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09/05/2014

Au bistro de la toile : le triomphe sournois des EMPOISONNEURS.

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- Oputinkon, Loulle ! Moi qui croyais me faire la vie belle en honorant la Lionne puis en faisant des rêves pantagruéliques dans les bras de Morphée, voilà que j'apprends que pendant ce temps, je me goinfre de gentilles molécules du genre trioxyde d’antimoine, diisocyanate de toluène, aminobiphényl-4, trans-pentyl-cyclohexyl-4, tétrachloréthanes, acétone, résine d’acrylique, polymère fluoré d’amiante, azotyle de benzène, nitrile benzoïque, béryllium et composants, tétrachlorure de carbone, chlorofluorocarbones, chloroforme, chrome et composants, cobalt et composants, essence de cône, cyanite, acétamide de méthyle, formamide de méthyle, épichlorohydrine, éthers de glycol, benzène d’halogène, naphtalènes d’halogène, halons, paradichlorobenzène, composés de chlorure d’ammonium liés, hexachlorobutadiène, indium, carbone de plomb, hydrocarboné de plomb, sulfate de plomb, méthylbenzène (toluène), molybdène, composés organostanniques, rhénium, rubidium, samarium, strontium, tellérium, thallium et composants, acétate de vinyle, etc.

 

- ...taing, Victor, t'a un drôle d'appétit toi. Comment tu bouffes toutes ces merdes ?

 

- Dans mon pieu, Loulle. Dans mon pajot, dans mon plumard, dans le champ de tir du bonheur et le dernier taxi pour le néant ! Ce tas de merde, c'est ce que contient mon beau matelas, sur mon sommier modulable, qui monte les pieds ou la tête si je veux. Le nec plus ultra de l'industrie plumardière ! Et ça coûte un bras tout ça ! Ces douceurs, on me les vend sans me le dire, bien sûr, et pour mon « bien » évidemment. Ces substances que contient mon plumard sont censées lutter contre les acariens, les odeurs, l'usure, les taches, les risques d'incendie et même les puces, les punaises et les fourmis !

 

- Ouarf ! Ils s'occupent bien de ta santé les marchands de puciers...

 

- Tu rigoles Loulle. Je viens d'apprendre que je dépense mon pognon pour respirer, inhaler et faire pénétrer dans toutes les cellules de ma viande ces saloperies. Ces petites bêtes sournoises passent dans mon raisiné pendant que je dors. Elles remuent leurs petites pattes velues et vont se fixer partout dans mes organes, bousculant au passage mes bonnes vieilles cellules, leur filant une telle rogne que certaines partent en couilles et déclenchent quelques beaux petits cancers qui vont se développer à la sournoise. Pire Loulle, ces sales petits bestiaux chimiques se faufilent dans les boyaux de ma tête, s'accrochent comme des morpions sur mes neurones et leur font perdre petit à petit les caractéristiques qui font de moi un être presque censé, imaginatif, qui s'efforce d'avoir du bon sens et de partager tout ça avec ses congénères. Il paraît qu'il ne faut pas chercher plus loin l'augmentation effrayante des cas d'Altzeimer, que l'on rencontre chez des êtres de plus en plus jeunes. Même chez des jeunes ados... Et je sais de quoi je parles.

 

- ...taing Victor, tu me files le tracsir.

 

- Et il n'y en a pas que dans les matelas de ces saloperies. Elles sont partout. Dans les vêtements, dans les fauteuils, dans les rideaux, dans les moquettes, dans les meubles en panneaux compressés, dans les chaussures, dans les bagnoles, dans les produits de ménage, etc. Partout ! Des perturbateurs endocriniens genre bisphénol, des hormones dans ce qu'on bouffe, des toxiques genre mercure, aluminium, formaldhéhydes dans les vaccins qu'on nous impose, des phtalates dans les jouets de nos lardons. Pas étonnant que depuis moins de trente ans, le nombre de spermatos que fabriques nos aliboffis aient été divisé par deux ! Tu brosses Bobonne, mais t'as les œufs clairs...

 

- Fatche ! L'avenir, ce sera un monde de peine-à-jouir gâteux avant l'âge alors ?

 

- Ma foi, ça résoudra les problèmes de surpopulation... Et ceux « d'en bas » qui resteront seront bien dociles, bien disposés à obéir et « consommer » toutes les merdes que leur imposeront « ceux d'en haut » qui, eux, ont les moyens et surtout l'information pour ne pas s'intoxiquer avec ces merdes.

 

- Comment en est-on arrivé là Victor ? Qui nous fabriqué ce monde merdique ?

 

- Ce monde n’est pas le nôtre, Loulle, mais celui que des groupes d’influence ont composé à notre insu, dans ses moindres détails, pour satisfaire leur avidité et leur cupidité. La France compte aujourd’hui 7.429 agences de lobbying, soit environ 30.000 lobbyistes. À Bruxelles, on en dénombre près de 20.000. Un marché qui connaît une expansion considérable depuis les années 1990. De tels chiffres donnent une idée de la fourmilière de professionnels de l’influence qui entourent les élus, les ministères français aussi bien que le Parlement européen et les commissions qui élaborent les directives européennes.

 

- Ça sent fortement la compromission Victor.

 

- Ça pue la compromission Loulle, mais aussi l'intimidation, la corruption, la séduction éhontée par le mensonge publicitaire. Les lobbies ont des moyens financiers énormes qui leur permettent de faire passer avant l'intérêt général des intérêts économiques particuliers. Par exemple le maintien sur le marché d'un produit reconnu toxique jusqu'à épuisement des stocks existants. Les cibles sont évidemment les politiques et les hauts fonctionnaires, mais aussi les milieux de la recherche, de la santé et même les consommateurs, à travers des campagnes de propagandes biaisés aptes à influencer les législateurs, les gouvernements, les institutions concernant traités et directives.

Un lobby défend donc avant tout des intérêts économiques particuliers. Son objectif peut être de maintenir ou de développer un marché, par exemple celui de produits mis en cause pour leur toxicité, ou tout simplement de renforcer une position face à des concurrents.

 

- Si je comprends bien Victor, les scandales alimentaires et sanitaires qui se succèdent – vache folle, cheval-bœuf, mais aussi amiante et sang contaminé – ne sont pas le fruit hasard mis d'une volonté délibérée de faire passer des calculs de rentabilité sordides avant la santé publique.

 

- Ben voilà. T'as tout compris Loulle.

 

- Et où t'as appris tout ça Victor.

 

- Oh ! Pas sur TF1, TF2 ou dans les canards-laquais, bien sûr. Mais en lisant ça :

 

Roger Lenglet,
24 heures sous influences. Comment on nous tue jour après jour
© François Bourin Éditeur, avril 2013
270 pages, 20 Euros
Isbn : 978-2-84941-377-7. Code sodis : 752 501.8 

 

ou là : http://www.alterinfo.net/search/24+heures+sous+influence/

 

Décadi 20 floréal 222

 

Illustration : merci à Chimulus