nous le fais pour manger…ou construire ?

 

La cuisinière anglaise :

— …Au bout de tout ce temps, mettez des œufs battus…

 

L’interjecteur de la salle :

— C’est pour améliorer ton tas de détritus ?

 

La cuisinière anglaise :

— …Beurrez soigneusement une grande terrine

Saupoudrez-là ensuite avec de la farine,

Vous y versez la pâte et vous la tassez bien…

 

L’interjecteur de la salle :

— C’est du béton vibré, ou je n’y connais rien !

 

La cuisinière anglaise :

— …Enveloppez le tout avec un grand torchon

Dont vous nouerez les coins tout comme un baluchon

Plongez alors le tout dans un pot d’eau bouillante

Laissez cuire cinq heures dans cette eau frémissante.

 

L’interjecteur de la salle :

— Tu rajoutes une pierre de margelle du puit,

Quand le caillou est tendre, Eh ! le pudding est cuit !

 

La cuisinière anglaise :

— Retirez le pudding et laissez-le tiédir

Puis vous le retournez sur un plat à servir,

Nappez de sucre roux et flambez au Cognac

Au rhum brun de Cuba  ou au vieil Armagnac,

Et alors, n’en déplaise à ce vieillard maniaque (en désignant d’un terrible doigt accusateur son interjecteur de la salle)

Vous aimerez, je crois, les goûts de l’Union Jack !

 chrismas-pudding.jpg

 

L’interpellateur de la cuisinière anglaise vient alors sur scène

 

— Si je vous ai « chambrée », chère amie britannique

Mon intention était simplement ironique,

Car dès lors qu’il s’agit des plaisirs de la table,

Les traditions de gueule sont toutes respectables !

A mon tour de vous dire comment l’on fait bombance

Pour la nuit de Noël, en terres de Provence.

Les femmes ont disposé, sur les trois nappes blanches,

Les services de fêtes, les verres du dimanche,

Dans l’âtre qui flamboie, l’aïeul, le « caganis »

— Chez nous, on nomme ainsi le plus jeune des fils —

Apportent une bûche d’arbre fruitier bien sec.

D’un verre de vin cuit versé avec respect

L’aïeul bénit la bûche puis, d’un ton solennel

Prononce à belle voix ces propos rituels :

« Alègre ! Alègre !

Mi bèus enfant, Dièu nous alègre !

Emé Calèndo tout bèn vèn…

Dièu nous fague la gràci de vèire l’an que vèn,

E se noun sian pas mai, que noun fuguen pas mens ! »

La famille élargie s’installe alors à table 

Réservant une place, pas très loin de la porte

Pour le pauvre transi que le malheur accable.

Cette nuit, il aura l’amour qui réconforte.

Et les femmes, dès lors, servent le Gros Souper :

Les petits escargots en sauce relevée,

Les cardons à l’anchois aux vertus curatives,

La raïto de morue et le muge aux olives,

Sorti brûlant du four, le gratin de brandade,

Et, pour faire passer, l ‘ àpi à la pebrado.

On arrose ces mets aux grands vins de Cassis,

Car ce nectar béni est le sang du Messie.

Enfin voici venu le moment où l’on sert

Avec cérémonie tous les Treize desserts :

Voici d’abord venir les noix et les noisettes,

Voici les figues sèches, les amandes défaites,

Voici qu’arrivent dattes, mandarines, oranges,

Les pommes et les poires, les raisins sur leur branche,

Voici le nougat blanc, voici le nougat noir,

Enfin la pompe à l’huile, symbole de l’espoir !

On mange, on boit, on chante, on est plein d’allégresse,

Et lorsque minuit sonne, on va tous à la messe…

 

JVJ ©

 

treize desserts.jpg

 

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