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13/09/2008

L'ODEUR ET LE SON



clochard.jpgUn clodo de belle facture
Sale, con, pauvre et barbu
Privilégié de la rupture
De not’bon roi Sarko-Ubu
N’avait pour se calmer la faim
Qu’un seul et sec quignon de pain.
Il passa devant la boutique
D’un rôtisseur peu sympathique
Gros, gras, suiffeux, puant le pet
Comme sont les Zuhèmepets,
Notre SDF eût l’idée
De s’arrêter juste à côté
Afin, en croquant son quignon,
De humer les fumets de viandes et d’oignons
Des mets en train de cuire.
- Qui te rend si hardi de voler mes odeurs
Dit le margoulin en fureur.
Le marchand voulait l’éconduire
Et lui faire payer l’odeur de ses rôtis.
Le clochard refusa, disant au mercanti
Que de toute manière
Les odeurs, les fumets partaient dans l’atmosphère
Etant ainsi perdus pour tous.
Le rôtisseur tempête et tousse,
Menace d’en venir aux mains.
Voyant ça un gamin
Court à toute vitesse
Quérir au Tribunal un juge plein de sagesse.
Ayant pris connaissance de la contestation,
Le sage demanda alors au vagabond :
- As-tu de l’argent ?
Le miséreux, plongeant
Une main sous ses hardes
En sort une bourse poissarde
Dont il tire - pas un douro -
Mais une pièce d’un euro.
Le juge prend la modeste pièce
La jette en l’air avec adresse,
Et la fait sonner sur le pas de la porte
De la boutique du cloporte.
Puis rendant la piécette à son propriétaire
Il dit au rôtisseur, d’un air autoritaire :
- « Il a assaisonné son pain du parfum de tes rôts,
Toi, tu es donc payé du son de son euro ! »

Jean-Victor Joubert

06:30 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : clochard, radin