Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

29/01/2014

Lu dans Bakchich : 1984-2014, Orwell s’est juste trompé de 30 ans…

arme-redoutable.jpg

 

 

Il n’y a pas que de la presse purée et des canards laquais. Seulement il faut les chercher les bons vecteurs d’information. Ils ne pullulent pas. Bakchich est un de ceux-là. On peut y trouver une lettre de George Orwell du 18 mai 1944, où le génial visionnaire explique où il est allé puiser la source de son inspiration pour « 1984 ». Je ne résiste pas au devoir de vous la faire connaitre et, je pense, apprécier :

La collection « George Orwell ; a life in letters » constituée par Peter Davison et éditée chez Liveright, contient un document considéré comme le point de départ de la démarche qui mènera le journaliste-chroniqueur-romancier british à son œuvre magistrale, le roman « d’anticipation » 1984 qui paraîtra le 8 juin 1949.

Il s’agit d’une réponse de Eric Arthur Blair – son vrai nom – à une lettre de l’un de ses admirateurs, un certain Noel Willmett qui l’interroge sur l’évolution politique du monde, l’issue de la guerre étant encore très indécise au moment de cet échange épistolaire.

 

« Cher Monsieur Willmett,

Grand merci pour votre lettre. Vous me demandez si le totalitarisme, le culte du héros providentiel etc. sont réellement en progression en soulignant que cela ne semble pas être le cas dans ce pays et aux USA.
Je m’autorise à répondre que je crois, ou que je crains que d’un point de vue global, ces choses gagnent du terrain. Certes, il ne fait pas de doute qu’Hitler disparaîtra bientôt. Mais seulement au prix d’un renforcement (a) de Staline, (b) des millionnaires anglo-américains et (c) de toutes sortes de petits chefs du genre de Gaulle. Partout les mouvements nationalistes, y compris ceux nés dans la résistance à la domination allemande, semblent adopter des formes non-démocratiques pour s’unifier autour d’un super-leader (Hitler, Staline, Salazar, Franco, Gandhi, de Valera en constituent de parfaits exemples) et de faire leur, la théorie selon laquelle la fin justifie les moyens. 

Partout, le mouvement mondial semble aller dans le sens d’économies centralisées qui peuvent ‘fonctionner’ de la sorte dans un sens purement économique, mais qui ne sont pas organisées démocratiquement et qui tentent d’instaurer un système de castes. S’y ajoutent les horreurs d’un nationalisme émotionnel et la propension à méconnaitre l’existence d’une réalité objective dès lors que tous les faits doivent se fondre dans les paroles et les prophéties d’un leader infaillible.

 En un sens, l’histoire a déjà cessé d’exister. i.e. rien ne ressemble plus à une histoire contemporaine qui puisse être universellement admise et les sciences exactes sont menacées au fur et à mesure que la nécessité militaire réduit les possibilités d’information. Hitler pourrait parfaitement affirmer que les juifs ont commencé la guerre, ce qui deviendra sans doute l’histoire officielle s’il survit. Il ne peut toutefois pas affirmer que 2 et 2 font 5. Ne serait-ce que, pour des raisons balistiques, 2 et 2 doivent continuer à faire 4. Mais si l’environnement mondial devient ce que je crains, un monde de deux ou trois super-états incapables de se conquérir les uns les autres, 2 et 2 pourrait bien faire 5 si le führer l’exige. Ceci, pour autant que je sois en mesure de comprendre, est la direction dans laquelle nous nous dirigeons actuellement, bien que le processus soit évidemment réversible.

Quant à l’immunité de l’Angleterre et des USA, quoi que puissent affirmer les pacifistes de tous crins, nous ne sommes pas encore totalitaires et c’est heureux. Je crois très profondément comme je l’ai expliqué dans mon livre Le Lion et la Licorne *, dans les vertus du peuple anglais et sa capacité à centraliser son économie sans pour autant détruire la liberté. 

Mais il faut tout de même se souvenir que l’Angleterre et les USA n’ont pas été véritablement mis à l’épreuve. Ils n’ont pas réellement connu la défaite ou de grandes souffrances, et il y a de mauvais signes à mettre dans la balance avec les bons. 

 

Les intellectuels paraissent plus perméables au totalitarisme

que le reste du peuple

 

A commencer par l’indifférence générale envers le déclin de la démocratie. Vous rendez-vous compte par exemple que les personnes âgées de moins de 26 ans ne votent pas en Angleterre, et que, pour autant qu’on puisse s’en rendre compte, la plus grande partie de cette classe d’âge, n’en a strictement rien à faire. 

Deuxièmement il y a le fait que les intellectuels paraissent plus perméables au totalitarisme que le reste du peuple. Globalement, l’intelligentsia britannique s’est opposée à Hitler mais au prix d’un Staline en échange. La plupart de ses membres sont réceptifs à des méthodes dictatoriales, à la police secrète et la falsification de l’histoire etc…aussi longtemps qu’ils penseront que c’est pour « notre » bien. 

Bien sûr, l’affirmation selon laquelle nous n’avons pas de mouvement fasciste en Angleterre, signifie dans une large mesure qu’ils cherchent leur Fuhrer ailleurs. Personne n’est certain que ça demeurera ainsi, ni que d’ici dix ans, le peuple ne pensera pas comme les intellectuels d’aujourd’hui. Je pense que non ; j’ai même confiance dans sa capacité à dire non mais si c’est le cas, ça ne se fera pas sans combat. Si quelqu’un se borne à proclamer que tout va pour le mieux et ne met pas le doigt sur les aspects sinistres, il contribue simplement à en rendre l’issue plus probable.

Vous me demandez également, pourquoi je soutien la guerre si je pense que le monde va vers le fascisme. C’est le choix entre deux maux et je suppose que c’est le cas de toute guerre. J’en connais assez sur l’impérialisme britannique pour le détester. Mais je le soutiendrai contre le nazisme ou l’impérialisme japonais comme un moindre mal. De la même façon que je soutiendrai l’URSS contre l’Allemagne car je pense que l’URSS ne peut pas échapper à son passé et conserve assez d’idées de la révolution pour en faire un phénomène plus prometteur que l’Allemagne Nazie. Je pense et je n’ai jamais cessé de penser depuis le début de la guerre, en 1936 puis plus tard, que notre cause est la plus juste, ce que nous devons nous employer à démontrer, ce qui implique une remise en cause constante.

Sincèrement vôtre

Geo. Orwell   » 

 

• Ecrit en 1941 ; extrait : Au moment où j’écris, des hommes civilisés volent au-dessus de moi, tentant de me tuer. Ils ne ressentent aucune animosité contre moi en tant qu’individu, ni moi contre eux. ‘Ils font simplement leur devoir’ comme l’on dit. Je suis certain que la plupart d’entre eux ont bon cœur et respectent la loi et n’envisageraient jamais de commettre un assassinat dans leur vie privée. D’un autre côté, si l’un d’eux parvient à me mettre en pièces grâce à une bombe bien placée, ça ne l’empêchera pas de dormir. Il sert son pays qui a le pouvoir de l’absoudre….

 

Lire: Vents stellaire, tempête sur la vie privée et Patriot act, merci Edward Snowden

 

Décadi 10 pluviôse 222

 

Illustration : merci à Pakman

01/07/2013

L'espi-on a dit...la vé-ri-té... Il doit être exé-cu-té...

big-brother-poster.jpg

 

 

 

 

"L'espi-on a dit...la vé-ri-té...

Il doit être exé-cu-té..."


 

Même parmi les espions, on trouverait des gens qui auraient une éthique ? Qui ne s'accommoderaient pas aveuglément des ordres aberrants, voire révoltants imposés par la « raison d'état » de leur pays ? Et aux Zétazunis en plus ? Ben, oui. Il semble... Après Assange et le militaire étazunien, voilà Edward Snowden qui se révolte contre les turpitudes de son pays et qui balance ! Et du gras : l'espionnage généralisé de tout ce qui se dit d'important dans le monde, dans les chancelleries mais – et surtout – dans les entreprises. Pillage systématique des entreprises, espionnage des diplomates et dirigeants tant au niveau de l'Europe en temps qu’institution qu'au niveau des états qui la composent.

 

L'Europe espionnée ? Bof... Les Zétazuniens ont-ils vraiment besoin de se casser l'oignon a placer des micros ? A éplucher conversations téléphoniques et courriels ? Ont-ils les moyens de les éplucher ces millions d'informations ? Pas sûr...

 

Et puis, concernant l'Europe, en ont-ils réellement besoin ? Ne soyons pas naïfs. Ils n'en ont pas besoin puisqu'au cœur même des institutions européennes, ils ont leurs « espions » officiels : Caméron (et ses prédécesseurs comme ses futurs successeurs), Ashton (vous ne savez pas qui c'est ? Si, cette insipide anglaise qui est censée « diriger » la diplomatie européenne), et Barroso, a plat ventre devant ses maîtres étazuniens, jouant systématiquement contre son camp et qui compte bien sur ses « maîtres » pour poursuivre sa carrière nuisible : « ils » lui font miroiter, contre ses bonnes grâces, le hochet de la présidence de l'OMC ou même de l'ONU, postes bientôt libérés. Bonjour les dégâts...

 

Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? Que peut-on faire à part se draper dans sa dignité offensée ? Pas grand chose. Une seule rétorsion vient à l'esprit : mettre un coup d'arrêt aux négociations du traité de libre échange transatlantique. Mais à part quelques coups de mentons, il n'en sera rien. Parce que dans cette négociation, les Anglais monnaient la place de la City dans le finance mondiale et y sont donc favorables ; et les Allemands, fort de leur implantation industrielle grandissante aux USA, veulent à travers cet accord pénétrer le monde « dollar » après avoir épuisé le monde « euro ». Le cocu de l'histoire, ce sera..nous, la France. Ce qu'ils veulent nous sucrer (aussi bien les Ricains que les Rosbifs et les Boches), c'est notre siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l'ONU et, sinon le démantèlement, du moins la réduction de notre force nucléaire. A retords, retords et demi : pour leur rabattre leur caquet, il suffirait d'envisager...un renversement d'alliances (en se tournant vers la Chine et la Russie. On l'a déjà fait souvent dans l'Histoire).

 

Et Edward Snowden, qu'est-ce qu'on en fait de ce héros ? Mélenchon propose de lui accorder l'asile politique en France. Ce serait un geste fort, fier, un signe d'indépendance. Mais, hélas, la France n'a plus les moyens de ces beaux gestes qui ont fait qu'elle garde toujours une aura internationale de pays des droits de l'homme, de pays de la liberté, de pays de la Révolution. Parce que ses armées ont besoin de drones...étazuniens, comme d'avions ravitailleurs...étazuniens, comme de satellites espions...étazuniens.

 

Sans compter que si la France, à la suite d'une élection, retourne dans le giron de la droite maintenant extrême-droite, sous sa composante UMP ou FN, on ne donnerait pas cher du pauvre Snowden ! Edward, il serait plus prudent pour toi d'aller réchauffer tes os menacés au soleil de l'Equateur !

 

 

Tridi 13 Thermidor 221

 

 

Illustration X – Droits réservés