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10/05/2017

Hommage à un vrai Grand Homme : Victor Schœlcher

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On fête l'abolition de l'esclavage. De l'esclavage atlantique s'entend. Parce qu'ailleurs...

A l’occasion d’une démarche administrative, il y a quelques années, j’ai eu en face de moi une fonctionnaire d’origine antillaise. Son nom était Schœlcher. Je me suis alors levé et lui ai demandé de me faire l’honneur de me toucher la main. C’était une descendante « naturelle » du grand Victor Schœlcher, l’homme qui a rendu son honneur à la France en abolissant l’esclavage. Esclavage une première fois aboli par la Révolution française puis rétabli par le sinistre Bonaparte. Cette mémoire douloureuse est mise en lumière aujourd’hui.

Victor Schœlcher est né le samedi 22 juillet 1804 dans une famille bourgeoise originaire de Fessenheim (!!) en Alsace. Il fit ses études au lycée Condorcet. Le jugeant désœuvré, son père, porcelainier de renom, l'envoie au Mexique pour affaires en 1830. Visitant Cuba, il y est révolté par l'esclavage. De retour en France, il publie des articles, des ouvrages, multiplie ses déplacements d'information et adhère à la Société pour l'abolition de l'esclavage. Il n'aura de cesse que de lutter pour la libération des esclaves.

Le discours abolitionniste de Schœlcher évolue au cours de sa vie. En effet, au début de son engagement, il s'oppose à l'abolition immédiate de l'esclavage. En 1830, dans un article de la Revue de Paris, "Des Noirs", il demande ouvertement de laisser du temps aux choses. Cette vision de l'abolition qu'il a, se retrouve en 1833, dans son premier grand ouvrage sur les colonies : « De l'esclavage des Noirs et de la législation coloniale. » Pour lui, il serait dangereux de rendre instantanément la liberté aux noirs, parce que les esclaves ne sont pas préparés à la recevoir. Il souhaite même le maintien de la peine du fouet, sans laquelle les maîtres ne pourraient plus travailler dans les plantations. Il faut attendre un nouveau voyage dans les colonies pour qu'il se tourne vers une abolition immédiate.

Nommé dans le Gouvernement provisoire de 1848 Sous-secrétaire d'État à la Marine et aux colonies par le ministre François Arago, il contribue à faire adopter le décret sur l'abolition de l'esclavage dans les Colonies. Le décret signé par tous les membres du gouvernement paraît au Moniteur, le 5 mars. Député de la Martinique et de la Guadeloupe entre 1848 et 1850 il siège à gauche.

En tant que président de la commission d'abolition de l'esclavage, il est l'initiateur du décret du 27 avril 1848 abolissant définitivement l'esclavage en France et dans ses colonies. L'esclavage avait déjà été aboli en France à l'initiative de l'Abbé Henri Grégoire, pendant la Révolution française (4 février 1794, 16 pluviôse an II), puis rétabli par Bonaparte en 1802.

Républicain, défenseur des droits de la femme, adversaire de la peine de mort, il est proscrit durant le Second Empire par le coup d'état de Louis Napoléon Bonaparte. Il s'exile en Angleterre où il rencontre fréquemment son ami Victor Hugo. En 1870 il revient en France suite à la défaite de Sedan. Après l'abdication de Napoléon III, il est réélu député de la Martinique à l'Assemblée Nationale (1871). Le 16 décembre 1875, il est élu sénateur inamovible.

A la fin de sa vie, comme il ne s'était jamais marié et qu'il n'avait pas eu d'enfant, il décida de donner tout ce qu'il possédait. Enterré à Paris au cimetière du Père-Lachaise, ses cendres furent transférées au Panthéon le 20 mai 1949 en même temps que celles du Guyanais Félix Éboué (premier noir à y être inhumé).

En hommage à son combat contre l'esclavage, la commune Case-Navire (Martinique), prit le nom de Schœlcher en 1888.

L'esclavage atlantique a été une horreur, une tache indélébile au front de notre civilisation. Il a duré trois siècles et a déplacé entre 12 et 15 millions de personnes. On l'a aboli. On est conscient de cette honte. On s'en est repenti. On n'a pas réparé l'irréparable.

Mais il y a un autre esclavage étrangement passé sous silence, celui perpétué pendant treize siècles par les musulmans. La traite arabe a été la plus longue et la plus régulière des trois traites, ce qui explique qu'elle ait globalement été la plus importante en nombre d'individus asservis : 17 millions de noirs selon l'historien Olivier Pétré-Grenouilleau, du VIIe siècle à 1920.

Une lecture édifiante : « Le génocide voilé » de Tidiane N'Diaye.

 

Photo X - Droits réservés

22/10/2016

ESCLAVAGE toujours présent en Mauritanie, mais pas seulement là...

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Hier matin, alors que j'entendais en bruit de fond l'édition matinale de France Inter, mon attention a été brusquement accrochée par quelques paroles prononcées avec conviction par une voix de femme : « En Mauritanie, l'esclavage traditionnel existe encore. Un esclavage où l'on peut "vendre, on peut donner" des esclaves, "où l'on peut en faire ce qu'on veut, on a droit de vie et de mort sur eux ». Cette voix était – je l'ai appris plus tard - celle de Madame Fatimata Mbaye, avocate mauritanienne, distinguées par de nombreuses récompenses internationales pour son combat contre l'esclavage, entre autres.

Donc, en Mauritanie, un être humain peut appartenir à un autre être humain. On peut le vendre, le donner, l'échanger, le louer, le prêter ; il a une valeur marchande ; il a une côte tarifaire. Comme un meuble, comme une voiture, comme un chameau, comme une chèvre. Ahurissant mais vrai si l'on en croit cette dame. Bien sûr ce n'est pas légal et c'est même sévèrement (en principe) réprimé par les lois de ce pays, mais c'est dans la réalité des faits. Mais ce n'est pas une spécialité mauritanienne : 'esclavage est pratique courante chez nos « amis » du Qatar, d'Arabie saoudite » et ailleurs, en terres d'islam ou ailleurs...

Mme Mbaye continue: « On vit un paradoxe assez extraordinaire dans ce qui se passe en Mauritanie. L'esclavage a été inscrit dans la Constitution comme un crime, mais aujourd'hui il y a très peu de condamnations et quand il y en a, les peines ne sont pas exécutées. Si nous regardons autour de nous, nous voyons des femmes (et des enfants !) qui sont victimes de la traite, qui sont violentées et qui doivent être protégées. »

Alors j'ai un peu creusé la question et je suis tombé sur un entretien de M. Biram Dah Abeid avec Rémi Carayol, journaliste à l'excellent magazine Jeune Afrique :

Président de l'Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), Biram Dah Abeid dénonce la subsistance de pratiques esclavagistes en Mauritanie. Militant anti-esclavagiste subversif, Biram Dah Abeid, lui-même descendant d’esclaves, est la bête noire du régime mauritanien depuis qu’il a, en 2008, fondé l'IRA. En 2012, il a été détenu plusieurs mois (sans avoir été jugé) pour avoir brûlé des écrits considérés par certains comme sacrés mais qu’il qualifie pour sa part d’esclavagistes et d’anti-islamiques. Ce passage par la case prison ne l’a pas dissuadé de poursuivre son combat. Biram Dah Abeid, qui a reçu le prix des droits de l’homme des Nations unies en 2013, a été candidat à l’élection présidentielle de juin 2014 largement gagnée (??!!) une nouvelle fois par Mohamed Ould Abdel Aziz, arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 2008 avant d'être élu en 2009. Biram Dah Abeid a créé la surprise en arrivant à la deuxième place malgré un recensement électoral discriminatoire et l'accaparement de tous les moyens de l’État par le président sortant.

Jeune Afrique : Un Noir a-t-il les mêmes droits qu’un Maure aujourd’hui en Mauritanie ?

Biram Dah Abeid : Tout le monde sait très bien que non. Les Maures sont largement minoritaires, mais ils s’accaparent tous les leviers du pouvoir : politiques, économiques et administratifs. Ils représentent 90 % des membres du gouvernement, 100 % des hommes affaires, 95 % des officiers supérieurs… La discrimination est en contradiction avec les lois en vigueur, mais celles-ci sont faites seulement pour tromper les Occidentaux, qui se satisfont des apparences. La loi qui criminalise l’esclavage n’a jamais été appliquée : les Haratines, qui représentent 20 % de la population, sont toujours des esclaves par ascendance et, à ce titre, considérés comme la propriété des Arabo-Berbères. Ce sont des objets. Ils n’ont pas droit à l’éducation, à la propriété, à l’état civil…

Peut-on parler de racisme ?

Bien sûr ! Dans les discours comme dans les pratiques. Les Maures se considèrent comme des Blancs, des "beïdane", et nous appellent les "soudan", les Noirs. Pour eux, c’est synonyme d’esclave.

À quel âge avez-vous pris conscience de tout cela ?

J’avais 8 ans. Quand je suis né, on transhumait, mes parents et moi, derrière nos animaux, des deux côtés du fleuve Sénégal. Nous ne vivions pas avec les Maures. Mais avec la sécheresse, nous nous sommes installés dans un bourg à 35 km de Rosso. Il y avait là-bas cinq familles maures et 300 familles négro-mauritaniennes. Mais c’étaient les Maures qui dirigeaient tout. Quand on avait des problèmes avec les enfants maures, on nous corrigeait, mais les enfants maures, eux, n’étaient jamais corrigés. Et quand l’État distribuait quelque chose aux populations, il fallait toujours passer par les Maures. C’est là que j’ai commencé à poser des questions à mon père.

Comment faire évoluer les mentalités ?

Les mentalités ont déjà évolué. Mais nous devons continuer. Il faut que le pouvoir cesse d’être le fait d’une minorité qui fonde sa gouvernance sur la discrimination. Pour cela, il faut que l’élite noire accepte d’enfreindre les règles et dénonce le discours officiel qui présente, de façon très hypocrite, la Mauritanie comme une nation multiethnique.

 

Pourtant des lois existent en faveur de la répression de l'esclavage. Mais les autorités semblent toujours peu enclines à éradiquer cette pratique répandue. Et préfèrent souvent l'ignorer. En Mauritanie, ce sont les partisans de l'abolition de l'esclavage qui vont en prison, pas les esclavagistes ! Les abolitionnistes constatent qu’au cours des dernières années une seule condamnation pour esclavage a été prononcée par les tribunaux mauritaniens. Et l’homme a écopé de deux ans de prison seulement, alors que la peine plancher était théoriquement de cinq ans. Il a en outre bénéficié d’une remise en liberté au bout de quatre mois.

Entre autres innovations, la nouvelle loi double les peines maximales encourues par les esclavagistes, lesquelles passent de dix à vingt ans d’emprisonnement. Elle criminalise par ailleurs onze formes distinctes d’esclavage – dont le mariage forcé. La loi permet en outre aux ONG reconnues de se constituer partie civile. Voilà qui est positif, rassurant. Mouais...

« Cette loi est avant tout destinée à la communauté internationale », estime, sceptique, Aminetou Mint El Moctar. présidente de l’Association mauritanienne des femmes chefs de familles en Mauritanie (AMFCF), proposée pour le Prix Nobel de la Paix en 2015.

Il est vrai que le fait de voir accoler régulièrement l’étiquette de pays esclavagiste à la Mauritanie est de nature à perturber la stature diplomatique laborieusement acquise par son président. En 2014, l’ONG Walk Free classait la Mauritanie en première position mondiale par le taux d’esclavage – qu’elle estimait à 4 % de la population, soit plus de 150 000 personnes. Ce n’est sûrement pas un hasard si cette loi a été adoptée peu avant l’examen périodique universel du pays par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, prévu en novembre 2015.

La sociologue Amel Daddah a une analyse sans concession : « Si les différentes communautés mauritaniennes, beïdanes comme négro-africaines, ont en commun une subdivision en castes qui tend à priver les plus basses d’une citoyenneté pleine et entière, les Maures se distinguent par le « degré » auquel ils ont poussé l’institutionnalisation de cette pratique générale, comme on le constate à propos des Haratines, vaste population d’esclaves maures [noirs] « libérés » et de leur descendance ».

En fait, l’esclavage a d’abord une fonction économique, qu’il s’agisse de s’assurer les services d’une domestique ou d’une main-d’œuvre gratuite pour faire paître ou abreuver le bétail... Chez nous, quelques affaires d'esclavage « moderne » secouent de temps en temps la presse. Puis tout retombe dans le confortable oubli.

Merci a cette dame, Fatimata Mbaye, de nous avoir rappeler ces horreurs, à l'heure du petit-déjeuner.

Mondo cane...

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Sources :

http://www.jeuneafrique.com/133756/politique/biram-dah-abeid-en-mauritanie-les-haratines-sont-trait-s-comme-des-objets/

http://www.jeuneafrique.com/257073/societe/mauritanie-lesclavage-devient-crime-contre-lhumanite/

http://www.jeuneafrique.com/174467/politique/lutte-contre-l-esclavage-en-mauritanie-biram-ould-abeid-sort-de-prison-le-coran-la-main/

http://www.jeuneafrique.com/mag/258768/societe/esclavage-en-mauritanie-les-chaines-de-la-honte/

http://www.monde-diplomatique.fr/1998/11/DADDAH/4131

http://www.jeuneafrique.com/15326/economie/esclavage-les-dix-pays-africains-les-plus-touch-s/

 

Photos X - Droits réservés

22/07/2014

« Prolos, vous avez six minutes par jour pour pisser ! »

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« Aux Etats-Unis, une entreprise de Chicago interdit à ses employés de passer plus de 6 minutes par jour aux toilettes sous peine de mesures disciplinaires. En juin dernier, 19 employés de la firme ont ainsi été réprimandés pour « usage excessif » du petit coin. » lien 

Fatche ! Faut pas avoir la cagagne chez les mâcheurs de caoutchouc... On pourrait en rire si ce n'était désolant et symptomatique de la manière dont le capitalisme financier triomphant traite et maltraite le prolo, ce manant taillable et corvéable à merci.

C'est quoi les prolos, les prolétaires ? Ce sont des personnes qui ne possèdent pas les moyens de production et n'ont, pour subvenir à leurs besoins élémentaires, que la location de leur seule force de travail. Le quotidien, pour ceux-là, c'est la précarité de l'emploi, les salaires de misères, les cadences infernales, l'absence de perspectives, l'abrutissement au poste de travail, la tyrannie des petits chefs, les tâches ingrates, l'exposition aux dangers de leur travail, l'asservissement à courir derrière la chaîne, la soumission des esprits.

Quel épanouissement peut-il attendre à visser toujours le même boulon, aléser la même pièce, écorcher et vider des volailles, écailler et étriper des poissons, peindre ou vernir des éléments d’ameublement en respirant des vapeurs toxiques, découper les carcasses à l’équarrissage, étaler du gravier sur une route dans les vapeurs de goudron sous des températures démentes, manipuler de lourdes charges dans des chambres froides par moins 25°C, etc. Ceci, s'il a la chance « d'avoir du boulot », huit heures par jour, cinq jours sur sept et plus si affinité, onze mois sur douze et plus de quarante ans de leur existence. Condamné à perdre sa vie à la gagner... Métro, boulot, dodo et Pernaud par-dessus le marché... Avec la crainte d'être du jour au lendemain jeté au chômage et perdre ainsi un statut misérable mais accepté par la force des choses. Quasi-esclave et volontaire pour cet esclavage...

Et en plus, maintenant, on leur compte le temps de pisser et de chier !!!

Mondo cane...

Tenez, cadeau ! Lisez quelques extraits de ce formidable texte écrit à l'âge de 19 ans par ce Gascon flamboyant : Etienne de La Boétie :

 

« Pour être esclave,

il faut que quelqu'un désire dominer et…

qu'un autre accepte de servir. »

 

(…) Pour le moment, je voudrais seulement comprendre comment il se peut que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois un tyran seul qui n’a de puissance que celle qu’ils lui donnent, qui n’a pouvoir de leur nuire qu’autant qu’ils veulent bien l’endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal s’ils n’aimaient mieux tout souffrir de lui que de le contredire. Chose vraiment étonnante - et pourtant si commune qu’il faut plutôt en gémir que s’en ébahir, de voir un million d’hommes misérablement asservis, la tête sous le joug, non qu’ils y soient contraints par une force majeure, mais parce qu’ils sont fascinés et pour ainsi dire ensorcelés par le seul nom d’un, qu’ils ne devraient pas redouter - puisqu’il est seul - ni aimer - puisqu’il est envers eux tous inhumain et cruel. Telle est pourtant la faiblesse des hommes : contraints à l’obéissance, obligés de temporiser, ils ne peuvent pas être toujours les plus forts.

 

(…) Quel est ce vice, ce vice horrible, de voir un nombre infini d’hommes, non seulement obéir, mais servir, non pas être gouvernés, mais être tyrannisés, n’ayant ni biens, ni parents, ni enfants, ni leur vie même qui soient à eux ? De les voir souffrir les rapines, les paillardises, les cruautés, non d’une armée, non d’un camp barbare contre lesquels chacun devrait défendre son sang et sa vie, mais d’un seul ! Non d’un Hercule ou d’un Samson, mais d’un homme et souvent le plus lâche, le plus efféminé de la nation, qui n’a jamais flairé la poudre des batailles ni guère foulé le sable des tournois, qui n’est pas seulement inapte à commander aux hommes, mais encore à satisfaire la moindre femmelette ! Nommerons-nous cela lâcheté ?

Appellerons-nous vils et couards ces hommes soumis ? Si deux, si trois, si quatre cèdent à un seul, c’est étrange, mais toutefois possible ; on pourrait peut-être dire avec raison : c’est faute de cœur. Mais si cent, si mille souffrent l’oppression d’un seul, dira-t-on encore qu’ils n’osent pas s’en prendre à lui, ou qu’ils ne le veulent pas, et que ce n’est pas couardise, mais plutôt mépris ou dédain ?

 

(…) C’est le peuple qui s’asservit et qui se coupe la gorge ; qui, pouvant choisir d’être soumis ou d’être libre, repousse la liberté et prend le joug ; qui consent à son mal, ou plutôt qui le recherche...

 

(…)Certes, comme le feu d’une petite étincelle grandit et se renforce toujours, et plus il trouve de bois à brûler, plus il en dévore, mais se consume et finit par s’éteindre de lui-même quand on cesse de l’alimenter, de même, plus les tyrans pillent, plus ils exigent ; plus ils ruinent et détruisent, plus on leur fournit, plus on les sert. Ils se fortifient d’autant, deviennent de plus en plus frais et dispos pour tout anéantir et tout détruire. Mais si on ne leur fournit rien, si on ne leur obéit pas, sans les combattre, sans les frapper, ils restent nus et défaits et ne sont plus rien, de même que la branche, n’ayant plus de suc ni d’aliment à sa racine, devient sèche et morte.

 

(…)Pauvres gens misérables, peuples insensés, nations opiniâtres à votre mal et aveugles à votre bien ! Vous vous laissez enlever sous vos yeux le plus beau et le plus clair de votre revenu, vous laissez piller vos champs, voler et dépouiller vos maisons des vieux meubles de vos ancêtres ! Vous vivez de telle sorte que rien n’est plus à vous. Il semble que vous regarderiez désormais comme un grand bonheur qu’on vous laissât seulement la moitié de vos biens, de vos familles, de vos vies.

Et tous ces dégâts, ces malheurs, cette ruine, ne vous viennent pas des ennemis, mais certes bien de l’ennemi, de celui-là même que vous avez fait ce qu’il est, de celui pour qui vous allez si courageusement à la guerre, et pour la grandeur duquel vous ne refusez pas de vous offrir vous-mêmes à la mort. Ce maître n’a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps, et rien de plus que n’a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. Ce qu’il a de plus, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. D’où tire-t-il tous ces yeux qui vous épient, si ce n’est de vous ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s’il ne vous les emprunte ? Les pieds dont il foule vos cités ne sont-ils pas aussi les vôtres ? A-t il pouvoir sur vous, qui ne soit de vous-mêmes? Comment oserait-il vous assaillir, s’il n’était d’intelligence avec vous ? Quel mal pourrait-il vous faire, si vous n’étiez les receleurs du larron qui vous pille, les complices du meurtrier qui vous tue et les traîtres de vous mêmes ? Vous semez vos champs pour qu’il les dévaste, vous meublez et remplissez vos maisons pour fournir ses pilleries, vous élevez vos filles afin qu’il puisse assouvir sa luxure, vous nourrissez vos enfants pour qu’il en fasse des soldats dans le meilleur des cas, pour qu’il les mène à la guerre, à la boucherie, qu’il les rende ministres de ses convoitises et exécuteurs de ses vengeances. Vous vous usez à la peine afin qu’il puisse se mignarder dans ses délices et se vautrer dans ses sales plaisirs. Vous vous affaiblissez afin qu’il soit plus fort, et qu’il vous tienne plus rudement la bride plus courte. Et de tant d’indignités que les bêtes elles-mêmes ne supporteraient pas si elles les sentaient, vous pourriez vous délivrer si vous essayiez, même pas de vous délivrer, seulement de le vouloir.

 

Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. Je ne vous demande pas de le pousser, de l’ébranler, mais seulement de ne plus le soutenir, et vous le verrez, tel un grand colosse dont on a brisé la base, fondre sous son poids et se rompre. (…)

 

Quartidi 4 thermidor 222

 

Illustration X – Droits réservés

 

12/05/2014

Traite négrière : Je, tu, il, nous, vous, ils, ne sommes en aucune façon ni coupable, ni responsable !

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Il y a deux jours, on a commémoré l’abolition de l’esclavage. C’est bien, et c’est tout en notre honneur, une des spécificités de la civilisation occidentale étant cette capacité de se mettre en question et de s’autocritiquer. Mais on nous rebat les oreilles avec la « repentance ». Eh ! Oh ! A quoi on joue ? Il ne s’agit pas d’oublier ni d'excuser ces horreurs mais je, tu, il, nous, vous, ils, ne sommes en aucune façon ni coupable, ni responsable de faits et de méfaits commis il y a plusieurs siècles par des gens qui vivaient à cette époque sur le territoire que nous occupons présentement ! On s’est débarrassé des curés qui voulaient nous culpabiliser avec leur konnerie de « péché originel », ce n’est pas pour se laisser culpabiliser par une prétendue responsabilité collective et qui plus est rétroactive ! Moi, toi, lui, nous, vous, eux, sommes-nous responsables des horreurs de la Saint-Barthélémy et des massacres des dragonnades dans les Cévennes ? Puis quoi encore…

 

Moi, Provençal, dois-je tenir pour responsable et culpabiliser les Italiens parce qu’ils ont réduit mes ancêtres en esclavage pour leur faire construire, à coups de triques et au prix de milliers de morts, le pont-du-Gard, les arènes de Nîmes, d’Arles, le théâtre antique d’Orange, les termes de Vaison-la-Romaine ?

 

Moi, Provençal, dois-je tenir pour responsable et culpabiliser les Arabes et les Berbères d’Afrique du Nord qui sont venus pendant des siècles razzier, incendier les cités et villages de la Méditerranée, tuant les hommes, raflant les femmes et les enfants pour les vendre comme putes dans leurs harems-bordels pour les unes, comme esclaves pour les autres ?

 

Puis quoi encore…

 

Les jeunes filles enlevées et vendues par les abrutis de BokoHaram soulèvent un tollé dans le monde. Offusquées ! Indignées ! Qui ? Les bonnes âmes qui font semblant de découvrir que l’esclavage existe toujours, qu’il a été officiellement interdit mais qu’il sévit toujours. Mais cette vérité qui fait mal reste étonnement voilée. Parce que ce crime contre l’humanité se perpétue toujours et uniquement aujourd’hui en terres d’islam.

 

Lisez plutôt ce texte aussi courageux que lucide de Karim Sarroub, psychologue et écrivain. Une pointure :

 

 

« La traite négrière arabo-musulmane

Ibn Khaldoun est un historien, philosophe et homme politique d’Afrique du Nord. Sa façon d’analyser les changements sociaux qu’il a observés dans sa culture lui vaut d’être considéré comme étant à l’avant-garde de la sociologie. Il demeure l’un des penseurs arabes les plus connus et les plus étudiés car il a souvent été présenté comme l’un des pères fondateurs de l’histoire, en tant que discipline intellectuelle, et de la sociologie..
« Les Noirs appartiennent aux peuples à caractère bestial. Ce sont des sous hommes anthropophages et leur place est plus proche du stade animal. Les Noirs sont les seuls peuples adaptés à l’esclavage, en raison d’un degré inférieur à l’humanité. » Ibn Khaldoun.Vincent Monteil indique : « Ibn Khaldoun est fort en avance sur son temps […] Aucun de ses prédécesseurs ou de ses contemporains n’a conçu ou réalisé une œuvre d’une ampleur comparable. »

Bien que peu argumenté, « Le génocide voilé » de Tidiane N’Diaye (1) est une solide et importante enquête historique et un réquisitoire accablant pour les Arabes musulmans qu’il présente comme “d’impitoyables prédateurs” (ce sont ses mots.) Pour lui, il n’y a pas le moindre doute que la traite négrière occidentale, qui a duré quand même quatre siècle, n’est rien par rapport à la “génocidaire traite négrière arabo musulmane” qui a duré environs treize siècles et qui a fait environs dix sept millions de victimes.
Anthropologue, économiste, spécialiste des civilisation négro-africaine, Tidiane N’Diaye ne mâche pas ses mots en détaillant “l’histoire de ses Arabes qui plongèrent les peuples noirs dans les ténèbres du mal absolu”, en évoquant massacres, destruction, déportation, traitement inhumain et castration généralisée. A côté de lui, l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau (qui a essuyé une plainte et a failli se faire lyncher par Le collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais avec son essai “Les Traites négrières, Essai d’histoire globale”), c’est de la belle poésie.


Cette étude traite en profondeur d’un drame passé à peu près inaperçu : la traite des Noirs d’Afrique par le monde arabo-musulman pendant plus de onze siècles. 


Cette traite transsaharienne, qui n’a pas totalement disparu de nos jours, a fait au moins 17 millions de victimes. Les razziés, capturés pour la plupart d’entre eux au Darfour et en Mauritanie, étaient contraints de traverser le désert à pied pour rejoindre le Maghreb, et l’on peut estimer que les trois-quarts d’entre eux ne survivaient pas : encore aujourd’hui, les pistes suivies par les captifs sont jalonnées par une longue ligne d’ossements humains et de débris de tissus… 


Pourtant, cette traite négrière a été minimisée, et continue à l’être, contrairement à la traite occidentale vers l’Amérique. Pourquoi ? Parce que seule la conversion à l’islam permettait d’échapper à l’esclavage, la majeure partie de l’Afrique est devenue musulmane, d’où une forme de fraternité entre le côté « blanc » et le côté « noir » du continent, et une volonté commune de « voiler » ce génocide. 
Historique, documenté, écrit avec une grande sensibilité, « Le génocide voilé » est aussi un livre polémique et très courageux. La personnalité de l’auteur, lui-même noir et musulman, aurait pu l’amener à maintenir le voile ; il a préféré s’en réclamer pour révéler sans détours une vérité qui va forcément déranger.


Cornélius Castoriadis (2) : “Car on est capable en Occident, du moins certains d’entre nous, de dénoncer le totalitarisme, le colonialisme, la traite des Noirs ou l’extermination des Indiens d’Amérique. Mais je n’ai pas vu les descendants des Aztèques, les Hindous ou les Chinois, faire une autocritique analogue, et je vois encore aujourd’hui les Japonais nier les atrocités qu’ils ont commises pendant la Seconde guerre mondiale. Les Arabes dénoncent sans arrêt leur colonisation par les Européens, lui imputant tous les maux dont ils souffrent - la misère, le manque de démocratie, l’arrêt du développement de la culture arabe, etc. Mais la colonisation de certains pays arabes par les Européens a duré, dans le pire des cas, 130 ans: c’est le cas de l’Algérie, de 1830 à 1962. Mais ces mêmes Arabes ont été réduits à l’esclavage et colonisés par les Turcs pendant cinq siècles.


La domination turque sur le Proche et le Moyen-Orient commence au XVème siècle et se termine en 1918. Il se trouve que les Turcs étaient musulmans - donc les Arabes n’en parlent pas. L’épanouissement de la culture arabe s’est arrêté vers le XIème, au plus le XIIème siècle, huit siècles avant qu’il soit question d’une conquête par l’Occident. Et cette même culture arabe s’était bâtie sur la conquête, l’extermination et/ou la conversion plus ou moins forcée des populations conquises. En Egypte, en 550 de notre ère, il n’y avait pas d’Arabes - pas plus qu’en Libye, en Algérie, au Maroc ou en Irak. Ils sont là comme des descendants des conquérants venus coloniser ces pays et convertir, de gré ou de force, les populations locales. Mais je ne vois aucune critique de ces faits dans le cercle civilisationnel arabe.


De même, on parle de la traite des Noirs par les Européens à partir du XVIème siècle, mais on ne dit jamais que la traite et la réduction systématique des Noirs en esclavage a été introduite en Afrique par les marchands arabes à partir des XI-XIIème siècles (avec, comme toujours, la participation complice des rois et chefs de tribus noirs), que l’esclavage n’a jamais été aboli spontanément en pays islamique et qu’il subsiste toujours dans certains d’entre eux. Je ne dis pas que tout cela efface les crimes commis par les Occidentaux, je dis seulement ceci: que la spécificité de la civilisation occidentale est cette capacité de se mettre en question et de s’autocritiquer. Il y a dans l’histoire occidentale, comme dans toutes les autres, des atrocités et des horreurs, mais il n’y a que l’Occident qui a créé cette capacité de contestation interne, de mise en cause de ses propres institutions et de ses propres idées, au nom d’une discussion raisonnable entre être humains qui reste indéfiniment ouverte et ne connaît pas de dogme ultime.”

(tiré du blog de Karim Sarroub, écrivain et psychologue, du 07 décembre 2009) 


(1) Tidiane N’Diaye Tidiane N'Diaye est anthropologue, économiste et écrivain franco-sénégalais. Il est Chargé d'études à l'INSEE et Directeur de recherche à Sup de Co Caraïbes. Chercheur reconnu, il a publié plusieurs essais sur l'histoire des civilisations négro-africaines et de leurs diasporas (africaine-américaine et afro-antillaise.) Il est également l'auteur de nombreuses études économiques et sociales de l'INSEE sur les Départements français d'Amérique (DFA).Tidiane N'Diaye est le premier chercheur africain, dont les travaux (Traite négrière arabo-musulmane - Le génocide voilé - Gallimard - Les Falachas, nègres errants du peuple juif, Gallimard), ont été nommés au Prix Renaudot Essai en 2008.

(2) Cornélius Castoriadis (2) (Κορνήλιος Καστοριάδης) (11 mars 1922 à Constantinople - 26 décembre 1997 à Paris) est un philosophe, économiste et psychanalyste français d'origine grecque, défenseur du concept d'« autonomie politique ». En 1949, il fonde avec Claude Lefort le groupe Socialisme ou barbarie, d'où sort la revue du même nom et qui est dissous au printemps 1967.

 

Tridi 23 floréal 222

 

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10/05/2013

Esclaves : travailler, se taire, subir, mourir…

victor schoelcher esclavage.jpg

 

 

A l’occasion d’une démarche administrative, il y a quelques années, j’ai eu en face de moi une fonctionnaire d’origine antillaise. Son nom était Schœlchery. Je me suis alors levé et lui ai demandé de me faire l’honneur de me toucher la main. C’était une descendante « naturelle » du grand Victor Schœlcher, l’homme qui a rendu son honneur à la France en abolissant l’esclavage. Esclavage une première fois aboli par la Révolution française puis rétabli par le sinistre Bonaparte. Cette mémoire douloureuse est mise en lumière aujourd’hui.

 

Victor Schœlcher est né le samedi 22 juillet 1804 dans une famille bourgeoise originaire de Fessenheim en Alsace. Il fit ses études au lycée Condorcet. Le jugeant désœuvré, son père, porcelainier de renom, l'envoie au Mexique pour affaires en 1830. Visitant Cuba, il y est révolté par l'esclavage. De retour en France, il publie des articles, des ouvrages, multiplie ses déplacements d'information et adhère à la Société pour l'abolition de l'esclavage. Il n'aura de cesse de lutter pour la libération des esclaves.

 

Le discours abolitionniste de Schœlcher évolue au cours de sa vie. En effet, au début de son engagement, il s'oppose à l'abolition immédiate de l'esclavage. En 1830, dans un article de la Revue de Paris, "Des Noirs", il demande ouvertement de laisser du temps aux choses. Cette vision de l'abolition se retrouve en 1833, dans son premier grand ouvrage sur les colonies : « De l'esclavage des Noirs et de la législation coloniale. » Pour lui, il serait dangereux de rendre instantanément la liberté aux noirs, parce que les esclaves ne sont pas préparés à la recevoir. Il souhaite même le maintien de la peine du fouet, sans laquelle les maîtres ne pourraient plus travailler dans les plantations. Il faut attendre un nouveau voyage dans les colonies pour qu'il se tourne vers une abolition immédiate.

 

Nommé dans le Gouvernement provisoire de 1848 sous-secrétaire d'État à la marine et aux colonies par le ministre François Arago, il contribue à faire adopter le décret sur l'abolition de l'esclavage dans les colonies. Le décret signé par tous les membres du gouvernement paraît au Moniteur, le 5 mars. Député de la Martinique et de la Guadeloupe entre 1848 et 1850 il siège à gauche.

 

En tant que président de la commission d'abolition de l'esclavage, Victor Schœlcher est l'initiateur du décret du 27 avril 1848 abolissant définitivement l'esclavage en France et dans ses colonies. L'esclavage avait déjà été aboli en France à l'initiative de l'Abbé Henri Grégoire, pendant la Révolution française (4 février 1794, 16 pluviôse an II), puis rétabli par Bonaparte en 1802.

 

Républicain, défenseur des droits de la femme, adversaire de la peine de mort, il est proscrit durant le Second Empire par le coup d'état de Louis Napoléon Bonaparte. Il s'exile en Angleterre où il rencontre fréquemment son ami Victor Hugo. En 1870 il revient en France suite à la défaite de Sedan. Après l'abdication de Napoléon III, il est réélu député de la Martinique à l'Assemblée Nationale (1871). Le 16 décembre 1875, il est élu sénateur inamovible.

 

Enterré à Paris au cimetière du Père-Lachaise, ses cendres furent transférées au Panthéon le 20 mai 1949 en même temps que celles du Guyanais Félix Éboué (premier noir à y être inhumé).

 

En hommage à son combat contre l'esclavage, la commune Case-Navire (Martinique), prit le nom de Schœlcher en 1888.

 

Alors, il est mort l’esclavage. Hélas non. Il a pris une autre forme, celui de l’esclavage économique des travailleurs surexploités en Asie, en Afrique mais aussi ici, en Europe. Car les belles démocraties européennes ne sont pas les dernières à exploiter sans vergogne ceux qui n’ont que leurs bras à vendre : migrants sans papiers d’abord, mais aussi migrants intra européens venant des anciens pays de l’est pour engraisser de gros patrons, surtout allemands, pour des salaires de misère.

 

Il garde aussi la forme de l’esclavage sexuel de ces femmes abusées, violés, niées et jetées sur le trottoir à l’appétit nauséabond des hommes par des salauds.

 

Il prend encore la forme d’esclaves domestiques, pauvres filles attirées vers des familles aisées sous des prétextes altruistes puis exploités sans vergogne.

 

Et puis, brisons un tabou et n’oublions pas la traite arabo-musulmane, qui se continue dans certains pays. Lisez donc  « Le génocide voilé » de Tidiane N’Diaye (1). Il s’agit d’une solide et importante enquête historique et un réquisitoire accablant pour les Arabes musulmans qu’il présente comme “d’impitoyables prédateurs” (ce sont ses mots.) Pour lui, il n’y a pas le moindre doute que la traite négrière occidentale, qui a duré quand même quatre siècle, n’est rien par rapport à la “génocidaire traite négrière arabo musulmane” qui a duré environs treize siècles et qui a fait environs dix sept millions de victimes.

 

Pourtant, cette traite négrière a été minimisée, et continue à l’être, contrairement à la traite occidentale vers l’Amérique. Pourquoi ? Parce que seule la conversion à l’islam permettait d’échapper à l’esclavage ; la majeure partie de l’Afrique est devenue musulmane, d’où une forme de fraternité entre le côté « blanc » et le côté « noir » du continent, et une volonté commune de « voiler » ce génocide. 

 

 

(1) Tidiane N’Diaye Tidiane N'Diaye est anthropologue, économiste et écrivain franco-sénégalais. Il est Chargé d'études à l'INSEE et Directeur de recherche à Sup de Co Caraïbes. Chercheur reconnu, il a publié plusieurs essais sur l'histoire des civilisations négro-africaines et de leurs diasporas (africaine-américaine et afro-antillaise.) Il est également l'auteur de nombreuses études économiques et sociales de l'INSEE sur les Départements français d'Amérique (DFA).Tidiane N'Diaye est le premier chercheur africain, dont les travaux (Traite négrière arabo-musulmane - Le génocide voilé - Gallimard - Les Falachas, nègres errants du peuple juif, Gallimard), ont été nommés au Prix Renaudot Essai en 2008.



Primidi 21 Floréal 221


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11/05/2012

François a rendu hommage à un vrai Grand Homme : Victor Schœlcher

victor schoelcher esclavage.jpg

 

A l’occasion d’une démarche administrative, il y a quelques années, j’ai eu en face de moi une fonctionnaire d’origine antillaise. Son nom était Schœlcher. Je me suis alors levé et lui ai demandé de me faire l’honneur de me toucher la main. C’était une descendante « naturelle » du grand Victor Schœlcher, l’homme qui a rendu son honneur à la France en abolissant l’esclavage. Esclavage une première fois aboli par la Révolution française puis rétabli par le sinistre Bonaparte. Cette mémoire douloureuse est mise en lumière aujourd’hui.

 

Victor Schœlcher est né le samedi 22 juillet 1804 dans une famille bourgeoise originaire de Fessenheim (!!) en Alsace. Il fit ses études au lycée Condorcet. Le jugeant désœuvré, son père, porcelainier de renom, l'envoie au Mexique pour affaires en 1830. Visitant Cuba, il y est révolté par l'esclavage. De retour en France, il publie des articles, des ouvrages, multiplie ses déplacements d'information et adhère à la Société pour l'abolition de l'esclavage. Il n'aura de cesse que de lutter pour la libération des esclaves.

 

Le discours abolitionniste de Schœlcher évolue au cours de sa vie. En effet, au début de son engagement, il s'oppose à l'abolition immédiate de l'esclavage. En 1830, dans un article de la Revue de Paris, "Des Noirs", il demande ouvertement de laisser du temps aux choses. Cette vision de l'abolition qu'il a, se retrouve en 1833, dans son premier grand ouvrage sur les colonies : « De l'esclavage des Noirs et de la législation coloniale. » Pour lui, il serait dangereux de rendre instantanément la liberté aux noirs, parce que les esclaves ne sont pas préparés à la recevoir. Il souhaite même le maintien de la peine du fouet, sans laquelle les maîtres ne pourraient plus travailler dans les plantations. Il faut attendre un nouveau voyage dans les colonies pour qu'il se tourne vers une abolition immédiate.

 

Nommé dans le Gouvernement provisoire de 1848 Sous-secrétaire d'État à la Marine et aux colonies par le ministre François Arago, il contribue à faire adopter le décret sur l'abolition de l'esclavage dans les Colonies. Le décret signé par tous les membres du gouvernement paraît au Moniteur, le 5 mars. Député de la Martinique et de la Guadeloupe entre 1848 et 1850 il siège à gauche.

 

En tant que président de la commission d'abolition de l'esclavage, il est l'initiateur du décret du 27 avril 1848 abolissant définitivement l'esclavage en France et dans ses colonies. L'esclavage avait déjà été aboli en France à l'initiative de l'Abbé Henri Grégoire, pendant la Révolution française (4 février 1794, 16 pluviôse an II), puis rétabli par Bonaparte en 1802.

 

Républicain, défenseur des droits de la femme, adversaire de la peine de mort, il est proscrit durant le Second Empire par le coup d'état de Louis Napoléon Bonaparte. Il s'exile en Angleterre où il rencontre fréquemment son ami Victor Hugo. En 1870 il revient en France suite à la défaite de Sedan. Après l'abdication de Napoléon III, il est réélu député de la Martinique à l'Assemblée Nationale (1871). Le 16 décembre 1875, il est élu sénateur inamovible.

 

A la fin de sa vie, comme il ne s'était jamais marié et qu'il n'avait pas eu d'enfant, il décida de donner tout ce qu'il possédait. Enterré à Paris au cimetière du Père-Lachaise, ses cendres furent transférées au Panthéon le 20 mai 1949 en même temps que celles du Guyanais Félix Éboué (premier noir à y être inhumé).

 

En hommage à son combat contre l'esclavage, la commune Case-Navire (Martinique), prit le nom de Schœlcher en 1888.

 

 

Tridi 23 Floréal 220

 

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14/03/2008

Mondialisation = délocalisations = piège à cons…

Ils sont venus en bus manifester devant le siège d’Electrolux, la multinationale qui possède leur usine. Ils sont venus la peur au ventre, la colère rentrée et les drapeaux rouges CGT en tête. Le but de cette manifestation ? La crainte de plus en plus fondée d’être « délocalisés » en Europe de l’est…
Scénario classique dû à la mondialisation.

La mondialisation libérale consiste principalement en la suppression de toute entrave à la circulation des marchandises et des capitaux, rendant possible les délocalisations, les chantages à l'emploi et les profits sans précédent des multinationales. Au risque de causer la désindustrialisation et le déclin géopolitique des pays occidentaux...

Pour maximiser le profit des entreprises, la solution la plus facile et la plus efficace est de faire baisser le "coût du travail". Il existe d'autres moyens pour accroître les profits (l'innovation, la recherche et développement...), mais leurs résultats sont incertains et ne peuvent être obtenus qu'à long terme, alors que la réduction du "coût du travail" permet de générer une augmentation des profits de façon certaine et immédiate.
La baisse du "coût du travail" est obtenue en réduisant les salaires et les charges sociales, et en augmentant le temps de travail.
Et pour que les salariés acceptent des conditions moins avantageuses, il est nécessaire d'augmenter la concurrence sur le marché du travail.

Le but central de la mondialisation est d’augmenter la concurrence sur le marché du travail. Les délocalisations et les chantages à l'emploi en ont révélé l'objectif principal : instituer un nouvel esclavage en mettant en concurrence directe les salariés de tous les pays, grâce à la suppression des barrières douanières et des restrictions à la circulation des capitaux.

A travers une série d'accords internationaux (établis depuis 1995 dans le cadre de l'OMC), cette déréglementation a permis aux multinationales de dissocier totalement le lieu de production du lieu de vente, en délocalisant les usines en Chine pour vendre les produits en Amérique du Nord ou en Europe, là où se trouvaient les consommateurs et le pouvoir d'achat.

Au début, les délocalisations ne concernaient que les emplois industriels. Aujourd'hui, elles touchent tous les secteurs, y compris le tertiaire (comptabilité, services informatiques, call-centers...) la haute technologie, ou la recherche et développement.

4cf56203aefe5bea08aa03739307cd1e.jpgLes délocalisations continueront tant que les entreprises auront le moindre profit à y gagner, c'est à dire tant que le salarié européen ou nord-américain n'aura pas accepté les mêmes conditions que le salarié chinois, en travaillant 70 heures par semaine, 6 jours sur 7, avec une semaine de vacances par an, sans protection sociale, le tout pour un salaire de moins de 150 euros par mois. Voilà l’avenir que nous promet Sarkozy et ses « réformes » concoctées par le Medef et mises en musique par Atali.

Certains espèrent qu'avec le temps, les salaires des pays émergents rejoindront ceux des pays occidentaux. Mais cet espoir est illusoire tant que l'absence de démocratie dans les pays émergents empêche toute revendication sociale pour l'amélioration des salaires et des conditions de travail. De même, tant que la surpopulation assure une surabondance de main d'œuvre disponible, l'égalisation des conditions de travail et des salaires ne peut se faire que par le bas.

Cette baisse massive et durable du coût du travail pour les entreprises rend moins utiles les investissements dans la robotisation des moyens de production, les esclaves coûtant encore moins cher que les robots. Ainsi, les usines délocalisées en Europe de l'Est ou en Chine ressemblent aux usines des années 70, avec un retour au travail à la chaîne des ouvriers.

Voilà le résultat de la « révolution Reagan-Thatcher ». Voilà où mènent les idées prônées par Sarko et sa clique néo-libérale.

Mais les délocalisations n'auraient pas été possibles sans l'inconscience et l'irresponsabilité des consommateurs – vous, moi - qui achètent des produits sans se soucier des conditions de production et de leurs conséquences.
Pourtant nous, citoyens, avons encore le moyen de mettre en échec les délocalisations en boycottant totalement les productions délocalisées, ce qui implique une grève quasi totale de la consommation de produits manufacturés (produits électroniques et informatiques, vêtements, chaussures, articles de sport, de jouets, etc). Le lieu de fabrication est indiqué sur les produits. La mention "made in PRC" (signifiant "Popular Republic of China") est souvent utilisée pour dissimuler l'origine chinoise au consommateur non-averti.

Pour être efficace, cette grève doit avoir lieu tant que les consommateurs occidentaux représentent encore la part majoritaire du chiffre d'affaire des multinationales.

Merde, ce putain d’ordinateur sur lequel je tape mes élucubrations, il vient d’où ? C’est marqué HP dessus…