Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

25/01/2017

Marchandages nucléaires : « Tu fermes Fessenheim ou je te plombe l’EPR ! »

fessenheim.jpg

Comme d’habitude, la magouille a prévalu concernant la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim. EDF et l’État ont marchandé comme des margoulins : c’est Fessenheim contre l’EPR de Flamanville.

On se souvient que la fermeture de Fessenheim (Haut-Rhin) était une promesse du candidat François Hollande, qui argumentait ainsi : « Fessenheim est la plus ancienne centrale, elle était prévue normalement pour trente ans et aura quarante ans d’âge en 2017. De plus elle est proche d’une zone sismique, ce qui est quand même un risque. » Il oublie de dire qu’il se fait pousser au cul par les voisins allemands et suisses qui tremblent devant les risques que leur font prendre les Français, et donc gueulent en conséquence !

La chose était cause d’une embrouille au niveau gouvernemental entre Ségolène Royal qui voulait fermer Fessenheim et Manuel Vals qui ne voulait pas. Cazeneuve a tranché. Et donc le conseil d’administration d’EDF a approuvé le mardi 24 janvier le protocole d’indemnisation du groupe par l’État français pour la fermeture anticipée de la centrale. Les employés et les élus locaux doivent l’avoir en travers… Qu'ils se rassurent, la bête bougera encore longtemps.

Mais derrière cette saine décision il y a des tractations de marchands de tapis : c’est Fessenheim contre Flamanville ! En effet, le décret de création de l’EPR de Flamanville donne 10 ans à EDF pour finaliser la construction du réacteur. Et cette autorisation arrive à échéance en avril prochain. Or les nombreux problèmes de réalisation de ce monstre font que, de retard en retard, il n’entrera en service, au mieux, que fin 2018.

EDF dit avoir envoyé en temps utile – le 11 octobre 2015 – une lettre au ministre en charge de l’énergie (Ségolène Royal) demandant une prolongation de cette autorisation de 18 à 20 mois. C'est une procédure qui s’est déjà faite, notamment pour les réacteurs de Civaux (Vienne) et de Chooz (Ardennes).

EDF mettait donc comme condition à l’arrêt de Fessenheim la prolongation de l’autorisation de l’EPR. Mais ce n’est pas tout. EDF a également obtenu l’assurance de pouvoir redémarrer le réacteur n° 2 de la centrale de Paluel (Seine-Maritime), à l’arrêt depuis mai 2015 alors que la loi de transition énergétique prévoit qu’un réacteur à l’arrêt depuis plus de deux ans devrait être considéré comme en arrêt "définitif". « La ministre chargée de l’Énergie donnera suite positivement aux demandes que le conseil d’administration vient d’exprimer », a indiqué Ségolène Royal. Autrement dit, elle accepte la combine d'EDF. On peut toujours s’arranger pour qu’une promesse électorale, au moins une, soit tenue ! Encore que...

Encore que l’article L.593-13 du code de l’environnement dit que si une installation nucléaire de base (INB) n’est pas mise en service dans le délai fixé par son autorisation de création, « il peut être mis fin à l’autorisation de l’installation, après avis de l’ASN ». Et l’avis de l’ASN n’est pas obligatoirement celui que voudrait EDF…

Si la demande de modification du décret déposée par EDF constitue une modification notable, EDF devra compter avec une nouvelle procédure d’autorisation comprenant la réalisation d’une enquête publique. C’est donc au gouvernement qu’il reviendra de décider si la demande de prolongation constitue une modification notable ou non.

Corinne Lepage l’avocate spécialiste du droit de l’environnement, explique que « les faits, comme la législation, ont évolué depuis 2007, ne serait-ce qu’à cause de la catastrophe de Fukushima et des défauts à répétition de l’EPR, ce qui impose de refaire un dossier et de le soumettre aux citoyens ».

Ce décret devrait être pris un mois avant la présidentielle. Est-ce que ce sera le cas ? Car cette demande de prolongation d’autorisation sera vraisemblablement attaquée devant le Conseil d'État et fera probablement l’objet d’une QPR (question prioritaire de constitutionnalité). Tout ça prend du temps. Quel sera alors le gouvernement qui aura à trancher ?

« Ouate Inde Scie ». On verra bien.


Photo X - Droits réservés

 

19/03/2014

Fessenheim : alors, on la boucle môssieur mon président ?

centrales-nucleaires dessin.jpg

 

 

 

Alors, môssieur mon président, quand est-ce qu'on la ferme cette centrale de Fessenheim ? Déjà, en fermer l’accès, ce serait un premier pas : Greenpeace a une fois de plus démontré hier qu'on y entrait comme dans un moulin. « Ouais mais, qu'il a dit le directeur de l'établissement, ils ne sont pas entrés dans les bâtiments... ». Ben voyons ! Et si c'était un commando motivé, chargé d'explosifs, ils ne seraient pas rentrés dans votre dinosaure technologique, monsieur le directeur ?

 

Ayant voté pour vous, môssieur mon président (où pour être plus précis contre votre concurrent) je me permets de vous conseiller de regarder de plus près cette centrale aussi fringante qu’un centenaire poussant son déambulateur…Cette centrale – la plus ancienne de France – est obsolète et ne répond plus aux critères de sécurité découlant de l’après Fukushima.

 

D’abord, cette centrale n’a pas de tour de refroidissement mais un échangeur de chaleur plongeant directement dans les eaux du grand canal d’Alsace !

 

Ensuite le « radier » - c’est ainsi qu’on nomme dans le jargon du métier le socle de béton qui supporte le réacteur et qui est supposé retenir le magma en fusion de combustible nucléaire et d’éléments de structure nommé « corium » en cas de fusion du réacteur – le radier donc de Fessenheim est 4 fois moins épais que celui de la centrale du Fujushima ! Lequel a été transpercé rappelons-le en 24 heures ! Des travaux ont été imposé à EDF par l'Autorité de Sureté Nucléaire. Colossaux, les travaux prescrits n’ont pas de précédent : il s’agit notamment de couler environ 50 cm d’un béton spécial dans le puits de cuve et dans une zone voisine réaffectée en « local de collecte ». De plus, pour permettre l’étalement du corium entre ces deux zones, il faudra creuser un canal de transfert. Procès, contre-procès, on ne sait pas où en sont ces transformations.

 

Si ce radier est percé, le corium et tous les matériaux hautement radioactifs se répandraient alors…dans le grand canal d’Alsace et ensuite dans les eaux du Rhin. Bonjour les dégâts ! Un désastre non seulement en Alsace mais au niveau d’une grande partie de l’Europe du nord ! Parlez-en aux Allemands, aux Hollandais, aux Belges, aux Suisses… On comprend que les Allemands, les Belges, les Suisses et les Hollandais soutiennent les actions de sensibilisation de Greenpeace.

 

Vous nous enfumez, môssieur mon président, avec une journée voiture paire/impaire, pour vous donner une teinture écolo, mais c'est surtout à Fessenheim, mais encore à Tricastin et aux autres centrales obsolètes qu'on vous attend. Vous pensez que la filière nucléaire a encore un bel avenir ? Je suis d'accord avec vous, môssieur mon président, le savoir-faire français doit pouvoir encore s'exprimer. Mais dans la déconstruction de ces vestiges dangereux d’une industrie du passé. Il y a là un énorme marché mondial à prendre.

 

 

Octidi 28 ventôse 222

Illustration X – Droits réservés

 

06/09/2012

Fessenheim : la poubelle fume…

fessenheim centrale.jpg

 

 

Cher président Normalou. Si je n’ai pas les portugaises trop ensablées ni les boyaux de la tête trop tartrés, je vous ai entendu proclamer, lors de votre campagne électorale que « la centrale nucléaire de Fessenheim serait fermée au cours du quinquennat ».

 

Bien. Ce devrait être à la fin de ce quinquennat, donc en 2017. Ou plus tôt. Bien plus tôt ! Le plus tôt sera d’ailleurs le mieux cher président Normalou.

 

Ayant voté pour vous je me permets de vous conseiller de regarder de plus près cette centrale aussi fringante qu’un centenaire poussant son déambulateur… Un « accident du travail » comme dit votre ministre Batho vient de ramener sous les projecteurs ce dinosaure technologique. Un simple dégagement de vapeur, qui a tout de même brûlé (légèrement) deux ouvriers. Incident pour lequel le gouvernement comme EDF ont tout fait pour minimiser la portée.

 

Passons. Il n’en demeure pas moins, monsieur mon président Normalou, que cette centrale risque d’être fermée bien avant 2017 mais dès l’an prochain, non pas par une décision politique, mais par une injonction de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), organisme ayant autorité et pouvoir de décision en matière nucléaire. Pourquoi ? Parce que cette centrale – la plus ancienne de France – est obsolète et ne répond plus aux critères de sécurité découlant de l’après Fukushima.

 

D’abord, cette centrale n’a pas de tour de refroidissement mais un échangeur de chaleur plongeant directement dans les eaux du grand canal d’Alsace !

 

Ensuite le « radier » - c’est ainsi qu’on nomme dans le jargon du métier le socle de béton qui supporte le réacteur et qui est supposé retenir le magma en fusion de combustible nucléaire et d’éléments de structure nommé « corium » en cas de fusion du réacteur – le radier donc de Fessenheim est 4 fois moins épais que celui de la centrale du Fujushima ! Lequel a été transpercé rappelons-le en 24 heures !

 

Si ce radier est percé, le corium et tous les matériaux hautement radioactifs se répandraient alors…dans le grand canal d’Alsace et ensuite dans les eaux du Rhin. Bonjour les dégâts ! Un désastre non seulement en Alsace mais au niveau d’une grande partie de l’Europe du nord ! Parlez-en aux Allemands, aux Hollandais, aux Belges…


L’A.S.N. a donc, devant ce risque, ordonné à EDF de renforcer le radier en question. Mais renforcer un radier existant, avec un réacteur en service juste au dessus, ce n’est pas de la tarte monsieur mon président…Et ça coûte beaucoup de sous : autour de 15 millions d’euros. La durée de tels travaux est donc susceptible d’être importante, et c’est ce point précis qui risque de provoquer une fermeture prématurée de Fessenheim. En effet, l’ASN a menacé Fessenheim de fermeture si les travaux de renforcement ne sont pas achevés d’ici à juillet 2013.


Alors voilà, monsieur mon président Normalou. Ne serait-il pas prudent, et politiquement intelligent, de profiter de cet incident mineur pour fermer cette dangereuse antiquité tout de suite, avant que l’A.S.N. ne vous humilie en l’imposant ?


Ah ! Et puis, s’il-vous-plait monsieur mon président, dites à votre « redresseur » Montebourg que la filière nucléaire a un grand avenir, mais dans la déconstruction de ces centrales, vestiges dangereux d’une industrie du passé.


Primidi 21 Fructidor 220

 

Photo X – Droits réservés