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11/07/2017

Au bistro de la Toile : un Avignonnais loin du Festival.

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- Oh Victor, je te vois plus. Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

- Eh ! Tu sais bien que l'été, quand le soleil-lion écrase la ville de sa chape de plomb, je fous le camp vers les Hautes Terres, bien au frais dans les terres de la Bête du Gévaudan ! Ce qui ne m'empêche pas de te bigophonner pour connaître un peu les nouvelles du pays.

- Ici, Victor, c'est l'effervescence annuelle du Festival. Les cigales doivent avoir soif à force de déclamer leur staccato d'amour dans les toisons vertes des grands platanes.Enfin, de ceux qui restent parce que la plupart tombe sous les tronçonneuses. Parait qu'ils ont le chancre.

- Et sais-tu que ce chancre, on le doit aux Yankees ? Il est venu avec les caisses en bois de platanes des caisses de munitions venant des États-Unis… D'un côté ils nous ont aider à se libérer des Casques à boulon, de l'autre, ils nous ont emboucané nos arbres…

- Il faudra dire à Macron d'écraser un peu plus la pogne de Trump pour lui faire payer les dégâts…Parle-moi plutôt de la ville.

- Ah ! Victor, Avignon, l'été, c'est une somptueuse salope, alanguie au bord du Rhône et cambrée sous les caresses du mistral, qui s'ouvre et qui s'offre pour son grand rut de l'été. C'est comme chaque année, à l'intérieur du collier de pierres blondes des remparts une foule cosmopolite et bigarrée d'artistes et de touristes, d'intellos et de clodos, de saltimbanques et de rêveurs, de poètes et de voleurs, tous attirés comme les éphémères par la flamme vers cette scène planétaire de l'illusion théâtrale, ce grand marché du rêve.

Près de note rade, Victor, Place de l'Horloge, c'est un tourbillon de couleurs et de bruits, un forum grec où la cité festivalière joue, chante, danse, boit à longs gorgeons des nectars odorants et capiteux sous l'ombre bruissante des platanes aux larges poitrails.

- Fatche, Loulle, tu me donnes la nostalgie. Ici, c'est plutôt les vaches qu'on croise, et le soir, on allume de chauffage… Raconte-moi encore.

- Ici, les monuments, les livrées et les tours semblent fumer sous la tremblante réverbération des murs gorgés de lumière. Et puis il y a surtout le Palais des Papes, et sa Cour d'honneur, centre de gravité de la bourrasque festivalière. C'est en ce lieu fermé par les falaises minérales abruptes de la forteresse papale que tremblent et jouissent auteurs, metteurs en scène et acteurs. Là que se font et se défont les réputations. Là que l'aile de la grâce transforme de simples acteurs en monstres sacrés. Là que flotte la présence palpable des glorieux fantômes de Jean Vilar, de Gérard Philippe, de Daniel Sorano. Cette année, Victor, ça joue et sa jacte en Japonais dans la Cour d'honneur ! Mais avec le « Off » le spectacle est partout dans la ville et même aux alentours, comme à Villeneuve-sur-Avignon. On doit le « Off » à notre regretté pote Dédé Benedetto. Depuis qu'il a osé imposer sa troupe, d'autres lui ont emboité le pas et maintenant il y a cent lieux scéniques et plus, mille spectacles et plus. Des acteurs connus, d'illustres inconnus, tous emportés par cette folie démonstratrice, cette cataracte de l'illusion, cet infini du rêve qu'est le Festival. Des milliers d'affiches multicolores accrochées partout, des parades cocasses ou dérangeantes, mais qui font tout pour accrocher ton attention, des musiques partout, tout le temps. Et puis cette foule qu'on dirait la sortie du Stade Vélodrome… Mais enfin, tout ça tu connais Victor.

- Ouais. Évidemment que je connais. Les Avignonnais ont une approche contradictoire de leur festival. Lorsqu'ils sont à l'extérieur de leur ville, ils ne tarissent pas d'éloge sur lui. Et à les entendre pérorer, tous ont bu le pastis avec Vilar, joué aux boules avec Philippe (Gérard, pas Édouard !) où mangé l'aïoli avec Darras. Ils sont fiers de ce monument virtuel même si beaucoup n'y mettent jamais les pieds. Mais pourtant, lorsque juillet annonce le grand chambardement, les avignonnais, en masse, fuient leur ville chérie, l'abandonnant pour une lune entière aux hordes lutéciennes et franchimanes, outre-quiévrines et bataves, albioniennes et tudesques, helvètes et transalpines, ibères et lusitaniennes, africaines et orientales, américaines et nipponnes. Ils retrouveront plus tard leur ville, cette somptueuse salope comblée, apaisée et fécondée par les semences mêlées de ses milliers d'amoureux de l'été.

- Allez, je te laisse Victor, j'ai une équipe de gosiers en pente qui m'appelle. A bientôt.

 

Illustration: merci au regretté Chimulus

 

07/07/2016

Avignon, l'espace d'un Festival.

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Quand le soleil-lion de juillet écrase la ville de sa chape incandescente, quand les lancinantes stridulations des cigales font vibrer les vertes toisons aériennes des grands platanes, quand les monuments, les livrées et les tours semblent fumer sous la tremblante réverbération des murs gorgés de lumière, Avignon-la-Sensuelle, alanguie au bord du Rhône et cambrée sous les caresses du mistral, s'apprête à s'ouvrir et à s'offrir pour son grand rut de l'été. Une lune durant la belle va se donner sans retenue, de toutes ses pores de pierres, de toutes ses ruelles, de tous ses cloîtres, de toutes ses places, de tous ses patios mystérieux, de tous ses forums, de tous ses lieux scéniques à son dévorant amour estival : le Festival.

 

Troisième monument historique de la cité papale, après le célèbre Palais et le non moins fameux Pont-Saint-Bénézet, le Festival de théâtre - premier d'Europe - draine vers l'intérieur du collier de pierres blondes des remparts une foule cosmopolite et bigarrée d'artistes et de touristes, d'intellos et de clodos, de saltimbanques et de rêveurs, de poètes et de voleurs, tous attirés comme les éphémères par la flamme vers cette scène planétaire de l'illusion théâtrale, ce grand marché du rêve.

 

Acteurs et publics mêlés, le spectacle est partout. Avignon fait la fête, Avignon est la Fête.

 

Voici la Cour d'honneur, centre de gravité de la bourrasque festivalière. C'est en ce lieu fermé par les falaises minérales abruptes de la forteresse papale que tremblent et jouissent auteurs, metteurs en scène et acteurs. Là que se font et se défont les réputations. Là que l'aile de la grâce transforme de simples acteurs en monstres sacrés. Là que flotte la présence palpable des glorieux fantômes de Jean Vilar, de Gérard Philippe, de Daniel Sorano.

 

Voilà la Place de l'Horloge, tourbillon de couleurs et de bruits, forum grec où la cité festivalière joue, chante, danse, boit à longs traits des nectars odorants et capiteux sous l'ombre bruissante des platanes aux larges poitrails.

 

Enfin voici la ville entière dans toutes ses rues, ses places, ses venelles étroites, ses placettes. La cité est une énorme caisse de résonance où s'entrechoquent les musiques et les cultures, le drame et la comédie, le rire et les pleurs.

 

Les avignonnais ont une approche contradictoire de leur festival. Lorsqu'ils sont à l'extérieur de leur ville, ils ne tarissent pas d'éloge sur lui. Et à les entendre pérorer, tous ont bu le pastis avec Vilar, joué aux boules avec Philippe où mangé l'aïoli avec Darras. Ils sont fiers de ce monument virtuel même si beaucoup n'y mettent jamais les pieds. Mais pourtant, lorsque juillet annonce le grand chambardement, les avignonnais, en masse, fuient leur ville chérie, l'abandonnant pour une lune entière aux hordes lutéciennes et franchimanes, outre-quiévrines et bataves, albioniennes et tudesques, helvètes et transalpines, ibères et lusitaniennes, africaines et orientales, américaines et nipponnes. Ils retrouveront plus tard leur ville, cette somptueuse salope comblée, apaisée et fécondée par les semences mêlées de ses milliers d'amoureux de l'été.

 

Avignon, ma ville, aura, pour un temps, retrouvée son rang naturel de capitale.

 

L'espace d'un Festival.

 

Photo X - Droits réservés

30/06/2015

Voici venir la canicule. Comment veux-tu... Comment veux-tu...

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Ça y est. Nous y sommes. Avignon-la-Sensuelle, alanguie au bord du Rhône et cambrée sous les caresses du mistral, s'apprête à s'ouvrir et à s'offrir pour son grand rut de l'été. Une lune durant la belle va se donner sans retenue, de tous ses pores de pierres, de toutes ses ruelles, de tous ses cloîtres, de toutes ses places, de tous ses patios mystérieux, de tous ses forums, de tous ses lieux scéniques à son dévorant amour estival : le Festival.

 

Troisième monument historique de la cité papale, après le célèbre Palais et le non moins fameux Pont-Saint-Bénézet, le Festival - premier d'Europe - draine vers l'intérieur du collier de pierres blondes des remparts une foule cosmopolite et bigarrée d'artistes et de touristes, d'intellos et de clodos, de saltimbanques et de rêveurs, de poètes et de voleurs, tous attirés comme les éphémères par la flamme vers cette scène planétaire de l'illusion théâtrale, ce grand marché du rêve.

 

La cité est une énorme caisse de résonance où s'entrechoquent les musiques et les cultures, le drame et la comédie, le rire et les pleurs.

 

Les Avignonnais ont une approche contradictoire de leur Festival. Lorsqu'ils sont à l'extérieur de leur ville, ils ne tarissent pas d'éloge sur lui. Et à les entendre pérorer, tous ont bu le pastis avec Jean Vilar, joué aux boules avec Gérard Philippe où mangé l'aïoli avec Jean-Pierre Darras. Ils sont fiers de ce monument virtuel même si beaucoup n'y mettent jamais les pieds.

 

Pourtant, lorsque juillet annonce le grand chambardement, les Avignonnais, en masse, fuient leur ville chérie, l'abandonnant pour une lune entière aux hordes lutéciennes et franchimanes, outre-quiévrines et bataves, albioniennes et tudesques, helvètes et transalpines, ibères et lusitaniennes, africaines et orientales, américaines et nippones. Ils retrouveront plus tard leur ville, cette somptueuse salope comblée, apaisée et fécondée par les semences mêlées de ses milliers d'amoureux de l'été.

 

Si tu y passes en été, ami, quand le soleil-lion de juillet écrase la ville de sa chape incandescente, quand les lancinantes stridulations des cigales font vibrer les vertes toisons aériennes des grands platanes, quand les monuments, les livrées et les tours semblent fumer sous la tremblante réverbération des murs gorgés de lumière, va faire un petit pèlerinage païen sur la fameuse place de l'horloge. Lorsque le soleil cru ne permet plus que le mouvement des langues dans les bouches, assied-toi à l’abri délicieux de ces grands platanes aux larges poitrines, dont les bras jamais taillés dressent jusque dans les hauteurs du ciel des toisons miraculeuses d’ombres vertes qui sentent l’anis, bruissantes de la symphonie lancinante des cigales et cigalons.

 

Sur cette agora, en buvant le pastis, tu peux savourer les trésors que t’offre Avignon-le-Belle, t’enivrer de la vie qui l’enfièvre, essayer de découvrir l’âme de la Provence à travers les Avignonnais, leur art de vivre, leurs légendes, leur cuisine, leurs vins, leurs divertissements, leurs festivals. Avec en prime ce sens inné, naturel, de la palabre, du geste, de la “ tchatche ”, propre à tous les peuples de la Mare Nostrum.

 

Moi, j'ai déjà fui vers les Hautes Terres où le vent léger chante dans les sapins, les épicéas, les grands frênes et les boulots compliqués. Où les vaches aux grands yeux en amande se prélassent, alanguies et opiniâtres pour refaire et refaire leur repas. Où le moindre pas dans les hautes herbes soulèvent des gerbes bruissantes de sauterelles et de grillons. Où, la-haut, les grandes buses planent et tournent, ponctuant leur vol de sifflements brefs et impératifs, voulant dire aux autres rapaces : attention, ici, c'est chez moi ! Puis en voilà une qui plonge, flèche de vie agressive, et saisit entre ses serres un de ces rats-taupiers qui pullulent.

 

Moi, j'ai installé mon « bureau » - un hamac ! - entre deux sapins et je glande ! Je glande ! Je glande ! J'écoute pousser l'herbe, je goûte le vent, je compose avec le soleil. Et je laisse mes pensées s'évader et se perdre dans des prairies de rêves cosmiques.

 

Glander : un bonheur réservé à cette élite somptueuse : les fainéants !

 

Photo X - Droits réservés

 

 

23/07/2012

Eh ! ami festivalier, tu la connais Avignon-la-Sensuelle ?

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Quand le soleil-lion de juillet écrase la ville de sa chape incandescente, quand les lancinantes stridulations des cigales font vibrer les vertes toisons aériennes des grands platanes, quand les monuments, les livrées et les tours semblent fumer sous la tremblante réverbération des murs gorgés de lumière, Avignon-la-Sensuelle, alanguie au bord du Rhône et cambrée sous les caresses du mistral, s'ouvre et à s'offre pour son grand rut de l'été. Une lune durant la belle va se donner sans retenue, de tous ses pores de pierres, de toutes ses ruelles, de tous ses cloîtres, de toutes ses places, de tous ses patios mystérieux, de tous ses forums, de tous ses lieux scéniques à son dévorant amour estival : le Festival.

Alors si veux bien, ami festivalier, je vais essayer de te présenter l’écrin de ces spectacles qui t’enchantent : ma ville, notre ville. Commençons par un peu d’histoire.

 

Avignon serait née… à Villeneuve ! Elle serait née quelque part dans une grotte de la rive gardoise du Rhône, il y a quinze millénaires, des épousailles d’un chasseur d’aurochs venu de l’Est, nommé Haavig, avec la fille du chef d’un clan de chasseurs d’esturgeons, la belle Higghnon.

 

Lors de la fête nuptiale, les membres de la tribu, enthousiastes, scandaient les noms des jeunes époux.

- “Haavig !

- Higghnon !

- Haavighnon !

- Haavignon !

- Havignon !

- Avignon ! ”

 

Ainsi fût prononcé, pour la première fois, le nom qui sera bientôt celui de l’une des capitales du monde… Comme disait Pagnol, « ce n’est peut-être pas vrai, mais ça pourrait l’être ! Alors c’est pareil. »

 

Plus tard, bien plus tard, les celto-ligures établis sur le Rocher des Doms reprirent le nom d’Avenio. Puis grecs, massaliotes et romains en firent une fière et opulente cité marchande entre Arles et Lyon.

 

Les grecs de Massalia y avaient des comptoirs commerciaux fortifiés. Les romains à leur apogée en firent une place stratégique de plus de vingt mille habitants, commandant la vallée du Rhône et celle de la Durance. C'était alors une place forte accrochée à son rocher et protégée par le fleuve qui l'entourait au deux tiers.

 

La période glorieuse de la Provence gréco-romaine s'acheva sous les coups des barbares de tous poils. Avignon, arc-boutée à son rocher forteresse, résista longtemps puis fut prise par les Goths dont elle devint une redoutable place forte. Trois ans après leur raclée de Poitiers, les Arabes envahirent la Provence, faisant d'Avignon une de leurs plus redoutables positions. Charles Martel lui-même en fit le siège, prit la ville, la perdit, la reprit et massacra tout le monde, laissant la ville en ruine. Pas de détail. Adieu les beaux monuments romains... La population, massacrée par les soudards et anéantie par la peste, se releva pourtant et résista victorieusement à d'autres envahisseurs : les Normands. Puis la ville, réunie au Royaume d'Arles, fut rattachée à l'Empire. Au douzième siècle, Avignon fut politiquement érigée en Commune indépendante. Le pouvoir appartenait alors à huit consuls nommés chaque année par un collège électoral et assistés par un Conseil Général de la cité et par le peuple d'Avignon convoqué en Parlement public. Presque de la démocratie. La commune battit monnaie, légiféra, eût une armée, posséda des terres et des fiefs sur toute la région. Une sacrée puissance !

 

Stratégiquement placée, Avignon a toujours eu vocation à jeter des ponts. Ainsi fût édifié, au XIIe siècle le fameux pont Saint-Bénézet.  Un pont né de la foi d'un petit berger du Vivarais et de la reconnaissance d'amour d'un grand du Royaume de France pour la belle Flamenca... Il était alors le seul pont depuis la mer. La ville devint un incontournable carrefour. C'était aussi une redoutable cité guerrière, avec ses remparts, ses hautes murailles, ses tours crénelées, son rocher escarpé. Une ville cosmopolite de commerce, de passage, d'industries. La ville était opulente, arrogante, cultivée, redoutée, jalousée...

 

Puis vint le temps noir de l'intolérance religieuse et de la « Croisade contre les Albigeois ». Avignon, alliée du Comte de Toulouse, se crut assez forte pour résister au Roi de France… Réduite après un siège de trois mois, elle perdit sa belle indépendance, ses fortifications, ses palais et subit le joug politique du représentant de l'église. Même son fameux pont fut au trois-quarts détruit. Elle se releva une fois encore et s'étendit considérablement. Sous l'autorité du Comte de Provence, Avignon recouvra une opulence paisible, prélude à une extraordinaire période de faste et de puissance : celle de la venue des papes.

 

Philippe-le-Bel - celui de la tour de Villeneuve ! - n'était pas un tendre et était en lutte ouverte avec le pape Boniface VII. Un de ses porte-rapière, Guillaume de Nogaret, avait gratifié le souverain pontife d'une cinglante « bouffe » en pleine tiare ! Et c'est un français, Bertrand de Got qui fut élu et couronné à Lyon à la demande musclée de Philippe-le-Bel, sous le nom de Clément V. Il gagna Avignon en 1309.

 

Son successeur fut élu après deux ans de sanglantes empoignades sous le nom de Jean XXII. Un rugueux vieillard qui établit sa puissance en s'appuyant sur la sordide Inquisition, les intégristes sanguinaires et bornés de l’époque. Les «barbecues » pontificaux firent allègrement griller au nom de la foi les Vaudois, les Cathares, les Fraticelles et tout ce que la rumeur qualifiait de sorciers...

 

Lui succéda Jacques Fournier, un solide ariégeois, milodioù !, élu sous le nom de Benoît XII. C'est lui qui fit bâtir une bonne moitié du Palais des Papes, la demeure fortifiée la plus puissante du monde.

 

Puis vînt Clément VI. Un fastueux celui-là qui bâtit les plus belles parties du palais et fit d'Avignon - qu'il acheta à la flamboyante pétroleuse qu'était le Reine Jeanne - l'une des cours les plus brillantes de la chrétienté.  Sous Clément VI, la ville comptait 120.000 habitants, dont 100.000 étrangers. Italiens surtout, français du sud-ouest, catalans et aragonais, allemands, anglais, scandinaves, grecs, levantins, juifs. Une cité extrêmement cosmopolite qui se transforma. Chaque dignitaire construisit sa « livrée » avec une tour, symbole de puissance. Les cardinaux et les ordres mendiants élevèrent des églises. Les laïcs fortunés bâtirent de somptueuses demeures. Une très riche vie intellectuelle, universitaire et artistique, appuyée sur un mécénat généreux draina vers la Cité des Papes les meilleures élites européennes : des lettrés, des artistes, des savants, mais aussi des banquiers et des commerçants. Pour résister aux convoitises, Avignon s'entoura de sa couronne de remparts.

 

Mais la peste noire ravagea la chrétienté, faisant quarante millions de victimes en Europe, dont 62.000 - la moitié de la population - dans la seule ville d'Avignon ! On ne bricolait pas à l'époque !

 

Innocent VI, un limousin âgé et maladif, était un triste qui ne prenait son pied qu’en voyant brûler ceux qui s’opposaient à lui. Les temps devinrent durs avec les Grandes compagnies qui ravageaient le pays pour leur compte. Du Guesclin vint camper à Villeneuve, à la tête d'une armée de rufians. Il fit cracher le Pape au bassinet avant d'aller mourir en Lozère... en buvant de l'eau ! Boire de l’eau… Quelle idée saugrenue ! Surtout pour un Breton... Urbain V, un bénédictin marseillais, voulait faire retourner  la cour pontificale à Rome... Ce qui ne plaisait pas du tout au Roi de France ! Peine perdue : le pape quitta Avignon. Il resta trois ans à Rome mais c’était là-bas un tel foutoir qu’il se résigna à revenir à Avignon. Son successeur, Grégoire XI voulait lui aussi retourner à Rome. Ce qu'il fit en 1376, malgré les larmes et les cris des malheureux avignonnais laissés orphelins...

 

Et c'est donc au Vatican que son successeur, Urbain VI, un italien, fut élu sous la pression de l'émeute. Les cardinaux, divisés en deux clans, élirent quelques mois après un autre pape à Avignon, Robert de Genève, sous le nom de Clément VI. Une belle galère ! Un pape à Rome, un autre à Avignon ! Un brillant, un fringant ce jeunot Clément VI,  trente six ans lors de son élection. Il renoua avec les fastes de la cour avignonnaise.

 

Enfin le catalan Pedro de Luna fut le dernier pape avignonnais sous le nom de Benoît XIII, en cette époque de schisme. Les cardinaux l'ayant laissé tomber, il s'enferma dans son redoutable palais forteresse qui, malgré tous les assauts, demeura inexpugnable. Il restera reclus pendant cinq ans puis réussira à s'enfuir, vivant maintes aventures rocambolesques.

 

Avec le retour des papes en Italie, Avignon perdit son rang de capitale... Mais son prestige survécut quelques temps car la ville gardait l'espoir du retour de la papauté. Restant terre papale, elle reçut un vice-légat avec une grande autonomie politique. L'essor commercial de la ville, dû à sa situation géographique, continua avec les banquiers et les grands commerçants florentins. Le temps de la gloire était passé, mais pas celui de la richesse. Avignon demeura terre papale jusqu'à la Révolution française. La population avignonnaise expulsa alors le représentant du pape et demanda la réunion de la ville à la France. Chose qui fut faite le 14 septembre 1791...

 

La ville entra alors dans le rang, devenant préfecture d'un des plus petits départements de France… Grandeur et décadence ? Bof…

 

Mais regardez-la se pavaner voluptueusement au soleil, triomphante et sûre de son charme avec ses airs de reine ! Elle n’a pas oublié qu’elle fut un jour une des capitales du monde. Et elle a encore de bien beaux restes la mâtine !

 

Si vous voulez, demain, je vous prends par la main pour vous en dévoiler les secrets.

 

 

VictorAyoli


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Sextidi 6 Thermidor 220

 

Photos X – Droits réservés


Pour savourer des images originales de cette ville faites un saut ici: http://avignon.midiblogs.com/

06/07/2011

Avignon, ma ville, l'espace d'un Festival.

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Quand le soleil-lion de juillet écrase la ville de sa chape incandescente, quand les lancinantes stridulations des cigales font vibrer les vertes toisons aériennes des grands platanes, quand les monuments, les livrées et les tours semblent fumer sous la tremblante réverbération des murs gorgés de lumière, Avignon-la-Sensuelle, alanguie au bord du Rhône et cambrée sous les caresses du mistral, s'apprête à s'ouvrir et à s'offrir pour son grand rut de l'été. Une lune durant la belle va se donner sans retenue, de toutes ses pores de pierres, de toutes ses ruelles, de tous ses cloîtres, de toutes ses places, de tous ses patios mystérieux, de tous ses forums, de tous ses lieux scéniques à son dévorant amour estival : le Festival.

 

Troisième monument historique de la cité papale, après le célèbre Palais et le non moins fameux Pont-Saint-Bénézet, le Festival - premier d'Europe - draine vers l'intérieur du collier de pierres blondes des remparts une foule cosmopolite et bigarrée d'artistes et de touristes, d'intellos et de clodos, de saltimbanques et de rêveurs, de poètes et de voleurs, tous attirés comme les éphémères par la flamme vers cette scène planétaire de l'illusion théâtrale, ce grand marché du rêve.

 

Acteurs et publics mêlés, le spectacle est partout. Avignon fait la fête, Avignon est la Fête. Voici la Cour d'honneur, centre de gravité de la bourrasque festivalière. C'est en ce lieu fermé par les falaises abruptes de la forteresse papale que tremblent et jouissent auteurs, metteurs en scène et acteurs. Là que se font et se défont les réputations. Là que l'aile de la grâce transforme de simples acteurs en monstres sacrés. Là que flotte la présence palpable des glorieux fantômes de Jean Vilar, de Gérard Philippe, de Daniel Sorano. Là aussi, hélas, que depuis quelques années, des expériences hasardeuses destinées à quelques centaines de bobos « branchés » déconsidèrent le Festival… Heureusement le off…

 

 Voilà la Place de l'Horloge, tourbillon de couleurs et de bruits, forum grec où la cité festivalière joue, chante, danse, boit à longs traits des nectars odorants et capiteux sous l'ombre bruissante des platanes aux larges poitrails.

 

Enfin voici la ville entière dans toutes ses rues, ses places, ses venelles étroites, ses placettes. La cité est une énorme caisse de résonance où s'entrechoquent les musiques et les cultures, le drame et la comédie, le rire et les pleurs.

 

 Les avignonnais ont une approche contradictoire de leur festival. Lorsqu'ils sont à l'extérieur de leur ville, ils ne tarissent pas d'éloge sur lui. Et à les entendre pérorer, tous ont bu le pastis avec Vilar, joué aux boules avec Philippe où mangé l'aïoli avec Darras. Ils sont fiers de ce monument virtuel même si beaucoup n'y mettent jamais les pieds. Mais pourtant, lorsque juillet annonce le grand chambardement, les avignonnais, en masse, fuient leur ville chérie, l'abandonnant pour une lune entière aux hordes lutéciennes et franchimanes, outre-quiévrines et bataves, albioniennes et tudesques, helvètes et transalpines, ibères et lusitaniennes, africaines et orientales, américaines et nipponnes. Ils retrouveront plus tard leur ville, cette somptueuse salope comblée, apaisée et fécondée par les semences mêlées de ses milliers d'amoureux de l'été.

 

Avignon aura, pour un temps, retrouvée son rang naturel de capitale.

 

L'espace d'un Festival.

 

Octidi 18 messidor 219

 

 

 Photo X - Droits réservés

 

04/07/2009

Avignon, ma ville, l'espace d'un Festival.

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Quand le soleil-lion de juillet écrase la ville de sa chape incandescente, quand les lancinantes stridulations des cigales font vibrer les vertes toisons aériennes des grands platanes, quand les monuments, les livrées et les tours semblent fumer sous la tremblante réverbération des murs gorgés de lumière, Avignon-la-Sensuelle, alanguie au bord du Rhône et cambrée sous les caresses du mistral, s'apprête à s'ouvrir et à s'offrir pour son grand rut de l'été. Une lune durant la belle va se donner sans retenue, de toutes ses pores de pierres, de toutes ses ruelles, de tous ses cloîtres, de toutes ses places, de tous ses patios mystérieux, de tous ses forums, de tous ses lieux scéniques à son dévorant amour estival : le Festival.

Troisième monument historique de la cité papale, après le célèbre Palais et le non moins fameux Pont-Saint-Bénézet, le Festival - premier d'Europe - draine vers l'intérieur du collier de pierres blondes des remparts une foule cosmopolite et bigarrée d'artistes et de touristes, d'intellos et de clodos, de saltimbanques et de rêveurs, de poètes et de voleurs, tous attirés comme les éphémères par la flamme vers cette scène planétaire de l'illusion théâtrale, ce grand marché du rêve.

festival-d-avignon cour honneur.jpg


Acteurs et publics mêlés, le spectacle est partout. Avignon fait la fête, Avignon est la Fête. Voici la Cour d'honneur, centre de gravité de la bourrasque festivalière. C'est en ce lieu fermé par les falaises abruptes de la forteresse papale que tremblent et jouissent auteurs, metteurs en scène et acteurs. Là que se font et se défont les réputations. Là que l'aile de la grâce transforme de simples acteurs en monstres sacrés. Là que flotte la présence palpable des glorieux fantômes de Jean Vilar, de Gérard Philippe, de Daniel Sorano.

Voilà la Place de l'Horloge, tourbillon de couleurs et de bruits, forum grec où la cité festivalière joue, chante, danse, boit à longs traits des nectars odorants et capiteux sous l'ombre bruissante des platanes aux larges poitrails.

Enfin voici la ville entière dans toutes ses rues, ses places, ses venelles étroites, ses placettes. La cité est une énorme caisse de résonance où s'entrechoquent les musiques et les cultures, le drame et la comédie, le rire et les pleurs.

Les avignonnais ont une approche contradictoire de leur festival. Lorsqu'ils sont à l'extérieur de leur ville, ils ne tarissent pas d'éloge sur lui. Et à les entendre pérorer, tous ont bu le pastis avec Vilar, joué aux boules avec Philippe où mangé l'aïoli avec Darras. Ils sont fiers de ce monument virtuel même si beaucoup n'y mettent jamais les pieds. Mais pourtant, lorsque juillet annonce le grand chambardement, les avignonnais, en masse, fuient leur ville chérie, l'abandonnant pour une lune entière aux hordes lutéciennes et franchimanes, outre-quiévrines et bataves, albioniennes et tudesques, helvètes et transalpines, ibères et lusitaniennes, africaines et orientales, américaines et nipponnes. Ils retrouveront plus tard leur ville, cette somptueuse salope comblée, apaisée et fécondée par les semences mêlées de ses milliers d'amoureux de l'été.

Avignon aura, pour un temps, retrouvée son rang naturel de capitale.

L'espace d'un Festival.

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