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11/11/2017

11 novembre. Pas de Monument aux Morts mais un Monument aux Vivants !

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Savez-vous qu’il y a en France une commune qui ne peut pas s’honorer d’un beau monument aux morts, avec un solide moustachu, vêtu de sa capote bleue ou kaki, chaussé de gros godillots et brandissant son long fusil Lebel ?

Et pourquoi ça ? Tout simplement parce qu’ils n’ont pas eu de morts. Aussi bien lors des 2 guerres mondiales, 14-18 et 39-45, que lors des guerres d’Algérie et d’Indochine, la commune n’a jamais eu à déplorer le moindre décès sur les fronts ou dans les combats ! C’est à Palazinges, petit patelin de Corrèze, à égale distance de Brive et de Tulle, 113 habitants. 530 hectares dont 180 de forêts. Point culminant : le Puy Redon à 553 mètres d’altitude.

Et alors comment font-ils chaque 11 novembre ? Eh bien lors des commémorations annuelles dans la proche commune d’Aubazine – qui, elle peut s’enorgueillir de quelques morts - la commune de Palazinges est toujours officiellement représentée. Et, fait hautement symbolique, tous les 3 ans la municipalité tient à s’acquitter du coût des gerbes déposées !

Mais ils ne sont pas seuls les Palazingeais à vivre cette situation insolite. Il y a aussi, sur la commune de Babeau-Bouldoux, dans l’Hérault, à une trentaine de kilomètres au nord ouest de Béziers, un hameau nommé Cauduro où, là encore, onze jeunes gens appelés à la Grande Tuerie, partent pour la « Der des Der » la fleur au fusil espérant que huit jours plus tard ils seront à Berlin et que l’Alsace et la Lorraine seront récupérées. Hélas le pronostic ne s’avérera pas correct… Eh bien figurez-vous que tous sont revenus ! Alors, en 2005, quelques descendants de ces valeureux veinards ont décidé d’ériger… un monument aux vivants ! Sur cette plaque, au bas de la liste des onze « pas morts pour la France », il y a cette inscription : « LE PIRE N’EST JAMAIS SÛR ! »

Cette « Grande Guerre » que l’on n’arrête pas de commémorer a été l’une des pires horreurs de l’histoire des Hommes. Mais pendant la grande boucherie 14-18, les profiteurs et fauteurs de guerre se le faisaient belle. Les grands boulevards de Paris affichaient une vie trépidante ; les théâtres, les brasseries, les cafés-concerts, les boîtes de nuits étaient pleins de fêtards…

Pendant que les Français Schneider, De Wendel et autres faisaient discrètement la bringue avec leurs homologues, rivaux et amis allemands Krupp, Thyssen et autres fabricants de choses en acier bien pointues, bien aiguisées, qui entrent dans les viandes, qui labourent les chairs, qui brisent les os, qui éclatent les crânes, qui arrachent les yeux, qui explosent en beaux feux d’artifice de mort, la France d’en bas s’étripait avec l’Allemagne d’en bas. Pour le plus grand profit des précédents.

"La guerre est « l’art » de faire s’entre-tuer des gens pauvres, qui ne se connaissent pas, au profit de gens riches qui, eux, se connaissent…" Cette maxime à la véracité sans cesse renouvelée marque le désespoir, la résignation mais aussi la révolte de ceux qu’on envoyait à l’abattoir pour rien, sinon transcender la konnerie humaine, seule approche que l’on puisse avoir de l’infini…

 

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